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Interview   

Mass Hysteria : toujours aussi direct !


Mass Hysteria, trente ans après ses débuts, continue de (nous) surprendre. Le fait d’avoir proposé son nouvel album, Tenace, en deux parties a ainsi pu susciter la curiosité. Pourtant, le groupe a su répondre aux interrogations de la meilleure des manières en relevant haut la main ce nouveau défi. Six mois après avoir sorti sa première partie, Mass Hysteria est revenu avec la partie deux de Tenace, sortie le 27 octobre chez Verycords. L’écoute des deux disques à la suite montre qu’il est bien difficile de trouver du déchet au sein de ces quatorze titres. Preuve que le choix du groupe de couper l’album en deux parties distinctes de sept titres, pour maintenir l’attention de ses fans, était le meilleur.

Nous avons décidé de nous entretenir avec les cinq membres du groupe. Une occasion de célébrer avec les principaux intéressés ce double album en donnant la possibilité à tous les membres de Mass de s’exprimer. Et de le faire au discours direct ! Comme une sorte d’écho à l’authenticité des textes percutants et énervés de Mouss. En discutant avec Jamie, Fred, Rapha, Mouss et Yann, nous avons réalisé quelque chose d’important : si Mass en est là aujourd’hui, toujours aussi actif et pertinent, c’est notamment parce que tous ceux qui composent le quintet poussent l’exigence à un niveau particulièrement impressionnant. La parole est à eux.

Si Jamie Ryan est parfois considéré par les fans comme le petit dernier du groupe, cela fait tout de même six ans qu’il a rejoint Mass Hysteria ! Nous avons évoqué avec le bassiste les retours des fans concernant la partie une de Tenace mais aussi son apport dans le groupe et la manière dont il travaille avec ses collègues.

« Concernant les retours liés à la partie une de Tenace, on ne savait pas trop à quoi s’attendre de la part des fans suite à notre volonté de diviser l’album en deux parties. Est-ce qu’ils allaient comprendre ? Est-ce qu’ils allaient accepter et apprécier ? C’était un peu bizarre mais, au final, la plupart des gens ont compris le truc. Nous avons voulu, dans un premier temps, développer une histoire avec deux volets. Lorsque nous avons expliqué aux fans que quatorze titres pour un seul album, c’était trop compliqué, le message a bien été reçu. En effet, de nos jours, avec la rétention d’attention, un album doit grosso modo faire quarante minutes. Or là nous étions à plus d’une heure de musique. Si nous avions sorti un album d’une heure, cela aurait voulu dire que les quatre dernières chansons du disque auraient peut-être été écoutées avec moins de concentration. Nous nous sommes donc dit que ce serait bien de choper l’attention de notre public, avec deux parties, pour que rien ne passe à la trappe. Le but étant que l’auditeur se familiarise avec ce qu’on lui propose en prenant le temps de le faire. Le tout dans le cadre d’un ensemble.

C’est une démarche prise par de plus en plus de groupes. Je crois que c’est Clown de Slipknot qui révélait que le groupe n’était plus sous licence avec sa maison de disque historique, donc il peut faire ce qu’il veut pour son prochain album. Il a ainsi expliqué s’interroger sur le fait de proposer un album ou des singles. Le marché de l’industrie de la musique a beaucoup évolué ces dernières années, notamment avec l’apparition du streaming. On peut sortir un morceau quand on veut et il n’y a plus de limites. Korn, Anthrax ou Spiritbox ont expliqué vouloir avant tout sortir des EP ou des singles. Avec Tenace, nous avons choisi d’avoir seulement six mois d’écart entre les deux parties. Nous aurions pu faire le choix d’avoir un écart plus important entre les deux disques… Lorsque nous ne savions pas trop ce que nous allions faire, j’avais émis l’idée de sortir dix titres et, pour la date anniversaire de l’album, révéler les quatre autres. Mais cela s’apparente plus à faire une édition spéciale où tu rajoutes quatre titres à quelque chose d’existant. Le problème, c’est que, sur l’édition bonus, l’auditeur n’y retourne pas forcément car l’album représente un bloc et derrière c’est du rajouté…

