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Live Report   

Linkin Park : coucher de soleil Californien


Linkin Park était un groupe important. Il semble désormais intouchable. La formation menée par Mike Shinoda réussit l’un des tours de force les plus impressionnants de ces dernières années : renaître sous une nouvelle forme, poursuivre son chemin sans se trahir et rassembler les générations. Le retour public est massif. Les Californiens ont vendu l’intégralité des billets pour la gigantesque enceinte du Stade de France en à peine quelques minutes, alors même qu’il effectue ce 11 juillet 2025 son troisième passage sur le territoire français en moins d’une année. Le sentiment ressenti en pénétrant les lieux est aussi grisant que déroutant face à cet événement presque irréel. Tout est trop grand et démesuré, de la pelouse accueillant ce soir plus de quinze mille personnes à la hauteur délirante des gradins, du nombre de murs d’enceintes à la taille gigantesque de la scène.

Il est difficile d’imaginer à quel point Linkin Park est « une part de vie » pour d’innombrables personnes avant d’avoir assisté à un tel rassemblement. La partie est presque jouée d’avance, prête à s’inscrire dans le panthéon des concerts inoubliables pour une possible majorité de l’assistance. S’il reste un excellent groupe de live, Linkin Park a pourtant livré un set en deux temps, partiellement desservi par l’acoustique plus que perfectible des lieux ainsi que par la luminosité tardive de cette chaude soirée d’été.

Artiste : Linkin ParkOne OK RockJPEGMafia
Date : 11 juillet 2025
Salle : Stade de France
Ville : Paris – Saint-Denis [93]

Linkin Park a toujours cultivé de fortes accointances avec la scène hip-hop, en réalisant du mash-up ou des remixes de ses propres travaux avec quelques figues connues du mouvement ou en faisant le choix d’affiches éclectiques pour son festival itinérant Projekt Revolution. Rien d’étonnant donc à voir JPEGMafia prendre d’assaut le Stade de France pour l’ouverture de soirée. Devon Hendryx affiche une dégaine au moins aussi douteuse que son nom de scène, et attaque d’emblée avec un titre aux vocaux cent pour cent auto-tunés. Le résultat n’est pas du meilleur effet, mais le New-Yorkais est visiblement bien connu pour sa propension à expérimenter. Et force est de constater que son approche artistique est singulière. Lorsqu’il coupe son insupportable moulinette numérique, son flow peut s’avérer relativement efficace. JPEGMafia est par ailleurs accompagné par un véritable groupe de live, pour un rendu instrumental plutôt rock qui n’est pas sans rappeler l’aspect très fusion d’un Cypress Hill période Skulls & Bones / Stoned Raiders. L’ensemble est relativement curieux et mériterait d’être creusé au calme, mais se voit déroulé dans une relative indifférence côté public.

Changement d’ambiance radical avec One OK Rock, formation japonaise qui s’est désormais taillé une réputation confortable dans l’Hexagone. Le quatuor est attendu, et obtient l’approbation générale. Avec désormais vingt années d’expérience au compteur, le groupe aborde l’art de la scène avec l’aisance et le bagou des artistes confirmés. Le frontman Taka, qui porte pour l’occasion un t-shirt Meteora old-school, n’y va pas avec le dos de la cuillère en ce qui concerne les grands discours à base de superlatifs divers. Dommage que le son contestable du Stade de France ne permette pas de tout comprendre, d’autant plus que ce dernier parle énormément et très vite. Musicalement, c’est carré de chez carré. En neuf titres, les Nippons balaient globalement leur répertoire récent – leur discographie compte dix albums –, laissant donc de côté les compositions en japonais. One OK Rock propose l’option karaoké en usant à fond de l’écran de fond de scène pour projeter les paroles de ses refrains simples et se risque à réclamer un wall of death sur « Make It Out Alive ». Le mouvement de foule reste malgré tout relativement timide. Sans surprise, le public explose littéralement lorsque le groupe invite Colin Brittain, batteur de Linkin Park, a exécuter à la guitare leur « We Are » de conclusion. One OK Rock a délivré un excellent set malgré un rendu parfois un peu brouillon. A condition cependant d’accepter les poncifs qui pullulent dans sa musique, les envolées pop un peu mièvres et les lyrics archi-téléphonés côtoyant souvent des riffs intéressants.

