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Live Report   

Marilyn Manson : entre renaissance et nostalgie


Marilyn Manson a fait des scandales son fonds de commerce. Les accusations dernièrement portées à son encontre posent pourtant aujourd’hui un vrai cas de conscience. Si les soucis judiciaires ont été classés pour prescription, l’aura du dandy américain s’en est trouvée fortement entachée et son retour en tournée se voit chamboulé par divers mouvements d’indignation. Chacun fera ses choix en son âme et conscience, le public ayant malgré tout répondu présent pour cette petite série de dates dans l’Hexagone. Rien d’étonnant. Marilyn Manson ne s’est pas produit en France depuis le 27 novembre 2017, date à laquelle il était apparu une jambe dans le plâtre et souvent essoufflé pour un concert poussif devant un public parisien clairsemé. L’artiste s’est depuis offert une renaissance artistique avec l’album One Assassination Under God – chapter 1 et a totalement revu son hygiène de vie.

Désormais totalement sobre, Marilyn Manson s’est reconnecté sur disque avec ses inspirations initiales et trouve sans surprise un écho favorable en plein revival neo. Ce dernier a par ailleurs reconstitué une troupe de mercenaires talentueux pour sillonner les routes, s’adjoignant les services de la guitariste Reba Meyers (Code Orange) ainsi que du bassiste Piggy D. (Rob Zombie, Amen, Wednesday 13) pour accompagner les désormais vétérans Gil Sharone et Tyler Bates. Une formule à deux guitares inédite dans l’histoire du groupe, qui lui offre une force de frappe décuplée.

Artistes : Marilyn MansonDead Posey
Date : 9 novembre 2025
Salle : Le Zénith
Ville : Nantes [44]

Mais place en guise de warm-up au trio américain Dead Posey. qui ne dispose que de trente petites minutes mais se produit devant un Zénith de Nantes plein comme un œuf. La prestation ne démarre pourtant pas sous les meilleurs auspices. Le son est relativement faiblard, un manque de puissance qui permet cependant de profiter du set sans protections auditives. Il est par contre parfois brouillon et strié de quelques larsens qui viennent légèrement gâcher la découverte des trois premiers morceaux. Dommage, car l’ensemble est plutôt intéressant. Dans une veine rock à mi-chemin entre goth et indus, le groupe déroule des compositions aux refrains efficaces. On pense inévitablement à Kidneythieves ou Queenadreena, la chanteuse Danyell Souza affichant la même science de l’équilibre entre vocaux langoureux et explosions hystériques.

Si l’absence d’un bassiste peut parfois se faire sentir, surtout au vu de la taille de la scène, la frontwoman assure le spectacle. Elle minaude, cabotine et joue constamment avec le public, jusqu’à rejoindre les premiers rangs à l’occasion d’une reprise dynamique du classique « Blue Monday ». Ce quatrième morceau permet d’ailleurs au show de véritablement décoller. Le groupe propose une relecture plus proche de la version du groupe Orgy – single phare de l’album CandyAss, 1998 – que de l’original de New Order, cette version survitaminée assurant son petit effet. Le son s’étant clairement équilibré, Dead Posey poursuit sur ce petit engouement avec trois compositions énergiques sur lesquelles l’ingé lumières semble profiter pleinement du dispositif massif mis à sa disposition. Le trio achève son concert sur « Welcome To The Nightmare » à la fois mélodique et tendu. Une belle découverte autant qu’un choix cohérent, le groupe affichant une couleur musicale très 90’s et une direction artistique en accord avec la tête d’affiche.

Les Américains ne rigolent pas avec le timing. Les lumières s’éteignent subitement à 20h00 pour permettre à Manson et à sa clique d’attaquer les premières notes du récent « Nod If You Understand », titre lancé derrière un rideau qui ne laisse apparaître que des silhouettes. Quelques secondes introductives avant que ce dernier ne tombe et laisse place à un véritable déluge d’agressivité. Le passage à deux guitaristes dresse un mur de décibels si massif que le chant de Manson en est presque relégué au second plan. Le groupe a retrouvé une hargne et un mordant que l’on pensait à jamais perdus, volonté d’en découdre qui se traduit aussi bien sur le récent album One Assassination Under God que dans l’approche du spectacle. Les furieux « Disposable Teens » et surtout « Angel With The Scabbed Wings » terrassent littéralement. Les grattes sonnent comme des perceuses, dopées par un son extrêmement fort et consistant. Les lumières en envoient plein la gueule et l’équipe technique inonde la salle d’une fumée épaisse. On vit ces deux titres intensément, en apnée.