Le regard des fans semble en tout cas très positif sur la partie une. Quelques-uns semblaient être un peu surpris par certains choix artistiques, car c’est sur la partie une qu’il y a le plus de différences. Pour le premier single, nous avons sorti « Mass Veritas » qui était vraiment complètement différent de ce que nous avions pu faire auparavant. A un certain niveau, le morceau est très simple et court. Mais, justement, c’est là que se trouve la complexité du truc : essayer de faire quelque chose d’intéressant en trois ou quatre minutes. Sur cette chanson, ce n’est vraiment pas le riff qui est la chose la plus intéressante, c’est le texte. C’est ce que Mouss dit dedans qui fait la différence. Mass Hysteria est un groupe de metal dont la musique est drivée par le riff. Là, nous n’avons pas fait ça : nous avons changé les choses. Idem avec « Le Grand Réveil » et le mashup avec Fréhel. Ce n’est pas quelque chose que nous avions fait auparavant et Yann, quand il nous l’a proposé, avait un peu peur. Mais nous avons trouvé cela génial.

Personnellement, j’ai composé le morceau « L’Art Des Tranchées ». Je crois que c’est la première fois que je fais un morceau aussi « lent ». J’ai plutôt tendance à faire des morceaux rapides, donc c’était un challenge de baisser le rythme. J’ai composé ce morceau à la basse alors que je n’avais jamais fait ça auparavant. Et je voulais un refrain ! Et ça c’est nouveau car je suis le genre de mec qui écoute du metal extrême où le refrain n’est pas forcément le plus important. Là, j’ai voulu trouver une mélodie. En tout cas, lorsque l’on parle des retours des gens, c’est largement positif. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des gens te disent qu’ils attendent la partie deux avec impatience. Comme toujours, quelques-uns affirment préférer les morceaux des années 90. Mais si vous voulez écouter des albums comme Le Bien-être Et La Paix (le premier disque du groupe sorti en 1997, NDLR), vous pourrez toujours, pas de souci ! Mais personne ne peut en vouloir à un groupe de vouloir faire autre chose après trente ans d’existence. Tout le monde a besoin d’évolution.

Sur la partie deux, il n’y a pas de titres que j’ai composés. Mais, lorsque je ne participe pas aux compositions, j’aime prendre part aux arrangements et participer aux compos globales. Il y a peut-être une variation de riff que j’ai gérée mais je crois qu’aucun morceau n’est parti de moi. Souvent, une compo démarre sur un riff de Yann, de Fred ou de moi mais, de toute façon, derrière c’est réarrangé par tout le monde. Après, en ce qui concerne la musique de Mass Hysteria, c’est quand même Yann le premier décideur des choses. En tant que musicien, j’ai essayé de m’imprégner de son identité. D’ailleurs, je me rappelle, un jour on faisait un concert et je me suis retourné vers lui pour lui dire : « Ça y est, j’ai compris comment tu fais ! Un peu de Hatebreed et de Slayer ! » Et il m’a dit : « Ouais, ouais c’est ça, mais rajoute un peu de System aussi ! » Donc j’ai intégré tout cela à ma façon, ce qui fait que certains de mes riffs sont des réinterprétations. Exemple : si j’avais composé le morceau « Chiens De La Casse », comment est-ce que je l’aurais fait ? Et ça a donné le morceau « Derrière La Foudre », présent sur Maniac, qui est en fait la façon dont moi, Jamie, dans l’idée, j’aurais composé le morceau « Chiens De La Casse ». »

Fred Duquesne a de nombreuses cordes à son arc : il est guitariste de Mass Hysteria, producteur du groupe… et aussi psychologue ! Pour ce dernier, ce n’est pas son « vrai » métier mais le fait est que côtoyer un groupe au quotidien nécessite de l’empathie et des capacités de management. Nous sommes revenus avec lui sur tout ceci.

