Trublion, provocateur, fauteur de troubles, poil à gratter… Reuno Wangermez a trouvé son rôle dans la société et s’en donne à cœur joie. Un authentique punk anar qui dit ce qu’il pense sans prendre de gants et fait ce qu’il veut. Et si ça peut lui mettre un paquet de gens à dos, force est de constater que, étonnamment, ça lui réussit, puisque trente-cinq ans après sa formation, onze albums au compteur, Lofofora ne faiblit pas. Le groupe se montre même plus enragé que jamais, malgré un « quotidien qui radote », avec le nouvel album Cœur De Cible qui offre son lot de tubes en puissance de musiques fâchées, quelque part à cheval entre le punk, le hardcore, le metal et le rock n’ roll.
C’est donc pour parler de ce dernier que nous avons échangé un (long) moment avec celui qui a revêtu l’habit d’homme politique le temps d’un clip qui a marqué les esprits en pleine campagne législative. Il évoque la mentalité artistique du groupe, sa phobie des habitudes, l’inspiration des scènes anglaise et américaine actuelles, celle des Cramps et des Beastie Boys, mais aussi l’espoir, le féminisme et tant d’autres sujets. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il ne mâche pas ses mots et fait feu de tout bois : nombreux sont ceux qui en font les frais ou prennent une balle perdue.
« Il n’y a rien qui m’emmerde plus que quelque chose qui sent le travail. Je déteste le metal prog, parce que tu as l’impression qu’il y a un gars qui dit tout le temps : ‘T’as vu chef, ça, je sais le faire !’ Ça me débecte un peu. Il y a peut-être aussi un côté judéo-chrétien : ‘J’en ai chié, donc c’est bien !’ [Rires] Moi, c’est le contraire qui me plaît, quand tu écoutes Aretha Franklin et que tu as l’impression que tout le monde peut faire ça, là c’est la classe. »
Radio Metal : Vanités est sorti en 2019, il y a déjà cinq ans. Vous l’aviez réédité en version augmentée en 2022 : c’était pour faire patienter ?
Reuno (chant) : Si nous avons fait un bonus, c’est juste parce que nous avions sorti cet album fin 2019 et tu te rappelles ce qui s’est passé en 2020, nous n’avons pas pu le défendre. Nous avions quatre-vingts dates de prévues qui sont tombées à l’eau. Notre tourneur était super emballé par ces dates, il nous disait que ça allait être cool, puis il y a eu le Covid-19 et, en tout, nous avons fait quinze ou dix-sept dates de cette tournée. Nous avions donc un peu mal au derch, mais nous ne sommes pas morts, c’est déjà ça. Quand nous avons pu nous revoir avec les copains – avec les restrictions, ce n’était pas évident –, nous nous sommes mis à composer, sans savoir pour qui, pour quoi. Je crois que c’était le truc que nous avions le plus envie de faire, car les concerts, ce n’était pas possible. Quand At(h)ome a appris que nous avions cinq ou six titres de prêts, ils nous ont dit de faire un EP, comme ça, nous pouvions essayer de relancer l’album Vanités qui était un peu mort-né. Maintenant, je pense que nous aurions mieux fait d’attendre un peu et de faire un autre album, une suite, parce que je ne sais pas si cette histoire a vraiment opéré. Enfin, je ne me renseigne jamais sur les ventes de disques, je m’en cogne ! Il faut demander à Philus [Phil Curty], c’est lui le comptable du groupe !
Vois-tu un lien entre ces morceaux additionnels et ceux qui paraissent désormais dans Cœur De Cible ? Est-ce qu’ils faisaient une certaine transition ?
Il s’écoule deux ans entre les deux, donc non. Cœur De Cible, c’est carrément autre chose. Là nous savions que nous faisions un album, donc aucun rapport, et chez Lofo, à part nous, il n’y a pas de déchet [rires]. Je dis ça parce que je regarde très peu les commentaires, mais l’autre coup, sur les réseaux sociaux, il y avait une meuf qui avait marqué : « Je n’ai jamais pu saquer ce groupe. Lofo : les déchets du metal. » Je n’ai pas pu m’empêcher de lui mettre un petit cœur ! Je crois que je vais m’en faire un t-shirt, je trouve ça trop classe ! [Rires] Mais non, nous avons très peu de morceaux en rab, des trucs qui ne sont pas sortis. Il n’y a pas d’inédits. Désolé, quand nous allons mourir, il n’y a pas d’album posthume qui va sortir. Nos descendants feront des remix avec ce que nous avons déjà fait, ils se démerderont !
En cinq ans, il s’est passé beaucoup de choses. Est-ce que ça vous a nourris ou, au contraire, il y a eu des moments, peut-être pendant le Covid-19, où c’était trop, où vous avez perdu l’enthousiasme ?
Quand ton truc est d’aller au contact des gens et de bourlinguer, et que tu restes chez toi et que tu ne vois personne, tu te sens vraiment comme une merde, évidemment. Michel Onfray, le Covid-19, ça allait bien pour lui, je pense. Je mentionne lui, parce qu’il n’a quand même pas l’air d’avoir beaucoup d’amis, donc ça paraît plus facile pour des gens comme ça. Nous avons eu de grosses périodes de doutes. Je me suis dit que peut-être j’allais arrêter de faire ça, que ça y est, j’allais m’acheter mon camion à pizza. Il n’y a qu’une chose pour laquelle j’arrive à me projeter dans l’avenir, c’est le camion à pizza sur le bord d’une route départementale. Pour moi, c’est le symbole de la liberté, car, surtout, je ne me sens pas capable de rentrer dans un milieu d’entreprise. Pour avoir discuté avec des gens à côté, je ne suis vraiment pas le seul à m’être posé la question, au bout de plus d’un an à rester sans rien foutre, quasiment, à moins d’avoir envie de bosser à l’hosto…
Et financièrement, comment ça s’est passé ?
Ah bah, ça, c’était cool ! Nous sommes intermittents du spectacle, artistes de France. Je crois que c’est l’année où j’ai eu le meilleur taux d’indemnisation et après ils ont prolongé en année blanche. Mais je te rassure, j’ai tout cramé depuis ! Ça ne représente pas non plus des sommes phénoménales.
Quand avez-vous fait Cœur De Cible dans ces années, du coup ? Je crois qu’entre septembre 2022 et juin 2024, vous n’avez pas du tout tourné…
Oui, nous étions sur l’album. Nous avons commencé il y a peu près deux ans. Après, c’est du domaine de l’intime, mais nous avons tous nos parents qui vieillissent et il y a un membre du groupe qui a perdu son papa et qui continue à beaucoup s’occuper de sa maman. Ça lui prend donc plus de temps et Lofofora est une entreprise souple et humaine dans laquelle, par exemple, à chaque fois que quelqu’un a eu un enfant, il a eu entre trois et six mois de congés paternité. Quand il y a des besoins personnels, s’il faut prendre un peu plus de temps, nous le faisons. Ce phénomène a fait que ça a un petit peu plus espacé les répétitions, mais je pense que nous aurions quand même passé un an et demi sur ce disque, parce que nous avions envie de travailler les compos. Pas pour en faire de la musique sophistiquée, nous n’avons pas envie d’être Tool à la place de Tool, mais au contraire, pour faire quelque chose de fluide qui nous ressemble vraiment, qui paraît évident. Il n’y a rien qui m’emmerde plus que quelque chose qui sent le travail. Je déteste le metal prog, parce que tu as l’impression qu’il y a un gars qui dit tout le temps : « T’as vu chef, ça, je sais le faire ! » Ça me débecte un peu. Il y a peut-être aussi un côté judéo-chrétien : « J’en ai chié, donc c’est bien ! » [Rires] Moi, c’est le contraire qui me plaît, quand tu écoutes Aretha Franklin et que tu as l’impression que tout le monde peut faire ça, là c’est la classe. Nous sommes donc plus dans cette optique-là.
