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Interview   

Mötley Crüe en mode « feelgood »


Mötley Crüe a beau s’être reformé, avec désormais John 5 à la guitare, le groupe ne compte, semble-t-il, pas se prendre la tête. Objectif : se faire plaisir en tournée avec un rythme pas trop soutenu et créer de la musique uniquement quand l’envie leur en prend. C’est en tout cas le discours que tient Nikki Sixx dans l’entretien ci-après, avec pour exemples ces trois chansons enregistrées il y a un an en compagnie du producteur Bob Rock, presque sur un coup de tête, en suivant l’inspiration du moment, sans volonté de faire un album. Premier extrait de ces sessions dévoilées : la chanson « Dogs Of War » et son clip foutraque en images de synthèse, bourré de clins d’œil, mais qui délivre en fin de compte un vrai message.

Nous avons eu quinze minutes chrono pour poser nos questions au bassiste sur ces sujets et lui demander où en est aujourd’hui Mötley Crüe. Quinze minutes qui sont passées à la vitesse de l’éclair, Nikki étant plutôt loquace, mais qui ont apporté leur lot d’éléments de réponse.

« Je suis totalement opposé à l’idée de faire un album […] parce que j’aime pouvoir travailler sur une chanson ou deux, les étoffer et créer une connexion émotionnelle avec elles. Or, quand on fait dix ou treize chansons, c’est dur de rester concentré. »

Radio Metal : Vous avez sorti il y a quelques semaines le single « Dogs Of War ». Celui-ci fait en réalité partie de trois nouvelles chansons que vous avez enregistrées avec le producteur Bob Rock il y a environ un an. Quel était l’objectif initial de ces sessions ? Etait-ce juste pour tâter le terrain et voir si l’alchimie était toujours présente, ou bien y êtes-vous allés avec l’idée de peut-être faire un album ?

Nikki Sixx (basse) : Je suis totalement opposé à l’idée de faire un album, pour un tas de raisons. Pas pour des raisons financières. J’ai entendu différents artistes dire : « Oh, ça ne se vend plus, je ne gagnerais pas d’argent dessus. » Mon état d’esprit est que nous sommes dans une phase de notre carrière… Je vis dans le Wyoming, Vince [Neil] vit dans le Tennessee, et Tommy [Lee] et John 5 vivent en Californie. Parfois nous tournons plus longuement que d’autres fois. Il s’agit donc que l’un d’entre nous dise aux autres : « Hé, j’ai une idée ! » Cette session en particulier a commencé suite à ma lecture d’un article sur la cancel culture – j’étais en Amérique du Sud à ce moment-là. Mon processus créatif consiste à avoir une réaction ou un feeling envers quelque chose que je vois, que ce soit une fille, une voiture, un article, etc. J’écris en suivant ce que j’appelle un flux de conscience. Je prends quelque chose comme ça et j’écris deux ou trois pages pleines sans m’arrêter. Je ne me soucie pas des rimes, mais juste de mettre sur papier ce qui se passe dans ma tête ; que ce soit « Dr. Feelgood » ou « Shout At The Devil », elles ont toutes été faites de la même manière, elles sont venues très vite. Ensuite, si tout le monde aime ce que j’ai fait, je peux me remettre dessus en me disant : « Comment est-ce que je peux l’améliorer un peu ? Ou l’adapter un peu mieux pour Vince ? Ou peut-être mieux lier certaines phrases ? » J’ai donc écrit ces pages, j’ai vu Tommy et j’ai dit : « Eh, regarde ça ! » J’avais en plus une ligne mélodique sur un rythme typé un peu à la « Shout At The Devil », chose sur laquelle Vince est très bon. Tommy a dit : « Mec, il faudrait qu’on mette des riffs là-dessus ! » Ça arrive souvent, d’une façon ou d’une autre : soit il faut composer des riffs sur des mots, soit écrire des mots sur des riffs. Nous étions en backstage, j’étais avec John et Tommy, nous étions en train d’essayer des choses et la chanson « Cancelled » s’est faite comme ça assez rapidement.