« Produire un album de Mass Hysteria, c’est quelque chose que je connais bien. J’ai commencé avec une Somme De Détails en 2007, on a donc affaire à quelque chose que je maîtrise. Mais j’ai toujours la question suivante dans la tête : « Si c’était quelqu’un d’autre qui le faisait, à quoi cela ressemblerait ? » Lorsqu’un album doit être produit, cela peut parfois être compliqué à cause des contraintes de temps des artistes. Alors qu’avec Mass, comme c’est moi qui produis l’album, nous le faisons dans mon studio et nous avons le temps de le faire. Il est très clair que le temps et sa gestion font partie des réussites d’un album. Sur ce volet, je pense que nous avons la bonne formule. Nous pouvons passer deux mois et demi à enregistrer ou quatre mois : ce que je ne pourrais pas mettre en place avec un autre artiste. Or, nous avons besoin de ce temps de réflexion. Pour revenir sur les choses, recommencer, rater, réussir… Pour tout cela, le temps est la clé. Pour Mass, je suis tranquille. Je sais que l’on va faire ça bien et dans le calme. Lorsque tu sais ce que tu veux, et où tu veux aller, tu peux patienter pour aller du point A au point B. Après, c’est plus quand tu ne sais pas trop où tu vas, que l’accident d’une première prise qui fonctionne peut suffire. Parfois, au contraire, c’est à la vingtième prise que les choses se décantent.

Sur ces sujets, il n’y a pas vraiment de règles. J’ai fait des albums avec d’autres artistes où, en deux semaines, c’était plié et mortel. Mais là, vu que c’est notre propre truc, nous ne laissons pas trop le hasard intervenir. Nous avons en effet un fonctionnement assez établi qui, à mon avis, ne changera plus jamais. Nous faisons les instrus pendant un certain temps et puis Mouss vient au dernier moment. Il s’enferme dans sa caverne avec ses textes et ses punchlines. Derrière, nous reconstruisons tout et nous faisons tous ensemble tout ce qui est rythmique, c’est-à-dire les voix et les refrains, à la fin du processus. Concernant l’enregistrement des voix, je le fais seul avec Mouss. Néanmoins Yann et moi dégrossissons souvent les choses en amont. Nous faisons beaucoup les instrus en studio et Jamie participe aussi à cela. En fait, mon rôle est de centraliser les énergies de chacun. Un peu comme un réalisateur de films. D’ailleurs, ce n’est pas toujours facile puisque chacun a ses façons de faire. Et moi je dois condenser les meilleures énergies de chacun. Le jour où ça ne va pas, il faut quand même que ça aille. Il y a vachement de psychologie là-dedans, je dis toujours que je pourrais installer un canapé dans mon studio et dire au mec de s’allonger avant la session ! Il y a un côté comme cela car chacun vient avec ses valises, avec les problèmes ou les bonheurs de la vie de tous les jours. Nous, nous sommes potes, donc c’est plus facile de discuter de nos soucis. C’est ça qui est bien aussi, ce volet humain. C’est comme ça que ça marche. Et une fois que nous faisons de la musique, c’est quelque chose qui est puissant entre nous.

Sur le processus en tant que tel, il faut comprendre que nous travaillons tous à côté du groupe. Nous condensons donc notre temps pour Mass sur grosso modo trois petites parties de l’année. Nous faisons des blocs de deux ou trois semaines et le reste du temps nous allons bosser. Nous y allons très fort sur un laps de temps assez court. Nous faisons les démos avec Yann dans mon studio. Nous faisons les fausses parties de batterie, les fausses parties de guitare au plug-in. En une journée, on peut faire un titre complet en instru. Nous en avons fait dix, quinze, vingt ou trente comme cela. Chacun amène ses sons, ses riffs. Nous les pré-produisons façon démos et après nous envoyons tout cela au gars qui fait les machines. Une fois que les machines sont faites, nous réassemblons tout, je réenregistre tout et puis Mouss arrive pour faire ses voix. Sur le volet production, je bosse dessus tous les jours. Donc tous les jours, je suis à l’affût du nouveau plug-in pour des voix, des batteries, etc. Je suis tout le temps en train de chercher le nouveau système, la nouvelle chose.

