Signés par le label français Listenable Records en 2003 pour trois albums après seulement trois démos – respectivement sorties entre 2000 et 2002 – voilà que les Finlandais, l’an passé, annoncent quitter leur maison-mère pour, aujourd’hui, signer chez AFM records. Un changement de label ainsi qu’un changement au sein du groupe avec les départs respectifs des guitaristes Tomy Laisto et Kalle Aaltonen en 2011. Voilà de quoi intriguer ! En effet, au fil des années, sans forcément se démarquer de cette scène death mélodique, Mors Principium Est a su se faire une place confortable. Notamment avec Inhumanity, premier opus du combo en 2003, brillamment suivi en 2005 par The Unborn.
La dernière décennie a introduit Mors Principium Est dans la grande famille scandinave du mélo-death. Avec …And Death Said Live, la nouvelle galette du groupe, les Finlandais – après cinq ans d’absence – semblent revenir plus matures que jamais. Une nouvelle page dans l’histoire de la bande serait-elle en train de se tourner sous nos yeux ? Car une chose est sûre, Mors Principium Est, avec ce nouvel album, n’est pas là pour simplement faire bonne figure. Alors, quel avenir pour le groupe ?
Depuis les débuts du groupe, la période séparant Liberation = Termination et …And Death Said Live est la plus longue période d’inactivité studio connue par la bande. Cinq ans loin des studios avant ce retour en 2012 tambour battant. Armés de nouveaux membres, Mors Principium Est creuse l’écart avec son passé, vers son futur. L’album s’ouvre d’ailleurs sur cette thématique avec ses trois premiers titres : « The Awakening » (le réveil), « Departure » (le départ) et enfin « I Will Return » (Je reviendrai). Ce nouvel opus est marqué par une profonde euphorie et une énergie, non pas retrouvée, mais nouvelle. In fine, Mors Principium Est marque le rythme à suivre. Plus que jamais, la recette scandinave associant mélodies et riffs efficaces est appliquée ici. C’est cette même recette qui a fait, et qui fait encore, la particularité du death mélodique. Cependant, le combo apporte aujourd’hui une dose de fraîcheur qui nous vient de la scène américaine. Le tout mixé à son authenticité.
L’impact de nouveaux membres dans un groupe passe rarement inaperçu, qui plus est quant il s’agît de remplacer les deux guitaristes, qui plus est fondateur et co-fondateur. Andy Gillion est anglais, Andhe Chandler néo-zélandais. En ces deux nouveaux membres réside la clé de cette évolution artistique. Bien que les solos, les blasts, les mélodies hargneuses et entêtantes, la violence couplée à la limpidité et ce talent inné pour pratiquer ce metal-là trouve ses origines en Suède, il y a une vraie flamme de passion chez les Finlandais de Mors. Car malgré un fort parallèle avec des pionniers de cette scène tel que Dark Tranquillity, Mors Principium Est a toujours eu une identité propre, peaufinée album après album. Ainsi, un titre tel que « Destroyer Of All » n’est pas sans rappeler un certain « Sinners Defeat » issu du précédent opus. Mais l’arrivée de ces deux nouveaux membres non-scandinaves se ressent à travers la musique. D’un death mélo, on passe par instant – de manière sporadique toutefois – à un death technique typiquement issu de la scène américaine. La composition de …And Death Said Live passe cette fois à un niveau supérieur au vu de la quantité de riffs assez impressionnante.
La volonté du groupe était claire suite aux départs de ses deux guitaristes : il ne continuerait l’aventure que s’il trouvait des remplaçants « dignes de se noms ». Même si l’on sent que les deux nouveaux arrivants sont encore quelque peu bridés, obligés en quelque sorte de reprendre les fondations laissées par Jori Haukio afin de rester dans l’esprit du groupe et de ne pas décevoir les fans, Mors Principium Est ouvre un champ d’innovations. Ainsi, l’idée de surpassement est omniprésente au sein de cet opus. Surpassement dans ce que le groupe sait faire (comme le rappelle le groupe lui-même) mais aussi volonté de ne pas trop s’éloigner des sentiers battus : « Je pense que nous avons continué à partir d’où nous nous sommes arrêtés. Comme je l’ai dit, les nouvelles chansons ont toujours le cœur de la vieille époque Mors Principium Est. Donc, nous n’avons pas trop changé notre style de musique. En fait, le style de musique est toujours la même vieille sauce death mélodique, mais maintenant nous pouvons avoir de nouvelles choses qu’à l’époque nous n’avions pas. Alors, j’espère que les gens vont regarder cet album comme le quatrième album du Mors Principium Est et non pas le premier album de la nouvelle ère Mors Principium Est. ». A ce sujet, interviewé par le site Metality, Chandler ajoute : «Il y a toujours le son classique de MPE, avec de nouveaux éléments. Cela apporte de la fraîcheur mais l’album contient tous les éléments passés qui définissent Mors Principium Est ».
…And Death Said Live demeure plus carré que ses prédécesseurs. Pourquoi ? Par sa production massive et intense. L’album est « alléchant » par ses sonorités moins « étouffées » que par le passé. Et malgré l’absence de claviériste à plein temps au sein du combo, les claviers semblent mieux utilisés que sur Liberation= Termination : en soutien, ils rappellent par moment ce que l’on peut entendre sur The Unborn tout en accentuant cette impression de « densité » délivrée par la musique du groupe. Il en va de même pour le jeu de batterie de Mikko Sipola qui est l’une des marques de fabrique du combo et qui, par le passé, a déjà prouvé son efficacité depuis Inhumanity.
Ainsi, comme toujours, sans s’écarter de sa voie, Mors Principium Est avance au cœur d’une scène death mélo qui, aujourd’hui, paraît s’essouffler. Ce nouvel opus est un condensé de ce que sait faire le groupe tout en y ajoutant un souffle nouveau apporté par la venue de ses deux nouveaux membres. Même si l’on ne peut en aucun cas parler d’une nouvelle ère pour le groupe, il est indéniable que les Finlandais passent une étape essentielle. La volonté progressiste est sous-jacente à cet opus qui marque un retour de la bande remarqué. Car …And Death Said Live n’est pas l’album le plus chiadé de death mélodique, cependant il apparaît aujourd’hui comme un album sincère qui tend à démontrer le talent du groupe. Cet opus est une remise en bouche après cinq années d’absence. Mors Principium Est est donc maître de son destin.
…And Death Said Live, sortie le 14 décembre 2012 via AFM Records




























