Pas le temps de souffler pour Lord Of The Lost. Loin de se laisser démoraliser par un rendez-vous manqué avec l’Eurovision, le combo hambourgeois entretient son bel élan faisant définitivement de l’année 2023 son année. Après une seconde tournée en première partie d’Iron Maiden (ils avaient été spécifiquement choisis par Steve Harris) et une réédition de leur dernier album Blood & Glitter agrémenté de bonus et d’inédits, les voilà de retour en cette fin d’année pour un ultime « cadeau » aux fans avec un album de reprises Weapons Of Mass Seduction.
C’est pour la sortie de ce dernier que nous avons retrouvé Chris Harms, quelques mois après notre dernier échange. La tête pensante de Lord Of The Lost détaille avec nous son approche pour réarranger des compositions très éclectiques puisque l’on parle ici de morceaux de Judas Priest, Michael Jackson ou encore Sia ! Nous revenons également ensemble sur l’expérience de l’Eurovision et différents sujets permettant d’en savoir plus sur qui est Chris Harms et de compléter notre précédent entretien.
« C’est très difficile à résumer, mais peut-être qu’il aurait fallu dix ans pour faire tout ce que nous avons réalisé en seulement un an [rires]. C’est le sentiment que ça donne. Quand j’y repense, j’ai l’impression de me plonger dans les souvenirs de dix années. »
Radio Metal : L’année 2023 a été une année chargée et marquante pour Lord Of The Lost, et la sortie de Weapons Of Mass Seduction est prévue pour le 29 décembre, soit quelques jours avant 2024. Comment est-ce que tu résumerais cette année ?
Chris Harms (chant, guitare, violoncelle) : En fait, j’essaie toujours de trouver les mots justes pour résumer tout ça parce qu’à la base nous pensions que 2022 serait notre année la plus folle, car nous sommes partis en tournée avec Iron Maiden et nous avions tous ces concerts qui n’ont pas pu avoir lieu durant la pandémie. Sauf qu’ensuite Iron Maiden nous a demandé de jouer une seconde fois avec eux, ce qui était encore plus dingue que lorsqu’ils nous l’ont demandé la première fois, car s’ils reviennent vers nous, c’est que ce que nous avions proposé n’était pas si mauvais. Nous savions que beaucoup de choses nous attendaient, mais l’année avait déjà commencé en fanfare avec un disque numéro un dans les classements allemands et nous savions que la tournée avec Iron Maiden arrivait. Ensuite, il y a eu l’Eurovision, ce que nous n’avons su qu’à partir de la mi-janvier. Nous avions évidemment postulé – en fait, nous postulions depuis environ dix ans – mais les décisions sont prises très tard, donc nous ne savions pas que nous serions sélectionnés. Puis tout a explosé, parce que participer à l’Eurovision te prend environ trois mois, avec toutes les préparations, le travail avec la presse, les interviews, la promotion… C’est très difficile à résumer, mais peut-être qu’il aurait fallu dix ans pour faire tout ce que nous avons réalisé en seulement un an [rires]. C’est le sentiment que ça donne. Quand j’y repense, j’ai l’impression de me plonger dans les souvenirs de dix années.
De façon générale, Lord Of The Lost est un groupe très prolifique avec une actualité constante. Comment faites-vous pour organiser tout ceci ?
Eh bien, le fait est que nous ne sommes jamais spontanés ! Parfois les prises de décisions peuvent nécessiter des solutions spontanées mais tu as raison : nous planifions les choses. Nous planifions tout à l’avance. Il y a quelques semaines à peine, nous avons eu une réunion au cours de laquelle nous avons parlé d’un plan d’organisation pour les cinq prochaines années. Comme cela, nous avons une visibilité, car peut-être que l’un des membres du groupe va vouloir parcourir le monde pendant quelques mois, peut-être que quelqu’un voudra faire un enfant, etc. donc tu as besoin de temps pour cela. Cela peut sembler très stupide, mais de telles choses doivent être planifiées. L’art, la passion et la musique sont toujours au centre mais nous devons garder les choses organisées, comme dans une entreprise. Il faut donc se réunir pour discuter et planifier.
Et cela a toujours été le cas dans le groupe ?
Non, cela a vraiment été une évolution, parce que nous avons justement commencé comme un groupe amateur et nous n’avions pas vraiment prévu d’en faire notre métier. Enfin, bien sûr, quand tu commences à faire de la musique, tu rêves toujours d’être une rock star mais tu ne comprends pas que c’est un travail. Tu te dis juste que c’est comme faire la fête toute la journée et baiser toute la nuit ! Mais ce n’est pas ça. C’est ce qu’on pense quand on a dix-huit ans. Alors tu commences, tu crées un groupe amateur juste pour t’amuser, et puis tu réalises que c’est un travail. Tu as perdu ton passe-temps, mais tu as un super travail, un travail que tu peux aimer. Toutefois, nous n’avons pas commencé le groupe en étant aussi organisés. Pas du tout. Quand j’ai fondé le groupe à l’époque, j’ai trouvé les membres dans mon cercle d’amis. Quand les choses deviennent plus sérieuses, il faut bien sûr planifier les choses parce qu’on a une autre responsabilité envers soi-même, son art, ses fans. On a des contrats et ce genre de choses. Je pense d’ailleurs qu’il est très important, quand on commence une activité comme la musique, de ne pas construire un concept et d’élaborer un grand plan pour ensuite y mettre de son cœur. Le cœur doit être la priorité. Nous ne nous soucions pas des contrats, des labels et de tout le reste. Nous avons commencé simplement.