En ce sens, j’espère que mes productions s’améliorent à travers les années par le biais de ma geekerie ! Parce que c’est un truc de passionné et je sais que ça ne me quittera jamais. J’adore étudier tout ça : le dernier micro de guitare machin, la basse bidule, etc. Pour être honnête, tout cela est un peu ma médecine. Tu as peut-être des gens qui vont voir un psy, moi, c’est dans mon studio que je soigne tous mes trucs. J’adore passer des heures à chercher des combinaisons de membranes de guitare, de micros de guitare qui va avec tel machin… Bref, c’est une passion avant tout. Mais là on parle de technique, et la production, c’est aussi la créativité de la musique, donc la question c’est de savoir, par exemple, si le groupe a la bonne structure, s’il est digeste là, pendant trois minutes trente, si le pont n’est pas trop long, etc. La production, ce n’est pas que des micros. C’est aussi la musicalité des choses. Est-ce que l’on ne s’embête pas ? Est-ce que l’on capte l’auditeur en permanence ? Est-ce que l’on tient bien le truc ? »

Raphaël Mercier n’est pas le musicien qui s’exprime le plus en tant que membre de Mass Hysteria. Pourtant, refaire le monde avec lui est plus qu’intéressant. Présent au sein de Mass depuis 1995, le talentueux batteur partage dans ces colonnes sa vision du groupe, de son évolution, en revenant aussi sur son constant désir de perfection.

« Energie est le terme qui me vient à l’esprit quand je pense au nom du groupe sur le volet musique et au niveau humain. Cela fait trente ans que nous sommes ensemble, donc il y a une raison. Il faut en avoir pas mal pour tenir un groupe pendant autant de temps et résister à tout ! C’est le moteur numéro un : cette énergie, cette dynamique propre au groupe et la relation que tous les membres de Mass ont entre eux. C’est indispensable. Malgré les hauts et les bas propres à tous les groupes, et avec parfois des prises de tête et des moments plus tendus que d’autres, au final, nous sommes toujours aussi soudés. Je trouve qu’en ce moment, avec le groupe, nous sommes dans une très bonne dynamique. Au niveau des concerts, ça se ressent à fond. Je crois, sur ce sujet, que nous sommes bien meilleurs qu’avant. On voit aussi cette évolution dans ce que nous renvoient les fans.

Ce qui revient en premier dans le discours des fans de Mass à propos du groupe, c’est toujours ce que nous leur envoyons en termes d’énergie positive. C’est difficile pour nous d’en parler car il s’agit de leurs ressentis à eux. En revanche, nous voyons bien ce qu’eux nous donnent et nous renvoient ! Il y a un vrai échange d’énergie. Les réactions du public ont toujours été bonnes de toute façon, même à l’époque de l’album De Cercle En Cercle – la tournée pour le disque fait partie de celles qui avaient le mieux marché, alors que l’album était inégal et partait un peu trop dans tous les sens à mon goût. Comme sur l’album noir, il y a des choses que je ne referais pas, mais à chaque fois, les tournées se sont bien passées. Pour l’album noir, j’ai d’ailleurs retrouvé il y a peu un T-shirt de la tournée et il y a cent trente dates derrière ! Au début, la réception était un peu froide et la dynamique a mis un peu de temps avant de reprendre mais les gens sont vite revenus. En live, cette période était le feu comme maintenant.