« Je préfère essayer d’aller chercher où est encore l’étincelle du rock n’ roll dans mes tripes plutôt que de faire du curling sur des acquis. Ma plus grosse angoisse dans l’existence est de m’emmerder. J’ai un peu une phobie des habitudes. Pour moi, le pire film d’horreur, c’est Un Jour Sans Fin ! [Rires] »
Puis nous avions envie de faire un disque qui donne de l’énergie, envie de bouger, etc. C’est d’ailleurs la seule fois où nous nous sommes un peu parlé avant de rentrer dans les compos. D’habitude, nous faisons des morceaux et au bout d’un moment, nous nous disons : « Tiens, ça peut faire un album. Qu’est-ce qu’il manque à ce tas de morceaux pour que ça ressemble à un album ? » Là, ça n’a pas non plus été le vrai brief, en se disant : « Il faut un morceau comme ci, un morceau comme ça. » C’était plus dans l’état d’esprit. Nous sommes partis du constat que nous allons faire beaucoup moins d’albums que nous en avons déjà fait, c’est normal, et que, du coup, il faut s’appliquer. Il ne faut pas donner n’importe quoi aux gens. Nous nous refusons de faire un album de reprises de Lofo. Il y a des groupes, au bout de quelques albums et années d’existence, tu as un peu l’impression que c’est devenu un groupe de reprise d’eux-mêmes. C’est-à-dire qu’ils n’ont plus rien à donner que ce qu’ils ont déjà fait en nous le réchauffant et en nous le servant avec une sauce différente à chaque fois. Nous, nous essayons de continuer à être un groupe de rock.
Ça fait peur qu’un jour vous deveniez comme ça ?
Non, parce que ça ne nous arrivera pas, c’est sûr. Ce n’est pas que nous faisions tout pour, mais plutôt nous ne faisons rien pour devenir – je ne vais pas citer de noms – comme ces groupes qui font leur tracklist de concert en suivant les écoutes sur Spotify, par exemple. Je conseille d’ailleurs aux publics des concerts, quand ils en sortent, d’aller voir la liste de morceaux Spotify si ce n’est pas la même qu’on leur a jouée, pour se rendre compte à quel point ils sont allés voir un groupe marketé. Ça, c’est gratuit, mais sinon, je préfère essayer d’aller chercher où est encore l’étincelle du rock n’ roll dans mes tripes plutôt que de faire du curling sur des acquis. Ma plus grosse angoisse dans l’existence est de m’emmerder. J’ai un peu une phobie des habitudes, même si, comme tout le monde, j’en ai plein. Pour moi, le pire film d’horreur, c’est Un Jour Sans Fin ! [Rires] Faire le même album que nous avons fait il y a dix ou quinze ans ou essayer sans arrêt de faire la déclinaison de « L’œuf » à l’infini, ce ne serait pas intéressant pour nous.
A l’époque de Vanités, tu nous avais dit que le côté plus virulent était en réaction à l’expérience acoustique mais aussi à la scène française « car même si elle est vivante et qu’elle gigote, tout ce qui est musique punk, metal, etc. c’est quand même hyper consensuel ». Là, j’ai l’impression que vous enfoncez encore le clou… Cet album, c’est une catharsis ou un moyen de remplir un vide avec votre colère ?
Non, remplir le vide n’est pas forcément une préoccupation. J’étais quand même un peu virulent sur la scène française, ce n’est pas bien ! En plus, je trouve qu’il y a plein de super bons groupes. Oui, ceux qui sont tout le temps mis en avant, ce n’est pas forcément ce qu’il y a de plus intéressant, mais c’est un petit peu comme ça dans toutes les musiques. Il faut que les gens qui n’écoutent que du metal ou du rock sachent qu’il y a aussi des bons groupes de rap en ce moment ; ça existe, mais on ne les entend pas. Je ne sais pas… Pour moi, chaque disque que nous faisons, c’est aussi pour prouver qu’il y a un intérêt à ce que nous soyons encore là. Se référer aux autres ou au vide qu’ils laissent… J’explique ça à ma gosse tous les jours : tu ne peux pas faire ta vie en fonction des gens que tu trouves nuls ou en te construisant en opposition à eux. Ce n’est pas forcément la bonne direction, je trouve. Nous avons fait le disque que nous avions envie de faire. Quand nous sommes entre Lofo, nous sommes tous les quatre des mecs très différents, mais nous sommes une bonne bande d’amis et de gamins, nous savons nous faire plaisir. Quand nous faisons de la musique, nous pensons surtout à ce que ça nous plaise et après nous voyons.
Le côté virulent, eh bien, ça vient du fait que nous sommes des punks ! Et tous les groupes émergeants ou qui existent depuis quelques années que j’écoute en ce moment, qui ont sorti des albums récemment, ils font tous des albums énervés ! Par exemple, je n’ai jamais autant écouté la scène anglaise qu’en ce moment. Même à l’époque punk, je n’écoutais pas autant de groupe anglais que j’en écoute en ce moment, et là où ça ne va vraiment pas bien autour de chez nous, c’est là-bas. C’est l’histoire du blues, l’esclavage, etc. C’est un peu con, mais mine de rien, j’ai l’impression qu’il faut qu’on en chie pour faire de la musique intéressante. Enfin, moi je trouve ça intéressant : cette expression de la colère est un des trucs qui me plaisent le plus dans la musique. C’est pour ça que toute la scène anglaise, je ne sais pas qui je vais citer… Bob Vylan, il y a un groupe que j’adore qui s’appelle Crows, les mecs de Soft Play qui ont changé de nom, ils s’appelaient Slaves avant… C’est super vénère ! Ce sont tous les groupes qui, dans leur inspiration, ont un lien avec l’environnement social. C’est ça qui fait notre colère.
« C’est un peu con, mais mine de rien, j’ai l’impression qu’il faut qu’on en chie [dans la vie] pour faire de la musique intéressante. »
Et puis, moi, j’écris toujours sur la musique de mes copains qui font de la musique fâchée. Il y a aussi toujours un truc d’autocensure. Je ne sais plus qui disait ça, mais quand tu es dans une forme de proposition artistique, comme moi, si tu fais ce que les gens attendent de toi, tu t’es trompé, tu n’es pas du tout sur la bonne route. C’est donc peut-être ça qui explique que de temps en temps… Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de gros mots dans ce disque. J’ai une fille qui a dix ans et elle va me demander « papa, c’est quoi ce mot ? », genre « gangbang », quand elle va me dire ça, je vais être emmerdé ! [Rires]
Tu parles de la scène anglaise, mais dans le dossier presse il était aussi précisé la scène hardcore américaine…
Oui, aussi ! Elle est complètement dingue en ce moment. Ils en chient bien aussi là-bas. Ils sont dans une société plus éclatée encore que la nôtre, et quand je dis « éclatée », ce n’est pas dans le sens que disent les jeunes aujourd’hui. C’est éclaté en deux, très polarisé, avec aucune chance de réconciliation entre deux parties du pays, donc c’est sûr que ça doit foutre les nerfs d’assister à autant de conneries d’aussi près. Il y a d’ailleurs End It, un groupe de hardcore de Baltimore, qui joue bientôt à Paris ! Je conseille d’aller voir ça. Sinon, je suis super fan de Gel, Spy, Spaced, Flatspot Records qui sort toute une floppée de groupes ultra intéressants en ce moment. Cette énergie-là me parle vraiment ! Je retrouve l’énergie du hardcore de la fin des années 80 et c’est vraiment cool. On est parti un peu du truc « je mets un marcel, je suis tout musclé, j’ai plein de tatouages », le côté un peu viriliste qui m’a toujours cassé les burnes, que ce soit dans le metal quand ils se prennent pour des Vikings ou dans le hardcore quand ils se prennent pour des pousseurs de fonte, c’est agaçant.
Ce que tu trouves dans la scène anglaise et américaine, tu ne l’as pas dans la scène française ?
Je ne sais pas. Si, tu as des gens très agacés. J’aime bien un groupe de rap comme Train Fantôme, par exemple, avec ces mecs qui crient tout le temps, j’adore ! Il y a Birds In Row avec qui tu sens une tension et une urgence, j’aime beaucoup cette intention dans la musique. Quand c’est raconté de cette manière-là, je trouve ça très classe. Je ne les ai pas forcément en tête, mais il y a quand même une bonne relève sur la scène française.
A propos de scène américaine, il y a deux morceaux qui ressortent avec des influences d’outre-Atlantique : « Les Deux » avec son côté un peu western/rockabilly et « Laisse Pas Faire » qui est un hommage évident aux Beastie Boys. Peux-tu nous parler de leur conception ?
