Il y a cinquante ans, Michael Schenker rejoignait UFO, marquant le début d’une longue carrière au service du hard rock. Âgé d’à peine dix-huit ans, le petit Michael, cadet d’une fratrie de rockeurs endurcis, était alors loin de se douter de l’impact retentissant que son jeu et sa carrière allaient avoir sur l’histoire de ce genre musical. Aujourd’hui, cinq décennies plus tard, il revient, à travers l’album My Years With UFO, sur cette période déterminante de sa vie. Premier d’une trilogie musicale ambitieuse, qui inclut également le prochain opus de MSG, Don’t Sell Your Soul, et un projet instrumental transformé en un album chanté intitulé Freedom Of Expression, témoignant de son engagement à créer toujours plus de musique.
Fidèle à lui-même, il revisite ses meilleures compositions avec une approche au summum de la maturité. Musicien atypique, ayant toujours refusé de succomber aux attentes commerciales de l’industrie musicale, il a su influencer plusieurs générations de musiciens, certains devenus des amis au fil du temps. Il a d’ailleurs pu compter sur eux pour l’assister dans ce voyage dans le temps. Dans cette interview, Schenker ne cache rien, que ce soit son désir d’indépendance ou ses divergences artistiques avec ses anciens compagnons de route. Il insiste aussi sur le fait que le nom « UFO » n’est qu’une marque, mais que ce sont les personnes derrière ce nom qui lui donnent toute sa valeur. Le guitariste, avec son franc-parler habituel, s’interroge sur l’importance accordée à ces marques lorsqu’elles sont déconnectées de ceux qui ont forgé leur identité musicale.
« J’ai toujours dit aux Scorpions que si un groupe anglais me demandait de le rejoindre, je le ferais, car en Allemagne, ils ne comprenaient pas ce que je faisais. L’Angleterre était le pays des artistes et je suis un artiste, je voulais être là où se trouvaient les artistes. »
Radio Metal : Tu as mentionné que tu avais travaillé sur trois albums en même temps – My Years With UFO, le nouvel album de MSG, Don’t Sell Your Soul, et un projet instrumental. Comment as-tu réussi à équilibrer et à travailler sur des projets musicaux aussi divers en si peu de temps ?
Michael Schenker (guitare) : En fait, cela a été une longue période, car j’ai eu beaucoup de temps pour composer. Je voulais faire trois albums pour résumer ce que j’ai fait au cours des cinquante dernières années. J’ai donc signé un contrat pour trois albums, à savoir l’album My Years With UFO, puis l’album de MSG que j’ai baptisé Don’t Sell Your Soul – la plupart des chansons sont chantées par Erik Grönwall et Michael Voss. Enfin, le troisième album était censé être instrumental, mais alors que j’écrivais mes compositions musicales, mon coproducteur Michael Voss n’arrêtait pas de chanter merveilleusement bien. Je lui ai donc dit : « Tu sais, Michael, on devrait en faire un album chanté. » Nous avons donc invité Herman Rarebell pour la batterie et quelqu’un a eu l’idée de jouer accordé en 432 Hz au lieu de 440 Hz. 432 Hz est la même fréquence que The Dark Side Of The Moon de Pink Floyd et apparemment c’est la fréquence de l’univers. Il fallait donc que nous partions là-dessus. Cet album s’est avéré si magnifique, c’est maintenant mon préféré parmi tous ceux que j’ai faits. C’est très surprenant de voir comment il s’est transformé en un album incroyable. Il s’appelle Freedom Of Expression. Tu seras choquée quand tu l’entendras parce que tu ne croiras pas que c’est moi [rires]. Soit dit en passant, j’ai commencé à enregistrer en juin de l’année dernière et j’ai terminé en février 2024.
My Years With UFO marque le cinquantième anniversaire de ton passage au sein d’UFO. Que représentent pour toi ce groupe et cette partie de ta carrière ?