« Quand tu essaies d’analyser pourquoi l’Allemagne arrive dernière à l’Eurovision, il existe de nombreuses raisons qui pourraient se comprendre, mais quelles que soient les réponses que nous essayons de trouver, quand nous en parlons, ça donne toujours l’impression que nous cherchons des excuses. Le fait est que nous ne nous attendions pas à grand-chose. »
De toute évidence, le concours de l’Eurovision a été une expérience importante pour vous, mais aussi peut-être quelque peu décevante compte tenu de la position à laquelle vous vous êtes classés. Avec quelques mois de recul, comment analyses-tu la situation ? Penses-tu que le groupe était trop bizarre ou trop extrême à certains moments pour le grand public de l’Eurovision ?
Tu sais, quand tu essaies d’analyser pourquoi l’Allemagne arrive dernière à l’Eurovision, il existe de nombreuses raisons qui pourraient se comprendre, mais quelles que soient les réponses que nous essayons de trouver, quand nous en parlons, ça donne toujours l’impression que nous cherchons des excuses. Le fait est que nous ne nous attendions pas à grand-chose. Bien sûr, cela a été étonnant d’arriver derniers parce que nous pensions qu’en tant que groupe de musique alternative, nous avions avec nous l’effet de surprise, mais ça n’a pas été un choc. Evidemment, c’était agaçant pendant les trente premières minutes, mais dans l’ensemble, nous avons adoré cette expérience et nous y retournerions, même en sachant que nous finirions encore derniers. L’expérience en elle-même a été si belle, si intéressante et si extrême, en un sens. Quand j’y repense, en étant arrivé à la dernière place, je me demande : « Qu’a-t-on perdu avec l’Eurovision ? » La réponse est que nous n’avons rien perdu ! Nous avons tout gagné. Nous avons été vus par le monde entier, nous avons rencontré plein de super artistes, nous nous sommes fait plein d’amis… La reconnaissance de Lord Of The Lost, en particulier en Europe, a doublé voire plus. C’était fou. Quelques mois plus tard, cette dernière place n’a plus vraiment d’importance. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que nous sommes toujours des outsiders, et quand un groupe comme Lordi gagne l’Eurovision, c’est de l’ordre du miracle. Il faut se dire que si tu y vas en tant qu’outsider, en tant que groupe de metal, c’est clairement plus difficile pour toi que pour un artiste pop. Mais nous nous en fichons, nous le referions sans problème, et je le dis sincèrement.
Nous avons discuté en août avec Daniel Schulz, alias Der Schulz, le nouveau chanteur de Oomph! qui est un de tes amis. Il nous a dit : « Je crois que le plus important pour le groupe n’a jamais été de gagner. Ils voulaient toucher de nouveaux auditeurs et je pense qu’ils y sont parvenus. Et puis, c’est bon aussi pour notre style de musique. Ça nous a ouvert des portes dans d’autres pays. » As-tu constaté des répercussions de cette expérience sur votre genre musical ?
Oui, absolument, mais d’abord il faut que je revienne sur quelque chose rapidement. Daniel a tout à fait raison, cela nous a ramené de nombreux nouveaux fans, mais ce n’était pas la raison principale de notre participation. Si tu fais l’Eurovision juste pour l’utiliser pour ta propre promotion, alors je pense que tu as tout faux. Nous l’avons fait principalement parce que c’était un de nos rêves d’enfant. Nous avons grandi en regardant l’Eurovision ; même si nous sommes un groupe de rock ou de metal, c’est vraiment quelque chose qui a marqué notre enfance. Nous nous sommes donc toujours imaginés un jour jouer sur cette scène. Nous avons juste essayé de réaliser ce rêve d’enfance, c’est vraiment la première raison de notre participation. Il ne faut jamais aller à l’Eurovision uniquement pour y voir une plateforme de marketing ; évidemment, c’en est une, c’est d’ailleurs un excellent effet secondaire, je ne peux pas le nier, mais ce n’était pas l’intention première.
Ce qu’il dit est en fait très vrai. Plein de membres d’autres groupes, en particulier de musique alternative, de metal, de musique gothique, sont venus nous voir et nous ont dit : « Merci de faire ça, parce que vous êtes une sorte de porte d’entrée pour le grand public vers la musique heavy. » La chanson « Blood & Glitter », en particulier, a des éléments vraiment heavy avec des cris, des riffs et des guitares accordées bas, mais c’est aussi une chanson pop très accrocheuse. Elle permet donc aux gens de facilement accéder aux musiques heavy. Ce qui est intéressant, c’est que de nombreux groupes ont dit qu’après l’Eurovision, les ventes de places pour leur propre tournée ont explosé, parce que les gens se sont intéressés à ce style. C’est quelque chose que j’ai réalisé lorsque nous étions à Liverpool : ce n’était pas seulement pour réaliser un rêve d’enfant et profiter de l’effet secondaire sympa du marketing, cela a aussi fait de nous des ambassadeurs de la musique heavy. Tous nos collègues ont beaucoup apprécié cela et je trouve que c’est super. Nous devrions donc continuer. Tous les pays devraient continuer à faire preuve de courage et à considérer l’Eurovision comme un concours de chansons et non comme un concours de musique pop.
