Dans moins d’un mois va se dérouler la deuxième édition du MozHell Open Air. Et il faut le reconnaître : nous avons hâte d’y être ! En effet, en juillet dernier nous avions découvert les charmes métalliques d’Insming (57), petite commune de Moselle située à quelques encablures de Sarreguemines. Et nous avions été conquis par cet événement.
Première raison : l’affiche. L’année dernière l’orga avait notamment fait venir Landmvrks, Lofofora ou encore Rise Of The Northstar, des artistes à la notoriété importante qui envoient la purée. Cette prog’ soignée et variée soulignait, pour cette première édition, l’ambition du fest. Deuxième raison de notre engouement pour le MOA : l’organisation. Pour sa première édition, l’équipe organisatrice a bluffé les festivaliers par son professionnalisme. C’est un fait, l’organisation du MozHell Open Air n’a absolument rien à envier à certains événements qui bénéficient parfois d’un budget bien supérieur… Au MozHell, le fan de metal se sent comme chez lui, peut déambuler sur un espace à taille humaine – l’événement se déroule sur le stade de foot du village – où il peut voir des concerts sur deux scènes (la Mainstage et l’autre scène réservée aux artistes en devenir), avec autour de lui des stands de nourriture et de merch variés.
Julien et Loïc ont accepté d’échanger longuement avec nous dans le cadre d’un entretien réalisé par Zoom.
« Pour l’édition 2024, nous devions rassembler dix groupes professionnels et dix groupes amateurs. Cela a donc été pour nous dix fois plus stressant ! »
Radio Metal : Presque une année après l’événement, quel regard portez-vous sur la première édition du Mozhell Open Air ?
Loïc : De notre point de vue, c’était compliqué.
Julien : C’était stressant car nous étions plongés dans l’inconnu. Tout ce que nous avions fait au préalable consistait en l’organisation de petits événements gratuits en centre-ville. Le dernier projet que nous avions géré était la préquelle du festival qui avait eu lieu en novembre 2023. Lors de cet événement, nous avions seulement un groupe professionnel et trois groupes amateurs, donc quatre groupes au total. Nous étions plongés pour la première fois dans la gestion des contrats, et nous avons découvert comment organiser un concert se passe réellement. Pour nous, tout était une découverte. Forcément, nous avions la pression car les professionnels qui gèrent les groupes s’attendaient à des résultats de notre part. Il fallait donc être à la hauteur, alors que nous étions complètement novices. Quelques mois plus tard, le Mozhell Open Air démarrait et, cette fois, nous devions rassembler dix groupes professionnels et dix groupes amateurs. Cela a donc été pour nous dix fois plus stressant !
Loïc : L’événement du mois de novembre nous a donné de la confiance. Nous l’avons organisé de la manière la plus professionnelle qui soit, même si nous étions des amateurs et que nous avions beaucoup d’inconnues devant nous. Mais nous venons tous du monde de la musique. Nous avions tous la vision de la manière dont les choses devaient se dérouler : comment gérer des bénévoles, des backstages, etc.
Julien : Au sein de notre équipe, certains avaient déjà organisé des festivals plus petits, avec des groupes locaux. Nous nous demandions comment nous allions gérer l’organisation, l’accueil du public, la gestion de la billetterie. Sur un plan personnel, je suis bénévole au Hellfest et au Sylak depuis de longues années. Des bénévoles qui sont au Sylak sont venus nous prêter main-forte et ont pu nous partager leurs expériences. Tout cela a permis l’union de l’expérience de chacun, nous permettant d’y arriver. Chacun, à son niveau, a apporté sa petite pierre à l’édifice. Le Mozhell Open Air est le fruit d’une cohésion. Même si, forcément, pendant l’événement nous avons parfois eu des petites tensions entre nous à cause du stress.
Loïc : Tout n’est pas rose non plus. Mais il est vrai que ce sont les passionnés, avec leurs expériences différentes, qui ont fait vivre l’événement.