C’est effectivement un album anniversaire. J’ai rejoint le groupe en 1972 et nous avons tourné en 1973. L’album Phenomenon est sorti en 1974. Ça fait cinquante ans et c’est le moment de le célébrer. J’ai aussi remarqué que dans les précédents remasters de ces albums, il n’y avait pas d’histoire incluse. Je veux dire que c’est juste UFO et les titres des chansons, pas d’introduction. J’ai donc voulu en tirer parti, rééduquer les gens ou éduquer de nouvelles audiences. Cinquante ans, c’est long ; je suis né en 1955 et je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé en l’an 1900 [rires]. Je suis donc convaincu que des informations se sont perdues avec le temps. En gros, nous réinformons les gens. Il y a plein d’informations dans le communiqué de presse, dans le livret, et ainsi de suite. Si on remonte le temps, à chaque fois que nous avons fait un album – Phenomenon, Force It, No Heavy Petting, Lights Out et Obsession –, nous avons extrait deux ou trois chansons de celui-ci que nous voulions présenter en live. Après Obsession, nous avions déjà l’équivalent d’un Best Of d’UFO et c’est ainsi que nous avons enregistré Strangers In The Night. Or j’ai remarqué que j’avais écrit la plupart de ces chansons. Ce sont donc celles j’ai choisies pour ce nouvel album, à l’exception de « Too Hot To Handle », que je dédie à la mémoire de Paul Raymond et Pete Way. En plus de tout ça, je voulais célébrer cet anniversaire avec des fans et des amis musiciens, qui avaient été inspirés par UFO et moi-même. J’ai donc invité plusieurs personnes et je leur ai demandé si elles voulaient se joindre à moi. J’ai un bon groupe d’amis et de fans [rires].
C’était justement ma prochaine question : tu as collaboré avec un groupe incroyable de légendes du rock sur cet album (Axl Rose, Slash, Dee Snider, Roger Glover, Joe Lynn Turner, etc.) Quelle place ont-ils occupée dans ta vie et quelle place as-tu occupée dans la leur ?
Tout d’abord, j’ai bien sûr un lien avec chacun d’entre eux parce que ce sont des fans. C’est un fait. Je l’ai découvert de différentes manières. Par exemple, lors de la croisière Monsters Of Rock l’année dernière, Stephen Pearcy est venu me voir les bras ouverts et m’a dit : « Hey Michael, on t’adore ! » J’ai profité de cette occasion pour lui demander de faire partie de l’aventure. Il a chanté « Shoot Shoot » et a fait un boulot fantastique. Dee Snider était assis à côté de moi lors d’une remise de prix au pays de Galles et m’a dit à quel point il était un grand fan, à quel point je l’ai inspiré, le fait qu’il avait dit à ses collègues lorsqu’il nous avait vus à New York : « Regardez, ça c’est une reformation ! » [rires]. Alors j’ai dit : « Ok, Dee, pourquoi ne pas chanter sur mon album ? » Je suis allé voir Biff [Byford] à un festival. Sa loge était juste à côté de la mienne. Il y avait juste un rideau qui nous séparait, j’ai ouvert le rideau et j’ai dit : « Biff ! Voudrais-tu chanter sur mon album ? » et c’est tout. Pour Axl, c’est Slash qui est venu au studio et m’a dit : « Hey Michael ! Je viens de dire à Axl que j’allais faire ça avec toi aujourd’hui et il m’a dit que peut-être il pourrait chanter une chanson ou deux. » J’ai dit : « Ce serait fantastique, demande-lui ! » Axl a fini par chanter trois chansons : « Only You Can Rock Me », « Too Hot To Handle » et « Love To Love ». Il n’était pas très satisfait des versions initiales, mais il voulait se concentrer sur une seule chanson, parce qu’il était au milieu d’une tournée. Il a donc dit que « Love To Love » serait son choix. Nous les avons enregistrées toutes les trois et elles sonnent toutes super, mais comme il est perfectionniste, je lui ai laissé du temps et il m’a appelé quand c’était prêt à sortir.
« Je suis fondamentalement un créateur de tendances [rires]. C’était une autre bonne raison de ne pas en faire partie, car pourquoi devrais-je faire partie de ma propre tendance ? Je voulais aller de l’avant et me développer en tant qu’artiste. »
D’autres personnes sont de grands chanteurs, comme Erik et Kai [Hansen]. Je ne les connaissais pas. On me les a suggérés, je les ai entendus et j’ai été stupéfié par leur voix. J’ai entendu dire qu’ils étaient fans. Michael Voss a fait la plupart des mises en relation et a tout géré avec mon avocat. Il voulait aussi Roger Glover, parce que Michael Voss est lui-même fan du Michael Schenker Group et il a un attachement particulier au premier album que Roger Glover a produit. Il a donc dit : « Pourquoi ne pas faire appel à Roger Glover pour qu’il participe ? » J’ai dit : « Ok ! » Je n’ai jamais su à quel point c’était un grand bassiste, c’est incroyable ! [Rires]. J’ai été choqué à quel point son interprétation de « Only You Can Rock Me » était mélodique. Je veux dire que je connais Deep Purple depuis que j’ai quatorze ans, mais je ne savais pas qu’il jouait aussi bien de la basse [rires].