Nous avons alors dit : « Faisons-en une démo quand on sera rentré à L.A., sans pression, et voyons ce qu’il en ressort. » Pendant que nous étions en train d’enregistrer la démo, c’est là que « Dogs Of War » est arrivée aussi et que nous avons eu l’idée de faire une reprise pour nous amuser, car nous aimons en faire, nous en faisons depuis les débuts du groupe. A ce moment-là – c’est d’ailleurs toujours le cas –, nous avions « Blitzkrieg Bop » dans le set, donc nous avons commencé à travailler là-dessus. Bob Rock a adoré les chansons, donc nous sommes allés en studio avec lui. Quand nous nous sommes mis sur la chanson des Ramones, ça sonnait comme un très bon groupe qui jouait une très bonne chanson, mais ça ne sonnait pas comme Mötley Crüe. « Anarchy In The UK » ou « Helter Skelter » sont de parfaits exemples de chansons que nous considérons comme très importantes et qui sonnaient comme nous une fois reprises – pour le meilleur ou pour le pire ! [Rires]. Nous avons donc fini par faire « (You Gotta) Fight For Your Right (To Party!) » à la même vitesse que la chanson des Ramones et « Dogs Of War ». Nous étions donc sur une lancée, nous trouvions ça cool, alors nous nous sommes dit que nous allions mixer ces chansons et parler à des labels, nous avons vendu notre maison de disques et nous avons réfléchi à ce que nous voulions faire avec ça. Tout était donc très naturel. Il n’y avait pas de « faisons un album », « tâtons le terrain », « réinventons-nous », etc. Nous étions juste des gars dans un groupe qui voulaient écrire des chansons et s’amuser en le faisant.

Pour revenir sur sujet de l’album : la raison pour laquelle je ne crois pas aux albums, à titre personnel, est que j’aime pouvoir travailler sur une chanson ou deux, les étoffer et créer une connexion émotionnelle avec elles. Or, quand on fait dix ou treize chansons, c’est dur de rester concentré. Combien d’albums a-t-on tous achetés dont l’intégralité était extraordinaire ? J’aime l’idée de faire une, deux ou trois chansons, puis, quand nous en ressentons l’envie, en refaire une, deux ou trois, et peut-être qu’au bout d’un certain temps, les fans auront l’équivalent d’un album, mais ils auront aussi eu la concentration maximale de l’artiste, sans qu’il ait à devoir faire du remplissage.

« John adore Mötley Crüe, donc il veut vraiment que nous sonnions comme Mötley Crüe. Il n’a jamais voulu débarquer en nous faisant sonner comme un autre groupe. »

C’est la première fois que vous avez un autre guitariste au sein de Mötley Crüe. Qu’est-ce que John 5 apporte, en termes de dynamique, de créativité, etc. ? Quels sont les principaux changements que tu as ressentis ?

A chaque fois que tu sors un musicien et en amène un nouveau, c’est comme un nouveau membre de la famille ou comme quand tu as un groupe d’amis et qu’un nouvel ami arrive. Tu te retrouves avec une dynamique différente. Si je quittais le groupe et qu’un autre bassiste arrivait, il y aurait encore une autre dynamique. John adore Mötley Crüe, donc il veut vraiment que nous sonnions comme Mötley Crüe. Il n’a jamais voulu débarquer en nous faisant sonner comme un autre groupe avec ses parties. Ça a toujours été important pour lui. Lors de nos conversations, il était là : « Ça, ça sonne comme Mötley Crüe, ça c’est du Mötley Crüe classique. » Il apporte tout simplement une belle énergie. Ce n’est pas différent de tous les autres artistes avec qui j’ai travaillé. J’ai connu de superbes relations avec des guitaristes. J’ai fait la musique de Sixx: A.M. avec DJ Ashba, c’est un guitariste phénoménal et James Michael est un chanteur phénoménal, et les gens étaient là : « Comment se fait-il que Sixx: A.M. ne sonne pas comme Mötley Crüe ? » Parce que ce sont deux musiciens différents qui jouent avec moi ; ça ne sonnera forcément pas comme Mötley Crüe. Dans le cas présent, John voulait que ça sonne comme Mötley Crüe, mais en amenant son énergie dans notre famille, et ça a créé une belle [alchimie]. Nous pouvons jammer et créer ensemble, ce n’est pas difficile du tout. Il s’agit juste de profiter du processus.

Ta collaboration avec John 5 n’est pas nouvelle, vous aviez déjà composé des chansons ensemble par le passé, y compris celles présentes sur la BO de The Dirt. Est-ce que l’intégrer à Mötley Crüe était une évidence pour toi ?

