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Interview   

Mike Tramp : de la nostalgie à la maturité


Mike Tramp, la voix de White Lion, a connu un succès important dans les années 1980 avec les titres « Wait » et « When The Children Cry » issus de l’album Pride. Arrivé en pleine vague heavy US ou hair metal, le groupe a eu une carrière avec ses hauts et ses bas. En 1991, tout s’arrête avec le changement de direction artistique des maisons de disques et de la chaîne câblée MTV, ainsi que l’arrivée du grunge à l’image et au son diamétralement opposés à ce qui était à la mode quelques années plus tôt. Tramp n’aura quasiment plus aucune nouvelle de son compère, le talentueux guitariste Vito Bratta. Le chanteur n’en reste pas là et monte Freak Of Nature puis il se lancera dans une carrière solo en s’inspirant de ses idoles Bruce Springsteen, Bob Dylan, Neil Young et Phil Lynott. En véritable troubadour du rock et workaholic motivé, il parcourt le monde avec sa guitare acoustique.

Malgré tout, le spectre de White Lion plane toujours et la voix si reconnaissable de Tramp est une madeleine de Proust pour beaucoup de fans. Ce dernier se décide à sortir en avril 2023 un premier volume des grands titres du Lion Blanc sur certains desquels il se réinvente. Il part en tournée avec son acolyte le guitariste Marcus Nand avec ou sans groupe. Le public répond présent. Le volume 2 est enregistré sur le même modèle que son aîné et sort cet été. Tramp est plus que ravi et déclare : « Léonard de Vinci aurait-il repeint la Joconde s’il avait eu une seconde chance ? On ne le saura jamais, mais je peux dire avec certitude que je suis ravi d’avoir eu cette seconde chance de réenregistrer et de chanter les chansons que j’ai écrites entre 1983 et 1990. Aujourd’hui, j’ai une meilleure compréhension de la façon dont je veux les exprimer avec ma voix que lorsque j’avais vingt ans, c’est juste un fait, et j’ai saisi cette chance. Songs Of White Lion est un tout nouveau chapitre, il est même d’actualité. » Mike Tramp se lancera dans une longue tournée pour soutenir Songs Of White Lion, Vol. II à partir de la mi-août, dont une date à Paris, le 11 novembre, avec The Dead Daisies et Beastö Blancö à l’Elysée Montmartre. Entretien avec l’artiste.

« Le groupe que nous voulions être au plus profond de nous allait être beaucoup plus progressif que le groupe qu’est devenu White Lion. Nous voulions que White Lion aille beaucoup plus vers le style de Kansas. »

Radio Metal : Pourquoi as-tu décidé de faire renaître White Lion avec le premier volume de Songs Of White Lion ?

Mike Tramp (chant) : Je pense en fait que ça a commencé il y a très, très longtemps, en France. C’était dans un TGV Lille-Paris, avec Olivier Garnier. A ce moment-là, je faisais la promotion de mon troisième album solo en 2003 intitulé More To Life Than This. La réalité est que ce n’était plus facile au niveau carrière. Pas que ça ait jamais été le cas, mais je suis soudainement passé de Freak Of Nature à des albums solos qui étaient beaucoup plus dans le trip chant-guitare à la Springsteen et John Cougar Mellecamp. On m’a suggéré de faire une nouvelle version de White Lion, que les choses seraient beaucoup plus faciles pour moi, que je jouerais dans des festivals et des trucs comme ça. C’était la première fois que cela me traversait l’esprit à nouveau depuis 1991, lorsque j’avais mis fin au groupe. Petit à petit, j’ai commencé à y penser, et il fallait le faire. Je devais être honnête avec moi-même. En même temps, j’étais peut-être un peu inquiet à ce sujet, avec une carrière solo qui n’allait peut-être pas être possible. Tu peux enregistrer un album, c’est génial, mais si tu ne peux pas le promouvoir et faire une tournée, des concerts pour le défendre, ce n’est pas cool. Alors, j’ai remonté White Lion, nous avons joué dans des festivals en Europe et nous avons fait une tournée américaine. Une chose après l’autre, je me suis dit que j’allais écrire un nouvel album de White Lion.