As-tu l’impression d’avoir redécouvert les artistes avec lesquels tu as travaillé ?
En fait, c’est Michael Voss qui a enregistré tout le monde. J’ai juste posé mes parties guitares, et quand c’était fait, nous avons commencé à avoir des idées qui venaient de tous les côtés, étape par étape. Une fois que tout était confirmé, c’est Michael Voss qui s’est occupé de l’enregistrement. Je me suis tenu à l’écart.
Tes années au sein d’UFO sont considérées comme la période où le groupe a vraiment connu un succès international. En tant que jeune guitariste, as-tu ressenti une certaine pression à l’idée d’occuper soudainement le devant de la scène ?
Si je regarde en arrière, inconsciemment, quand j’avais quinze ans, je savais déjà que je voulais m’exprimer. Tous les guitaristes de la fin des années 60 m’émerveillaient. Johnny Winter, Leslie West, Jimmy Page, Eric Clapton, tous ces types avaient leur propre style et c’était tellement impressionnant. Je voulais faire pareil. Pour ça, j’ai dû m’engager à ne pas écouter de musique [rires], parce que le cerveau est comme une éponge, il assimile tout ce qu’il entend et nous le copions automatiquement, comme le font les singes. J’étais donc convaincu que je devais arrêter d’écouter de la musique, afin de réaliser ma propre vision et de m’exprimer. J’ai commencé très tôt à faire ça. A dix-huit ans, je n’écoutais aucune musique, en dehors de ce que j’entendais dans les magasins, les halls d’entrée, les taxis, etc. J’ai fait de mon mieux pour garder mes distances, car je voulais avoir ma propre vision. Ça fait donc cinquante ans que je fais ça. C’est mon cinquantième anniversaire sans écouter de musique [rires], et ça fait cinquante ans que j’ai commencé à jouer sur des guitares Gibson. Ça fait donc trois anniversaires d’un coup. Quand Lights Out a eu du succès, j’ai senti que je n’étais peut-être plus bon pour ça [rires]. Je ne pouvais plus faire ce que je voulais, c’est-à-dire m’exprimer moi-même, parce qu’une fois que tu as un succès, les gens des maisons de disques, les managers, etc., te poussent à faire la même chose encore et encore, justement parce que ça a eu du succès et que ça a rapporté de l’argent, et c’est ce qu’ils veulent. Seulement, ce n’était pas important pour moi. Pour moi, ce qui importait était d’être heureux avec la musique, de m’exprimer et de créer quelque chose qui n’a jamais été entendu auparavant. Quand un individu s’exprime vraiment, le résultat est forcément différent. C’est ce que j’ai voulu faire toute ma vie.
En repensant à ta période avec UFO, qu’est-ce qui, selon toi, a rendu cette époque du groupe si spéciale dans les annales de l’histoire du rock ?
Fondamentalement, c’était le bon moment, la bonne combinaison d’alchimie et le bon type de personnes. J’ai toujours dit aux Scorpions que si un groupe anglais me demandait de le rejoindre, je le ferais, peu importe de qui il s’agissait. Il pouvait s’agir d’un grand ou d’un petit groupe, tant que je suis en Angleterre, car en Allemagne, ils ne comprenaient pas ce que je faisais. L’Angleterre était le pays des artistes et je suis un artiste, je voulais être là où se trouvaient les artistes. C’est ce qui m’a attiré en Angleterre. Il se trouve que c’était UFO. Je ne parlais pas anglais, donc je laissais la musique parler. Je me concentrais sur la musique. J’avais une façon très spécifique d’être moi-même. Je pense qu’être moi-même a été la clé pour transformer UFO en un groupe de rock. C’était un groupe de space rock avant, ou un truc dans le genre, et je l’ai transformé en groupe de hard rock avec ma façon de composer la musique. Ça a complètement changé leur vie et leur style de musique, mais l’alchimie était très bonne, parce que la voix de Phil [Mogg] et mon jeu de guitare étaient très complémentaires. Il y avait aussi Pete Way… En gros, c’étaient des caractères uniques qui se sont réunis et ont trouvé une alchimie ensemble.
« Ils voulaient faire de moi un esclave ; ils voulaient que je fasse le boulot pour qu’ils puissent gagner de l’argent. Je m’en suis rendu compte très tôt. La seule façon de leur échapper était de m’enfuir. « Cours, Michael, cours ! » [Rires] »
Penses-tu que ta vision musicale a non seulement influencé le succès d’UFO, mais également redéfini le hard rock de l’époque ?