Je connais John depuis très longtemps. J’ai écrit une chanson avec Desmond Child pour Meat Loaf qui s’intitule « The Monster Is Loose » et John était le guitariste sur cette session. Nous avons appris à nous connaître et nous étions amis autant qu’il est possible de l’être en étant tous les deux constamment sur la route. Nous avons eu des occasions de travailler ensemble et j’ai écrit « Lies Of The Beautiful People » avec lui et James Michael, ça a été un tube qui s’est propulsé au sommet des charts. Nous avons fait divers autres trucs. Je me souviens que Big Machine m’a appelé et m’a demandé de monter un projet et d’être le producteur exécutif d’une chanson pour un film Netflix baptisée Ice Road. C’était durant la pandémie, donc je ne pouvais pas vraiment faire intervenir tout un tas de gens et j’avais déjà déménagé dans le Wyoming à ce moment-là. J’ai donc parlé à Rob Zombie, Tommy Clufetos et John 5, et nous avons fait une reprise de Johnny Cash. C’était très amusant, nous l’avons sorti sur Big Machine Label Group, sur lequel nous sommes actuellement. Mötley Crüe avait pris sa retraite et Sixx: A.M. avait arrêté de tourner, et John est venu chez moi. Nous nous sommes posés dans le jardin et avons joué de la guitare. Nous étions tout le temps là : « Oh, ceci pourrait faire une chanson ! Cela pourrait devenir un morceau ! » Quand est venu le moment de faire The Dirt, je lui ai demandé s’il voulait écrire quelques chansons avec moi. Nous en avons écrit – je ne sais plus – peut-être huit, que nous avons réduit à quatre. J’ai trouvé que c’était vraiment une super expérience de l’avoir en studio avec moi, Tommy et Bob Rock. C’était donc simple une progression naturelle. Ça paraissait logique, c’est amusant, je le connais et je connais sa musicalité. Il a maintenant une super relation avec les autres gars, donc ça donne un véritable sentiment de groupe.

Dans le clip de « Dogs Of War », parmi de nombreuses choses, y compris un paquet d’easter eggs, on voit des gens dépeints avec des têtes d’animaux, ce qui nous ramène un peu à Generation Swine, mais ça peut aussi faire penser à La Ferme Des Animaux de George Orwell. Quelle part de tout ceci est juste du divertissement et quelle part reflète votre vision du monde ?

Mötley Crüe a toujours été un groupe qui défendait l’outsider, et mes paroles reflètent ça, comme dans « Shout At The Devil », il s’agit de se défendre et de se dresser contre quelque chose qui essaye de nous démolir. J’étais en train de regarder une série qui s’intitule La Servante Ecarlate. Il y avait une phrase en latin dans l’un des épisodes, écrite dans une Bible, qui, traduite, disait : « Ne laissez pas les salopards vous opprimer. » Il y avait ce gars au sommet, mais tout le monde essayait de le faire tomber. Ça m’a fait rire parce que lorsqu’on est dans l’industrie du divertissement, plus on monte haut, plus il y a de gens qui veulent nous faire tomber, que ce soit juste ou non. Nous avons toujours aimé en faire des tonnes avec les médias et certains types de personnes. Nous trouvions que c’était drôle que… Ne laissez pas les salauds vous abattre, ne laissez pas les gens vous rabaisser, ne laissez pas les gens décider de ce que devrait être votre vie… Ça allait avec l’idée de la vidéo qui est qu’on ne peut tuer Mötley Crüe et ça nous a fait rire. Tout au long de la vidéo, ils essayent de nous tuer, jusqu’à la fin où nous sommes enfin morts et où ils sont là : « Oh bon sang, maintenant qu’ils sont morts, qu’est-ce qu’on va faire ? » Donc ils ramènent nos urnes funéraires, ils sniffent nos cendres et nous sommes de retour ! Ainsi, nous nous amusons, tout en parlant d’un sujet qui nous tient à cœur. Le réalisateur, Nick DenBoer, a fait un boulot formidable. Nous avons dit : « Voilà le postulat de la chanson. » Lui, Tommy et moi avons commencé à balancer plein d’idées sur la manière dont nous pourrions dépeindre tout ça de façon amusante et stimulante visuellement, et nous l’avons laissé se lâcher ! Ce mec est un fou furieux ! C’est un génie. J’adorerais retravailler avec lui un jour.

« Je ne sais pas où en sera Mötley Crüe en 2024, 2025, 2026, etc. Je ne sais même pas s’il y aura un Mötley Crüe dans le futur. J’essaye juste, littéralement, de vivre dans l’instant présent. Je profite. »

Mötley Crûe avait pris sa retraite en 2015, puis vous vous êtes reformés en 2020. Vous avez tourné, vous sortez une nouvelle chanson… Votre histoire et votre discographie passée parlent pour vous, et j’imagine que vous avez tous une vie confortable, donc qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui à poursuivre avec Mötley Crüe ?