Tout ça est du passé, mais quand je repense à cela, il y a dix-huit ou dix-neuf ans, c’était très clair pour moi. Je ne voulais pas faire ce que j’avais commencé à faire. Return Of The Pride, cet album que beaucoup de gens ne connaissent même pas, n’était pas un nouvel album de White Lion. C’était un album rock que Mike Tramp a écrit et enregistré avec différents musiciens, mais cela n’avait rien à voir avec le retour de White Lion ou une nouvelle version du groupe. Lorsque j’ai vraiment observé cela vers 2008 et 2009, j’ai fermé ce livre et j’ai recommencé mon plan de carrière solo avec Cobblestone Street. Je suis même venu en France et j’ai joué avec Beth Hart à l’Olympia. J’ai commencé à ressentir que ce serait à nouveau génial, ou en tout cas possible, de faire quelque chose. J’ai fait dix albums solos. Sur chaque affiche de concert où je joue, il y a écrit « avec la voix de White Lion », peu importe ce que je joue. Je pourrais même sortir un album de jazz, ce serait pareil [rires]. Bien sûr, je n’aurais pas pu faire du jazz ! C’est quand même frustrant ce « avec la voix de White Lion ». Je le comprends parfaitement : je faisais partie de White Lion, c’était mon groupe, j’ai écrit les chansons avec Vito Bratta, mais maintenant ce n’est plus White Lion. J’ai alors commencé à réfléchir et je me suis dit : « Et si je revenais là-dessus ? Quelle serait la meilleure façon de procéder ? »

Justement, Les chansons sonnent assez proches des originales. Ta personnalité vocale unique s’est améliorée avec l’âge et cette émotion est devenue ta marque de fabrique. Comment as-tu choisi les morceaux ?

Je me suis repenché sur beaucoup de groupes qui se reforment, mais ici, ce n’était tout simplement pas le cas. Pour le premier volume des chansons de White Lion, il s’agissait uniquement de faire un album, pas de créer un groupe et de partir en tournée – du moins, quand j’ai commencé à le faire. Je me suis dit cet album devait sonner comme si Mike Tramp montait sur scène en 2023. Il doit être en adéquation avec quelqu’un qui a soixante-deux ans. Je suis en bonne forme, mais je n’ai plus vingt-sept ans et je ne joue pas au club Le Rex comme en 1988 avec White Lion ! Alors, je me suis demandé : « Comment puis-je faire en sorte de présenter ces vieilles chansons dans le monde d’aujourd’hui ? » C’est là que Marcus Nand intervient. Il est la partie la plus importante de l’album parce qu’il doit non seulement jouer les parties de guitare de Vito Bratta mais aussi les interpréter dans une tonalité différente. C’est presque impossible, mais quand il est venu me voir après un moment, il m’a dit qu’il pouvait le faire. Nous avons alors commencé à enregistrer l’album. Bien sûr, j’ai déjà chanté « Wait », « When The Children Cry » ou « Little Fighter » un million de fois, mais c’était comme si c’était frais et nouveau. Cela m’a donné l’impression d’aimer revisiter ces chansons. Je ne suis pas le genre de personne qui revient sur son passé et j’avais dit au revoir à White Lion. J’avais clos cet épisode, puis j’étais passé à Freak Of Nature, puis à ma carrière solo. Alors pour revenir en arrière et refaire quelque chose que j’avais fait il y a longtemps, il fallait que ça ait du sens de différentes manières.

« J’ai contacté trois guitaristes célèbres pour leur demander s’ils étaient intéressés pour jouer sur ce projet. Ils m’ont répondu qu’ils ne jouaient pas du Vito Bratta. Vito ne joue pas du blues. C’est comme du Mozart et du Beethoven, tu dois le jouer note pour note. »

Et ce second volume était prévu ?