Julien : Tu as dit le mot : c’est la passion qui fait la différence. A contrario, si on compare à d’autres événements qui sont organisés dans de grandes salles, type Zénith, ce sont des personnes qui vivent de ce métier. S’ils se plantent, les conséquences sont monstrueuses pour eux. De notre côté, notre moteur est simplement l’envie de faire un événement.
Loïc : Nous n’avons pas besoin de nous enrichir. Le but est d’arriver à l’équilibre financier, au stade où on ne perd pas d’argent. Je pense que cet élan-là motive les passionnés de metal à nous aider pour arriver au zéro. A mon avis, tout le monde voit bien que nous ne sommes pas des businessmen du metal ! Nous avons tous fait notre propre chemin sur le plan professionnel. Nous ne cherchons pas une carrière. Ça se voit et ça se sait. Nous organisons ce festival par passion.
Vous parliez du fait que, pour la première édition, vous n’aviez pas d’entourage professionnel lié au monde du spectacle. Mais vous avez tous une expérience culturelle, grâce aux réseaux de bénévolat au Hellfest et au Sylak. Ces deux festivals sont-ils pour vous des exemples et des modèles ?
Julien : Quand nous sommes sur d’autres festivals, en tant que bénévoles, malgré le fait que nous soyons cantonnés à notre mission nous observons la manière dont les choses se déroulent. Pour ma part, au Hellfest, je suis au bar. En faisant simplement mon travail, j’analyse la façon de travailler du festival. En conséquence, nous tentons de reporter lors de notre événement, à notre échelle évidemment, le grand professionnalisme que nous voyons à Clisson.
Loïc : L’année dernière, ce fut mon huitième Hellfest. J’ai vu le festival grandir. La première fois où je me suis rendu sur place, c’était en 2013. Il n’y avait que des bâches micro-perforées et presque aucun décor. Je l’ai fait pendant huit ans et j’ai vu en tant que festivalier sa progression, son développement. Il est vrai qu’aujourd’hui, nous mettons en place certaines choses et parfois nos festivaliers s’exclament : « Bravo, vous avez pensé à mettre tel type de mise en place. » Mais pour nous, comme nous avons vécu l’expérience Hellfest, c’est juste normal. C’est naturel car nous avons compris, grâce au Hellfest, ce qu’était une bonne organisation structurée. Le Hellfest est notre modèle.
Julien : Le festival a démarré de zéro et on peut comparer notre projet à la personne qui lance sa petite micro-entreprise. Même si l’entrepreneur ne devient pas millionnaire, il a réussi à monter, à son niveau, son propre projet. Nous en sommes à notre premier festival et, pour l’instant, ce dernier comporte deux scènes. Notre but est de créer des ambiances et d’apporter un plus chaque année. Nous voulons créer une immersion. Toute proportion gardée, nous avons tenté de retranscrire, à notre échelle, la même expérience qu’au Hellfest. En entrant au MozHell, il y a la déco. Nous avons mis le paquet sur cet aspect. Pour la première édition, il ne s’agissait pas d’un simple stade avec une scène. Nous avons eu de très bons retours venant principalement des festivaliers qui venaient des alentours. Des curieux, venus du village, ont franchi les portes du festival et, lors d’une interview diffusée sur une télévision locale, une dame a affirmé : « C’est le stade de foot de ma fille ! » Cette phrase résume l’immersion car elle exprime : « Je suis sur le stade de foot de ma fille, je sais où je suis, mais en même temps… je n’y suis pas ! » C’est notre objectif. Avoir une expérience permettant de s’immerger dans un environnement, de se couper du monde.
