Ambassadeur numéro un du metal symphonique à travers le monde, Nightwish n’a eu de cesse ces trente dernières années d’embrasser autant que de combattre les clichés d’un genre parfois injustement moqué. N’en déplaise aux éternels détracteurs, son succès n’a pour autant jamais été démenti, en témoignent les ventes de disques comme les scores de billetterie sur chacune des tournées passées. Après un premier single des plus réjouissants et ô combien prometteur révélé en mai dernier (« Perfume Of The Timeless » et ses huit minutes treize !), le sextet finlandais clôt avec brio son fameux triptyque discographique, amorcé il y a alors presque dix ans avec Endless Forms Most Beautiful (2015) puis Human. :II: Nature. (2020). Pour ce dixième album, la bande à Tuomas a décidé de prendre le temps, dans tous les sens du terme, au point d’en faire le cœur de son ouvrage. Le temps dans tout ce qu’il peut revêtir de beau et émouvant comme de triste et dramatique. Dans ce qu’il a de profondément ondoyant comme de fatalement irrévocable, strict, impérieux. C’est d’ailleurs à cette ambivalence presque métaphysique que renvoie le nom de l’œuvre, à travers un terme inventé de toutes pièces pour évoquer l’étonnante et insaisissable pellicule entre le passé et le présent, entre ce qui est et ce qui fut.
Des épopées lyriques et copieuses aux élans plus brefs (toute proportion gardée, on reste quand même généralement autour des cinq ou six minutes de durée moyenne pour la plupart des titres), les Finnois abattent une série de pièces aussi précieuses que précises, pleines de relief et de profondeur – en ce qui concerne le texte, d’abord, mais aussi et surtout le traitement musical, les arrangements, les multiples et riches strates qui composent chaque titre et font de chacun d’entre eux une chevauchée aventureuse et captivante. Il faut dire que Nightwish sait soigner ses ambiances : « The Antikythera Mechanism » revêt un voile de mystère inquiétant ou menaçant, selon le moment, tandis que « The Day Of… » interpelle en intégrant à la fois des sonorités de synthés légèrement eighties et un chœur d’enfants (qui prend tout son sens à la lecture du texte).
Définitivement attaché à faire voyager ses auditeurs, Nightwish manie habillement l’art du funambulisme, tantôt penché vers une frappe lourde et agressive, tantôt préférant revenir à ses amours plus calmes et délicats, preuve en est de « An Ocean Of Strange Islands » qui fait cohabiter riff heavy en diable et une séquence finale des plus atmosphériques menée par la cornemuse irlandaise. Citons également « Something Whispered Follow Me » et ses allures, par instants, de ballade piano/cordes/batterie tout à fait charmante, l’ambivalente berceuse « Hiraeth » qui prend une tournure plus rock à mi-chemin ou encore l’orchestrale suave « Lanternlight » et sa montée en puissance redoutable (et après tout assez coutumière) qui fait office de négatif de la rugueuse « The Weave » qui la précède. Quand certains pourraient y voir du désordre et de l’ambiguïté, préférons parler d’équilibre, de complémentarité, et de sens de la surprise et du spectacle. Notons par ailleurs l’ambiance toujours très visuelle, quasi cinématographique (l’album s’ouvre et se ferme d’ailleurs sur un bruit de vieux projecteur) du répertoire du groupe qui continue de faire du septième art une composante essentielle de son travail. Les clips dévoilés sur les plateformes en sont la preuve manifeste. Finalement, quel domaine artistique plus que le cinéma a su capturer (en partie bien sûr), retenir et restituer, selon son gré, le temps ?
Alors que le départ de Marko Hietala en avait inquiété plus d’un (le bassiste était à son poste depuis 2002 et avait participé à l’écriture et à l’enregistrement de pas moins de six opus), son remplaçant Jukka Koskinen semble plus que jamais faire honneur à son rang et porter fièrement l’héritage de son prédécesseur, pour le plus grand soulagement des fans, même si sa voix si caractéristique manquera peut-être à certains. Etonnamment (et tristement), Yesterwynde, aussi réussi soit-il, ne donnera pas lieu à une série de concerts, le groupe ayant annoncé préférer y renoncer afin de s’accorder un repos salvateur. Mais haut les cœurs, ceux qui viennent de re-signer chez Nuclear Blast pour une série d’albums semblent également d’ores et déjà évoquer la perspective d’une tournée anniversaire à l’horizon 2027. Patience donc, et tâchons plus que jamais de laisser le temps au temps…
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Clip vidéo de la chanson « An Ocean Of Strange Islands » :
Clip vidéo de la chanson « The Day Of… » :
Clip vidéo de la chanson « Perfume Of The Timeless » :
Album Yesterwynde, sortie le 20 septembre 2024 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici





























Que de négativisme dans les commentaires et les avis. Je viens contrebalancer en témoignant que le groupe ne m’a pas déçu à nouveau. Ils n’ont pas forcément fait un album de gros riff métal, mais ils ont exploré toutes les possibilités que le genre permettait, quitte à s’en éloigner pour nous donner une dimension cinématographique qu’on leur connait bien. Autrement dit, ils ont fait du Nightwish pur jus, tout en se renouvelant une fois encore. Et pour ça, ils sont très forts. Je pensais Tuomas à la base, mais leur interview sur votre site montre bien qu’il s’agit de l’ensemble du groupe. Un travail d’équipe, là aussi à l’image de la production d’un film. Un p’tit miracle qu’ils soit toujours là après leurs épreuves récentes. Et moi ainsi que de nombreux fans, on leur en est encore et toujours reconnaissants. Qu’ils puissent continuer le plus longtemps possible.
@Pat : Marko tourne en ce moment avec Tarja. Si l’un(e) revient, peut-être qu’il emmènera l’autre.
Ouais je sais, je rêve éveillé. Et en parlant de rêver, Jukka vaincra ses problèmes d’insomnie et reviendra derrière les fûts.
Mouais, je vais me coucher avant de déprimer.
grand fan de Nightwish depuis leur découverte avec Once, j’ai ensuite apprécier aussi leurs précédentes productions – sans doute la meilleure avec Oceanborn, Wishmaster et Century The Child – je reconnaitrais aussi leur capacité à évoluer du fait du remplacement risqué mais réussi de Tarja par Anette avec un Dark Passion Play surprenant suivi Imaginaerum. Plus pop mais encore très bon. Malheureusement depuis l’éviction d’Anette et l’arrivée de Floor que j’imaginais forcément payante , je constate une baisse de qualité d’écriture. Endless Forms Most Beautiful a encore la flamboyance du passé mais on devine un Marco en retrait et en baisse de capacité ( on en connaitra la raison plus tard ) et une Floor curieusement sous-employée. Idem pour Troy bien qu’il soit un musicien accompli et talentueux, je situe d’ailleurs le début de la baisse de mon intérêt du groupe depuis que le multi-instrumentiste gagne en importance.
Pour ce dernier album, quelle déception ! j’avoue avoir stoppé l’écoute à la moitié. Quel ennui. Ces nappes de claviers surproduites accompagnées de guitares saturées n’ont plus d’effet. le style s’essouffle et vieilli mal …
L’album n’est pas mauvais en soit, mais Tuomas nous a habitué à tellement mieux.
La messe est dite, le départ de Marco aura donc été fatal. Même un retour peu probable de Tarja ne sauverait pas les meubles.
Je trouve ce disque assez vulgaire et médiocre et le succès d’un groupe n’est pas un gage de qualité.