Pas du tout. Ni la tournée qui a suivi, comme je te l’ai dit. Alors que la sortie de l’album approchait, j’ai dit à Marcus que nous devrions voir ce que les gens en penseraient en live. Nous y sommes allés ! Au début, c’était Marcus et moi aux guitares avec des backing tracks. Les gens dans les clubs aux USA ont adoré. Puis j’ai dit : « OK, montons un groupe. » C’était l’année dernière. C’était bien. Cela me faisait même du bien d’être sur scène, et puis j’ai dit à Marcus : « Tu sais quoi ? Maintenant que nous dépensons de l’énergie, faisons le volume II ! » Et puis, bien sûr, ce volume II est devenu l’album dont vous connaissez toutes les chansons. Le volume I était en quelque sorte celui des plus grands succès du groupe, mais quand tu commences à ouvrir la porte et à jouer « Lights And Thunder », « El Salvador » ou encore « The Road To Valhalla », ces chansons ont eu une signification différente dans la carrière de White Lion, et c’est vraiment bien.

Pourrais-tu nous évoquer des souvenirs forts de certains titres comme « Lights And Thunder » que l’on retrouve dans ce volume II ?

Bien sûr ! Tout est en quelque sorte relié à ce qui a précédé. Beaucoup de gens se sont intéressés au groupe lorsque l’album Pride est devenu un succès en Amérique et qu’il a commencé à être diffusé à travers le monde. Beaucoup de monde ne savait pas que nous avions sorti Fight To Survive. Bref, à une époque où White Lion n’était pas encore vraiment un groupe, nous étions quatre et sommes allés dans un studio en Allemagne pour enregistrer cet album. Mais en fait, c’était Vito et moi qui formions le groupe, et peu de temps après le départ du basiste et du batteur, nous avons attendu peut-être près de deux ans l’arrivée de James Lomenzo (basse) et de Greg d’Angelo (batterie). Puis, au moment où nous enregistrons l’album Pride, c’est genre notre premier concert depuis presque deux ans. C’est donc une véritable représentation de White Lion. Puis Pride sort et nous partons en tournée à travers le monde. Nous tournons avec AC/DC, Aerosmith, Kiss. Nous tournons au Japon, nous tournons en Europe et dans le reste du monde.

Soudain, notre maison de disques nous dit : « Oh, nous avons besoin d’un nouvel album ». Cela faisait deux ans que nous tournions en support de Pride. Vito et moi ne nous étions jamais posés pour écrire de nouvelles chansons. Nous avons donc écrit Big Game en dix jours. Quand nous sommes allés en studio, nous n’avions même jamais joué ces chansons en groupe ne serait-ce dans une salle de répétition. La première fois qu’elles ont été interprétées tous ensemble, c’était en studio d’enregistrement – la plupart des artistes te diront qu’ils ont vécu la même chose. Ce qui nous arrivait était compliqué. Tu as besoin de temps pour répéter, jouer tes nouvelles chansons, modifier la tonalité, composer un nouveau début, un pont ou une fin différente, même si Vito et moi en avions écrit la musique. Nous ne le savions pas à ce moment de notre carrière, mais en regardant en arrière, nous avions l’impression que Big Game n’était pas terminé. Alors, quand Vito et moi avons commencé à écrire les chansons de Mane Attraction, nous avons dit à la maison de disques : « Nous vous ferons savoir quand nous serons prêts. » Nous avons passé toute l’année à composer, à les optimiser, à les tester, etc. Et « Lights And Thunder » a été le premier titre que nous avons écrit.