« Le but est d’arriver à l’équilibre financier, au stade où on ne perd pas d’argent. Je pense que cet élan-là motive les passionnés de metal à nous aider pour arriver au zéro. A mon avis, tout le monde voit bien que nous ne sommes pas des businessmen du metal ! »
La création de MozHell consiste également à ramener l’opportunité de voir de grands artistes, à l’échelle locale. L’objectif est de présenter des artistes sur un territoire qui, géographiquement, est un désert culturel. Par ce biais, nous voulons permettre de faire vivre une expérience à des personnes n’ayant pas les moyens de faire sept cents kilomètres et de payer un billet de trois cent cinquante euros. Le temps d’un week-end, avec leurs moyens, les festivaliers qui habitent aux alentours passent le portique pour découvrir un autre monde. Cela leur permet de lâcher prise, en se coupant du monde réel et des tracas de la vie, pour vivre une expérience. Il y a quelques années, nous étions allés au Sonisphere à Amnéville. Lors du festival, on était sur un terrain vague, avec une scène à gauche et une autre à droite. On était sur du gravier et ce n’était pas une véritable expérience de festival. Je me sentirais plus à l’aise debout dans un Zénith que sur un site lambda de ce type ! Les festivaliers avaient accepté de payer leur ticket car le festival avait proposé une excellente programmation, mais le reste ne valait pas le déplacement.
Loïc : Idem pour le Graspop ou le Rock Am Ring. Il y a juste le Sziget Festival qu’on a fait une fois au milieu des années 2010 où l’orga avait déjà commencé à travailler sur la décoration. En fait, les festivals « mainstream » ont entamé des démarches de décoration depuis un moment. Alors que les festivals metal se contentaient d’une tente blanche et d’une scène avec du gros son, sans immersion. C’est l’immersion qui a permis au Hellfest de perdurer et de surpasser tous les autres à l’époque. C’est un peu ce que nous essayons de faire avec des décorations soignées, sur des bâches imprimées. C’est un investissement qui revient cher mais je pense que c’est aussi par ce biais que nous réussirons à faire perdurer le MozHell, bien plus que par la programmation.
Entre la première et la deuxième édition à venir du MozHell Open Air, sur quels domaines souhaitez-vous franchir un cap ?
Loïc : Déjà, nous avons doublé la programmation en termes de groupes !
Julien : L’année dernière, nous avions quatre-vingt-quinze pour cent d’artistes français. Le seul groupe étranger était Guilt Trip. Cette année, nous avons deux gros noms sur l’affiche qui viennent d’outre-Atlantique, Fear Factory et Soulfly. Malgré notre attachement aux artistes français, ces deux groupes internationaux apportent un plus. Au lieu de miser sur de grands artistes français suffisamment établis, tournant beaucoup dans l’Hexagone et que l’on peut voir régulièrement, le fait d’amener des artistes étrangers sur un festival en France ouvre les perspectives et offre un avantage. Nous pensons que cela élève considérablement le niveau de l’événement.
Julien : Lorsque nous avons montré l’affiche à des groupes internationaux présents sur cette édition 2025, beaucoup ne connaissaient pas Carpenter Brut. Or ici en France, cela fait un moment que le groupe a attiré l’attention. J’ai eu des retours d’amis belges, qui ne connaissaient pas encore Carpenter et qui ont découvert ce projet avec notre affiche. Ils ont vu le nombre impressionnant de vues que ce groupe avait accumulées sur les réseaux et s’y sont intéressés. Cela a donc répondu à une question que les groupes précités se posaient, à savoir : « Pourquoi cet artiste est aussi haut sur l’affiche ? » En même temps, du côté des festivaliers, cela a peut-être aussi déplu à certains puristes de constater que nous ne restons pas que dans un registre de metal pur, de hardcore ou d’esthétiques brutes. Néanmoins, en parallèle, cela permet d’ouvrir les portes du festival à un public plus large, qui viendra peut-être uniquement pour Carpenter mais qui passera la journée sur le festival, et c’est génial. Pour eux, ça peut aussi être une opportunité de découvrir des groupes comme Novelists ou Resolve, deux artistes plus proches de la communauté metal pure. Je pense que certains festivaliers auront une belle surprise en voyant ces formations sur scène. Par ce biais, nous réussirons peut-être à ouvrir des portes, notamment chez les plus jeunes. Après, en tant que petit festival, il était pour nous assez logique de mettre en avant des groupes qui intéressaient déjà les fans des groupes très importants de l’affiche, comme Soulfly par exemple.
Loïc : Un groupe comme Soulfly a tendance à mettre tout le monde d’accord !