Nous n’habitons pas tous dans le même coin – il n’y a que Phil et moi qui sommes à vingt minutes de bagnole, sinon les autres sont en province –, donc nous communiquons pas mal par mail et nous nous envoyons des bouts de musique. Quand Phil et Daniel nous envoient leurs idées chacun de leur côté, généralement, il n’y a pas de batterie, il n’y a rien, ils ont enregistré une basse ou une guitare sur un clic et démerde-toi avec ça, ce qui laisse pas mal de place à l’imagination pour les autres et est plutôt intéressant, finalement. Une fois, Daniel, nous envoie l’instru de « Les Deux ». Je suis sur le cul, parce que mon groupe préféré du monde, c’est les Cramps. C’est plus que simplement la musique, c’est tout ; pour moi, le rock n’ roll, c’est les Cramps. Et on dirait carrément un morceau des Cramps ! Je me suis dit que je ne pouvais pas chanter comme Lux Interior, singer Elvis et son slap back. J’étais quand même un peu emmerdé, je me suis dit qu’il fallait que je trouve un truc qui soit plus à ma manière, à la Lofo. Au bout d’un moment, m’est venu ce placement de voix qui rend le truc un peu moins rock n’ roll. Ce morceau a aussi pas mal pris vie en studio. C’était drôle de voir Daniel enregistrer une intro sans disto, sur un petit ampli… Bref, nous nous sommes bien amusés pour faire ce titre.
Concernant « Laisse Pas Faire », le morceau qui clôture l’album, c’est deux semaines avant de rentrer en studio, je suis à la maison, dans la cuisine en train de faire à becter un dimanche midi, je veux mettre du son et je me dis : « Ah bah, voilà, le premier album des Beastie Boys ! Ça fait six mois que tu ne l’as pas écouté, donc il faut le mettre, c’est l’heure », parce que c’est un de mes disques « forever », je l’avais en cassette ! Et dès le premier morceau, je fais : « Putain, mais qu’est-ce que c’est bon ! Quel coup de génie ce beat de Led Zep avec ce riff de Black Sab par-dessus. » Pour avoir réinventé le rap, c’est juste génial ! C’est d’une simplicité… On en revient à ce que je disais tout à l’heure : ce n’est pas le truc hyper élaboré, c’est la bonne idée au bon moment. Je me suis dit : « Putain, j’ai trop envie de faire un morceau comme ça. » Je ne suis pas gamer et tout, mais mon passe-temps avec un écran devant, c’est de jouer à Reason, c’est-à-dire que je fais des instrus, des morceaux de musique que personne n’entendra jamais. J’en ai plein, dans des styles que vous n’imagineriez même pas, notamment très années 80, très new wave… Des fois ça se limite à une boucle, il y a huit strates de sons, je trouve ça super, mais je ne vois vraiment pas où ça peut aller. C’est pendant le Covid-19, je m’étais acheté ce logiciel pour tuer le temps – ils ont une version entrée de gamme, à quatre-vingts ou quatre-vingt-dix balles.
« Il faut arrêter de croire que j’essaye de faire changer des choses. Sinon j’aurais fait de la politique ou j’aurais monté une start-up ! Ou j’aurais monté une start-up de politique pour aller jusqu’au bout. Non, je me dis des choses à moi. Ça fait déjà du bien. »
Bref, donc l’après-midi, je me suis mis dessus et j’ai composé la ligne de basse qui fait assez Beastie Boys, je pensais à eux en composant ça sur mon ordi. J’ai bricolé une petite boucle de batterie pas bien rapide. Dans la foulée, je crois que j’ai écrit pratiquement tout le texte dans l’après-midi. Le lundi, en répète, j’ai dit aux copains : « Tenez, j’ai fait ça, si ça vous intéresse. » Ils ont fait : « Ah ouais, mortel ! » C’était la dernière semaine de répète, donc nous n’avons pas eu le temps de vraiment tout composer, mais comme nous avons bien gazé au studio, nous avons pu nous permettre de prendre une après-midi entière pour travailler sur la compo de ce morceau. On comprend pourquoi quand les mecs restent six mois dans un studio, ils sortent et il y a un album qui est bien. Quand tu fais ça une journée, tu comprends qu’effectivement, c’est pas mal d’avoir tous ces moyens à disposition tout le temps. Nous avons structuré et composé le morceau dans l’après-midi et nous l’avons enregistré le lendemain. D’ailleurs, la prise des copains est live. On l’entend bien, faire une fin comme une fin de concert bordélique, tu ne peux pas le faire piste par piste, sinon ça ne marche pas.
Ça ne te donne pas envie de faire un album complet comme ça ?
Tu veux dire de le composer sur place et tout ? J’aurais un peu d’inquiétudes sur les paroles. Est-ce que j’arriverais à tout écrire ? Enfin, si les mecs prennent six mois, à la limite, mais je ne m’imagine pas passer six mois dans un studio. Par contre, la plupart des titres de l’album, c’est les trois copains qui jouent en même temps. Nous faisons trois ou quatre prises d’un morceau. Il y en a même, c’est la première ou deuxième prise que nous gardions. Ça s’est bien passé de ce côté-là, et ça se passe de mieux en mieux. Logiquement, plus tu pratiques, plus tu deviens bon. Mes copains jouent bien de la musique, donc ils sont capables de faire ça maintenant. Ce sont des grands garçons !
Cœur De Cible marque votre première collaboration avec Francis Caste pour le mix et le mastering. On a l’impression que Francis a travaillé avec presque tous les groupes de metal et de hardcore français. Qu’est-ce qui vous a poussés à vous rajouter à cette longue liste ?
Nous en avons longtemps discuté. Nous sommes un groupe libre, c’est-à-dire que nous avons toujours enregistré avec qui nous voulions. Nous n’avons jamais eu de maison de disques qui nous a imposé quoi que ce soit. C’est pour ça que le passage dans une major au début de notre carrière a été assez bref. En fait, nous avions décidé de retravailler avec notre ami Jean-Marc Pinaud a.k.a. Mazarin, qui avait fait Vanités et Omnia Vanitas, le bonus. Il avait aussi travaillé sur Dur Comme Fer. Après maintes discussions dans lesquelles le nom de Francis Caste était rentré plusieurs fois, nous nous sommes arrêtés sur notre pote Mazarin. Quand nous en avons parlé, il a eu l’élégance de nous dire : « Ok, c’est super, je suis content de travailler avec vous à nouveau, mais pour emmener votre projet plus loin, il faut que ce soit quelqu’un d’autre qui le mixe. » Nous trouvions ça classe. Le mec s’assoit sur deux semaines de boulot et l’argent qui va avec, c’est qu’il est intéressé par le projet quand même. Nous lui avons demandé s’il pensait à quelqu’un, il nous a dit : « Oui, Francis Caste. » Nous nous sommes dit que ce n’était pas con, parce qu’à un moment, nous avions pensé à lui pour enregistrer aussi. Nous lui avons dit : « Tu le connais ? » « Non, mais je vais l’appeler. » Ils se connaissent évidemment de réputation. Ils aimaient bien le travail de l’un et de l’autre. Francis était aussi super content de mixer un album de Lofo ; pour moi, ce n’était pas évident, il y a peut-être des gens que ça pourrait faire chier. Et il était très intéressé par cette expérience de mixer un album qu’il n’avait pas enregistré ; c’était la première fois qu’il le faisait, donc ça lui plaisait bien.
Tu as remarqué qu’il y a beaucoup de morceaux différents dans les couleurs musicales sur notre disque. Ce n’était pas forcément évident de trouver une unité dans le mix, de faire en sorte qu’on n’ait pas l’impression d’écouter une compil mal branlée – je crois que c’est VDB qui dit : « Une compil, c’est une playlist qui n’évolue plus » [rires]. Il nous a envoyé un premier mix de la direction dans laquelle il allait. Nous trouvions que la couleur était déjà cool et quand trois ou quatre jours après il nous a envoyé une autre version, ça avait vraiment avancé. Je suis sur le cul : je ne savais pas que nous pouvions avoir un disque avec un son comme ça ! J’avais deux envies. Premièrement, que la grosse caisse et la caisse claire n’aient pas le même son. Maintenant, sur les prods de metal, t’es là : « Vous savez qu’à l’origine, il y avait un timbre sous les caisses claires, un truc qui donnait l’impression de coup de fouet et pas de poc, poc, poc qui rentre en bête concurrence avec la grosse caisse qui fait pic, pic, pic ? » Deuxièmement, un son pas trop compressé contrairement à beaucoup de production de metal, surtout le metal français où c’est souvent un peu boursouflé. Nous voulions qu’il y ait de l’air dans ce disque aussi. Il a réussi à faire ça. Tu as l’uppercut à l’estomac et du vent dans les oreilles en même temps, donc je suis content !