Je pense que même si nous n’en avions pas parlé ensemble, il était clair pour nous que nous avions quelque chose à prouver, surtout à nous-mêmes. Le groupe que nous voulions être au plus profond de nous allait être beaucoup plus progressif que le groupe qu’est devenu White Lion quand vous réécoutez « Lady Of The Valley » ou « El Salvador » par exemple. Ce n’est pas une bande-son typique de la période Sunset Strip avec Mötley Crüe, Poison et ce genre de groupe. Je n’ai rien contre eux, mais nous avons toujours voulu faire quelque chose de différent au fur et à mesure que nous progressions dans la construction du groupe. Nous voulions que White Lion aille beaucoup plus vers le style de Kansas. Nous voulions intégrer un clavier un peu à la Deep Purple. Nous ne voulions pas seulement quelqu’un qui joue en arrière-plan, nous voulions un claviériste qui soit aussi important dans le groupe qu’un guitariste, et nous savions où nous pouvions amener ces chansons. Malheureusement, nous avons manqué de temps et j’ai mis fin au groupe.

« Ce n’était pas évident pour nous à New York, il faisait très froid en hiver. Quand tu étais sur le Sunset Strip, tous les groupes traînaient dans la rue la nuit, avec des super looks, des super filles. C’était comme Mardi gras. Nous, nous passions un peu plus de temps à répéter que Poison ou Mötley Crüe [rires]. »

Et des titres comme « Lonely Nights » ou « Don’t Give Up », cela te rappelle quoi ?

Ce sont des classiques de notre répertoire. Ces titres étaient sécurisants pour nous. Nous les connaissions par cœur avant d’entrer enregistrer Pride, comme je te le disais. J’ai sorti un bootleg qui date. Beaucoup de gens ne le savent pas mais en 1986, un an avant l’enregistrement actuel de l’album Pride, nous étions retournés à Francfort, en Allemagne, pour l’enregistrer une première fois. Lorsque nous sommes revenus en Amérique, nous avons écouté ce que nous avions fait. Nous nous étions dit que ce n’était pas assez bon. Vito et moi avons alors recommencé à travailler sur les chansons. Donc nous les connaissions si bien que, quand nous sommes entrés en studio, c’était juste une question de capturer le meilleur d’elles !

Peut-on s’attendre à un volume III des chansons de White Lion ?

[Rires] Beaucoup de monde me le demande. J’ai envie de dire « oui ! », mais ça risque de prendre un certain temps. Tu le sais aussi bien que moi, il n’y a plus de grande industrie du disque. C’est un peu petit maintenant. Mais il s’agirait simplement de leur dire : « Nous savez quoi ? Nous ressentons réellement que nous pouvons apporter un peu plus en live à certaines de ces chansons par rapport à leur version originale, sans pour autant manquer de respect au groupe des débuts. »

As-tu ressenti un sentiment de nostalgie en revisitant toutes ces chansons ?

Complètement, et de la tristesse également. James, Greg, Vito et moi avons fait le tour du monde. Nous avons fait beaucoup de choses différentes ensemble, et je dis toujours aux gens : chez White Lion, la chasse était bien meilleure que la capture. Les premiers jours dans les clubs, les concerts avec Ace Frehley, Y&T, Blue Öyster Cult et tellement d’autres groupes différents, nous étions plus que soudés. Une fois que nous avons commencé à jouer dans les grandes salles, de nombreuses tentations sont apparues et le groupe a commencé petit à petit à se dissoudre.

White Lion est un refuge pour toi, quelque chose qui te sécurise ?

Oui, c’est un lieu sûr, dans le sens où les chansons sont en moi. Il n’y a rien que je ne connaisse pas au sujet de ces chansons. Je viens sur scène avec ma guitare acoustique, je souhaite faire mon show sérieusement et être un véritable artiste solo. Et puis quelqu’un dans le public dit : « Joue ‘Lady Of The Valley’ ! » Je sais que ces titres sont comme des fantômes qui vont juste me hanter. J’ai commencé à interpréter plein de chansons de White Lion en version acoustique, je me suis réconcilié avec elles. J’ai toujours su que je pouvais les chanter dans une tonalité plus grave et donner l’impression qu’elles étaient, en quelque sorte, plus matures. C’était le même feeling pour moi quand j’entendais Phil Lynott de Thin Lizzy ou David Coverdale du Whitesnake des débuts chanter. Lorsque j’écoute le White Lion des années 80, même si j’avais vingt-six ou vingt-sept ans, j’ai l’impression d’entendre un petit garçon chanter.