Julien : Avoir Carpenter Brut en tant que tête d’affiche est très positif. L’année dernière, nous avons vécu une situation assez similaire avec Didier Super, qui sortait aussi un peu du cadre de notre programmation. Les retours étaient très partagés, à 50-50. Mais finalement, les personnes s’en sont souvenues et cela a été un moment mémorable et formidable. J’ai déjà en tête l’ambiance de clôture du festival 2025 sur du Carpenter ! Le public va vivre pleinement l’instant. Certains de nos festivaliers qui ne connaissent pas Carpenter Brut ont déjà regardé les concerts en ligne. A ce titre, le live du Hellfest sur Arte, disponible sur YouTube, a dépassé le million de vues. Cela prouve donc qu’il y a un réel intérêt.
Quelles sont les choses sur lesquelles vous avez travaillé en priorité pour faire passer un cap au festival sur cette édition 2025 ?
Julien : Au niveau des douches.
Loïc : Tout ce qui était sur le camping devrait être amélioré.
Julien : Le VIP également. L’attente du VIP était un peu plus importante que prévu.
Loïc : Nous avons rencontré de nombreuses difficultés à ce sujet, mais les personnes ont été bienveillantes car il s’agissait d’une première édition. En réalité, cela a été la dernière zone que nous devions gérer et nous n’avons pas réussi à la terminer comme nous l’aurions souhaité.
Julien : Ce n’était pas une de nos priorités. La priorité a été le montage des scènes et que la commission de sécurité puisse valider les installations.
« J’ai eu des retours d’amis belges, qui ne connaissaient pas encore Carpenter et qui ont découvert ce projet avec notre affiche. Ils ont vu le nombre impressionnant de vues que ce groupe avait accumulées sur les réseaux et s’y sont intéressés. »
Loïc : Nous avons été dépassés par les événements. Par la technique de la mainstage et de la petite scène. Les loges des artistes que nous devions préparer. Le VIP a donc été laissé de côté. Honnêtement, ce n’était pas prioritaire. Nous nous sommes dit : installons quelques transats, deux ou trois tonnelles, cela suffira. Nous avions mis des toilettes PMR qui n’étaient pas assez visibles.
Julien : L’expérience VIP existait grâce à la vue qu’elle offrait, et le bar qui proposait des bières plus haut de gamme que celles vendues sur le reste du site, mais il n’y avait aucun univers propre au VIP. Dans d’autres festivals que j’ai connus, l’espace VIP était généralement isolé. Cela permet à l’artiste de se sentir davantage en sécurité, en se mélangeant aux festivaliers VIP uniquement. Lors de notre festival, les artistes se sont déplacés sans problème, ils n’ont pas été dérangés. Cela s’est très bien passé. Mais il n’y avait pas forcément l’envie de rester plus longtemps, de créer un moment avec les festivaliers au sein du VIP. Cet espace doit devenir une atmosphère dans l’atmosphère. Nous devons encore créer « la grotte ». Les festivaliers VIP dépensent plus, les attentes sont donc plus importantes. L’année dernière, nous n’avons pas été à la hauteur sur ce domaine et nous allons devoir travailler sur ce point.
Loïc : Désormais toute une équipe s’occupera de cet espace. Il y aura de la décoration, des plantes, des bâches. Nous allons également intégrer des animations au VIP, avec des photobooths…
Julien : Créer une immersion dans l’immersion.
Loïc : Nous allons tenter l’installation d’un petit écran. Si je place le grand écran près de la mainstage, je vais demander à dupliquer les vidéos pour les diffuser sur une télévision de qualité dans l’espace VIP.
Julien : Nous devrons créer une immersion complète dans l’espace VIP. Au niveau des festivaliers, il y a des éléments que nous ne pouvons pas encore proposer. Par exemple, le petit cendrier de poche qu’on reçoit dans certains festivals. C’est un objet que j’utilise moi-même au quotidien. Plusieurs personnes nous en ont parlé. Elles ne veulent pas jeter leurs mégots par terre. Les festivaliers ont été très respectueux à ce sujet. Il y avait des points de collecte pour mégots. Il n’y a eu aucun problème. Il y avait une équipe dédiée au nettoyage. Mais les festivaliers demandaient des moyens pour jeter leurs mégots, pour les ranger dans leur poche. C’est un petit geste, mais ce serait utile. Un fumeur sur trois, sur quatre » Je ne connais pas le pourcentage exact de fumeurs, mais cela a été exprimé. Nous nous sommes dit que cela faisait partie des objets utiles à proposer. Il y a également le porte-gobelet à porter autour du cou. Et les zones d’ombre ont été énormément réclamées.