« Les slogans, c’est un peu ce qui fait que tu n’as plus besoin de penser, puisque tu as réussi à condenser ta pensée en trois mots. J’essaye d’éviter ça. Maintenant, si j’utilise des punchlines, c’est plus en espérant susciter la réflexion que l’adhésion. »
Une autre première est que tu t’es chargé toi-même de la pochette. Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’exprimer visuellement cette fois-ci ?
C’est un truc que je fais depuis super longtemps, mais je ne l’ai jamais fait dans Lofo. C’est Phillus le ministre du design chez Lofo. D’ailleurs, je l’ai un peu sur le dos en ce moment pour les visuels de t-shirt… Mis à part Monstre Ordinaire qui était fait avec des photos d’Eric Canto et Mémoire De Singes où c’est une peinture de King Ju de Stupeflip, le reste, c’est toujours des créations de Phillus. Comme je disais tout à l’heure, il y en a un qui s’est beaucoup occupé de sa famille : c’est lui. Il n’avait pas forcément le temps. A un moment, il a dit : « Les gars, je ne ferai pas la pochette. Tout le temps de cerveau qui me reste pour Lofofora, je veux le garder pour la musique. » C’était plutôt responsable de sa part. Nous discutions un peu, je dis : « Ouais, je ne sais pas, je vois bien un cœur… » mais je n’arrivais pas à aller plus loin [rires]. Du coup, je me suis installé un soir sur Photoshop et j’ai commencé à prendre des petits bouts de trucs et à les assembler. J’avais cette idée dans la tête d’un cœur organique qui se fait transpercer de part en part par tout ce qui l’agresse. Il y a évidemment une symbolique là-dedans, c’est tout ce qui use nos sentiments, notre cœur d’enfant, etc. Après, le titre est venu parce que j’avais mis un cœur et une cible. Je me suis dit : « Cœur de cible, cette expression marketing bien dégueulasse… » Enfin, il y a bien pire, mais d’un seul coup, ça prenait un tout autre sens, ça faisait une espèce de chaud-froid… C’est ce que je me raconte dans ma tête, mais je trouvais qu’il y avait une espèce de contraste et que ça ferait que les gens se poseraient la question. Est-ce que ton cœur est une cible, l’ami ?
Justement, avec Lofo, quel est votre cœur de cible ? A qui vous adressez-vous ?
Vraiment, je ne pense jamais à ça. Nous sommes des putains de nombrilistes, parce que nous pensons à nous faire plaisir et à faire des morceaux que nous trouvons avoir de la gueule. Nous sommes un peu à la masse pour ça… Par exemple, quand mon tourneur m’annonce la tournée que nous allons avoir, ma première réflexion est de me dire : « Ils veulent encore nous voir ! » Je suis étonné de ça, ça fait marrer mon tourneur. Je ne pense pas aux gens qui vont nous écouter. Je fais toujours le parallèle entre la cuisine et la musique. Je ne suis pas sûr qu’un mec dans sa cuisine, quand il aborde une nouvelle recette, il imagine son dégustateur type. Je pense qu’il essaye juste de faire un truc bon, qui lui plaît. D’ailleurs, ce qui est cool, c’est de voir que notre cœur de cible évolue. Il n’y a pas que des vieux comme nous dans la salle ! Ça fait plaisir. Depuis que nous avons repris les dates cet été, j’ai vu plein de gamins devant, dont certains qui ne devaient pas avoir l’âge d’aller en concert avant le Covid-19, par exemple, et qui connaissent tous nos textes. L’autre jour, je me suis fait brancher par un gamin de seize ans qui était à fond. Je lui dis : « Tu te rends compte que tu n’as même pas la moitié de l’âge de mon groupe ? » Ça me fait hyper plaisir, je trouve ça très flatteur. On a un peu l’impression que Lofo est une clé d’entrée dans les musiques qui tapent dur. C’est les parents qui refilent ça aux enfants, les grands frères aux petits frères, aux petits cousins et cousines, etc. C’est comme ça que ça se fait. Nous nous en rendons compte. C’est super touchant. On a tous envie de partager des trucs qui nous tiennent à cœur avec les gens qu’on aime ; il y a des films que j’ai envie de montrer à ma gamine, par exemple. Te rendre compte que tu fais partie de ce package-là, c’est un peu flatteur et ça fait plaisir.
On retrouve dans l’album des thèmes qui te sont chers, mais justement comment se renouveler quand des sujets sur lesquels vous avez toujours chanté restent toujours autant d’actualité ? Tu dis toi-même que tu « aimerais éviter la redite mais le quotidien radote » dans « La Machette »…
Oui, complètement. C’est vrai. Je ne sais plus qui dit « on écrit toujours la même chanson », etc. Il y a forcément un peu de ça. Après, j’essaye de changer d’angle. C’est comme si j’étais un peintre et que je peignais le même modèle. Dali a peint sa femme je ne sais pas combien de fois, mais il ne l’a jamais peinte deux fois de la même manière. Tu trouves un autre angle, une autre façon, un autre décor, tu mets des bougies parfumées… [Rires] Evidemment, il y a des textes qui peuvent rentrer en écho avec des choses que j’ai écrites auparavant, mais j’ai essayé de les amener un petit peu différemment, car il y a des choses qui me préoccupent toujours.
Est-ce qu’il y a une sorte de naïveté parfois chez toi de croire que répéter le message pourra faire changer les choses, un jour ?
Ah mais non, il faut surtout arrêter de croire que j’essaye de faire changer des choses. Sinon j’aurais fait de la politique ou j’aurais monté une start-up ! Ou j’aurais monté une start-up de politique pour aller jusqu’au bout. Non, je me dis des choses à moi. Ça fait déjà du bien. C’est comme quand tu pars dans un pogo : qu’est-ce que c’est que cette énergie dépensée pour rien ? Tu ne crois pas que tu ferais mieux de bosser pour la France ? Ben non ! Parce que ça a quelque chose de salutaire. Ça fait lâcher la pression. Après, oui, si effectivement ça peut faire bouger des choses… J’ai eu des témoignages de gens qui m’ont dit que mes textes ont eu une influence sur eux, mais je ne compte pas changer la société dans son intégralité. Je n’ai pas ce pouvoir. J’essaye plutôt de m’exprimer, d’entrer en résonance. Ça sert un peu à ça, le rock. C’est une musique pour se défouler, à la base, il me semble.
« J’ai pu percevoir la polarisation de notre société, entre ceux qui sont prêts à t’inviter à becter en mode faux derche et à rentrer dans le game sans se poser trop de questions, et ceux qui viscéralement ont envie de te cracher dessus. J’ai vraiment cru que j’allais me prendre un glaviot à un moment ! [Rires] »
Le challenge pour toi est de faire passer des messages forts sans tomber dans le populisme. Est-ce qu’il y a beaucoup de réflexion voire d’autocritique de ta part de ce point de vue ?
Oui, justement. Comme je te disais tout à l’heure, je ne veux pas changer le monde, sinon j’aurais fait politicien, mais je ne veux pas non plus faire politicien ! Car on voit bien dans quel merdier ils sont pour s’exprimer – dans lequel ils se mettent volontairement, au nom de leur… j’allais dire de leur amour-propre, mais c’est de l’amour sale, c’est la haute estime qu’ils ont d’eux-mêmes. J’essaye de ne pas me censurer quand j’écris, d’aller plus loin, d’emmener mes idées où je ne les ai pas encore vraiment posées même si ce sont un peu les mêmes. Après, je n’ai pas de façon particulière de faire. C’est une fois que c’est fini que je m’arrête pour regarder, au lieu de me demander en cours de route où j’en suis. Mais j’essaye de ne pas être dans le slogan facile. Au début de Lofo, j’étais plus là-dedans, je voulais avoir des formules chocs ; c’est une autre époque aussi. Bien sûr que j’ai encore envie de faire quelques bonnes punchlines de temps en temps, mais pas que ça se résume à ça, parce que les slogans, c’est un peu ce qui fait que tu n’as plus besoin de penser, puisque tu as réussi à condenser ta pensée en trois mots. J’essaye d’éviter ça. Maintenant, si j’utilise des punchlines, c’est plus en espérant susciter la réflexion que l’adhésion.
Dans le clip de « La Machette » sorti en juin, on vous voit parodier les campagnes politiques. La concomitance entre la parution de ce clip et les législatives anticipées a été incroyable. Vous avez un flair pour ces choses-là ?