Marcus Nand a réalisé un travail impressionnant sur les guitares, vu le niveau de Vito Bratta…

Complètement. Lorsque je te disais tout à l’heure que le projet White Lion réinterprété est né dans ce train Lille-Paris, j’ai contacté trois guitaristes célèbres pour leur demander s’ils étaient intéressés pour jouer sur ce projet. Ils m’ont répondu qu’ils ne jouaient pas du Vito Bratta. Vito ne joue pas du blues. C’est comme du Mozart et du Beethoven, tu dois le jouer note pour note. Marcus est un fan de Vito. Il respecte son jeu, donc il a toujours su en tant que guitariste que s’il devait se lancer et faire ça, il devrait le faire note pour note pour que ce soit légitime. Un truc formidable est que Marcus et Vito se sont parlé régulièrement.

« Nous avions toujours su que si une chanson sonnait bien en acoustique, elle cartonnerait en électrique. »

Pourquoi Vito Bratta a disparu du circuit ?

C’est la question à un million de dollars. Parfois, tu sais ce qu’il y a, mais tu ne peux tout simplement pas l’expliquer. Je dois le respecter. Quand le groupe s’est terminé en septembre 91, Vito est rentré chez lui et depuis, il est à la maison. Il n’est plus jamais allé en studio, il n’est plus jamais monté sur scène. Il a dû faire deux interviews en trente ans. Encore une fois, je le respecte, mais ce qui me pose un problème, c’est que parfois, cela donne l’impression au monde que ce n’est que moi qui veux ça. Je pense que Vito doit une explication aux fans. On ne blâme pas Mike Tramp s’il veut faire un projet en rapport avec White Lion. Je pense avoir toujours su qu’il n’y aurait jamais une reformation du groupe. Ça aurait pu se faire si Vito m’avait appelé il y a dix ans et m’avait dit : « Tu sais quoi ? Tu veux que l’on enregistre des chansons ensemble ? Ce serait possible… Plant et Page savaient qu’ils n’allaient pas appeler leur projet Led Zeppelin, ils l’ont fait pour l’amour du rock and roll. Faisons pareil. On ne va pas partir en tournée ensemble. On a écrit de superbes chansons ensemble. Voyons si on peut recommencer. » Mais je n’ai jamais eu le moindre appel de sa part !

Vito, on a compris que c’était compliqué. As-tu envoyé ces deux volumes à James Lomenzo et/ou Greg D’Angelo ?

Non [rires]. James et moi sommes de très bons amis. Nous échangeons régulièrement. C’est toujours un plaisir de se voir dans des festivals par exemple. S’il passe en concert, j’essaie de le voir si je suis dans le coin.

Comment s’est déroulée la tournée en support du premier volume des chansons de White Lion ?

C’était super. Dans deux semaines, nous partons sur les routes américaines pour la suite de l’aventure. Nous sommes tout simplement heureux de jouer ces chansons. Il y aura probablement un album solo de ma part l’année prochaine, mais faisons les choses par étapes, d’abord du White Lion. Nous jouerons en groupe aux USA et dans les festivals européens l’année prochaine.

Tu as récemment annoncé sur tes réseaux sociaux que le groupe serait ouvert à faire des concerts privés ou même à domicile. Comment envisagerais-tu cela ?

Au cours des dix dernières années, j’ai fait des tournées à travers le monde. J’ai presque joué dans le salon des gens rien qu’avec une guitare acoustique. Nous avons quelques moments de libres lors de notre grande tournée américaine, et nous avons une configuration matérielle avec le groupe qui nous permet d’aller chez les gens et de faire un concert de rock complet sans déranger les voisins. Nous voulons en faire un évènement spécial. Je pense que nous en ferons trois au cours de cette tournée.

Tu finiras ta tournée américaine au fameux Whisky A Go Go à Los Angeles en octobre prochain. Te souviens-tu de ton premier concert là-bas ?