Beaucoup de gens nous parlent de notre retour depuis l’album Matière Noire en 2015. Alors certes, il s’est passé quelque chose depuis Matière Noire mais le groupe n’a jamais arrêté. Et pour moi, c’est clair que nous avons passé un cap depuis que nous avons cette formation-là. Après, nous avons toujours fait du monde et je n’ai pas le souvenir d’avoir été mal accueilli quelque part. Concernant Tenace, c’est un album qui se tient. Il représente bien toutes les facettes de Mass. On retrouve plus d’éléments électroniques en comparaison de Maniac et de Matière Noire. Il y a des riffs comme Yann, Fred et Jamie savent en pondre. Il y a aussi le côté hip-hop propre au groupe. L’album représente bien tout ce que nous aimons et ce que nous savons faire, tout ce que nous cherchons à améliorer à chaque fois. Nous essayons toujours de progresser et je trouve que depuis deux ou trois albums, nous avons affirmé notre style. Tenace bénéficie aussi de la production de Fred qui, de mon point de vue, est fameuse. Nous avons toujours cherché à avoir un gros son et Fred est un maniaque du son. Franchement, il s’est pris la tête comme un fou sur ce disque et, au vu du temps passé, je ne voudrais pas être à sa place !

Je pense que, les années passant, le groupe est devenu encore plus perfectionniste à tous les niveaux. Et ce, parce que tous les membres du groupe sont perfectionnistes. Jamie est un fou furieux de boulot, Yann est tout le temps à fond aussi, moi je joue tous les jours, etc. Nous aimons ça et nous cherchons à nous améliorer constamment. Nous choisissons aussi mieux les gens avec lesquels nous travaillons. Quand on parle d’amélioration, c’est une question complexe. Pour moi, sur chaque album, nous avons fait attention à tout. Mais si tu fais un album et que tu t’aperçois que tel truc aurait pu être mieux fait, eh bien tu souhaites tout simplement faire mieux sur l’album d’après. C’est tout. C’est cela qui permet de s’améliorer. Nous n’avons jamais rien pris par-dessus la tête. La logique normale de l’artiste est de chercher à pousser ses propres limites. A titre personnel, c’est le cas après chaque concert. Je suis rarement satisfait de moi-même et il y a toujours un truc qui vient me gâcher la fête. Ce sont des détails mais moi je les entends. Et je sais que cela peut être pénible pour les autres, aussi. J’ai un côté un peu râleur.

J’ai cette ambition de perfection et lorsque je sors d’un concert, je vais avant tout voir les micro-détails, ces choses que j’aurais pu mieux faire. J’ai bien ce côté-là… Déjà, c’est hyper pénible pour moi avant tout et après je sais que cela peut être chiant pour les autres également. Parfois on se rend malheureux pour des bêtises. Souvent je me dis : « C’est bon, passe à autre chose et au-dessus de ça », mais j’ai du mal. Heureusement, les retours des gens font du bien et me permettent de savourer ce qui s’est passé. Là, récemment, nous jouions à la fête de l’Humanité et, je ne sais pas pourquoi, sur le morceau « Contraddiction » que je connais clairement par cœur, je me suis planté. Du coup, ça m’a gâché le concert, alors que j’ai un pote qui m’a dit : « Ah bah nan justement, c’était génial parce que ça a fait un truc nouveau et c’est passé tout seul. » En face, les gens étaient au taquet, donc c’est ça qu’il faut retenir avant tout. »

S’entretenir avec Mouss, le chanteur de Mass Hysteria, c’est évoquer quinze milliards de sujets différents que l’intervieweur n’a pas du tout préparés ! Personnalité attachante et authentique, Mouss est un ultra-passionné de Mass Hysteria mais, surtout, de la vie en règle générale. Une vie qui l’inspire au quotidien dans son écriture. Nous avons voulu approfondir le sujet avec lui.