Nous nous sommes même fait taxer d’opportunisme par certains ! C’est sûr, tu fais le clip la veille et tu le sors le lendemain, c’est bien connu. Nous avons eu… « Tu as eu de la chance dans ton malheur ! », comme dirait ma grand-mère [rires]. C’est un peu ce qui nous est arrivé. A un moment, je me suis demandé ce que j’aurais préféré, que notre clip soit un peu moins d’actualité et qu’il n’y ait pas la dissolution et tout le merdier qui a suivi ou quoi. Nous n’avons pas fait exprès ! Nous l’avons tourné le jour des élections européennes, notamment devant la mairie du vingtième. Nous avons failli mal finir en collants, avec mes affiches sur des vrais panneaux électoraux – ce qui est complètement illégal. Romain Pernot, le réalisateur, est un pirate ! Mais c’est aussi pour ça que nous aimons bien bosser avec lui. Rentrer en résonance à ce point-là avec l’actualité, ça ne t’arrive pas tous les jours et, dans le fond, j’ai trouvé ça plutôt rigolo. Je ne sais pas si ça nous a servi ou pas, peut-être un petit peu, mais il faudrait demander à la branche marketing d’At(h)me.
Est-ce qu’il y a un homme politique qui t’a particulièrement inspiré pour incarner ce clip ?
J’ai fait un mach-up de tous les crevards. Tu sais, j’ai eu beaucoup de mal à regarder ce clip. Déjà, je ne suis jamais sapé comme ça. C’est très facile de faire cette gueule de sale con. Je me dégoûtais quand je voyais ce clip. Je me disais : « On dirait Edouard Philippe ! » Et je ne parle pas de ses problèmes capillaires. Je parle du truc dégueu que dégage ce mec, une espèce de [Éric] Ciotti à peine déguisé – Ciotti, lui, ne touche plus les bords depuis longtemps. J’ai essayé de jouer le côté fielleux, dégueulasse, hypocrite, sûr de lui. Quand tu penses à ces sentiments-là, tout de suite, tu ressembles à un homme politique, c’est dingue ! Un truc qui était fou est que des fois, nous avons fait des scènes où les copains marchaient derrière moi et il y avait des caméras de l’autre côté de la rue, ça faisait des plans un peu réels – ça n’a pas trop été utilisé –, moi, je ne sortais jamais de mon personnage, et je croisais des gens en faisant : « Bonjour ! » Il y en a qui te regardent et te détestent, ils veulent te cracher à la gueule, alors qu’ils ne te connaissent pas. Et il y a toute une catégorie de gens, parce que tu as costard-cravate avec des mecs déguisés sécu derrière, qui te respectent. Ils te font un petit sourire au cas où tu pourrais leur faire sauter une amende dans pas longtemps. C’est incroyable ! J’ai pu percevoir la polarisation de notre société, entre ceux qui sont prêts à t’inviter à becter en mode faux derche et à rentrer dans le game sans se poser trop de questions, et ceux qui viscéralement ont envie de te cracher dessus. J’ai vraiment cru que j’allais me prendre un glaviot à un moment ! [Rires]
Comme quoi tu es crédible en politicien…
C’est exactement ce que je me suis dit ! Je me suis dit que ça validait mon actor studio.
« A chaque fois que le combat féministe avance, je suis content. Et tant pis pour les mecs qui n’ont pas mis un airbag sur leur braguette. C’est un peu pénible ! C’est un sujet pour lequel j’ai du mal à parler sans m’énerver. Ça m’agace terriblement. »
Au sujet de « Maladie Mortelle », tu expliques éprouver « énormément d’admiration et trouve[r] très inspirant le combat féministe ». Comment as-tu vécu, sur le plan personnel, les « affaires » qui ont touché la scène française ces dernières années ?
A chaque fois, j’ai ouvert une bouteille de champagne. Je ne me régale pas de savoir qu’il y ait des gens qui se sont fait agresser, mais à chaque fois que ce combat avance, je suis content. Et tant pis pour les mecs qui n’ont pas mis un airbag sur leur braguette. C’est un peu pénible ! C’est un sujet pour lequel j’ai du mal à parler sans m’énerver. Ça m’agace terriblement. Et puis, le déni des mecs en général, à essayer de toujours minimiser le truc, la façon dont sont considérées les victimes, le fait de voir qu’un mec comme [Patrick] Poivre d’Arvor dort pénard chez lui tous les soirs… Quand est-ce qu’on va foutre ce mec-là en taule une bonne fois pour toutes ? Quinze jours avant sa mort ? [Gérard] Depardieu pareil, le mec est peinard. Et tous ces mecs qui arrivent et disent : « Vous avez vu ? L’affaire a été classée sans suite ! » Mais ça ne veut pas dire que tu as été innocenté, bâtard ! C’est comme le rouquin de la France Insoumise, [Adrien] Quatennens : un moment, tu fais un trou, tu t’enterres, tu ressortiras quand tu auras fait le tour de toutes les maisons d’accueil pour femmes qui se font taper sur la gueule, va rencontrer les gens, écris un bouquin, montre-nous que tu as compris et après, peut-être qu’on voudra bien t’écouter sur autre chose. Franchement, sans déconner… Tu vois, direct, même ma voix change [rires]. C’est vraiment un truc qui me rend ouf. Je peux me fâcher très fort, même avec des proches, sur ces sujets-là – je dis ça, car ça m’est déjà arrivé. C’est bon, maintenant, je n’ai plus aucune tolérance sur ce sujet.
Les Not All Men, tout ça, mais fermez vos gueules, putain ! Si ce n’est pas tous les hommes qui sont des bâtards, on a chacun un peu de ça en soi, il faut quand même l’admettre. Par contre, toutes les filles ont subi à un moment ou un autre une agression, un viol, une réflexion, etc. Ne serait-ce que dans une réunion de boulot, pourquoi quand une meuf se fait couper la parole, tu n’as pas autour d’elle cinq personnes qui vont dire : « Eh, c’est parce que c’est une femme que tu lui coupes la parole ? » Parce qu’on le sait que ça marche comme ça. En tant que mec, on te met une graine dans ta tête pour te faire croire que tu as plus de légitimité à ramener ta gueule, à expliquer les choses aux autres, etc. A partir de là, je me dis qu’il y a un gros effort à faire. Et l’effort, ce n’est pas de dire : « Oh, les féministes, elles sont radicales… » Mais ferme ta gueule aussi ! Pire encore, des meufs qui disent : « Alors, moi, je ne suis pas féministe ! » Toi aussi ferme ta gueule, en fait. On devrait rappeler la définition des mots et la mettre chaque jour en une des journaux. Être féministe, c’est juste vouloir l’égalité des sexes, entre les hommes et les femmes. Quand j’entend des femmes dire qu’elles ne sont pas féministes, j’ai envie de leur dire : « Ah bon ? Bah, retourne dans ta cuisine et arrête de nous faire chier. Si c’est ça dont tu rêves comme place de la femme… » Et comment peut-on être extrêmement pour l’égalité ? Je suis un égalitaire extrémiste ? Un moment, il faut que les mots aient du sens. On dirait une interview de Ben Barbaud, là… [Rires]
Médiapart avait fait un article sur les violences sexuelles dans le milieu des musiques extrêmes. Est-ce que toi, tu as été témoin de choses ?
Ouais, enfin, ils m’avaient interviewé sur un autre sujet, autour des VSS, sur un cas particulier, d’une amie qui a fait partie de cette scène ou, en tout cas, qui y a connu beaucoup de monde, qui a été victime. J’étais la personne à qui elle en a parlé en premier. Quand elle a témoigné auprès du journaliste, elle a parlé de moi. Le mec a dit : « Ah, tu crois qu’il voudrait bien témoigner là-dessus ? » Il m’a fait parler pendant vingt ou trente minutes de l’histoire qui nous intéressait et après, il a essayé de m’emmener sur autre chose. A la fin il a laissé juste un extrait de phrase, même pas entière, et a dit que comme j’avais écrit « Macho Blues », forcément, j’étais un mec bien, donc que de la merde, en fait. Ce n’est pas parce qu’un mec a écrit une chanson contre les violences qu’il n’en est pas capable. Moi, ce qui m’a fait le plus de mal là-dedans, c’est que l’histoire de ma copine, qu’elle a été obligée de ressortir à un journaliste et qui, forcément, fait remonter tout un tas de merde, finalement, il n’y a pas eu une ligne là-dessus dans le canard du mec, parce qu’il avait décidé de cibler Rage Tour à la sulfateuse. D’ailleurs, c’est ce que ma pote m’a dit après, et elle l’a écrit au journaliste, elle lui a envoyé un mot : elle avait trouvé que ce qu’il a fait était pire que le déni des keufs le jour où elle avait voulu porter plainte. Parce qu’il y a ça aussi : quand les femmes vont porter plainte, on leur demande si elles ne l’ont pas un peu cherché quand même.