Tu sais, White Lion est un groupe de New York. Nous n’avons joué qu’une fois à Los Angeles et ce sera la première fois au Whisky pour du White Lion.

En novembre, vous ferez une tournée européenne en première partie de The Dead Daisies. Ce sera en duo avec Marcus, c’est ça ?

Oui, tous les deux avec nos guitares et des backing tracks qui ne sont que la basse et la batterie. Nous allons nous éclater !

Te souviens-tu des années folles avec le succès de Pride ?

Est-ce que je m’en souviens ? Bien sûr ! J’ai des cicatrices partout (il montre ses bras en rigolant). Le plus intéressant et aussi le plus mémorable est que la plupart de ces choses étaient une première fois pour nous. Il y a le moment où nous avons commencé la tournée Pride. Comme je te l’ai dit plus tôt, au début, nous avons joué avec Ace Frehley et Y&T, puis nous sommes passés à Kiss, puis Aerosmith, puis AC/DC, puis nous sommes allés au Japon, en Europe. Je me souviens de ce concert fou au Club Le Rex. La première fois est toujours bien plus spéciale que la deuxième fois.

« Je suis né dans un pays où l’on respecte l’autre. Je sais quand le feu est rouge et quand il est vert. Je distingue le bien du mal. J’ai confiance en moi. Je n’ai pas besoin de trucs artificiels pour me sentir bien, être une bonne personne. »

Quelle atmosphère régnait entre White Lion et les groupes de hair metal qui, à l’époque, avaient beaucoup de succès ?

Nous étions basés à New York. En Californie, il y avait Mötley Crüe, Poison et Ratt qui faisaient du bruit. Van Halen explosait. Un business s’installait et MTV commençait à grandir et à dicter les choses. Tout le monde voulait avoir du succès, les groupes se copiaient. Quand tu regardes cela maintenant avec du recul, tu te dis que des erreurs ont été commises de la part des maisons de disques et des groupes eux-mêmes – certains, pas tous – qui n’avaient pas ou plus leur propre personnalité. Il y avait Mötley Crüe avec leurs codes et nous, nous étions différents. C’était important d’être nous-mêmes. Dans les derniers jours des eighties, lorsque MTV a fermé les portes à tous ces groupes et que Kurt Cobain, Chris Cornell et Eddie Vedder sont arrivés, les groupes de hair metal étaient des clones les uns des autres. Les gens en ont eu marre. C’est comme s’il y avait eu trop de cheveux ! [Rires] Ils sonnaient tous trop de la même façon.

Et le Sunset Strip à Los Angeles, c’était « the place to be » ?

Lorsque tu regardes tous les groupes de hard rock des eighties, il n’y avait que Twisted Sister et White Lion qui venaient de New York. Ce n’était pas évident pour nous à New York, il faisait très froid en hiver. Quand tu étais sur le Sunset Strip, tous les groupes traînaient dans la rue la nuit, avec des super looks, des super filles. C’était comme Mardi gras. Nous, nous passions un peu plus de temps à répéter que Poison ou Mötley Crüe [rires].

Comment s’est passée la transition de White Lion à Freak Of Nature ? Quels ont été les faits marquants à cette période ?

Merci pour cette question. J’ai créé Freak Of Nature le lendemain de l’arrêt de White Lion. C’était écrit dans mon esprit. Je n’allais pas reproduire avec Freak Of Nature les erreurs faites avec White Lion. Je n’avais pas le son du groupe en tête mais je savais où je voulais aller. Je voulais que ce soit un groupe à part entière, cinq musiciens qui écrivent ensemble. Le groupe repartait de zéro, de la rue. Nous n’allions pas connaître le succès en faisant des vidéos pour MTV, nous allions gagner notre audience dans les clubs. Donc la première chose que nous avons faite une fois que j’ai formé le groupe est que nous nous sommes mis en cercle dans notre salle de répétition. Tout le monde s’est regardé, et s’est promis de ne jamais faire ou dire n’importe quoi aux autres gars sur ce qu’ils devraient jouer. Le bassiste joue de la basse, le batteur joue de la batterie et les deux guitaristes jouent avec leur guitare. Chacun apportait donc sa propre contribution. C’est pour cela que les deux albums que nous avons faits sont des moments forts de ma carrière.