« Si tu es capable de réduire ta chanson à un seul instrument – c’est-à-dire des accords de piano ou de guitare basiques – et une seule voix, si elle fonctionne toujours, cela signifie que c’est une très bonne chanson fonctionnelle qui contient les éléments clés d’un tube. »
Vous sortez désormais Weapons Of Mass Seduction. Penses-tu que, s’agissant d’un album de reprises, il pourrait justement plaire aux nouveaux venus, à la fois dans la fanbase du groupe et dans ce genre musical ?
Oui, je pense. Les reprises sont aussi des passerelles pour aller vers d’autres groupes et surtout des styles musicaux plus heavy, car les chansons que nous reprenons ici sont des chansons pop. Mais nous ne l’avons pas fait pour ça, nous l’avons fait parce que c’est plus intéressant – pour moi, en tout cas. Si nous faisions un album composé uniquement de reprises de chansons rock, metal et gothiques, ce ne serait pas intéressant. Plus on s’éloigne de notre domaine, plus ça devient intéressant ! Mais je suis sûr que c’est quelque chose qui peut attirer de nouveaux auditeurs pour cette raison. C’est aussi un bon effet secondaire. Et cela fonctionne aussi dans l’autre sens : certaines personnes nous connaissent et découvrent l’artiste original des chansons via ces reprises, c’est une sorte de croisement promotionnel bizarre [petits rires]. Mais nous ne l’avons pas fait pour ces raisons, nous l’avons fait parce que nous aimions jouer ces chansons et les écouter. Si nous l’avions fait juste pour nous-mêmes, sans même sortir l’album, nous en aurions été tout aussi contents.
Avais-tu l’idée depuis longtemps ?
Tu sais, le truc c’est que nous avons toujours aimé jouer des reprises. Par le passé, nous en avons sorti quelques-unes, mais surtout sous forme de faces B et de chansons bonus. Il semblait toujours trop tôt pour sortir un album de reprises. Je pense que si on sort un album de reprises trop tôt dans sa carrière, cela peut être un peu embarrassant. Il y a eu par le passé de nombreux exemples de musiciens qui ont obtenu leur premier véritable succès rien que grâce à une reprise. Nous ne voulions pas tomber là-dedans, donc nous avons toujours considéré la reprise comme une sorte de bonus, sans jamais essayer de construire notre succès là-dessus. Mais après ce qui s’est passé pour nous au cours des deux dernières années – ouvrir pour Iron Maiden, participer à l’Eurovision ou avoir des albums bien classés dans le Top Album allemand – nous avions l’impression d’avoir obtenu un succès honnête et réel avec notre propre art. Cela me semblait donc être la bonne fenêtre pour sortir un album de reprises, mais la volonté de le faire était là depuis longtemps. Nous avons d’ailleurs commencé à produire cet album de reprises très tôt, avant même l’Eurovision. Simplement parce que nous savions que nous n’aurions pas le temps de le faire le reste de l’année. Nous avons pensé que ce serait un bon dessert après notre dernier album sorti l’année dernière. Blood & Glitter étant un disque très coloré et énergique, sortir un album de reprises, qui, bien sûr, contient de super hits et des chansons emblématiques, cela donne le sentiment de clôturer cette ère d’une bonne manière.
Tu penses que sortir des reprises avant de se concentrer sur sa propre carrière est une erreur pour les groupes ?
Je n’appellerais pas ça une erreur parce que c’est peut-être une erreur pour moi, mais peut-être que pour les autres c’est la bonne décision. Cela dépend toujours de ce que tu veux. Mais pour moi, ou pour nous en tant que groupe, cela aurait semblé être une erreur de le faire trop tôt, car du coup, les gens nous auraient toujours liés à cette reprise, du genre : « Oh, c’est le groupe qui a repris bla, bla, bla. » Ces reprises seront toujours tes grands succès. Tu n’es donc jamais associé à quelque chose que tu as réellement créé toi-même. Il suffit de regarder TikTok où beaucoup de musiciens en devenir s’expriment pendant quelques semaines avant, parfois, de disparaître. Ils ont construit tout leur succès simplement en reprenant ou en réarrangeant des choses qui existent déjà. Si c’est l’essentiel de ce que tu veux, et si c’est ce qui te procure le plus de plaisir, je pense qu’il n’y a rien de mal à cela, mais si tu essayes ensuite de prouver au monde que tu es réellement capable d’être toi-même un vrai musicien, ce n’est pas facile. Certains groupes ont réussi à relever ce défi d’une manière formidable. Regarde Steel Panther : ils ont commencé comme un groupe de reprises de heavy metal, puis ils ont formé leur propre truc. Beaucoup de gens n’y croyaient pas au début parce qu’ils disaient : « Vous êtes connus comme l’un des plus grands groupes de reprises de metal. Les gens ne vous prendront jamais au sérieux avec vos propres compositions ! » Mais regarde, leur succès parle pour eux. Typiquement, dans leur cas, je ne parlerai pas d’une erreur et idem en général, d’ailleurs, parce que je ne peux pas juger les autres. En revanche, dans notre cas, je pense que cela aurait été une erreur. Je ne veux pas être le chanteur d’un groupe dont tout le monde dit : « Ecoutez, il y a le chanteur du groupe qui a repris Lady Gaga ! »
« Parfois, je suis très agacé, surtout par les hommes hétérosexuels qui essaient de définir ce qui est viril et ce que nous, en tant qu’hommes hétérosexuels, devons être. C’est tellement stupide. »
Il y a onze morceaux sur votre disque avec une grande variété d’artistes repris – Billy Idol, Sia, Michael Jackson, etc. A-t-il été compliqué de choisir ces onze morceaux ?