Oui, c’est vrai. Je suis fondamentalement un créateur de tendances [rires]. Je le sais par les discussions que j’ai eues avec plein de gens. C’était une autre bonne raison de ne pas en faire partie, car pourquoi devrais-je faire partie de ma propre tendance ? Je voulais aller de l’avant et me développer en tant qu’artiste.
En parlant d’aller de l’avant, comment tes expériences au sein d’UFO ont-elles façonné ta carrière ?
Je pense que j’ai façonné ma carrière et celle d’UFO en étant moi-même. Je ne suis devenu célèbre qu’en étant moi-même, je n’ai rien fait d’autre. C’était très facile d’être moi-même. A un moment donné, quand Lights Out est sorti, on a mis des attentes sur mes épaules et on m’a persuadé de revenir une fois de plus pour faire Obsession, mais quand nous sommes arrivés à Strangers In The Night, il était temps de partir. C’était en 1978, mon frère m’a demandé de l’aider pour l’album Lovedrive [de Scorpions] et je l’ai fait. Ironiquement, les deux albums sont sortis en 1979 et j’ai quitté les deux groupes en 1979.
Dirais-tu que le secret du succès est de rester fidèle à soi-même ?
Dans ma situation, oui. Ça dépend toujours de ce que tu veux obtenir dans la vie. Je ne suis pas nécessairement un stéréotype, donc ce qui me rend heureux est peut-être un peu différent par rapport à la plupart des gens. Chacun doit donc chercher dans son cœur ce qu’il aime et se lancer. Il n’y a pas de bien ou de mal, il suffit de faire ce qui te rend heureux.
Te souviens-tu lorsque tu as fait tes premiers enregistrements pour UFO il y a cinquante ans ?
Oui. J’ai fait mon premier enregistrement quand j’avais quinze ans avec les Scorpions. Je me souviens de chaque enregistrement ; j’ai des souvenirs de tous les enregistrements, parce que faire un album après l’autre, c’est presque comme un calendrier. Je peux revenir en arrière et savoir exactement ce que j’ai fait pendant l’enregistrement de Lonesome Crow, quand j’ai enregistré Phenomenon. Ce sont des chapitres que j’imprime dans ma tête. J’en ai des souvenirs. Mais il s’agissait toujours de développer l’album suivant, de me développer en tant que guitariste et en tant que compositeur, en étant toujours dans l’instant présent. Quand un album était fait, je passais au suivant, toujours désireux d’aller de l’avant. Et je peux l’entendre quand j’écoute Phenomenon, Force It, No Heavy Petting, Lights Out, c’est à chaque fois de mieux en mieux. C’est l’élan que je recherchais.
As-tu eu l’impression de redécouvrir ce que tu as ressenti lorsque tu as retravaillé ces chansons ou les as-tu abordées d’une autre manière ?
Non, je ne les ai pas abordées, je l’ai fait, c’est tout. J’ai fait ce que j’ai fait sur le moment, parce que j’aime faire les choses dans l’instant présent. Si je dois me préparer pour une tournée, il faut bien sûr se souvenir de la façon dont les chansons démarrent, des changements à faire, etc. Ce sont des choses qu’il faut mémoriser. Mais en général, je fais essentiellement ce que je fais dans l’instant présent ou en suivant mon instinct au moment où j’enregistre quelque chose.
« Il y a une différence entre UFO et la personne qui écrit les chansons. UFO n’est que le nom. Je suis perplexe face aux gens qui vont voir un groupe pour la marque qu’il représente sans réaliser que ce qu’ils ont devant eux n’a rien à voir avec ce qui a créé ce nom. C’est ce qui a créé ce nom qui a de la valeur, pas le nom lui-même. »
Ta carrière avec UFO a été mouvementée, avec des spectacles interrompus ou annulés, et des tensions entre toi et Phil Mogg, qui ont finalement abouti à ton départ. Avec le recul, comment analyses-tu ce qui s’est passé et la source de ces problèmes à l’époque ?