Loïc : La technique a été complètement revue cette année pour la mainstage puisque nous avons eu beaucoup de retards l’année dernière. Nous remplaçons l’équipe en faisant appel à des intermittents du spectacle professionnels et nous recevons également l’aide de toute l’équipe de Damage Done à Metz.
Julien : Ils possèdent une expérience bien plus solide que la nôtre. Ils organisent des concerts toute l’année et interviennent sur d’autres festivals. Donc le fait qu’il nous rejoignent donne de la sérénité, de l’expérience que nous n’avons pas. Ils nous apportent déjà cette expérience qu’ils ont acquise.
L’année dernière, en étant sur place, j’avais en effet pu observer que ces questions techniques étaient stressantes pour vous. C’est LE gros point à corriger pour 2025 ?
Loïc : Oui car nous étions en collaboration avec une association, comme la nôtre, encore naissante. C’était une équipe sympathique, avec un certain bagage, mais il existe un écart entre la théorie et la pratique. En plus, ils étaient fans des groupes qui jouaient l’année dernière. Ils ont perdu un peu leurs moyens et ils se sont trompés sur plusieurs points décisifs, ce qui a causé des retards. Le stress entre également en ligne de compte. Ce n’était pas simple.
Julien : Comme pour nous, c’est une nouvelle expérience. C’est notre rôle de surmonter toutes les difficultés qui peuvent se présenter.
Loïc : Cette année, nous avons changé une partie de l’équipe car nous montons en gamme dans la programmation. Il nous fallait une sûreté technique totale pour la sécurité du festival.
Julien : Nous savons aussi comment cela fonctionne. Les artistes échangent entre eux. Nous avons eu des retours l’année dernière. Des retours positifs des artistes qui nous ont dit que, pour une première édition, le festival était bien organisé. Il y a une certaine fierté. Mais nous pouvons également recevoir des retours négatifs, donc absolument rien n’est acquis.
Loïc : Le plus important, c’est le concert. Si le concert est mal organisé, cela pose un problème, et ce même si la décoration du festival est belle ! Je comprends que la déco ait son importance, mais il faut au moins que l’essentiel soit assuré »
Julien : L’artiste doit avoir envie de se donner. Il doit être vivant sur scène, pour que le spectacle soit à la hauteur.
Loïc : Pour répondre plus globalement à la question : je pense que nous avons eu très chaud ! Nous en sommes conscients. Par chance, cela ne s’est pas vraiment vu et le public n’a rien perçu. Les artistes et certains professionnels ont compris que la situation était tendue, mais ils ont également constaté que nous nous démenions. Ils ont vu que nous faisions tout ce que nous pouvions, que nous étions volontaires.
« Cette année, nous avons changé une partie de l’équipe car nous montons en gamme dans la programmation. Il nous fallait une sûreté technique totale pour la sécurité du festival. »
Avez-vous l’impression d’avoir eu plus de difficultés à construire l’affiche 2025 par rapport à celle de 2024 ?
Julien : Clairement, oui. La programmation est restreinte. Tout le comité n’y participe pas. Nous nous réunissons uniquement lorsque nous devons prendre des décisions importantes sur de gros budgets. En dehors, nous ne sommes que trois à travailler sur la programmation, et se mettre d’accord à trois, ce n’est pas simple.
Loïc : Et encore, ce ne sont que les propositions que je leur transmets, issues des disponibilités que l’on me communique. Si je devais vous envoyer toutes les listes des agences de booking, ce serait bien plus galère !