Le fait est que nous ne voulions pas nous contenter de faire des reprises trop évidentes. Tu sais, tu pourrais aller reprendre des chansons comme « The Final Countdown » mais, justement, nous voulions surprendre les gens de différentes manières. Avec cet album, le but n’était pas seulement de jouer des super hits mais c’était, avant tout, de proposer aux gens des morceaux sur lesquels ils n’auraient jamais imaginé nous entendre. Le morceau de Keane est peut-être celui que les gens s’attendraient le moins à nous voir reprendre. Pour le morceau « Unstoppable » de Sia, l’artiste se situe dans la lignée de Lady Gaga que nous avions déjà reprise, donc l’écart n’est pas trop énorme entre les deux. Néanmoins, nous voulions aussi être courageux sur certaines choses, comme en tentant de reprendre Judas Priest, par exemple. Nous avions déjà repris Iron Maiden pour la chanson « Children Of The Damned ». C’était aussi une décision osée mais nous avions l’absolution du groupe, en quelque sorte, parce que nous tournions avec eux. C’est vrai que si tu prends Michael Jackson, normalement ce n’est pas le premier artiste qui te vient pour une reprise, mais nous nous sommes dit : « Après tout, pourquoi pas ? » C’est juste de la musique. Peut-être que certaines personnes détesteront cette reprise, peut-être que d’autres l’aimeront. Mais pour répondre à ta question, ce n’était pas si difficile de trouver les chansons. J’ai d’abord fait ma propre liste avec de nombreuses chansons, puis j’en ai parlé aux gars du groupe pour leur demander celles qu’ils aimeraient reprendre. Ils m’ont donné quelques titres et j’ai ensuite été le filtre avant la décision finale. Sur un plan personnel, quand je chante les paroles d’une autre personne, j’ai vraiment besoin de les ressentir. Il faut que ça ressemble à ma propre chanson, pour qu’elle soit digne de confiance, pour que ce soit honnête. Tout le monde est très content du résultat final.
Et comment s’est déroulé le processus pour réarranger ces reprises ?
Pour être très concret, il y a deux façons de reprendre des titres. La première façon est de partager une toute nouvelle interprétation. Par conséquent, tu as besoin de l’accord de l’artiste et de l’auteur-compositeur parce que tu changes beaucoup de choses. C’est un processus qui peut prendre des années jusqu’à ce que ton album de reprises soit prêt, car il faut joindre toutes les personnes chez les labels et éditeurs. Nous avons donc choisi la deuxième voie, à savoir rester très fidèles et simplement apporter notre propre son. Nous n’avons donc pas vraiment fait de changement, que ce soit dans les mélodies, les accords ou la structure. Il s’agissait simplement de choisir les éléments de la chanson originale, puis de les reproduire avec nos propres sons. Ce n’est donc pas un processus très difficile, en réalité. La difficulté, pour moi, était plutôt de chanter certaines chansons, en particulier « Give In To Me » de Michael Jackson, parce que sa voix est très différente de la mienne ! Je ne voulais pas tout foutre en l’air… C’est un chanteur tellement brillant, peut-être l’un des meilleurs qu’on ait jamais eus. Aux auditeurs de décider si je m’en suis sorti ou pas.
Une chanson comme celle-là t’a donc donné du fil à retordre…
Tout cela est très subjectif mais je me dois d’être satisfait de la manière dont j’interprète les chansons. Il m’a fallu quelques jours pour tenter d’enregistrer les voix, les refaire et en être vraiment content. Ce n’était donc pas simple. Bien sûr, il y a aussi eu certains défis quand j’ai voulu conserver l’ambiance de la version originale. C’était le cas parfois avec les chœurs, comme sur « Smalltown Boy » où je voulais reproduire les voix très aiguës de la chanson. Ça a donc été un défi de choisir mes propres mélodies vocales. Chanter quelque chose de quelqu’un d’autre revient à essayer de suivre le rythme. Je vois ça comme un sport et il faut vraiment s’entraîner pour y arriver.
« Il y a des sortes de gardiens masculins qui essaient de réserver cet univers aux hommes, ce qui est totalement stupide. Peut-être que les hommes hétérosexuels veulent monter sur scène et jouer devant des filles et se sentir comme des héros. Avoir ces filles au même niveau qu’eux, ou même sur scène un mètre au-dessus d’eux, c’est peut-être une sorte de compétition qu’ils ne veulent pas [rires]. »
Penses-tu parvenir à conserver l’émotion de chaque chanson que tu reprends ?
