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Chronique Focus   

Lunatic Soul – The World Under Unsun


The World Under Unsun est loin d’être une sortie anodine pour Lunatic Soul. Le grand cycle dit du « cercle de la vie et de la mort », entamé aux débuts du projet dix-sept ans plus tôt, voit enfin ses deux bouts se joindre. L’occasion pour Mariusz Duda, si besoin en est, de rappeler que cette aventure au long cours ne se résume nullement à un bête projet parallèle : Lunatic Soul est aussi – voire plus – important que Riverside, ne serait-ce que du fait de la liberté qu’il s’y accorde et des vertus thérapeutiques de la démarche.

Ce fameux cycle, dont les composantes sont parues dans le désordre, conte les pérégrinations d’un personnage continuellement bringuebalé entre vie et mort. Cet épisode se glisse chronologiquement entre Fractured (2017) et Walking On A Flashlight Beam (2014), ce qui lui confère un trône au milieu de l’hémicycle consacré à la vie. Si on pourrait penser que cela ferait de lui un album tout rose, loin s’en faut : il traite de relations et habitudes toxiques. Le terme névralgique « unsun » du titre, référence à une éclipse solaire, souligne d’ailleurs que le monde et le personnage ne sont pas à leur plus fort.

Histoire de finir en beauté, Mariusz Duda a concocté un double album d’une heure et demie – une longueur et une approche amenant l’artiste à le présenter comme un « film musical ». Basse piccolo et voix douce aidant, on reconnaît facilement le projet (à ce stade, Lunatic Soul aurait beau reprendre « La Merguez Partie », on saurait de qui ça vient) ; cependant, de surprenantes prises de risques sont moulées dans ces fondations connues et autres clins d’œil. Les penchants ambiants et atmosphériques sont mis très en avant, même si les influences folk et rock ne sont pas en reste. Le tout est parsemé d’invitations à la transe, avec parfois même un argumentaire psychédélique comme sur le titre d’ouverture – d’autant plus que Mariusz Duda est également friand de sonorités vaguement orientales et nous le rappelle volontiers (« Self In Distorted Glass »). Et quoi de mieux pour une clôture qu’un peu de nostalgie ? « Good Memories Don’t Want To Die » s’en occupe allègrement, avec en prime d’étonnantes notes pincées évoquant le dungeon synth. Les percussions et arpèges de « Loop Of Fate » rappellent les premières heures de Lunatic Soul, mais en plus inquiétant, tels des sous-sols cyberpunks. Le saxophone invité se montre parcimonieux et néanmoins expressif, loin des nappes brouillonnes qu’on craint souvent en pareilles circonstances. Il ne se lance pas non plus dans de caricaturaux solos langoureux qui n’auraient, ici, pas forcément leur place. Même très centrées sur le piano, les ballades ont bien des cartes à jouer : « The Prophecy », assez proche de certaines compositions de Steven Wilson, amène un petit côté The Pineapple Thief en prime. Enfin, rien à redire côté sound design – un domaine cher à Mariusz Duda : « Mind Obscured, Heart Eclipsed », qui aurait pu tourner à la berceuse, fait un peu office d’ASMR, avant de prendre un tournant narratif des plus inspirés, tout en élégance.

Du côté obscur de l’album, « Hands Made Of Lead », sombre et ritualiste, use de cuivres et de rythmiques entêtantes à la Five The Hierophant. Le chant en rajoute une couche et achève de nous enfermer un temps dans de vieux cachots humides. On est tiré de là par « Ardour », un des titres les plus atypiques de Lunatic Soul : celui-ci tire parti de sa douceur de manière inattendue, avec des rythmiques et répétitions presque guerrières bien que soufflées. Quant à « Game Called Life », sa découverte serait à même d’inspirer des réactions du type « Hein ? On passe de la prière d’un ascète à une espèce de chiptune ? », mais un rapide coup d’œil au titre explique ce phénomène et en fait un coup de génie. Peut-être est-ce là qu’on sent le mieux l’influence de la musique que Mariusz Duda a commencé à sortir sous son propre nom pendant le Covid-19. Aux yeux de l’artiste, la machine peut être une trace de chaleur humaine pas si lointaine ; ainsi, ce titre se réhumanisera progressivement. Après tout, on est en quelque sorte les parents desdites machines.

Lunatic Soul nous a toujours invités dans l’intimité de Mariusz Duda, mais, en ce qui concerne The World Under Unsun, cette incursion confine à l’indiscrétion (« Confession ») ! « Parallels » touche également une immobilité et une beauté sous-marines, faites d’isolation mais aussi de tableaux d’un inexorable dépérissement. Les émotions, et les concepts mêmes de positivité et de négativité, se mêlent souvent sans complexe chez Lunatic Soul – jusque dans le titre de « The New End », qui apporte une conclusion appropriée à ce long édifice et prépare paisiblement un potentiel nouveau départ. Comme l’évoque Mariusz Duda dans sa communication, les choses achevées restent pour toujours en nous, d’une certaine manière. Tout est consommé, mais tout reste possible – plus encore qu’auparavant.

Clip vidéo de la chanson « The New End » :

Clip vidéo de la chanson « The Prophecy » :

Clip vidéo de la chanson « The World Under Unsun » :

Album The World Under Unsun, sorti le 31 octobre 2025 via Inside Out Music. Disponible à l’achat ici



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