Il faudra patienter près de cinquante minutes avant de voir débouler Linkin Park pour cette dernière date européenne. Une attente possiblement justifiée par un facteur externe regrettable : il fait jour. Le Stade de France n’est pas une salle de spectacles, et il est a ce titre nécessaire de conjuguer avec un soleil persistant de début de soirée. Et mine de rien, cet élément perturbateur vient assez sévèrement freiner l’aspect extrêmement immersif d’un spectacle que l’on sait, pour l’avoir vu au Hellfest, particulièrement soigné sur le plan visuel. C’est d’autant plus dommage que la chanteuse Emily Armstrong s’est totalement remise depuis le festival clissonnais et affiche une forme plus olympique, exécutant avec vigueur et amplitude le redoutable chapelet de hits explosifs déroulés d’entrée de jeu. « Somewhere I Belong », « Crawling », « Up From The Bottom » ou encore « Lying From You » : difficile de rêver plus efficace. On passe pourtant un peu à côté, le rendu sonore étant juste satisfaisant. La basse est envahissante, au détriment des multiples arrangements électroniques amenés par Joe Hahn, que l’on peine parfois à déceler dans le magma sonore. Une discrétion du DJ qui agace pour les compositions mid-tempo qui fourmillent de détails, et qui vont composer une bonne partie de l’acte II : « The Catalyst », l’excellent et contrasté « Stained », « Waiting For The End » et « Castle Of Glass ». Rageant.

Et puis tout bascule enfin. Le jour semble rendre les armes, « Two Faced » déroule son refrain néo-metal à l’ancienne et la magie fait son œuvre. Linkin Park en impose et dévoile sa scénographie XXL pleinement. Malgré le phénomène culturel qu’il est désormais devenu, les Américains s’éclatent comme au premier jour, avec envie, complicité et volonté de communion. « Casualty » et « One Step Closer », sur lequel est invité Taka de One OK Rock, frappent si fort que l’on parvient à en oublier le rendu sonore de stade. Emily Armstrong n’est pourtant pas toujours parfaite, et se décale presque en dehors du tempo à plus d’une reprise, ce qui la contraint à manger des mots ou galoper pour rattraper son retard. C’est assez flagrant sur « Lost », superbe ballade enregistrée par Chester et longtemps restée inédite. Mais elle est furieusement rock. Et c’est clairement la composante nécessaire dans l’équilibre de Linkin Park.

Mike Shinoda affiche pour sa part un capital sympathie qui force le respect. Le frontman passe son temps au contact du public, s’arrête pour dédicacer sa casquette et l’offrir à une fan qui risque de mettre quelques semaines à redescendre sur terre. Mieux, il se prête à un jeu proposé par une pancarte brandie aux premiers rangs. Choisissant un défi au hasard, il se retrouve à tenter de reproduire un tatouage pour un résultat plutôt hilarant. Le reste du groupe en profite pour jammer sur « Immigrant Song » du Zep, un moment totalement improvisé lancé par une Emily Armstrong qui démontre qu’elle est capable de pousser loin dans les hauteurs. La fin du concert relève presque de l’hystérie collective. Le show lumineux et les lasers confèrent une dimension hypnotique aux morceaux cultes que sont « Numb » et « In The End » – sur lequel Hahn relance accidentellement le sample de « Overflow » ! –, repris en chœur par l’assistance. On pourra reprocher à Armstrong de trop souvent lâcher son micro vers la foule, mais on imagine aisément à quel point la tentation peut être grande en constatant l’entrain d’un public qui vibre entier à l’occasion de ces instants hors du temps. Le rappel se veut tout aussi fédérateur et marquant, « Papercut » et « A Place For My Head » balayant presque les dernières forces de l’assistance avant les deux ultimes moments d’adrénaline que sont « Heavy Is The Crown » et « Bleed It Out ».

Avec ce troisième concert français depuis sa résurrection, Linkin Park confirme une nouvelle fois la solidité de son line-up récent. On aurait aimé le noir complet dès les premières secondes afin d’y plonger d’entrée de jeu, en apnée, le cœur et les yeux grands ouverts. On aurait également trouvé légitime que le guitariste « remplaçant » Alex Feder, qui assure les concerts en lieu et place de Brad Delson, soit davantage mis en valeur – le pauvre n’apparaît que furtivement sur les écrans géants. Mais il est incontestable que Linkin Park transcende et que cette itération 2.0 du groupe est d’une justesse rare.

Setlist :

Somewhere I Belong
Crawling
Up From the Bottom
Lying From You
The Emptiness Machine
The Catalyst
Burn It Down
Stained
Where’d You Go (Fort Minor cover)
Waiting for the End
Castle of Glass
Two Faced
Joe Hahn Solo
Empty Spaces
When They Come for Me / Remember the Name
Casualty
One Step Closer (featuring Taka)
Break/Collapse
Lost
Over Each Other
What I’ve Done
Overflow
Immigrant Song (Jam – Led Zeppelin cover)
Numb
In the End
Faint
Papercut
A Place for My Head
Heavy Is the Crown
Bleed It Out

Photos : Sylvain Leobon.



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