C’est vraiment une question intéressante, car, au fond, comment savoir quelle est l’émotion originale ? C’est une question de perception. Il s’agit de ce que tu perçois toi, en tant qu’individu. Donc, ici, nous avons deux niveaux d’analyse. Premièrement, quelle est l’émotion originale ? Et, dans un deuxième temps, il faut décider si je garde cette émotion originale ou si j’en choisis d’en faire autre chose. Je pense que, dans la plupart des chansons, j’essaie de conserver l’émotion originale – celle que je pensais originale – car c’est la raison pour laquelle j’aime ces chansons. Sur un morceau comme « House On The Hill » de The Pretty Reckless, je n’ai pas vraiment ressenti le besoin de changer l’émotion présente, sauf pour certaines parties. Ma voix est tellement différente de tous ces autres chanteurs ou chanteuses. C’est un fait que, parfois, on n’est tout simplement pas capable d’exprimer les choses comme eux. Alors il faut le faire dans le cadre, disons, de sa propre portée émotionnelle. Il ne s’agit pas seulement de la partie technique mais avant tout de la portée émotionnelle. Mais c’est une question philosophique de savoir de quelle émotion originale on parle.
La dernière fois, tu nous disais qu’à douze ou treize ans, tu en avais assez de jouer des reprises et que tu préférais travailler tes propres compositions. On peut dire que c’est un clin d’œil du destin que, des années après, tu fasses un album de reprises…
Oui, bien sûr. Généralement, on arrive toujours à un point dans sa vie où, lorsque l’on se remémore jeune, on a l’impression de voir quelqu’un de très différent ! Nous sommes encore, d’une manière ou d’une autre, en train de comprendre cela. Encore aujourd’hui, il y a des choses que nous ne comprenons pas vraiment… Quand nous jouons en tête d’affiche, Il y a environ mille cinq cents personnes et pourtant, nous avons toujours l’impression qu’après nous la tête d’affiche va monter sur scène !
As-tu en tête des reprises qui t’avaient particulièrement marqué lorsque tu étais enfant ou adolescent ?
Quand j’étais jeune, je n’étais pas vraiment capable de distinguer les versions originales et les reprises. Par exemple, quand j’ai écouté pour la première fois le morceau « Tainted Love », pas la version originale mais la version de ce groupe des années 80… J’ai perdu son nom…
Tu parles de la version de Soft Cell j’imagine.
Oui, exactement ! Soft Cell. Au début, je pensais que c’était la version originale car c’est la première version que j’ai entendue. Puis, plus tard, j’ai découvert que c’était en fait une chanson des années 60 écrite par Ed Cobb et interprétée par Gloria Jones. C’est vrai que quand on entend une chanson pour la première fois, parfois on ne sait tout simplement pas si c’est une reprise ou non. C’est toujours marrant de penser à cette conversation que j’ai eue un jour où on me disait : « La reprise qu’a faite Nine Inch Nails du ‘Hurt’ de Johnny Cash est vraiment très bonne ! » « Hmmm, non c’est l’inverse en fait ! » C’est toujours intéressant aussi quand on écrit une chanson et que, pour certaines personnes, cela leur semble être un tube ou une reprise. Cela nous est arrivé récemment avec la chanson « One Last Song » que nous avons sortie en clip. C’est notre propre compo mais beaucoup de gens croient que c’est une reprise. Je vois ça comme un compliment. Mais pour revenir à ta question initiale, j’avais vraiment apprécié HIM qui reprenait « Wicked Game » de Chris Isaac. Idem pour Marilyn Manson et sa version de « Sweet Dreams » d’Eurythmics. « Word Up! » de Korn m’avait bien plu aussi à l’époque, avec la vidéo dont je me souviens particulièrement. Récemment Ghost a sorti sa reprise de Genesis, « Jesus He Knows Me », et c’est intéressant parce que lorsque l’on écoute cette version, on a vraiment l’impression que la chanson pourrait sans problème faire partie de leur propre répertoire.
« Il est évident que j’ai besoin d’être au centre de l’attention, sinon je n’aurais pas ce travail, mais je n’en ressens pas le besoin dans ma vie privée. Peut-être que si je n’avais pas ce travail, je serais une de ces personnes super agaçantes qui cherchent à être le centre de l’attention et qui font beaucoup de bruit. »
Vous avez appelé l’album Weapons Of Mass Seduction pour une bonne raison : ce sont tous des tubes à leur manière. D’un autre côté, ils proviennent d’un large éventail de styles et d’artistes, de Judas Priest à Sia. Si tu devais faire une analyse, qu’est-ce qui rend un tube si universellement séduisant ? Qu’est-ce qui fait qu’un tube est un tube ?