Après, je pense que cette conversation, tout le monde l’a dans tous les milieux. Dans tous les milieux, on croyait que c’était que dans les familles du Nord-Pas-De-Calais que ça arrivait, ou dans les parkings la nuit. Eh bien, non. Quand des femmes subissent des violences sexuelles et sexistes, il y a neuf chances sur dix que ce soit un proche. Il y a donc une grosse remise en question à faire, parce que le truc est systémique – je suis d’accord avec ce mot. C’est la même chose avec l’inceste. C’est-à-dire que l’on est dans une société où, dans la valeur, tu as un homme, puis tu as une femme, puis tu as un enfant. Quand tu sais qu’un enfant sur dix est victime de pédophilie… Quand je vais chercher ma gosse à l’école, je me demande qui. C’est super malsain. Elle est moins rigolote l’interview, d’un seul coup… Bref, je suis content quand ça peut avancer. En plus, je suis en contact avec des gens super intéressants. Je n’ai jamais eu de compte Facebook ou quoi que ce soit, je m’occupe juste de l’Instagram de Lofo et ça m’a permis de rentrer en contact avec des gens vraiment intéressants sur le sujet, comme Arnaud Gallais qui est l’une des personnes les plus investies contre les violences faites aux enfants, qui fait une caravane à travers la France, qui monte des tables rondes, qui fait des conférences, etc. Nous avons déjà échangé, et ce mec m’a dit : « Merci pour ce que tu fais », rapport à ce que j’ai pu écrire. J’étais là : « Mais ça ne va pas bien ? » Ça m’a fait bizarre, car lui est tous les jours au front. C’est un peu comme le mec qui part à la guerre et c’est moi qui ai repassé son bonnet [rires].
« Pour moi, le metal, avec la country, c’est la musique où il vaut quand même mieux être nazi que pédé, tu as plus de chances de réussir. On est désolé, ça reste comme ça, et personne dans le milieu du metal ne fait rien contre. »
Il y a aussi des morceaux un peu plus personnels, moins politiques dans l’album, comme « Espoir ». Quand, dans « Apocalypse », tu chantes que tu n’y es « pour rien si le monde est pourri », où puises-tu ton espoir ?
Je pense que c’est un truc génétique. Je me suis posé cette question il n’y a pas longtemps, parce qu’on m’a fait remarquer que j’étais un mec optimiste, et j’ai fait : « Ah ouais ? » et tout le monde dans mes proches est d’accord, à me dire : « Bah oui, t’es con ou quoi ? Bien sûr que t’es un mec optimiste. » Je vais vite voir les gens et leur dire : « T’inquiète, on va trouver une solution, ça va s’arranger. » C’est vrai que je suis un peu comme ça. Je crois que je tiens ça de ma maman qui est une personne d’une résilience extraordinaire. Elle a pu changer de métier, changer de mari plusieurs fois dans sa vie, à partir du moment où ça ne lui convenait plus. A soixante ans, elle a encore changé de métier pour la cinquième fois, au moins ! Elle a divorcé à soixante-treize. Tout va bien !
De façon plus générale, ce qui ressort souvent quand tu décris Lofofora, c’est le côté « sans concession ». Est-ce que la radicalité est une vertu pour toi ?
Ouah, vous avez quatre heures ! C’est un sujet de bac philo que tu me fais ! [Rires] Non, la radicalité ne peut pas être une qualité, parce que ça peut pousser au manque de nuances. Je ne sais pas si je suis vraiment radical. Est-ce que « sans concession », c’est radical ? Peut-être un peu… Après, nous ne faisons pas de la politique, nous n’écrivons pas des lois. C’est des chansons de rock, donc à partir de ce moment-là, tu as le droit d’être radical. D’ailleurs, le rock, l’art en général, c’est un peu fait pour ça aussi, pour aller jusqu’au bout. J’encourage tous les gens qui se lancent dans une pratique artistique à trouver leur direction et à aller jusqu’au bout, parce que c’est ce qui est intéressant. On connaît déjà la température de l’eau tiède.
Vous vous êtes fait bien remarquer avec votre prestation au Hellfest. Surtout le passage où tu as dit : « On espère que vous avez aimé dépenser trois cent cinquante balles pour voir Shakaponk… Ils font une tournée écologiste avec six semi-remorques, c’est trop bien ! » C’était osé. Tu as eu des retours des intéressés là-dessus, que ce soit Shaka Ponk ou le Hellfest ?
Ni l’un ni l’autre. De toute façon, Shaka Ponk… Je ne sais pas, j’ai des copains qui trouvent ça bien, je ne comprends pas. L’autre Jiminy Cricket est tellement bidon, qu’il vienne me parler quand il veut ! Je ne connaissais pas, la musique ne m’intéresse pas, et je crois que c’était pendant le Covid-19, on passait beaucoup trop de temps sur nos téléphones, je pense, et je suis tombé sur une vidéo du gars dans son jardin en train de faire la morale, de te faire comprendre que quand même, il se trame un truc, les gars. Ce genre de privilégié qui va t’apprendre où est la lumière, ça m’a toujours gavé à un point, ce n’est pas possible. Surtout que lui, tu vois qu’il n’en a pas à tous les étages. En plus, des dires d’une personne de la boîte de prod de Shaka Ponk, s’ils splittent, c’est parce qu’ils ne peuvent plus se saquer. Ce n’est pas du tout pour l’écologie. Sinon, tu ne fais pas une tournée avec trois ou quatre semi-remorques pour dire : « Adieu, on pollue trop. » Au niveau de l’incohérence, ça se pose là. La vérité, c’est juste qu’ils ne peuvent plus s’encadrer, donc ils ont décidé d’arrêter, c’est tout. Le storytelling, c’est important à notre époque.
Quant au Hellfest, c’est le festival qui décide de ne rien nous faire découvrir, maintenant on est sûr. A moins que tu ne sois pas sorti de ta grotte pendant dix ans, tu vas y découvrir zéro groupe. C’est incroyable. Il y a un seul groupe que j’avais envie de voir, c’était Gel. Déjà, ça fait au moins trois ans qu’ils auraient dû y passer. C’est un groupe qui joue sur des festivals internationaux, partout en Europe, en Allemagne, en Hollande, ils sont toujours sur des scènes au moins de cette importance-là, mais ça ne jouait jamais avant 20h. Au Hellfest, on les colle le samedi à midi. Et l’année prochaine, ils essayent d’avoir Muse, alors que je te parlais de la scène anglaise énormément florissante, de ce label américain, etc., combien de groupes a-t-on vus de tout ça ces dernières années ? Trois, peut-être quatre ? Oui, ils ont fait jouer Zulu l’année précédente, mais ça ne va jamais très loin dans la découverte. Par contre, tu es sûr que tu vas revoir le vieux groupe allemand pour la quarantième fois. Et Lofo que tu ne verras plus, là par contre, tu es tranquille. Ça m’étonnerait qu’ils nous réinvitent après ça. De toute façon, je ne voulais vraiment pas y aller. Pour moi, c’était hors de question d’aller participer à cette bouffonnerie. Ça me casse les couilles. Je n’aime pas, à tous points de vue. Il n’y a rien qui me plaît dans cette histoire.
« Je suis vraiment un sale con, t’as vu, je chie sur tout ! »
Mais alors pourquoi y es-tu allé ?