Julien : Les artistes nous regardent aussi. Nous n’aurions jamais pu faire une programmation sans savoir qui est disponible, à quel moment et à quel endroit. Loïc assure ce lien car il reçoit les propositions. Ensuite, nous faisons une étude. Je fais déjà un premier tri, sinon il y a trop de propositions. Puis il faut ensuite construire une trame cohérente avec les disponibilités. Loïc gère un tableau pour cela. Ensuite, nous négocions entre nous. Cette année, selon moi, en comparant l’affiche actuelle à celle de l’an passé, il manque Mass Hysteria et Gojira. Sur le plan de la programmation française, si on avait ajouté Gojira et Mass Hysteria, nous aurions pu atteindre un autre niveau. Entre-temps, Resolve et Novelists ont émergé, et nous avons réussi à les programmer cette année. Ils ont connu une vraie ascension et sont en train de se faire un nom. Ultra Vomit a également fait parler de lui cette année. Tout cela a évidemment été étudié. Bien sûr, nous avions une trame de base avec des groupes ciblés, et nous avons vérifié les disponibilités, mais, par la suite, nous nous retrouvons confrontés à la dure réalité des festivals. Nous ne sommes pas encore prioritaires. Il y a des festivals beaucoup plus importants. Et, de notre côté, nous ne pouvons pas descendre en qualité par rapport à l’an dernier.
En fait, cette année, l’enjeu est de montrer aux festivaliers que nous pouvons leur offrir un évènement bien plus qualitatif. Comme nous le disions auparavant, nous sommes dans une logique d’amélioration constante du festival. Que peut-on apporter d’un peu exclusif, pour ne pas décevoir les festivaliers ? En même temps, nous avons aussi prêté attention aux retours que nous avons eus autour de nous. Nous fréquentons beaucoup le milieu metal. A ce titre, nous allons à de nombreux concerts à Strasbourg, au Luxembourg et à Metz. Certaines personnes que je rencontre sur ces événements, quand je leur demande « tu n’es pas venu au festival ? », me répondent : « Ah, la scène était trop jeune, trop orientée metalcore. » Ce sont les retours que nous avons eus l’an passé. Mais c’est aussi notre identité. Nous venons tous, d’une manière ou d’une autre, de cette scène : hardcore, metalcore, deathcore. Nous sommes, à la base, des amateurs de core au sens large. Même si, bien sûr, nous avons aujourd’hui des membres dans l’équipe un peu plus old school. Nous avons tenu compte de ces retours, notamment de la part des festivaliers qui ne nous ressemblent pas. Il y a de potentiels festivaliers qui veulent quelque chose de plus old school. Je ne sais pas si, un jour, nous proposerons du heavy. En tout cas, nous ne sommes pas fermés et nous continuerons à regarder l’actualité des anciens groupes pour voir si on peut se permettre d’en faire jouer au MozHell.
Loïc : Il ne suffit pas de juste avoir envie de faire jouer un groupe pour le faire jouer.
Julien : Ce n’est pas juste passer un coup de téléphone pour dire « on le veut ». Nous n’en sommes pas encore là. Nous ne sommes pas encore à ce niveau.
Loïc : Je trouve que nous nous en sortons bien, car nous arrivons à faire monter sur scène des groupes qui sont en tournée. Mais si l’on regarde de près, même parmi les têtes d’affiche, il y a peu de groupes qui tournent vraiment dans les festivals français. Ils vont plus souvent en Allemagne, par exemple. Nous parvenons tout de même à obtenir des groupes pour un « one shot », juste pour le MozHell Open Air, alors qu’ils sont en pleine tournée européenne. C’est un vrai coup de chance.
Julien : Et ce sera un peu comme ça chaque année, parce que nous restons dépendants des gros festivals qui peuvent dire : « Je veux cet artiste. » Les groupes organisent une tournée autour de cela pour rentabiliser leur venue. Ensuite, ils cherchent à combler les dates libres avec des festivals plus petits comme le nôtre. Pour ces artistes-là, nous sommes encore dans la position de remplir les trous.