Si les gens savaient ce qui fait qu’un tube est un tube, on aurait une recette toute faite. Et si toutes les grandes chansons étaient des tubes, il y en aurait des milliers. Il y a tant de groupes méconnus qui ont des chansons géniales, et certaines de ces chansons ne sont jamais devenues des tubes, parce qu’il y a toujours cette étrange histoire d’être là au bon endroit, au bon moment, et parfois il faut aussi un petit peu de chance. Si tu regardes la chanson « The Look » de Roxette, elle ne serait pas devenue un tube et le groupe n’aurait pas été aussi populaire s’il n’y avait pas eu cet étudiant américain qui était en Suède et qui a amené la chanson à une station de radio locale en Amérique qui l’a jouée… Il y a parfois des moments inexplicables, mais il y a une chose que je peux dire, c’est que si tu es capable de réduire ta chanson à un seul instrument – c’est-à-dire des accords de piano ou de guitare basiques – et une seule voix, si elle fonctionne toujours, cela signifie que c’est une très bonne chanson fonctionnelle qui contient les éléments clés d’un tube, et qu’elle peut être adaptée dans n’importe quel genre musical. Quand une chanson est trop complexe et ne fonctionne pas épurée de cette manière, il est très rare qu’elle possède les éléments clés pour devenir un tube. Je pense qu’une bonne chanson fonctionne dans sa forme la plus basique et la plus simple.
Certaines des reprises sont issues d’artistes féminines, et tu joues avec une image androgyne. Je sais que, visuellement, cela vient à l’origine de Roxette et peut-être un peu de David Bowie, comme tu nous l’as dit la dernière fois, mais qu’est-ce que le fait que tu laisses transparaître ton côté féminin, surtout en tant qu’homme hétérosexuel, révèle de toi ?
Je ne pense pas être devenu ce que je suis parce que j’ai écouté Roxette ou David Bowie, mais peut-être que cela a déclenché quelque chose en moi qui a toujours été là ; j’ai simplement trouvé un moyen de le montrer et de l’exprimer. Je ne sais pas d’où cela vient. C’est quelque chose que beaucoup – surtout les hommes hétérosexuels – ne comprennent pas. Ils disent : « Si tu aimes ça, si tu te présentes de cette façon, alors tu dois être gay ou cela doit t’exciter sexuellement. » Alors que non, c’est juste que je trouve ça intéressant. Porter ces vêtements sur scène ne vient pas d’un désir sexuel. C’est une partie de moi qui me plaît. Je ne sais pas vraiment d’où ça vient, mais c’est un élément de notre art que j’aime et que j’ai envie d’exprimer. En tant que groupe visuel, ça rend les choses beaucoup plus intéressantes et, bien sûr, parfois, c’est juste pour provoquer. Parfois, je suis très agacé, surtout par les hommes hétérosexuels qui essaient de définir ce qui est viril et ce que nous, en tant qu’hommes hétérosexuels, devons être. C’est tellement stupide. Pour ce qui est de toutes ces artistes féminines, en fait je suis surtout fasciné par les voix féminines, en particulier dans la musique pop. C’est quelque chose auquel je m’identifie beaucoup plus et qui me donne envie de chanter leurs chansons. C’est pourquoi il y a tant de reprises.
Comment perçois-tu la place des femmes dans la musique heavy ?
J’espère vraiment qu’un jour ce sera quelque chose qui n’aura plus à être discuté. Si tu regardes la musique classique, la représentation hommes/femmes est pratiquement de cinquante-cinquante. Alors que dans la musique heavy, c’est encore très dur pour les filles de se frayer un chemin dans cet étrange monde d’hommes et j’espère vraiment qu’un jour ce ne sera même plus un sujet. Je suis toujours content quand je vois des femmes, surtout dans la musique heavy, parce que pour une raison bizarre, il y a des sortes de gardiens masculins qui essaient de réserver cet univers aux hommes, ce qui est totalement stupide, surtout si tu regardes le public. Mais peut-être que c’est ça le problème, peut-être que les hommes hétérosexuels veulent monter sur scène et jouer devant des filles et se sentir comme des héros. Avoir ces filles au même niveau qu’eux, ou même sur scène un mètre au-dessus d’eux, c’est peut-être une sorte de compétition qu’ils ne veulent pas, je ne sais pas [rires]. Ça a beaucoup évolué, mais alors que c’est devenu plus facile pour les chanteuses, être une batteuse ou autre, c’est toujours considéré comme l’une des choses les plus difficiles, surtout dans la musique heavy. C’est bizarre, mais j’espère vraiment qu’un jour, ce ne sera plus un sujet.
« Blood & Glitter était très coloré. la suite logique serait que le prochain album soit très sombre. C’est d’ailleurs ce qui est prévu, parce que nous en avons besoin maintenant. »
Est-ce que ton personnage sur scène et le Chris en privé sont deux personnes différentes – un petit peu comme Alice Cooper et Vincent Furnier – ou est-ce que l’un est l’extension de l’autre ? Vu ce que tu viens de dire, j’imagine que c’est la seconde option…
Oui, absolument, c’est comme le prolongement de l’autre. Ce n’est pas comme si j’entrais dans un jeu de rôle ou que j’étais une personne différente, pas du tout. Je pense que c’est juste une partie de moi que je n’ai pas besoin d’exprimer dans ma vie réelle. De même, il est évident que j’ai besoin d’être au centre de l’attention, sinon je n’aurais pas ce travail, mais je n’en ressens pas le besoin dans ma vie privée. Tu ne me verrais pas à une fête ou à une réunion de famille, ou quoi que ce soit d’autre, essayer d’être le plus bruyant et toujours dans la lumière. Je suis tout le contraire dans ma vie privée. Je suis une personne très calme, je ne bois pas, je ne me drogue pas, je ne fais pas la fête, je n’ai pas besoin de tout cela. Je suis vraiment quelqu’un de très calme et de très ennuyeux [rires]. Peut-être que cela vient du fait que j’ai la chance d’exprimer cela sur scène. Peut-être que si je n’avais pas ce travail, je serais une de ces personnes super agaçantes qui cherchent à être le centre de l’attention et qui font beaucoup de bruit. Mais ce ne sont pas du tout deux personnes différentes, ce n’est pas un rôle, et c’est très important pour moi que les gens s’en rendent compte durant nos spectacles. Quand on voit Alice Cooper, tout le monde sait que c’est une sorte de pièce de théâtre, même s’il annonce des chansons. Je respecte ça, mais ce n’est pas ce que nous voulons faire. Quand je parle sur scène entre les chansons, je suis comme tu me vois maintenant. Pendant les chansons bien sûr, c’est une autre facette de moi, mais je veux vraiment que les gens voient qui nous sommes.