Marilyn Manson est dans une forme olympique. L’artiste s’est étonnamment repris en main avant d’aborder son retour, et balaie en à peine quelques morceaux le souvenir de prestations au pire neurasthéniques, au mieux en pilotage automatique, dont il s’était fait spécialiste au cours de précédentes tournées. Il a d’ailleurs considérablement réduit les changements de tenues et s’en tient à quelques oripeaux rappelant les vidéos de grands classiques que sont « Great Big White World » ou « This Is The New Shit ». Des morceaux parfois repris si puissamment par le public que le chant du frontman peine parfois à passer au-dessus, alors même que celui-ci assure un véritable sans-faute sur le plan vocal. L’interprétation est carrée et irréprochable. Mais elle est surtout vivante et de nouveau vibrante. Manson joue avec les tripes, en témoigne un « The Reflecting God » d’anthologie aux riffs industriels aussi sales qu’acérés. Le groupe tourne désormais sans musicien aux claviers et ornements électroniques, les habillages se voulant de fait parfois trop discrets face à l’avalanche de riffs – un titre comme « This Is The New Shit » s’en trouve un peu dénaturé. Rien de grave néanmoins. Manson a visiblement voulu son set aussi brut que possible, approche qui électrise littéralement la foule.

La set-list est astucieusement construite pour titiller la fibre nostalgique. Manson sait ce qu’attend le public et ne prend aucun risque si ce n’est de disséminer ici et là quelques extraits de son dernier album. On peut cependant regretter que le groupe ne s’autorise pas une ou deux surprises via des morceaux moins attendus ou rares. Aussi imparfaits soient-ils, certains albums de sa seconde partie de carrière – de Eat Me, Drink Me à We Are Chaos, soit quand même six disques totalement ignorés – regorgent de morceaux de qualité. Le chanteur a de plus construit une relation de travail fructueuse et intéressante avec le guitariste Tyler Bates, toujours présent dans les rangs, depuis le très bon et bluesy The Pale Emperor. Espérons que Manson saura éventuellement revenir à ce pan de sa discographie à l’avenir. Dans l’immédiat, on apprécie la prestation pour ce qu’elle offre : un pur shot d’adrénaline. Dans une ambiance de boîte de nuit glam et gothique – le light show et le décorum sont dantesques –, Manson s’amuse à lancer le provocateur « I Don’t Like The Drugs (But The Drugs Like Me) » avant de soudainement le couper après quelques secondes pour lui préférer un discours franc sur son rapport aux substances. Il offre en guise de lot de consolation « The Dope Show », classique issu également de l’indémodable Mechanical Animals.

Le concert est joué tambour battant et passe à la vitesse de l’éclair. Le grand échalas gothique prend le temps de présenter l’ensemble des musiciens, dont la bondissante Reba Meyers qui apporte un véritable vent de fraîcheur. Le run final enquille les plus gros hits du répertoire du groupe : l’inévitable reprise de « Sweet Dreams (Are Made Of This) », le glamour « mOBSCENE », sur lequel de grosses lettres rouges au nom du morceau descendent du plafond, et le malsain et saccadé « The Beautiful People ». Assommant. Une lourdeur que l’on aurait aimé retrouver pour « Tourniquet », premier morceau de rappel joué un peu mollement. Reste cependant une mise en scène comme à la grande époque, avec un Brian Warner perché sur ses échasses et haranguant les premiers rangs. Et quel final. Sous une pluie de fausses cendres, le groupe délivre un long « Coma White » sombre et envoûtant, point final d’une soirée courte mais d’une intensité folle. S’il est un homme potentiellement trouble et que des questionnements relatifs à son comportement marqueront probablement définitivement sa musique, Marilyn Manson reste un immense artiste.

Setlist :

Nod If You Understand
Disposable Teens
Angel With The Scabbed Wings
Great Big White World
One Assassination Under God
This Is the New Shit
The Reflecting God
Sacrilegious
I Don’t Like The Drugs (But The Drugs Like Me) (intro)
The Dope Show
As Sick as the Secrets Within
Sweet Dreams (Are Made of This) (Eurythmics cover)
mOBSCENE
The Beautiful People
Tourniquet
Coma White

Photos : Zenith Paris La Villette.