« La dernière fois que nous avions discuté ensemble pour la tournée du Gros 4, je t’avais dit au cours de nos discussions que j’avais perdu toutes mes paroles de chansons dans un carnet. Après, il y a toujours un mal pour un bien quelque part… Je ne sais pas si c’était le cas ici, mais en tout cas il fallait faire autrement. Au final, je me suis dit qu’il n’y avait pas mort d’hommes et que ce serait peut-être bien de tout refaire. Si cela devait se passer comme cela, c’est que cela devait se passer comme cela. Je suis content de Tenace, donc je me dis que d’avoir perdu mes notes n’a pas porté préjudice plus que cela. Concernant les thématiques que j’avais abordées dans mes notes perdues, elles étaient de toute façon proches de celles qu’il y a dans Tenace. Tout ce que j’avais perdu avait été gratté pendant le confinement, donc j’étais assez en colère. Cette dernière, pour l’écriture de Tenace, était toujours là mais il n’y avait pas forcément les mêmes mots et le même fond de colère.

Concernant mon rapport à l’écriture, j’ai une méthode : j’écris tous les jours. A droite à gauche, sur des petits bouts de papier, sur mon portable, je peux me faire un vocal car il y a une phrase qui m’arrive en tête et je veux la garder. Le plus souvent, je me fais des heures d’écriture. Dès que je lis un livre, j’ai toujours des notes avec moi. Tout de suite, quand je lis un livre, ça bouillonne et j’ai le besoin d’écrire dessus, de faire de la prise de notes. J’ai des trucs qui rebondissent, des rimes qui viennent, donc j’ai des notes partout chez moi. Une phrase, un mot, une rime : je note tout constamment. Durant mes heures d’écriture, je traite un sujet. Je lis ou je vais voir des conférences sur internet, que ce soit philosophique ou autre. J’aime écouter des conférences qui font quatre ou cinq heures, donc j’écoute et, comme un étudiant, je prends des notes comme en cours magistral. La guerre en Irak, Platon, l’éducation sexuelle pour les enfants : c’est très vaste car tout m’intéresse.

Internet est mon support favori pour chercher des références de livres par exemple. Internet est un peu la bible pour chercher tout ce qui existe. En revanche, depuis 2005, j’ai stoppé net de m’informer via les médias traditionnels que sont les journaux ou les chaînes d’information TV. Avant, dans les riders de Mass Hysteria, on demandait toujours la presse quotidienne, histoire de s’informer. J’avais voté « non » au traité de Rome devenu traité de Lisbonne parce que nous ne voulions pas de cette Europe-là et, via Sarkozy, les politiques ont dit qu’ils la feraient quand même. C’est quand même un truc de fou ! Il faut chercher la vérité et tirer le fil. Mes enfants, ma femme : je leur casse les couilles avec tout ça en permanence sur tous ces sujets ! Parce que j’ai ça en tête tout le temps, ça m’obsède. Dans la chanson « Un Assange Passe » sur la partie deux j’évoque l’exemple de Julian Assange qui a révélé tout ce dont les médias auraient dû parler. Dans WikiLeaks, il y a tout, absolument tout. Le langage codé des décisionnaires politiques, sur bien des sujets différents, en fait partie. Dans « Washington Décès », la troisième chanson de Tenace 2, j’en parle aussi.

En termes d’écriture, sur Tenace 2 le morceau qui m’a donné le plus de fil à retordre était « L’Inversion Des Pôles ». Je ne sais pas exactement pourquoi, mais sur la deuxième partie de Tenace, j’ai eu une sorte de blocage sur pas mal de refrains. Je n’avais pas le truc. Dans un refrain, tu cherches à accrocher l’auditeur un peu à l’instinct. Sur « L’Inversion des Pôles », ça allait sur le couplet mais après, c’est sur l’intention que je bloquais, à savoir s’il fallait le faire « méchant » ou « très méchant », si ce devait être incarné. C’est très subtil suivant ce que tu veux raconter. Quand tu racontes quelque chose qui n’est ni violent, ni pacifique, lorsque tu essaies d’expliquer les choses aux gens avec une forme de tendresse ou une complicité… Un bon rendu est toujours compliqué et subtil à obtenir. Alors, quand tu n’as pas le truc, tu as envie de mettre des coups de tête contre les murs. Tu t’entends et tu te dis : « Mais qu’est-ce que c’est que cette voix ! Efface-moi ça ! » Tu as l’impression que c’est un gland qui cherche à t’expliquer une recette de crêpes.