Avec Blood & Glitter et Weapons Of Mass Seduction, vous présentez une version plus colorée de Lord Of The Lost, à la fois visuellement et musicalement. Serait-ce une réaction à Judas qui était très noir et blanc comme le montrent les visuels ? Qu’est-ce qui t’a fait ressentir ce besoin de plus de couleurs cette fois-ci ?
Je pense que c’est très logique. Si tu compares à quelque chose de la vie quotidienne, imagine que tu manges la même nourriture tous les jours pendant deux semaines, ensuite tu vas avoir envie d’autre chose. C’est comme ça. Nous sommes toujours à la recherche de contraste, au sein du concept en lui-même, comme avec Judas ou Blood & Glitter, mais aussi dans toutes les étapes de notre carrière. Du coup, la suite logique serait que le prochain album soit très sombre. C’est d’ailleurs ce qui est prévu, parce que nous en avons besoin maintenant. Blood & Glitter était très coloré, et Weapons Of Mass Seduction, comme je le disais, c’est un peu le dessert, les deux sont du même monde. Quand nous reviendrons, durant l’été 2025, ce sera bien sûr sombre, peut-être le plus sombre que nous ayons jamais été, parce que nous savons que nous avons vraiment besoin de l’être.
L’album Blood & Glitter se termine par « One Last Song », à propos de laquelle tu as déclaré : « Je me demandais quelle serait la dernière chanson que je voudrais chanter avant de mourir et j’ai réalisé que cette chanson n’existait pas encore. La voici. Probablement la chanson la plus importante que j’aie jamais écrite. » Quels étaient les éléments clés que devait contenir une telle chanson ? Comment l’as-tu abordée ?
Elle fait partie de ces chansons qui, en quelque sorte, se sont écrites toutes seules. L’essentiel a été fait en dix minutes – pas avec toutes les paroles. Cette chanson était effectivement prévue pour postuler au concours de l’Eurovision 2022, mais cela n’a pas fonctionné, car cette année-là l’Allemagne ne souhaitait pas envoyer un groupe heavy ; Electric Callboy était l’un des autres groupes à avoir postulé. Je me suis dit : « Si je monte sur scène à l’Eurovision, je veux une chanson qui représente tout pour moi, pour que les gens ressentent vraiment de quoi il s’agit. » A un moment donné, je me suis dit que cette chanson devait avoir l’importance de celle qui pourrait être la dernière que je chante avant de mourir, et je me suis rendu compte qu’elle n’existait pas. Le fait est que, quand j’essaie d’analyser ces paroles aujourd’hui, je ne peux pas vraiment expliquer ce que j’ai voulu dire, parce que ça venait vraiment purement du cœur. Je me suis posé avec une guitare acoustique, j’avais cette mélodie en tête et les paroles du refrain – « a song about love, a song about death… » – et j’ai commencé à enregistrer avec mon téléphone. Ça a duré environ dix minutes. J’ai chanté cinq ou six couplets différents avec parfois plein de mots qui ne voulaient rien dire, en improvisant ou en utilisant des mots qui n’existent pas, de l’anglais fictif. Ensuite, j’ai tout réécouté, puis j’ai commencé à écrire les parties les plus importantes, mais les mélodies et le fond étaient déjà là dans leur forme la plus basique. Je trouve ça fou parce que je ne m’étais jamais vraiment posé pour réfléchir à ce qui était important pour moi : mon fils, mes parents, mes amis, demander pardon, être un bon être humain… C’est sorti tout seul ! Je pense que c’est la forme la plus pure d’épanchement, en mettant tout son cœur dans quelque chose, donc j’aimerais répondre à cette question, mais je ne peux pas vraiment te dire parce que c’est venu du plus profond à l’intérieur de moi et ce n’était pas contrôlable.
« Je n’ai jamais essayé de baser mon bonheur sur la réalisation de mes rêves, parce que je connais plein d’artistes qui sont toujours dans l’attente de cet énorme succès, dans l’espoir d’être heureux un jour. J’ai de gros rêves, mais ils ne sont pas la source de mon bonheur. »
Comment imagines-tu ta mort ? Est-ce une chose à laquelle tu penses, même si tu es encore jeune ?