Loïc : C’est pour cela que nous arrivons parfois à avoir des « exclusivités » – même si elles n’en sont pas vraiment. Les gros festivals ont déjà annoncé leur programmation et nous négocions ensuite ce qui n’a pas été pris, mais qui reste en tournée. C’est plus facile à notre niveau. Nous en profitons aussi.
Julien : Ce n’est pas péjoratif, mais la réalité est que nous récupérons ce qu’il reste. Si l’on peut parler en ces termes ! Ce qu’il reste, ou ce qui n’a pas été prévu un an à l’avance, puisque les gros festivals ont organisé leurs programmations en amont.
La mairie de Insming est-elle toujours derrière le festival ?
Julien : La mairie est toujours partante. Dernièrement, nous avons été en contact avec le maire de la commune.
Loïc : Oui, nous allons procéder à des aménagements sur le site, plutôt techniques. Certainement que les festivaliers ne les verront pas, mais nous allons tirer des conduites d’eau, des gaines électriques, afin que les bénévoles aient un accès plus confortable, notamment en ce qui concerne le bar. Il y aura aussi des points d’eau supplémentaires à disposition des festivaliers.
Julien : Ce sont des petites améliorations et elles ne sont pas prises en charge par la mairie. Elles sont toujours possibles grâce à nos partenaires et à nos bénévoles.
Loïc : Notre principal partenaire est Christophe [Roh], chauffagiste. Il prend en charge l’ensemble des coûts liés au tirage des conduites.
Julien : C’est un exemple parmi d’autres. De plus, la mairie nous a également mis à disposition un local. Nous avons pu avoir accès au site car il n’y a plus de club de football dans le village. Ce club occupait le stade, le terrain et le club-house. Nous avons ainsi pu récupérer le stade pour l’évènement et nous avons accès au club-house pour nous permettre d’entreposer du matériel.
Loïc : cela n’est pas gratuit, nous sommes en location.
Julien : Oui, nous avons donc une présence sur le site pour laquelle nous payons un loyer annuel.
Loïc : Le loyer est abordable, mais cela permet de montrer aux collectivités et aux habitants de la commune que nous ne bénéficions d’aucun passe-droit.
« Les groupes cherchent à combler les dates libres avec des festivals plus petits comme le nôtre. Pour ces artistes-là, nous sommes encore dans la position de remplir les trous. »
Julien : Et cela nous permet de stocker notre matériel. Le site est mis en location le week-end. Rien n’est mis gratuitement à disposition.
Loïc : Toutefois, nous avons certaines aides, comme l’ouverture du terrain ou le passage des conduites. Cela, nous ne le payons pas. Par exemple, lorsque des véhicules sont restés embourbés et que des tracteurs de la commune sont venus les sortir. C’est un soutien logistique qui n’est pas quantifiable.
Julien : Il y a également la mise à disposition d’un terrain pour le camping ou le parking. Ce sont les agriculteurs locaux qui nous l’ont permis. Au départ, ils étaient méfiants car nous ne sommes pas dans le même univers. Leur quotidien, ce sont leurs bêtes et leurs terres. Ils ressentaient une crainte à l’idée de voir arriver un festival et de retrouver leur terrain dégradé. Par la suite, ils ont vu que le camping avait été nettoyé, les festivaliers n’ont pas laissé leurs déchets sur place et les ont rassemblés en tas.
Loïc : C’est la force de la communauté !
Julien : Sachant en plus que, par le passé, il y a eu deux free parties organisées à Insming sans aucune autorisation. La commune avait des inquiétudes, car selon ce qu’il se dit, ils auraient retrouvé des personnes droguées dans les voitures, des seringues… Nous leur avons expliqué que notre événement était déclaré, avec une commission de sécurité, un service de sécurité sur place, des chiens, etc. Cela a permis de rassurer, même si, au début, les habitants ne nous adressaient pas la parole dans le village.