Parfois, les collègues me font écouter ma voix et je leur dis d’arrêter. Sur Tenace Part 2, il y a un morceau où je ne peux pas écouter ma voix, c’est « Ex-voto ». J’ai d’ailleurs voulu refaire toutes mes voix mais les collègues m’ont dit : « Nan Mouss, c’est mortel comme cela. » Je pourrais sans souci chanter le titre en live mais je ne peux pas l’écouter tel quel. Tel qu’il est enregistré, ça me scie les nerfs. Ça me fait presque du mal ! Il y a une fréquence, une manière dont je chante, qui me déplaît au plus haut point. Je me déteste et ne me supporte pas. Les collègues ont presque été obligés de m’attacher pour que je n’efface pas mes voix ! Mais tu sais, même la maison de disques n’était pas d’accord avec moi. Première écoute de l’album et Mehdi notre manager me dit : « Wah ‘Ex-voto’, c’est mon tube ! » Et je le regardais en lui disant : « Arrête, t’es pas sérieux… » Au sein du groupe, nous sommes de toute façon tous très exigeants avec nous-mêmes. C’est la somme de tout ça qui fait ce qu’est Mass Hysteria. »

Yann est la tête pensante de Mass Hysteria mais c’est surtout une tête qui pense sans arrêt au groupe et à ce qu’il pourrait proposer au public. Le guitariste et principal compositeur de Mass Hysteria est un ultra-passionné de musique et une force de la nature. Nous avons voulu évoquer avec lui ces deux aspects.

« Nous avons tous des journées bien remplies. Mais heureusement, il y a aussi de la spontanéité. Si tu veux un exemple : une journée comme aujourd’hui, j’avais des coachings où j’ai commencé à six heures du matin. J’ai coaché jusqu’à quinze heures trente et j’ai l’interview avec toi maintenant avant de faire la release party de mon autre groupe Karras ce soir. Et j’ai pris le temps d’aller à la Fnac pour aller m’acheter le vinyle de Cannibal Corpse qui vient de sortir son nouveau disque ! Je dois dire que j’aime bien vivre de cette manière. Après, j’ai beaucoup d’idées et je fais beaucoup de choses mais j’ai aussi pas mal de gens qui m’aident. A partir du moment où j’ai des idées, j’essaye de les mettre en branle. Mais j’éprouve des difficultés à déléguer, donc, forcément, il faut que j’aille au bout tout seul au maximum que je peux. Sur un plan personnel, tous les jours je suis debout à cinq heures trente ou six heures car j’ai des coachings qui commencent très tôt. Je ne me couche pas hyper tôt pourtant mais j’ai une vie hyper clean : je ne bois pas, je ne fume pas.

J’ai arrêté tout cela il y a plus de dix ans. Lorsque j’ai été diplômé de coaching, j’ai réalisé que les deux ne pouvaient pas coller : faire la fête et être coach sportif. Nous savions faire la fête avec Mass Hysteria mais j’ai complètement arrêté. Plus globalement, je pense avoir un rapport extrême à mes passions. Moi, quand je vais mal, je vais m’acheter des vinyles. Il y a deux choses : soit je fais du sport, soit je vais m’acheter des vinyles. Ce sont des espèces d’achats impulsifs qui me donnent du bien-être. J’achète énormément de vinyles, et de tout. Je ne suis pas fermé au metal et j’écoute plein de choses différentes. Cela a toujours été le cas depuis que j’ai douze ans. J’essaie d’être à l’affût de tout ce qui sort dans tous les styles. Tout ce qui est nouveau m’interpelle car je pars du principe que cela peut être une influence. Sur le plan technique et sonore, je m’intéresse aux guitares mais je ne suis pas aussi geek que certains de mes collègues. Par contre, je sais exactement ce que je veux comme son, donc c’est sur ce sujet que je suis chiant.