Je ne suis pas si jeune, j’ai quarante-trois ans ! [Rires]. En fait, j’y ai pensé lorsque ma grand-mère est décédée il y a quelques années. Elle a dû aller en maison de retraite et elle n’était plus elle-même pendant les derniers mois de sa vie, elle n’était plus capable de faire quoi que ce soit à part rester allongée dans son lit. Parfois, elle avait des moments d’éveil durant lesquels elle réalisait ce qu’il se passait, mais elle ne pouvait rien faire. Je me souviens d’un moment qui m’a beaucoup ému, parce qu’elle ne pouvait plus vraiment parler, mais elle pouvait répondre avec ses yeux, elle les clignait et me disait « oui » ou « non ». Un jour elle a eu ce moment d’éveil et je lui ai demandé : si quelque chose de mauvais se reproduisait avec sa santé, si elle devait être réanimée ou quelque chose comme ça, est-ce qu’elle souhaitait qu’on le fasse, ou est-ce qu’elle préférait qu’on la laisse aller rejoindre son cher mari qu’elle avait déjà perdu depuis longtemps, pendant la Seconde Guerre mondiale – le père de ma mère est mort avant même la naissance de ma mère. Avec ses yeux, elle m’a fait savoir qu’elle voulait qu’on la laisse partir. Cela m’a fait réaliser que ne plus être soi-même et ne plus rien contrôler, tout en étant là, en comprenant ce qui se passe, était l’une des pires choses qui pouvaient nous arriver, autant que mourir d’une maladie douloureuse.
Il y a quelques semaines, un ami m’a parlé d’une personne âgée qui est morte dans son sommeil. Je pense que mourir dans son sommeil à un âge avancé, sans que personne soit choqué, ni vraiment surpris, parce que tout le monde sait que cela peut arriver, c’est quelque chose que j’aimerais. Je ne voudrais pas que ma mort soit surprenante et choquante pour mes proches. Le truc, c’est que j’ai beaucoup pensé à la mort, surtout après avoir fait « One Last Song » et le clip vidéo. Ce n’est pas comme dans les films ; quand tu regardes Forrest Gump par exemple, il est là avec sa mère allongée, il regarde par la fenêtre et une seconde plus tard elle est morte… Même pour les personnes âgées, ça ne se passe pas comme ça ! Quand ma grand-mère est décédée, de cause naturelle, à l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans, il lui a fallu environ deux heures pour mourir. Elle était très âgée, mais tout ce processus de mort et de départ de ce monde reste un combat pour le corps, ça n’a rien d’héroïque, rien de romantique, rien de beau, rien de tout ça. Je pense donc que mourir dans son sommeil et ne pas avoir à faire partie de ce processus est quelque chose de très honorable.
Soit dit en passant, c’est aussi quelque chose que nous faisons dans notre musique : la mort devient toujours un symbole bizarrement romancé. Peut-être que le besoin de faire cela est une façon pour nous, les êtres humains, de nous dire que ce n’est pas qu’un truc douloureux [rires]. Peut-être qu’on ne veut pas voir la mort de cette façon, car, encore une fois, nous faisons pareil dans notre musique. Mais la mort, mourir, ça craint, il n’y a rien de bon là-dedans !
Au début de l’interview, tu nous disais que votre participation à l’Eurovision était un rêve d’enfance devenu réalité. As-tu d’autres rêves de ce type pour la suite, même certains qui auraient pu te sembler inaccessibles il y a quelque temps ?
Il y a quelques chanteurs avec qui j’adorerais chanter un jour. La liste est longue, il s’agit de personnes comme Steven Tyler ou Lady Gaga, ou encore écrire une chanson avec Per Gessle de Roxette. Peut-être jouer avec des héros de mon enfance comme Guns N’ Roses. J’ai donc une énorme liste de rêves. Ceci dit, il faut vraiment faire attention à ce que l’on souhaite, parce que certains de ces rêves se sont réalisés : tourner avec Iron Maiden et participer à l’Eurovision, ce sont des choses qui me paraissent encore irréelles. Bien sûr, nous avons encore plein de rêves, mais – et je vais parler seulement pour moi – je n’ai jamais essayé de baser mon bonheur sur la réalisation de ces rêves, parce que je connais plein d’artistes qui sont toujours dans l’attente de cet énorme succès, dans l’espoir d’être heureux un jour. J’ai toujours été heureux, tout au long de notre carrière, parce que j’ai la chance de faire ce que j’aime, de pouvoir appeler ça mon travail et de gagner ma vie en faisant ce que j’aime, donc je chérirai toujours ça. J’ai de gros rêves, mais ils ne sont pas la source de mon bonheur. Nous sommes très heureux de ce que nous avons accompli au fil des années. C’est là l’essentiel : il faut toujours être heureux avec ce que l’on a à l’instant présent et ne pas se contenter d’attendre ce grand moment de chance qui pourrait ne jamais arriver.
Interview réalisée par visio les 31 octobre & 22 décembre 2023 par Amaury Blanc & Mathilde Beylacq.
Retranscription & traduction : Amaury Blanc & Mathilde Beylacq.
Photos : Jan Season (1, 4, 9).
Site officiel de Lord Of The Lost : www.lordofthelost.de
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