J’ai une fille qui a cinq ans et j’ai quatre autres enfants qui sont plus âgés. J’ai loupé une grande partie de leur enfance – ce qui est vraiment nul, y compris pour eux – à cause des tournées. Actuellement, j’essaye de trouver un équilibre entre le groupe et ma famille, ma fille, le fait d’être là pour elle, etc. J’ai soixante-cinq ans et je veux le faire maintenant. Je suis donc très content que nous puissions tourner et à la fois avoir une vie à la maison. J’ai l’impression d’être épanoui en tant qu’artiste, car si j’ai des idées, nous pouvons travailler sur des chansons, sans nous tuer à la tâche et sans non plus nous tourner les pouces. Nous ne sommes pas à la retraite, mais nous ne faisons pas non plus des tournées de deux cents dates, où on est absent, puis on revient et tout le monde divorce, les enfants ont des problèmes, etc. Je suis plutôt content de notre situation actuelle en tant que groupe et, personnellement, en tant que père, membre du groupe et artiste.

Ce groupe s’est formé en 1981 et a connu son âge d’or dans les années 80. C’était clairement une autre époque, le monde a beaucoup changé ces deux ou trois dernières décennies. Qu’est-ce que ça signifie et implique d’être Mötley Crüe en 2024 ?

On me pose parfois cette question et je n’ai tout simplement pas de réponse ! Car je n’y pense pas trop. Quand nous voulons faire de la musique, nous nous réunissons. Nous nous connaissons tellement bien, nous connaissons nos forces et nos faiblesses respectives. Je ne pense pas vraiment à ce qui est populaire ou pas. Je ne lis pas trop ce que les gens pensent de nous – un petit peu ici et là, parce que parfois ça me fait rire. Nous sommes un groupe qui divise tellement, même si je sais que beaucoup de groupes sont comme ça. Soit on nous adore, soit on nous déteste, mais nous nous en fichons un peu. Je ne peux pas essayer d’apaiser telle et telle personne ; nous devons nous apaiser nous-mêmes. Notre relation au sein du groupe est saine, nous nous sentons tous créatifs et satisfaits. Je me fais vraiment plaisir dans ce groupe ! Je ne sais pas où en sera Mötley Crüe en 2024, 2025, 2026, etc. Je ne sais même pas s’il y aura un Mötley Crüe dans le futur. J’essaye juste, littéralement, de vivre dans l’instant présent, et je pense que c’est pareil pour les autres membres. Je profite. Je profite de nos fans – nous avons des fans vraiment supers. Quand nous étions en Europe la dernière fois, nous y avons passé deux mois, ce qui est long. C’était vraiment excitant pour moi, parce que je peux être dans mon groupe, mais je veux aussi amener ma famille avec moi. Nous avons donc passé deux mois en Europe, j’ai pu sortir, faire des choses que je n’aurais pas faites en temps normal, etc., car le planning était un peu plus léger, nous jouions un jour sur deux. Actuellement, Mötley Crüe traverse vraiment une bonne passe.

Interview réalisée en visio le 5 juin 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Ross Halfin (1, 2, 4) & Nicolas Gricourt (3).

Site officiel de Mötley Crüe : www.motley.com



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  • Le groupe est devenu une vaste blague ils ne devaient jamais revenir en théorie d après eux.Ils jouent en playback Neil incapable de chanter Mars viré les chansons composées sont mauvaises.Cela va sûrement être le lot de bp de groupes devenir des farces pour toucher le max avant la retraite.Keep America funny again..Les fans sont responsables 🙈

  • L’idée d’un nouvel album a changé au fil du temps. Si je trouves le courage d’exhumé mes magazines (pour sourcer mon propos), il me semble que dans Rock Hard, il avait déclaré vouloir faire un ultime album avec Mötley Crüe, voir un classique. Il était encore dans la dynamique SIXX A.M..

    C’est plus facile de tourner, et de jouer le répertoire classique. Ce que le groupe fait depuis SOLA.

    Les 2 inédits « all bad things » et « sex » devaient être les dernières chansons, et vu le niveau à l’époque c’était pas plus mal. Finalement, ce groupe comme tant d’autres retourne sa veste. Repart en tournée, puis arrive de la nouvelle musique « dogs of war » d’une nullité affligeante, et avec le recul « sex » est un chef d’oeuvre.

    Le groupe aurait dû donner un successeur à SOLA 3 ou 4 ans après, mais pour cela, il fallait s’y mettre.

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