Il m’est par contre compliqué d’expliquer le son que je souhaite. C’est cela qui est difficile pour mes collègues ! Il y a un moment donné, boom, je sais que c’est ça. Si je dois te donner une référence, je te dirai que si j’écoute un album de Slipknot, pour moi il y a tout ce que j’attends dedans. Je te parle de mon oreille et c’est très personnel car je n’ai pas la science infuse en musique, loin de là. Tout est une question de goût. Mais chez Slipknot : c’est percutant, on entend tous les instruments et c’est agressif. Lorsque nous faisons les prods avec Fred, un moment va apparaître où je serai vraiment cent pour cent satisfait mais je ne sais pas pourquoi et comment caractériser ce moment. Lorsque je regardais travailler Colin Richardson, qui a produit notre album Contraddiction en 1999, je le voyais bosser avec son ingénieur du son qui se servait des machines. Et Colin avait l’oreille et, à un moment donné, il lui disait : « OK, c’est bon ! » Et j’ai un peu cette manière de fonctionner, sans aucune prétention bien sûr.

Avoir son propre son est sans doute la chose la plus compliquée pour un artiste. Jamie a bien compris le truc au sein de Mass. Pour la musique que l’on fait, j’ai l’impression d’être raccord avec ce que l’on souhaite en tant que musicien et ce que souhaite entendre le fan de Mass Hysteria. Je suis très dur lorsqu’il s’agit d’accepter un riff pour Mass Hysteria et Jamie propose des riffs bien cool. Dès que c’est bon, je prends de toute façon. Je veux vraiment souligner que je ne suis pas du genre à penser tout savoir en termes de son, c’est juste qu’avec Mass j’ai une idée précise de là où je veux aller. « Ce truc-là est mortel, je trouve qu’il sonne, que l’on peut le chanter, etc. » A partir du moment où on est dans cette réflexion, c’est bon. Concernant le morceau « Ex-voto » dont Mouss te parlait, on a l’impression qu’il s’est dit que c’était une maquette et qu’il le retoucherait plus tard. Or moi je lui ai dit : « Mais c’est mortel comme cela et je n’ai pas envie qu’on y retouche ! » Du coup il y a eu une discussion entre nous et nous l’avons gardé tel quel.

Pour Tenace dans son ensemble, les morceaux ont été enregistrés en même temps et nous avons fait le dispatche des morceaux pour composer les deux parties à la toute fin du processus. Avec du recul, j’ai tendance aujourd’hui à préférer la partie deux. J’aime bien les deux mais il y a un côté peut-être un peu plus trap/hip-hop dans la partie une et plus metal dans la partie deux. Avec un côté plus Nine Inch Nails dans le morceau qui termine la partie deux, « Le Club Du Feu ». En tout cas, il n’y a pas vraiment de calcul car la variété est présente partout. Sur « L’Air Bien » » le deuxième morceau de la partie deux, j’ai par exemple eu l’idée de mettre une voix féminine après que nous ayons composé le riff et la machine. C’est ce qui m’est venu naturellement. J’aime beaucoup ce que fait la chanteuse Flèche Love et après avoir récupéré son contact, nous nous sommes rencontrés et le projet lui a vraiment plu. Ce qui est marrant, c’est qu’elle a été trop timide pour venir en studio, du coup elle a enregistré sa voix à distance pour « L’Air Bien » et elle a été très contente du résultat. Comme nous tous d’ailleurs ! Mass est une histoire incroyable et, si j’avais quelque chose à rajouter, ce serait de remercier tous les fans qui nous suivent et aussi Fred, Mouss, Rapha et Jamie car ce sont eux qui me permettent de vivre tout cela. »

Propos recueillis par téléphone les 21 & 22 septembre 2023 par Amaury Blanc.
Photos : Audrey Wnent.

Facebook officiel de Mass Hysteria : www.facebook.com/masshysteriaofficiel



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