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Muscadeath XXIII : Vendanges de décibels


Ce n’est ni plus ni moins que ses vingt-trois bougies que souffle le festival Muscadeath avec sa cuvée 2025. Année après année, l’événement s’est imposé comme un rendez-vous incontournable — pour ne pas dire iconique — dans la sphère du metal extrême à l’ouest de l’Hexagone. Ce qui, à l’origine, avait tout d’un pari de passionnés est désormais devenu une véritable institution, capable d’attirer aussi bien les fidèles de la première heure que les nouvelles générations en quête de sensations fortes.

La formule, peaufinée au fil du temps, a largement fait ses preuves et conserve tout son pouvoir d’attraction : un vendredi soir consacré au black metal et un samedi plus consistant, placé sous le signe du death metal. Entre riffs abrasifs, atmosphères suffocantes et une ferveur sans faille du public, le Muscadeath confirme une fois de plus qu’il a trouvé son identité et qu’il sait la faire rayonner. Voici un compte rendu des concerts qui se sont tenus sur ces deux jours, entre découvertes, moments forts et coups de massue sonores.

Evénement : Muscadeath XXIII
Dates : 19-20 septembre 2025
Salle : Champilambart
Ville : Vallet [44]

Comme l’année passée, le top départ est donné à 18h30 et c’est le groupe Villes Ardentes qui est chargé de lancer ce vendredi, interprétant un black/noise aux mélodies guerrières et aux thématiques historiques. On note l’absence de basse, la formation évoluant pour l’occasion en trio chant/guitare/batterie, une configuration plutôt étonnante car le groupe souhaitait bénéficier en studio de la violence et de la rapidité d’une batterie programmée. Le chanteur Ooan, au look à mi-chemin entre pur blackeux et premier de la classe (les lunettes et les cheveux courts), s’en tient à un registre vocal somme toute assez conventionnel. Il prendra régulièrement la parole pour introduire les chansons, puis pour remercier l’organisation du festival et ses bénévoles, ainsi que le public venu profiter de ce tout premier concert.

À peine le second groupe de la journée est prêt à faire son entrée que l’on remarque déjà plus d’engouement dans le public. Usquam, qui vient d’ailleurs de sortir son second album Ex Nihilo, prend donc la suite des opérations avec son black/death mélodique et puissant. Pas de batterie cette fois, celle-ci étant délivrée par une piste enregistrée. Le combo, emmené par sa chanteuse Jessy, montre du caractère et une belle complicité sur scène. Le son est correct qui plus est, permettant notamment d’apprécier la virtuosité des solos de Revan, guitariste lead intégré temporairement. Le public répond positivement, c’est une réussite pour les Parisiens qui sont sur une bonne dynamique en cette année 2025.

Lorsque le quatuor de Versatile fait son entrée, on se dit que ce sera la petite attraction de la soirée. L’univers horrifique dépeint par les Suisses prend tout son sens en live tant la scène leur apporte cet aspect théâtral presque indispensable, renforcé par les accoutrements très réussis des musiciens. Entre ce qu’offre visuellement et musicalement Versatile, tout est cohérent. Une batterie qui tabasse, des envolées symphoniques, des passages carrément électro, assurément le groupe porte bien son nom. Les quatre artistes révèlent une belle ardeur, surtout le guitariste Famine que l’on croirait presque en transe. Le concert verra la venue d’un invité de dernière minute dénommé Alex pour chanter en duo le temps d’un titre. Le batteur délaissera son instrument sur quelques interludes pendant lesquels il s’emparera d’un tambour métallique, et descendra carrément dans la fosse en fin de set pour jouer avec des membres du public. Très bonne prestation d’un groupe qui maîtrise son sujet, et qu’il faudra garder à l’œil.

Également nouveau venu sur l’affiche du Muscadeath, c’est au tour de Deathcode Society de proposer un set tout en black symphonique. Dans un style assez statique, les musiciens restent dans leur espace respectif pendant leurs quarante-cinq minutes allouées, concentrés à délivrer toute la complexité de leur musique au travers de leurs costumes façon Nazguls. Si la finesse des compositions reste assez accessible sur album, il faut bien avouer qu’il n’est pas évident de cerner toutes les subtilités en live. Mais ça joue carré et le public prend progressivement la mesure du spectacle donné. Le concert se terminera un peu au-delà du temps imparti, c’est tout le souci d’avoir un catalogue de chansons qui passent rarement sous les six minutes.