Il y a aussi Mike Tramp avec sa guitare acoustique qui fait des concerts intimistes. Cela a ponctué ta vie aussi ?

Bien sûr, on n’avait jamais l’occasion d’en parler dans les années 80, et c’est devenu un peu différent avec Freak Of Nature. Même en France, nous avons fait beaucoup de concerts unplugged avec tout le groupe et la guitare acoustique est revenue. Pour moi, c’était une évidence : j’étais un jeune garçon au Danemark, à la fin des années 60, les hippies étaient là, la guerre du Vietnam débutait, il y avait le San Francisco Sound, Bob Dylan, Neil Young arrivaient à Copenhague. Tout le monde était assis avec une guitare acoustique, j’avais une guitare acoustique, j’ai grandi en jouant « Knockin’ On Heaven’s Door », « Blowin’ In The Wind ». La folk est ma musique de base.

C’est dans ton ADN…

Complètement. Lorsque je composais avec Vito, je jouais du Dylan, et il jouait du Hendrix et du Van Halen. Vito me laissait envoyer une mélodie à la guitare acoustique et il composait une partie électrique. Nous avions toujours su que si une chanson sonnait bien en acoustique, elle cartonnerait en électrique. Nous voulions avoir une base de chansons à la Lennon/McCartney, Dylan, Springsteen, Neil Young, Elton John. Des gros, gros compositeurs !

« Je veux que vous entendiez dans ma voix que ce n’est pas quelqu’un qui est en studio parce qu’il est payé et que ces réenregistrements vont rapporter beaucoup d’argent. Je suis là pour raconter une histoire après avoir navigué sur les sept mers pendant de nombreuses années. »

Trois questions en une : quelles chansons de White Lion, de ta carrière solo et en général te représentent le mieux artistiquement parlant ?

« When The Children Cry » est ce qui me représente le mieux au niveau de la musique et des paroles ou encore « Cry For Freedom ». Lorsque je suis arrivé aux USA, tout le monde voulait être David Lee Roth et faire partie de la grosse scène rock’n roll. Je viens d’un pays et j’ai été élevé dans un milieu où l’on prenait en considération la société et ses problèmes. Je l’ai toujours gardé en moi. Lorsque je me mettais à écrire des paroles, je n’allais sûrement pas écrire sur le diable ou « Talk Dirty To Me », c’était plus « Lady Of The Valley », « Little Fighter », « Cry For Freedom » ou d’autres choses du même genre. Je suis fier de les avoir écrites et d’être resté fidèle à mes racines. Sur mon cinquième album solo « Museum », le titre « Trust In Yourself » a des accords à la Dylan ou Neil Young et des lignes mélodiques puissantes. Elle représente Mike Tramp et sa position dans la vie. J’ai des principes. Je ne chante pas sur la religion mais il y a de la spiritualité en moi. Je suis né dans un pays où l’on respecte l’autre. Je sais quand le feu est rouge et quand il est vert. Je distingue le bien du mal. J’ai confiance en moi. Je n’ai pas besoin de trucs artificiels pour me sentir bien, être une bonne personne. Je suis ce que mon cœur me dicte. C’est ce qui me représente le mieux. Pour ce qui est d’une chanson en général qui me représenterait le mieux, ce serait « The River » de Bruce Springsteen. Je l’ai découvert avec cette chanson. Et quand j’ai entendu « The River » pour la première fois, j’ai entendu mon enfance, le son des guitares acoustiques et le genre de progression d’accords que j’avais l’habitude d’entendre autour d’un feu de camp avec tous mes amis de classe lorsque nous chantions. Inconsciemment, je me suis dit : C’est comme ça que je serai quand je serai vieux.