Je ne pense pas qu’il se soit passé quoi que ce soit. Je pense qu’il s’agit d’histoires inventées par les gens pendant cinquante ans. Je ne me souviens pas avoir eu de plus gros problèmes avec l’un d’entre eux. Ce que nous faisions et ce que font tous les gens qui ne jouent pas dans un groupe, c’est la même chose. En allant au studio, nous buvions un verre et nous étions créatifs. D’autres personnes font la même chose dans leur propre environnement. Mais les gens aiment les histoires. Je suis désolé, je n’ai pas vraiment d’histoires polémiques à raconter, si ce n’est, peut-être, que Phil m’a frappé une fois et que j’ai dit : « Ça suffit, je m’en vais », parce qu’il se battait tout le temps contre d’autres personnes. Peut-être que ça a été mal compris. Phil était un bagarreur, il frappait d’autres personnes et je lui ai dit : « Si jamais tu me frappes, je quitte le groupe. » Il l’a fait et je suis parti. C’est tout. Crois-moi, il n’y a pas d’histoires détaillées sur des problèmes au sein du groupe. C’était une bande de plaisantins. Je me souviens qu’ils plaisantaient constamment à propos d’Andy Parker. Le pauvre, il a dû supporter beaucoup de choses, mais je n’ai pas compris grand-chose parce que je ne parlais pas anglais, surtout au début. On m’a dit : « Oh Michael, tu dois être tellement content de ne pas comprendre ce qu’ils disent ! » Je pense donc que le fait que je ne comprenne pas ou ne parle pas anglais était bénédiction. Ce qui comptait, c’était la musique, c’est à travers elle que nous parlions.
Du coup, comment décrirais-tu la relation que tu avais avec Phil Mogg ?
Ça allait avec Phil. En fait, c’est Pete Way qui a été le pire à la fin. J’adore Pete Way, mais il a perdu les plombs à la fin, vers 2000, quand nous avons fait une tournée européenne. Pete était tellement fou, il se tenait sur mes pieds et étouffait mes cordes pendant que nous jouions live [rires]. C’était impossible pour moi de jouer de la guitare ! Je l’ai cherché après le concert pour lui dire que ce n’était pas possible, qu’il ne pouvait pas faire ça, mais il était introuvable. Puis nous avons joué à Manchester où nous avons fait ce concert horrible… Mais il n’y avait rien entre Phil et moi. C’était juste neutre. C’est Pete qui a posé problème à la fin. Plus généralement, Phil a sept ans de plus que moi et donc je suis le petit garçon. J’avais une vision et je ne veux pas être contrôlé par quelqu’un qui court après quelque chose. Ça ne m’intéresse pas. C’est la même chose avec Rudolf [Schenker]. Rudolf court après quelque chose, ça ne m’intéresse pas. Donc, j’ai sept ans de moins, on peut imaginer un ado de seize ans avec un enfant de neuf ans, ça fait une grande différence. Ou une personne de seize ans et une autre de vingt et un ans : il y a un adolescent d’un côté et un homme de l’autre, alors le second peut manipuler le premier, surtout si celui-ci a du talent. Ils voulaient faire de moi un esclave ; ils voulaient que je fasse le boulot pour qu’ils puissent gagner de l’argent. Je m’en suis rendu compte très tôt. La seule façon de leur échapper était de m’enfuir. « Cours, Michael, cours ! » « Ne leur parle pas, cours ! » [Rires]. Et c’est exactement ce que j’ai fait.
UFO n’est plus depuis leur tournée d’adieu. Te sens-tu investi de la mission de faire vivre cette musique ?
Je fais vivre ma musique, c’est tout. Ce n’est pas la musique d’UFO, c’est celle de Michael Schenker. Ce sont les chansons que j’ai écrites pour UFO. Donc je garde mes chansons en vie. UFO a fait des chansons écrites par Phil, par Pete, par différentes personnes, mais je garde en vie les chansons que j’ai écrites pour UFO. Elles font évidemment partie de ma vie, de mon énergie, alors pourquoi devrais-je les abandonner ? En fait, il y a une différence entre UFO et la personne qui écrit les chansons. UFO n’est que le nom. J’ai remarqué que beaucoup de gens courent après un nom, qu’il s’agisse d’une marque ou d’un nom établi. Certaines personnes ne savent même pas qui fait partie du groupe. Il y a des vieux groupes pour lesquels, à chaque fois que leur nom apparaît sur une affiche, les gens viennent les voir, même si les musiciens sont de parfaits étrangers qui n’ont rien à voir avec les enregistrements et le succès du groupe. Ce sont des gens complètement nouveaux dans le groupe, mais ils ont la marque et les gens continuent à se rendre à leurs concerts, en se disant… Je ne sais pas ce qu’ils se disent ! Je ne sais pas quelle est la force d’un nom de marque, car si ce ne sont pas les gens qui l’ont créé, quel intérêt ? C’est ce que je ne comprends pas. Je ne dis pas ça pour prendre mes distances avec le nom de marque UFO, c’est juste que je suis perplexe face aux gens qui vont voir un groupe pour la marque qu’il représente sans réaliser que ce qu’ils ont devant eux n’a rien à voir avec ce qui a créé ce nom. C’est ce qui a créé ce nom qui a de la valeur, pas le nom lui-même.