Pour faire ce que nous avons fait, avec les Femens. En accord avec des féministes, nous nous sommes dit : « Qu’est-ce qui est le plus efficace, de ne pas y aller, de boycotter, de dire qu’on annule au dernier moment, ou d’y aller pour essayer de faire du bruit ? » Nous sommes tombés d’accord sur cette dernière solution. C’était la seule raison. Economiquement, écologiquement, artistiquement, ça n’a aucun intérêt, c’est à chier. Nous n’irons plus et je pense que nous ne serons plus invités, tant mieux. Je rajouterai aussi qu’avec les trois cent mille euros, Ben Barbaud aurait pu s’acheter un cerveau plutôt que du pinard. Nous avons joué le vendredi et c’est la nuit du mardi au mercredi que j’ai fait le backdrop sur mon Photoshop et, d’un seul coup, je me suis dit : « Putain, mais on peut faire un GIF animé ! » C’est pour ça qu’il y a des slogans qui apparaissaient régulièrement. Il y a donc eu : « Le racisme n’est pas une opinion », parce que pour moi, le metal, avec la country, c’est la musique où il vaut quand même mieux être nazi que pédé, tu as plus de chances de réussir. On est désolé, ça reste comme ça, et personne dans le milieu du metal ne fait rien contre. Et l’autre quand il dit : « J’ai appris de la polémique » concernant les VSS. Allô, il y a du monde là-dedans ? Tu devrais être destitué directement quand tu dis des conneries pareilles ! Moi aussi j’ai arrêté l’école jeune, pourtant, mais là ça fait pitié. Bref, et parmi les messages, je voulais mettre : « Ben, rends l’argent ! » Ça aurait été drôle, mais finalement, je ne l’ai pas fait. Ma meuf m’a dit : « Tu as bien fait, il peut y avoir diffamation à ce niveau-là. » J’ai aussi appris autre chose, d’ailleurs je l’ai dit sur scène : on est content, au Hellfest, on a le plus grand parking de France avec Euro Disney. C’est là que j’ai dit : « Hasard, coïncidence ? Je ne sais pas. » Sauf que Disney, ce n’est pas loin de chez moi, mais ça sert tous les jours – attention, je ne suis pas en train de défendre Disney. Le parking du Hellfest sert cinq jours par an. Cette année, ils ont loué deux mille sept cents euros des Algeco avec lits superposés où tu ne pouvais même pas incruster une troisième personne avec un matelas pneumatique ; deux mille sept cents euros pour dormir dans une boîte en fer ! Il n’y a plus rien de contreculture là-dedans. C’est vu comme le soleil du metal en France, pour moi c’est une partie du début de sa fin, c’est le vider de sens. Je ne suis pas un metalleux, donc je m’en fous, mais si j’en avais été un, je serais vénère.
Vous avez un côté trublions, anars, provocateurs, des poils à gratter en somme – je pense au moment où tu as clamé « on est des anarchistes islamo-gauchistes et on vous emmerde ». C’est essentiel pour vous dans une société comme la nôtre d’emmerder les gens ?
Oui ! Enfin, chacun a un rôle dans notre société. J’ai eu une discussion avec un mec qui bosse dans les pompes funèbres et lui, ça ne lui fait rien. C’est lui qui m’a développé cette thèse : dans une collectivité, chacun doit avoir son rôle et tout le monde ne peut pas avoir le même. On ne peut pas tous bosser aux pompes funèbres, sinon ce serait chiant. Et je pense que, très certainement, je dois avoir le rôle de bouffon, dans le sens de fauteur de troubles qui met en exergue des choses qu’il trouve chelou et les transforme en poils à gratter. Normalement, quand on vient te déplacer, ça te permet de savoir où est ta place, de te remettre à ta place. Pour revenir sur cette phrase que j’ai prononcée : il y a quand même des gens qui l’ont pris au premier degré ! Je ne savais pas qu’on pouvait prendre une phrase pareille au premier degré. Est-ce que tu as déjà entendu dans ta vie un mec se définir comme « islamo-gauchiste » ? Est-ce que tu as déjà entendu un mec se définir comme « woke » ? Ce sont des termes typiquement péjoratifs ; ce sont juste les opposants qui mettent ces étiquettes sur les gens. Il y a d’ailleurs un mec sur les réseaux sociaux, je lui ai fait : « J’aurais dit que j’étais un lémurien, tu y aurais cru aussi ? T’es con. » Sans déconner !
Beaucoup de choses, manifestement, ne fonctionnent pas dans notre société, mais le fait que vous puissiez avoir une telle liberté de ton et de discours ne montre-t-il pas quand même qu’on vit dans une société un minimum saine ?
Bah non [rires]. Je ne crois pas du tout. Je crois que nous ne sommes l’illustration de rien du tout. Enfin, je parle de moi, parce que mes copains ne savaient pas que j’allais dire ça en rentrant sur scène ; moi-même, une minute avant, je ne le savais pas. Il n’y a rien de préparé dans Lofo ; enfin, si nos morceaux, quand même, un peu. Dans ce que je raconte sur scène, je ne sais jamais à l’avance ce que je vais dire. Tout est spontané. Après, pour remettre les choses en place, c’est vrai que des fois on me dit que je suis un chanteur engagé, mais non. Il y a des mecs qui font du death metal ou du black metal en Iran, va leur parler à eux, mais pas à moi. Ou ma voisine qui s’occupe des parents d’élèves dans je ne sais pas combien d’associations d’aide aux femmes, elle a deux enfants en situation de handicap, elle est fucking engagée. Oui, évidemment, nous, nous avons une liberté de ton. Pourtant, il y a des gens qui disent : « Oh bah, maintenant, on ne peut plus rien dire ! » C’est qu’ils n’ont pas essayé, en fait. Et ceux-là, c’est qu’ils ont beaucoup de merde à dire, généralement.
« Arrêtez avec votre besoin de reconnaissance absolu. En fait, quand tu écoutes du metal quand tu es gamin, c’est justement parce que tes parents pensent que ce n’est pas de la musique et que ça les fait chier ! Et quand tu as quarante balais, tu voudrais que ce soit institutionalisé ? Voilà le constat d’échec. »
Je me faisais la réflexion : quand j’étais petit, il y avait Le Bébête Show, il y a eu les Guignols, etc., mais il n’y a plus de parodie de la vie politique. C’est un truc qui a complètement disparu. Ah si, peut-être, il y a Canteloup, je ne sais pas, je ne regarde pas parce que je n’ai pas mal aux dents à ce point-là non plus. Mais je me disais qu’il y a toujours eu un truc comme ça depuis que j’étais petit et depuis dix ans, enfin, le rachat de Canal par Bolloré et la disparition des Guignols, il n’y a plus aucun espace de parodie de la classe politique. Je pense que c’est une vraie volonté. Ce n’est pas que : « Comme aujourd’hui on peut tout dire, on n’a plus besoin de se moquer », je ne suis pas bien sûr que ce soit la vraie raison. Et je ne pense pas que l’on soit dans une société saine au niveau de la parole, parce qu’on n’aurait pas entendu en boucle, pendant la campagne des législatives, qu’extrême droite égale extrême gauche, alors qu’il y a des gens qui ont vraiment statué là-dessus et que les mots ont un sens. C’est bien la preuve que la prise de parole n’est pas saine pour autant dans notre pays. Je pense qu’on peut dire ce qu’on veut, mais dans quel cadre, à quel moment on te laisse parler ?
L’événement majeur de ces derniers mois pour les musiques électriques, c’était bien sûr la participation de Gojira à la cérémonie d’ouverture des JO. Vous l’auriez fait avec Lofofora si on vous l’avait proposé ?
Je ne me pose pas la question. Elle est trop compliquée. De toute façon, on ne nous l’aurait pas demandé. On aurait peur que je dise : « Je suis un islamo-gauchiste » [rires]. Franchement, je ne sais pas si nous l’aurions fait. Peut-être pour Daphné Bürki, parce que je l’aime beaucoup. Je ne me suis d’ailleurs même pas plus posé que ça la question, parce que nous connaissons ces mecs-là depuis qu’ils sont hauts comme ça, et je sais que c’est des mecs super intelligents et qu’ils se sont posé les bonnes questions, donc je n’avais pas envie de faire le travail après eux, à leur place, alors qu’ils avaient déjà pris la décision. Je me suis dit que s’ils ont dit oui, c’est que forcément, ils avaient de bonnes raisons de le faire. Le seul bout d’interview que j’ai vu avec les frères Duplantier, Joe ou Mario expliquait que quand ils avaient appris ça, ils n’avaient pas du tout sauté de joie. Ils s’étaient juste demandé en premier : « Est-ce qu’on le fait ou pas ? » Tu mentionnais le mot « sain » et là, je pense que Gojira, c’est une fratrie plutôt saine.