Chaque année revient la question toujours plus brûlante des têtes d’affiche qui seront annoncées, tant le Muscadeath a réussi à nous surprendre. En décrochant le nom mythique de Belphegor pour la première fois à Vallet, le festival ne nous a clairement pas déçus sur ce point. Alors qu’ils étaient censés initialement clôturer la première journée, des raisons logistiques les forceront à avancer leur concert sur le running order tout en gardant les soixante minutes prévues. Au vu de la salle qui est comble, le public sait qui se présente à lui. Dignes de leur statut de tête d’affiche du soir, les Autrichiens envoient un set efficace avec des morceaux phares que l’on retrouve régulièrement en live comme « Belphegor – Hell’s Ambassador », « Virtus Asinaria – Prayer » ou l’incontournable « Lucifer Incestus ». Pas tellement de surprise donc durant ce concert qui reste dans la moyenne de ce que propose habituellement le groupe. Celui-ci s’achèvera sur « Todtentanz – Dance Macabre », avant que le frontman Helmuth prenne un petit moment pour saluer chaleureusement le public du Champilambart.

Il revient donc aux Néerlandaises d’Asagraum de boucler le vendredi, accompagnées à cette occasion par un bassiste en l’absence de la dénommée Makhashanah. Il faut le dire, ce petit changement dans le running order n’est franchement pas un cadeau. Passer littéralement après la tête d’affiche n’est pas chose aisée, aussi se dit-on qu’il leur faudra sûrement mettre les bouchées doubles pour se mettre le public en poche, un public qui s’est nettement réduit peut-être par manque d’intérêt ou simplement par fatigue. Si le groupe peut s’appuyer sur le charisme de la frontwoman Obscura ainsi que la vigueur de ses trois compères, on sent un léger déficit de puissance dans le son, un petit truc en plus qui aurait pu mettre tout le monde d’accord, y compris les festivaliers prenant le chemin de la sortie. Les derniers spectateurs présents, eux, ne bouderont pas leur plaisir de savourer ce concert d’Asagraum qui achèvera ainsi cette première journée.

Après avoir fait vibrer la Hell Stage en juin sur les terres clissonaises puis la Supositor Stage du Motocultor en août, le jeune trio breton de Tanork a l’honneur d’ouvrir le bal du samedi. Leur death groovy ultra énergique fait mouche dès la première seconde, sans la moindre considération pour les festivaliers qui auraient zappé de s’échauffer la nuque au préalable. Gros headbangs sur scène, premiers circle pits, ce début de journée démarre de la meilleure des manières avec déjà un public bien garni, très réceptif. Comment passer après ça ?

Réponse : avec à peu près la même chose, l’expérience en plus et un niveau technique davantage poussé. Le quintet de South Of Hell revient sur cette même scène après un passage en 2017, bien décidé à répandre de nouveau son death ravageur. La salle ne semble pas désemplir et pour cause, le groupe parvient à maintenir la bonne dynamique amorcée par leurs prédécesseurs. Très peu d’activité pour eux, avec un unique album prometteur sorti en 2015, une poignée de concerts et un clip à venir prochainement. Pourtant le groupe apparaît solide et appliqué en live, de quoi présumer que du neuf est dans les tuyaux et qu’on pourrait bien les retrouver sur la route dans un avenir proche.

Gurkkhas, c’est un nom du brutal death français qui est discrètement revenu aux affaires il y a deux ans, après deux décennies d’improductivité musicale. On pouvait donc se réjouir de voir la vieille garde reprendre le chemin de la scène, qui plus est dans un festival aussi renommé que le Muscadeath. Complétée tout récemment par l’intégration de Guillaume du groupe Arcania comme bassiste de session, la formation est un peu brouillonne dans l’exécution, sûrement en manque de concerts qui permettraient de dérouiller la machine. Mais on leur pardonne, d’autant que les quatre musiciens semblent animés d’un certain enthousiasme à jouer sur la scène du Champilambart. Peut-être le point de départ d’un nouveau cycle ?

La violence de la scène extrême transalpine n’est plus un secret depuis bien longtemps au travers notamment de formations telles que Fleshgod Apocalypse ou Hour Of Penance. Le quatuor bien moins connu de Devangelic a cependant de sacrés arguments à faire valoir, surtout depuis l’album Xul aux influences complètement Nile-esques. La vélocité de leur brutal death technique est indéniable. Ça joue vite, très vite… trop vite. En effet, après avoir joué un titre annoncé comme « a fast song » (chose qui sera confirmée), les musiciens se regarderont presque dépités comme s’ils avaient perdu le fil durant ces quelques minutes. Pour ne rien arranger, le son est plutôt moyen dans l’ensemble et malheureusement la technicité se perd dans une bouillie tapageuse. Le chanteur affirmera tout de même que c’est un des meilleurs festivals indoor dans lesquels ils ont jamais joué, et c’est principalement ça que l’on retiendra.