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  • Même ressenti général pour le concert de Grenoble, hier soir : en tant que fan absolu, je pense que mes attentes étaient montées d’un cran à la lecture des différents reports publiés depuis le début de cette tournée.

    Manson est en très grande forme physiquement et vocalement, et rien que ça, c’est un régal. Les mimiques sont les mêmes mais sans pour autant être surjouées, les tenues sont plus sobres mais sans doute plus en accord avec ce qu’est le Révérend aujourd’hui. J’apprécie le fait qu’il ne soit pas tombé dans une caricature de lui-même en remettant en scène tout ce qu’on pourrait attendre de lui. Seule nuance à mon propos : les échasses sur Tourniquet que j’ai trouvées inutiles ; l’effet est même inverse car elles ont à mon sens cassé la dynamique qui s’était installée.

    Très content qu’il ait enfin viré Lunchbox de la setlist ! Comme tout le monde, j’aurais préféré un show plus long (environ 1h20 hier soir) et plus de surprises dans le choix des titres, même si nous avons eu droit à l’excellent Long Hard Road Out of Hell, ainsi qu’au génial Great Big White World ! Les musiciens paraissent un peu transparents à côté de Manson, même si ce dernier a pris le temps de les introduire longuement et avec humour.

    Rien à redire me concernant sur la communication avec le public : pas mal d’interactions tout au long du concert, une petite histoire sur son rapport aux drogues et la façon dont il les a enterrées dans le désert pour rentrer chez lui seul et débarrassé de ses addictions (impossible de ne pas mettre ce discours en parallèle avec celui de la période Mechanical Animals et immortalisé sur The Last Tour on Earth, et de constater le chemin parcouru) et un aurevoir sobre, classe et humble sur le final enneigé de Coma White.

    Comeback réussi.

  • @Xnimak, oui tu as raison, c’est vrai que les plus « anciens » sont ceux qui font durer le plaisir.

    Quand je parle de « norme d’aujourd’hui », je pense plutôt aux groupes plus récents (même si on ne peut pas vraiment mettre Manson dedans il est vrai) et souvent américains d’ailleurs : Nothing More (je les ai vus à Paris, 1h15 de show), Falling In Reverse, Godsmack, Bad Omens, etc. Je constate en regardant les setlist que la durée est de plus en plus souvent comprise entre 1h15 et 1h30.

  • @Axl : quand tu dis « 1h20 devient une norme aujourd’hui », tu parles en général, ou juste de MManson ?
    Parce que j’ai rarement vu des concerts passer en dessous des 1h45 récemment ; Helloween, Iron Maiden ou AC/DC c’est 2h15, et ne parlons pas de Guns N’ Roses ou Dream Theater qui côtoient (voire dépassent) les 3 heures.

  • Un concert vraiment excellent, je me suis éclaté tout du long : comme beaucoup, je suis stupéfait de la renaissance de Manson, physiquement en incroyable forme. Les morceaux du nouvel album passent parfaitement l’épreuve scénique.

    Avec Dimitri, je regrette cependant un set trop court (A peu près 1h20), visiblement ça devient presque une norme aujourd’hui, mais je trouve qu’au prix de la place, ce ne serait pas un scandale d’avoir 3 ou 4 titres de plus; ça aurait d’ailleurs été l’occasion de glisser quelques morceaux de disques plus récents (ils ne manquent pas de pépites non plus).

    Par contre, l’ambiance en fosse, la vache… J’ai du tomber sur le mauvais coin, mais alors, il ne faisait pas bon de s’amuser, j’ai rarement connu ça et je ne suis pourtant pas un grand agité.

    Bref, Manson n’a peut être jamais sonné aussi bien sur scène, et c’est ça l’essentiel (le final avec Coma White, quel bonheur) !

  • Un avis très partagé pour ma part. Autant Manson était en grande forme et plutôt sympa avec le public, autant le set était trop court, et surtout la balance très mauvaise avec une voix à peine audible et littéralement couverte par les instruments, on avait d’ailleurs parfois peine à reconnaître les chansons. La setlist était pas mal effectivement même si on a toujours des regrets (j’aurais bien aimé Deep six pour ma part). Les zikos à gauche étaient par contre dans leur bulle, ont à peine réagi quand Manson les a présentés. Et dernière déception, la fin abrupte et MM qui se barre comme un coup de vent. Bref des petits points un peu agaçants et un avis plutôt unanime avec les amis présents ce soir là.

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