Loïc : Ils pensaient que nous avions payé le maire pour obtenir l’autorisation ! Le premier jour du montage, le maire est venu me voir complètement démotivé. Il m’a dit qu’il ne se ferait jamais réélire, car tout le monde pensait qu’il avait été payé pour autoriser ce « festival de Satan » ! Il est très croyant et il me disait qu’il ne comprenait pas comment il avait pu autoriser cet événement…
Julien : Nous avons vécu tous les stéréotypes, tout comme les organisateurs du Hellfest à leurs débuts. Ce sont ces préjugés qui pèsent encore sur la communauté. Aujourd’hui, quand nous allons dans le village, les gens nous sourient. Ils sont heureux de nous voir. Ils ont vu le coté positif, c’est-à-dire les personnes étaient respectueuses et quand la musique se coupait, le public allait se coucher. Le site est en plein centre du village. Le lundi, alors que nous étions en train de démonter, le maire est passé et nous a dit : « Les gars, on bloque les dates, l’année prochaine vous revenez ! » C’est trop cool.
Loïc : Il nous a dit : « On fait le Hellfest. » J’ai répondu : « OK, mais il faut voir si nous sommes rentrés dans nos frais. » Car nous avions beaucoup de frais de dernière minute. Finalement, nous étions à moins cinq mille euros et nous n’avions pas encore payé la SACEM. Donc probablement autour de moins onze mille. Mais dans le milieu professionnel, ce genre de première édition est considéré comme une réussite. Les tourneurs nous ont dit que sur une première édition, sans subventions, d’autres sont à moins trente ou moins quarante. Sans oublier que ce n’est pas parce que c’est la première édition qu’on bénéficie de subventions. Pour avoir des aides sur le MozHell, il faut au moins avoir fait un événement une fois. Il faut que ce soit concret et qu’ils puissent considérer l’événement. Cette année, ils prennent l’événement au sérieux et normalement nous devrions recevoir des subventions.
Pour cette édition 2025, vous visez quelle jauge ?
Loïc : Nous avons une jauge de trois mille cinq cents personnes par jour. Mais nous savons que nous ne serons pas complets. L’objectif, c’est un minimum de deux mille personnes par jour. Si nous n’atteignons pas ce chiffre, nous ne rentrons pas dans nos frais.
Avez-vous observé une évolution des cachets des artistes entre 2024 et 2025 ?
Loïc : Oui. L’année dernière, je pouvais encore faire venir certains artistes pour environ deux mille euros. Aujourd’hui, il n’y a pas de cachets en dessous de cinq mille euros. On arrive toujours à négocier un peu. J’ai l’impression que la hausse ne provient pas d’un problème d’inflation, mais plutôt du fait qu’il y a plus de demandes, plus de festivals. Donc les prix augmentent.
Avez-vous noté en 2024 une présence d’un public étranger ? Et est-ce un objectif pour 2025 ?
Loïc : En 2024, nous avons eu des Hollandais, des Allemands, des Luxembourgeois, des Belges et des Suisses. Nous avons des amis en Belgique qui nous aident à relayer l’information. Notre objectif, avec des groupes comme Soulfly et Fear Factory, c’est bien sûr de toucher les trois frontières. La Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne sont des pays friands de metal. Notre position géographique est à notre profit. Nous sommes à une heure du Luxembourg, à une heure de la Belgique, à quarante minutes de l’Allemagne. Ces pays aiment le metal. Avec, en plus, la communauté française nous avons un véritable avantage. Mais les boîtes de booking nous expliquent, par expérience, qu’il est plus difficile de faire venir des étrangers en France que de voir des Français aller à l’étranger pour un festival. Les Allemands, Belges ou Luxembourgeois s’expatrient plus difficilement. C’est un challenge, mais je pense que les mentalités changent. Les tensions entre frontaliers, comme celles liées aux générations ayant connu la guerre, disparaissent petit à petit, car les nouvelles générations ne sont pas impactées par ce souvenir. Cela change la donne.
Interview réalisée par Zoom vidéo le 1er avril 2025 par Amaury Blanc.
Retranscription : Louhane Pelizzaro.
Crédits photos :
Photo 1 : Mozhell Open Air
Photo 2 : The Fall Of Prometheus – JBF Photos
Photo 3 : Mégane Perrin
Site officiel MozHell Open Air : mozhell.fr