Que dirait le Mike Tramp d’aujourd’hui à celui qui débutait sa carrière ?

Garçon, va à l’école ! J’ai trois enfants. Mon garçon le plus âgé a trente ans et vit à Melbourne, en Australie. Ma fille Isabelle a dix-huit ans et mon fils Lennon a seize ans, ils savent tous les deux jouer de la guitare et du piano. Ce sont aussi tous les deux de très bons chanteurs. Mais je leur dis d’avoir un vrai travail, une vraie carrière. Il est tout simplement trop tard pour suivre le chemin emprunté par leur père.

Vas-tu prendre ta retraite un jour ?

Sûrement. Ma vie n’est pas très différente de celle que je vis lorsque je suis sur scène, ou quand je monte sur scène. Aujourd’hui, je pense que la majorité du public verra la même personne qui marche dans la rue sans se cacher ou quoi que ce soit du genre. Regarde, même après les grandes années MTV, avec Freak Of Nature, nous sommes retournés dans la rue parce que je viens des rues de Copenhague. Je viens de la pauvreté. Je viens d’une mère qui a élevé trois garçons sans argent. Je suis dans le même état d’esprit avec les volumes I et II des chansons de White Lion que je revisite. Je veux que vous entendiez dans ma voix que ce n’est pas quelqu’un qui est en studio parce qu’il est payé et que ces réenregistrements vont rapporter beaucoup d’argent. Je suis là pour raconter une histoire après avoir navigué sur les sept mers pendant de nombreuses années. Et maintenant je reviens. Je comprends beaucoup mieux aujourd’hui ces chansons, même si j’ai écrit les paroles dans les années 80. Je les regarde et me dis : « Ouais, je comprends ce que tu voulais dire, tu étais tout simplement trop jeune pour vraiment le dire. Maintenant, je vais le dire. »

Quelle est ton addiction positive ?

Eh bien, je ne me suis pas fixé d’objectifs très hauts, sauf simplement de pouvoir être cohérent et honnête avec moi-même. Je peux venir avec une guitare acoustique et jouer au coin d’une rue. Ce sera le même Mike Tramp que vous verrez sur scène !

Interview réalisée en visio le 29 juillet 2024 par Laurent Karila.
Retranscription & traduction : Laurent Karila.
Photos : Jakob Muxoll.

Site officiel de Mike Tramp : miketrampofficial.com

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  • La réussite de Mike est d’avoir « réinterprété » les tubes du Lion Blanc dans une nouvelle tonalité ( la voix n’est plus ce qu’elle était !) et surtout dans des orchestrations plus brutes, plus éloignées du « hair métal »… quand au guitariste,il a su retranscrire la flamboyance du grand Vito Brata… pour les anciens, ça n’enlève rien l’œuvre d’origine mais ce restylage peut intéresser les plus jeunes…moi ça m’a beaucoup plu…

  • « Tout ça est du passé, mais quand je repense à cela, il y a dix-huit ou dix-neuf ans, c’était très clair pour moi. Je ne voulais pas faire ce que j’avais commencé à faire. Return Of The Pride, cet album que beaucoup de gens ne connaissent même pas, n’était pas un nouvel album de White Lion. »

    Alors pourquoi l’avoir sorti sous le nom White Lion, et l’avoir nommé ainsi ? Pride étant l’album classique de WL (pour moi en tout cas).
    Et sur wiki, on peut lire que « the rock n roll circuz » devait être le prochain album de WL, mais le disque sortira finalement sous le nom de Mike Tramp.

    Le come back a échoué, il faut le dire/reconnaître. WL n’ayant pas marqué autant les esprits. Return of the Pride, je l’ai, et à part « Battle at Little Big Horn » je ne retiens pas grand chose de ce disque.

    Quant à ces titres revisités… le vol.1 ne m’a pas trop dérangé. Du vol.2, je n’ai écouté que le classique « lights and thunder » pour lequel j’ai pas été au bout. Après si ça peut permettre à des personnes de s’intéresser à WL pourquoi pas.

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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