Choisis pour représenter le deathcore en ce samedi, les Strasbourgeois de Kanine font leur entrée après une intro sur un remix techno de « Lose Yourself » d’Eminem – pourquoi pas ? – avant d’entrer dans le vif du sujet. Alors oui, musicalement c’est le cliché même du genre dans ce qu’il a de plus primitif : des riffs lourds, des growls puisés au fin fond de l’œsophage, ça jumpe, ça écrase avec du bass drop en veux-tu en voilà, c’est bas du front, mais c’est assumé. Le public présent est de toute façon là pour ça, profitant de ce moment autant que le groupe qui affichera des sourires pendant tout le set. Sans concession, sans pitié, mais toujours dans une bonne humeur contagieuse. Le concert se conclut en outro sur « Everytime We Touch » de Cascada, parce qu’après tout, encore une fois, pourquoi pas ?

En observant la programmation des dix dernières années, on remarque que le Muscadeath s’efforce de systématiquement faire une place aux anciens de la scène extrême française en invitant des légendes telles que Loudblast, Agressor ou Carcariass. Pour cette vingt-troisième édition c’est la formation Massacra Legacy qui est à l’honneur, un projet monté par le batteur originel de Massacra, Chris Palengat. Ce dernier s’est entouré de quatre musiciens dans un but simple : faire revivre les trois premiers opus de Massacra en live, et il se trouve que la date de ce soir sera leur baptême du feu. Autant dire que c’est un public ultra chaud qui répond à l’appel, surexcité de réentendre quelques classiques de leur répertoire. À l’image du passage de Mortuary l’an passé, on remarque vite dans la fosse un bon nombre de fans d’un certain âge dirons-nous (respectueusement bien sûr !). Et pourtant, sur ces deux journées, on ne verra pas autant de slammeurs qu’à ce concert. Le old school à la française aura donc toujours autant de succès en festival.

En parlant d’old school, on prend ensuite la direction de la Suède avec le quintet de Demonical qui vient nous abreuver de sonorités dans la pure tradition du death gras scandinave en mode HM-2. Marchant aisément dans les traces de Dismember, Grave et autre Bloodbath, le groupe tape dans le mille en déployant une bonne énergie sur scène. Impossible alors pour le public de résister à l’appel du pogo. C’est tellement percutant qu’on en arrive à se demander s’ils ne mériteraient pas une place de headliner. La prestation prend fin sur une reprise de « Somebody Put Something In My Drink » des Ramones, voyant le chanteur partir en slam et terminer logiquement sa course sur le bar, sous l’œil amusé de ses acolytes et du public. Du tout bon, à voir et revoir sans modération.

Il s’agit là du second passage des Espagnols d’Avulsed au Muscadeath, dix-huit ans (!) après leur première venue. D’emblée, on comprend que ce concert sera bestial. Sur scène ça headbangue sans débander, y compris le chanteur Dave Rotten tout à fait capable de se dévisser la tête pendant ses growls… à en faire pâlir Corspegrinder lui-même. Le frontman et dernier membre fondateur prendra un (beaucoup trop) long moment pour présenter son line-up et baptiser chaque membre au sang un par un, invitant les premiers rangs à recevoir le même traitement juste avant d’envoyer le morceau « Blood Monolith ». Il ira jusqu’à slammer lui aussi, atterrissant sur le bar avant de revenir par le même moyen, à deux doigts de chuter lourdement sur la tête. Pour l’anecdote, un des spectateurs terminera sur civière après avoir pris un KO dans la fosse. Force à lui. Le titre « Sick Sick Sex » mettra fin à ce set que l’on qualifiera de destructeur, quoiqu’un peu haché par les nombreuses interactions avec le public.

Une fois de plus, le Muscadeath a su nous régaler avec une tête d’affiche digne de ce nom pour ce samedi soir, à savoir les Suédois d’Unleashed que l’on avait pu retrouver au Hellfest en juin dernier. Si la fatigue peut inévitablement se faire sentir au terme de ces deux jours, ils sauront remettre l’auditoire dans le bain en cette ultime heure de concerts. Des petits soucis techniques viendront perturber le début du set mais sans réelle conséquence pour la suite. Là encore les cervicales sont mises à rude épreuve, particulièrement lorsque le groupe opte pour des chansons plus lentes et plus groovy à l’exemple de « Don’t Want To Be Born », « The Longships Are Coming » ou « The Immortals ». Formé en 1989, le combo demeure redoutable en live, encaissant plutôt bien ses trente-cinq années d’activité. Il mettra un point final à sa prestation – et au festival – avec une chanson on ne peut plus appropriée, « Death Metal Victory ». Sûrement le meilleur moyen de mettre tout le monde d’accord.

Pour cette édition 2025, le Muscadeath a su admirablement s’appuyer sur ses acquis, et bien qu’aucun événement culturel (surtout dans le metal, extrême de surcroît) ne soit à l’abri de soucis majeurs qui pourraient menacer son existence, on sent un festival en vitesse de croisière, bien campé dans le paysage metal qui a besoin de ce genre de rassemblement plus pointu. On ne peut que lui souhaiter un avenir propice, lui qui a déjà un long passé sur cette scène du Champilambart, son fief historique depuis toujours.



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