Interview réalisée en visio le 10 septembre 2024 par Aurélie Cordonnier.
Retranscription & traduction : Aurélie Cordonnier.
Photos : Tallee Savage.
Site officiel de Michael Schenker : michaelschenkerhimself.com
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Très bonne interview ! très intéressante à lire. Mener un entretien avec Michael Schenker ne doit pas être une chose facile au prime abord, le gars étant connu pour être imprévisible. Ce type est une vraie légende vivante rescapé d’une époque révolue mais toujours vivace. Je suis fan depuis 44 ans, depuis ma découverte de son 1e album solo dans les bacs des disquaires puis la découverte de toute sa discographie antérieure. Cette photo incroyable derrière Force It !
Mon frangin avait acheté un poster de Scorpions au début de l’année 1980 et nous étions infoutus de savoir qui était ce guitariste blond à la veste blanche avec une flying V noire et blanche. C’était en fait la tournée de Lovedrive entamée en février 1979… Ce n’était manifestement pas Jabs et encore moins Roth. Mais qui était ce mec ?? on va le comprendre quelques semaines plus tard par recoupement d’informations sur la présence de Michael au début de leur tournée allemande et française sur 26 dates. Pour rappel, pas d’internet en cet an de grâce, juste des magazines mensuels comme Best. Fallait chercher, fouiller et attendre avec toujours ce grand plaisir de découverte au final comme ce bootleg de leur date à Berlin avec un solo de folie sur « We’ll Brune the Sky » et les prémices de « Into The Arena » lors d’un instrumental. Fantastique période.
Aujourd’hui tout se fait en 2 clics.
Son hommage à Pete Way et Paul Raymond est très touchant tout comme son point de vue sur la manière dont il abordait les enregistrements de ces nombreux albums cultes. Le mec est honnête sur un plan artistique , il ne cache rien. Sa mise au point nuancée sur les rapports difficiles qu’il a entretenu avec Phil Mogg est importante et se conjugue très bien avec sa récente proposition de participer à un possible et ultime concert d’ UFO. Neil Carter pouvant remplacer Paul et peut-être Barry Sparks à la basse. La balle est dans le camp de Mogg …
J’ai donc écouté cet album anniversaire : plutôt bon mais le genre de production qu’on écoutera 3/4 fois avant de le ranger définitivement. La version de Rock Bottom interprétée par un certain Axl dont on reconnait à peine la voix est un repoussoir du fait de l’utilisation à outrance de tous les filtres et autre correcteurs possibles. Le reste est correct avec une mention spéciale pour le jeune et très performant Erik Grönwall. A noter, la version double vinyle vert est proposée à un prix indigne.
En clair, « Strangers in the Night » est un monument intouchable.
Même si il n’est pas parfait, je préfère l’album de Moggs Motel avec des nouvelles compos et la participation de Neil Carter.
Concernant l’interview, Michael oublie de préciser qu’au début des années 2000 , il n’y a pas que Pete Way qui était cramé, lui aussi ( photo à l’arrière de Sharks !). la décennie va lui être difficile : divorce, banqueroute, contrat avec Dean guitars pour éponger les dettes, inspiration en berne, capacité à jouer plus que limitée comme le montre sa participation au Wacken 2006 avec Scorpions. Son retour en forme s’annoncera avec son nouvelle collaboration avec Gary Barden en 2008 sur l’album « In the Midst of Beauty ». Son récent retour avec Gibson a également ravi tous ses fans. Comment s’est passée cette rupture de contrat remarquée en novembre dernier ?
Question plus légère : pourquoi s’affiche t’il toujours avec cette protection au coude droit ainsi que cette minerve ? des soucis musculaires ou osseux ? Quant à son couvre chef à la sibérienne, je pense qu’on a tous compris …
J’écouterai ces 2 autres albums avec curiosité bien que je pense qu’il est temps de changer de producteur. Michael Voss a son talent mais les derniers albums finissent par se ressembler. C’est le moment de passer un coup de fil à Roger Glover ou Dieter Dierks ?