Beaucoup y ont vu enfin une reconnaissance du metal qui serait traitée comme une musique normale et pas underground…
Qu’est-ce qu’on en a à foutre ? C’est ça qui est important dans la vie, la reconnaissance ? No comment. Tu sais, je ne voulais rien donner à l’expo metal, je n’y ai pas foutu les pieds. Je suis vraiment un sale con, t’as vu, je chie sur tout ! Tous les trucs qui nous rendent institutionnels m’emmerdent terriblement. La contreculture au musée… Ma chérie me dit : « Mais tu vas bien voir des expos d’art brut, à la Halle Saint-Pierre, etc. » C’est vrai, mais quand tu fais des tableaux, tu ne peux pas aller ailleurs que dans un musée ou dans une galerie d’expo. La musique, ce n’est pas fait pour être accroché sur les murs. Il y avait même un artiste, que j’avais un peu trashé, pourtant c’est quelqu’un que je connais bien, qui avait dit : « Il faudrait qu’il y ait une catégorie metal aux Victoires De La Musique. » Mais qu’est-ce qu’on en a à carrer ? Passe un coup de fil à ta mère, elle va te dire qu’elle t’aime bien, que tu es un gentil garçon, tu vas mieux dormir la nuit prochaine ! Mais arrêtez avec votre besoin de reconnaissance absolu. En fait, quand tu écoutes du metal quand tu es gamin, c’est justement parce que tes parents pensent que ce n’est pas de la musique et que ça les fait chier ! C’est en grande partie pour ça que tu écoutes cette musique, et quand tu as quarante balais, tu voudrais que ce soit institutionalisé ? Voilà le constat d’échec. C’est que ce n’était même pas du rock, en fait ! Si tu fais cette musique, c’est pour qu’il y ait des gens qui disent : « Oh, ils ne sont pas ragoûtants, dit-donc », « Oh, ils font un peu peur ! », « Oh, qu’est-ce qu’ils sont violents ! » Et d’un seul coup, on veut des médailles ? Il fallait faire militaire ou sportif, les gars. Je ne comprends pas le principe. Mais bon, voilà, je suis un peu le vieux punk emmerdeur de service.
Après, ça m’a fait plaisir. Ce que j’ai trouvé cool, au sens large, avec cette cérémonie, c’est que ça montrait l’expression de la culture française dans ce qu’elle a eu de tonique à travers les âges. C’est des gens comme Joséphine Baker, Toulouse Lautrec, etc. qui ont fait avancer cette culture dans notre pays, ce sont les gens qui l’ont un peu secoué et sorti du cadre. Je n’ai pas regardé en entier, mais le peu d’images que j’ai vues à droite à gauche de la cérémonie, je trouve qu’à tous points de vue, ça répondait à ça et je trouve que c’était cool de le mettre en avant. Gojira, la Révolution française, c’était bien vu.
Au-delà de Gojira, le tableau en soi a fait couler beaucoup d’encre. En tant qu’anarchiste, tu as dû voir ça plutôt d’un bon œil, ne serait-ce que symboliquement, cette représentation de Marie-Antoinette décapitée…
Ouais, la pauvre, je me dis que ce n’était peut-être pas elle qui le méritait le plus [rires]. Je ne me suis pas spécialement régalé de ça. Je n’avais même pas vu au début la tête coupée, mais le côté sanglant, guerre, etc. eh bien oui, ça fait partie de notre histoire. Après, il y a des gens qui ont vu Jésus dans un banquet de Dionysos… Il faut arrêter de s’acheter des lunettes en peau de saucisson et puis ça ira mieux !
Interview réalisée en visio le 24 septembre 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Anthea Photography.
Site officiel de Lofofora : www.lofofora.com
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Mais quel gros boulard et prétention ! Ca fait la morale à tout le monde et à tous les étages en jugeant constamment, par contre quand il s’agit de se l’appliquer à soi même et notamment de justifier sa présence au HF bah c’est vite emballé « Oui, alors en fait on a fait ça pour les femens » Pfff tu parles … en plus le truc avait été préparé sur un bout de PQ, c’était nul à chier le jour du concert, même pas de discours de fond, rien, le néant, c’est contre productif au final, ça déservait la cause féministe ! Si tu viens plus au HF les prochaines années, c’est plus parce que t’es gros naze qu’un rageux mec, et pourtant y’a du niveau !
Mowé, le rageux en l’occurrence c’est Reuno je dirais! A la teneur de ses propos…
Perso j’ai adoré cet interview ! et tant pis pour les haineux et les rageurs …
Bonne tranche de rigolade avec son franc parlé et sa verdeur ^^
Moi j’aime bien ce qu’il a à dire voilà.
Peace.
@Torion: Chiale !
Ah bah par contre le deuxième trou de balle de melanchon m’avait pas manqué lui !!
Pat qui fait son droitardé de PMU… le collectif Nemesis ce sont des femmes néonazies se prétendant féministes, mais bon tu dois être le genre de spécimen à crier au Grand Remplacement vu que nous sers el famoso « Islamogauchisme », c’est rigolo y’a quelques décennies c’était « Judéobolchévisme »… y s’rait temps de te renouveler ‘spèce de nazi de comptoir !
Pfff, bon je vais remettre « Tenace » de Mass Hysteria sur ma platine…
Ah voilà le pat que j’aime incisif comme un rasoir ! Heureux du retour post JO ! On oublie 🤘🏻🤘🏻
Merci pour cet article. Je tenais à lire l’interview en entier. Eprouvante mais très révélatrice du mal actuel qui gangrène de notre société
Une vraie purge mais il le fallait, histoire de voir le vide intellectuel abyssal de ce type, digne de celui d’un gamin de 11 ans, qui l’amène à des non sens dont il n’a pas lui même pas conscience, car si obnubilé par sa haine de ce qu’il est – un homme blanc européen – et sa détestation pour tous ceux qui ne pensent pas comme lui – quel beau modèle de tolérance, cette si belle valeur dite de gauche – et du système dans lequel cet intermittent vit et profite si bien.
Le féminisme est bien entendu un combat noble et salutaire, mais en aucun celui de son « féminisme » invisibilisant les cas tragiques de Lola ou Philippine et autorisant à frapper justement les femmes du collectif Nemesis en pleine contre-manif lors d’un meeting d’un syndicat. … et il parle de sa femme comme sa « meuf » , passons …
Quant à ces black metalleux iraniens dont il prend exemple , je pense que ces gars rêvent de voir un jour nos principes de Liberté pénétrer leur société aux mœurs moyenâgeux pour pouvoir exercer librement leur passion avec leurs copines chevaux au vent en face pour les applaudir . Lui, par son islamogauchisme mortifère, soutient exactement l’inverse. sa haine des principes judéo-chrétiens à peine voilée ( sans jeu de mots) l’égare et l’amène à dire de sacrées conneries. Qu’il aille vivre à Téhéran pendant 1 an , on en reparle ensuite, s’il en revient .
Petit test : J’ai eu l’occasion de croiser beaucoup de personnes cette semaine et j’en ai profiter pour savoir s’ls connaissaient ce groupe français, résultat : inconnu au bataillon !! Me voilà rassuré.
Personnage aussi pitoyable qu’inquiétant.
Prise de parole rafraichissante!
Non, il ne « crache pas sur tout le monde », il défend très bien les féministes, comme je n’ai lu personne le faire dans ce milieu. Il met en lumière des gens qu’il considère comme « vraiment engagés », et a le bon goût de ne pas se mettre sur un piédestal de ce point de vue.
Mais c’est normal que ça fasse grincer des dents quand il pointe les travers du milieu métal.
Il vieillit mal notre Reuno. D’ou provient cette aigreur et ce suivisme des contestations de mode?
Monsieur a toujours raison, et se permet de faire la morale à tout le monde, qu’il ne perçoit qu’au travers son prime (étroit) de pensée.
Ca fait peine à lire, je le plains en fait.
« Je suis vraiment un sale con, t’as vu, je chie sur tout ! » Reuno a tout résumé en une phrase sur son fonctionnement. Ce mec est devenu imbuvable année après année. Contrairement à d’autres groupes (français) qui tiennent encore la route, Lofofora s’enfonce dans la médiocrité. Et cracher sur tout le monde, ce n’est pas la solution.
Bof, bof l’interview. Cracher sur tout et tout le monde c’est un point de vue mais un peu trop caricatural. Cracher sur le hellfest alors qu’il y a été payé à plusieurs reprises… A titre perso, je suis très content que Gojira ait participé à la cérémonie des JO. Lui qui crache sur tout le monde tout le long de l’interview ne crache pas sur Gojira pour des raisons sans argument.
Je crois qu’il s’est fourvoyé dans son jeu de comédien. D’ailleurs, peut-être qu’on saura dans 15 jours que ce n’était pas du 1er degré mais du 3ème ou du 4ème. Très déçu du gars. On peut être dans la revendication mais avec un argumentaire plus étayé à mon avis.