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Interview   

Nile : un portail vers les Enfers


Le death metal serait-il la BO de l’autodestruction de l’humanité ou, en tout cas, des sociétés modernes ? C’est la théorie du leader de Nile, Karl Sanders, qui s’y connaît en civilisations, puisque non seulement c’est un féru d’histoire, mais qu’il a surtout basé conceptuellement son groupe sur l’une d’entre elles : l’Egypte ancienne. En attendant la fin des temps, ne boudons pas notre plaisir et profitons de cette nouvelle salve technico-brutale qu’il nous offre avec The Underworld Awaits Us All.

C’est alors qu’il se remettait tout juste de ses problèmes de santé qui l’ont vu déclarer forfait pour le Hellfest, laissant ses collègues – dont deux nouveaux venus – prendre en charge ses parties, que nous l’avons interrogé au sujet de ce dixième disque. Un album qui se veut violent, encore plus technique et épuré – on peut dire que Karl n’est pas fan de la mode de tout orchestrer à outrance. Il nous parle ainsi de l’état d’esprit dans lequel cette musique a été conçue mais aussi de sa relation avec les fans et du rapport du metal – notamment le sien – avec l’Egypte ancienne.

« Il y a un sentiment de puissance qui se dégage quand tu lâches un accord, que la batterie est à fond et que le chant est ultra agressif, ça fait vraiment beaucoup de bien ! Tu vois ce que tu ressens quand tu donnes un bon coup de poing, quand tu sens la connexion, ce : ‘Oui ! Je suis vivant, je suis capable de supporter la punition’, putain, j’adore ça ! C’est puissant ! »

Radio Metal : Le groupe a récemment dû jouer sans toi au Hellfest, car tu es tombé gravement malade après le Graspop et tu as dû être hospitalisé en urgence en Belgique. Comment vas-tu aujourd’hui ?

Karl Sanders (chant & guitare) : Je vais un peu mieux. Je suis en train de récupérer. Ce ne sera pas une guérison rapide, mais je vais suffisamment bien pour jouer de la guitare, faire des interviews, donner des cours, etc. Je n’irais pas encore bosser sous le cagnard estival [rires]. Après, je ne vais pas m’étendre sur ce qui m’est arrivé, car j’en ai marre de parler d’être malade et personne n’a envie d’entendre cette horreur.

Comment le groupe a vécu le fait de jouer sans son leader ?

Ça a été pas mal de boulot. Nous avions deux nouveaux musiciens – le bassiste Dan [Vadim Von] et le guitariste Zach [Jeter] –, c’était seulement leur second concert avec le groupe ! [Rires] Ça revenait un peu à les jeter dans la fosse aux lions. C’est tout à leur honneur qu’ils aient réussi à faire le concert et à bien s’en sortir. C’était vraiment l’épreuve du feu, ils ont prouvé qu’ils étaient metal ! Peu de gens auraient pu faire ça. Je suis sûr qu’avant le concert, ils étaient en coulisse à se dire : « Bordel de merde… » Le fait qu’ils l’aient fait prouve qu’ils ont d’énormes couilles en acier. De ce que j’ai vu, les gens ont apprécié. Tout est bien qui finit bien. Ça aurait pu être bien pire. Je suis reconnaissant qu’ils aient pu faire le concert. Comme on dit : « The show must go on. » J’imagine que j’ai de plutôt bons collègues.

Justement, tu as mentionné les deux nouveaux membres qui sont arrivés ces dernières années : au fil du temps, le line-up de Nile a pas mal changé. Comment parviens-tu à maintenir une cohésion de groupe malgré ça ?

Eh bien, j’ai un très gros fouet que j’amène en répétition. Je suis obligé de l’utiliser seulement de temps en temps. La plupart du temps, il est accroché au mur comme une menace. Soit tu joues bien, soit Karl pourrait prendre le fouet. Voilà comment ça se passe ! [Rires] Tu sais, ce n’est pas simple de changer de membres, ce n’est pas drôle, je n’aime pas le faire, je l’évite si je le peux. C’est beaucoup de boulot. Ce n’est pas facile pour les fans qui s’habituent au groupe tel qu’il est présenté. Au bout de quelques années, tu changes de musiciens, et autant c’est dur pour nous, autant je pense que ça l’est encore plus pour les fans.

Quelle est ton approche aujourd’hui quand il s’agit de trouver de nouveaux membres ? Quels sont tes critères ?

Il faut qu’ils soient capables de jouer les chansons ! [Rires] Rien que ça, ça élimine beaucoup de gens. Ça montre à quel point cette musique est difficile. C’est le premier critère et ça réduit considérablement le nombre de candidats. Ensuite, il faut voir qui ça intéresse, car ça ne rémunère pas très bien. Il faut trouver quelqu’un qui a envie de jouer cette musique et qui est disposé à faire ce qu’il faut pour être dans un groupe comme celui-là. Du coup, parfois ce n’est pas si simple ! [Rires] Nous avons eu beaucoup de chance avec Dan et Zach. Ce sont des gars super professionnels. Il n’y a pas eu de babysitting. Ils savaient quoi faire. J’ai à peine eu à leur montrer les chansons, car ils avaient fait leurs devoirs. Ils ont appris les satanées chansons et sont arrivés prêts en répétition comme des professionnels. Après, si vous voulez que ça dure, il faut aussi s’entendre. Le simple fait de pouvoir jouer de la musique ensemble, ce n’est pas tout, car quand tu pars en tournée avec quelqu’un, tu vis avec lui dans le bus et c’est comme être dans un sous-marin ensemble. Si vous ne vous entendez pas, bon sang que ça peut être pénible ! Je le sais, j’ai déjà donné.

Vous êtes cinq sur les photos promo : est-ce que ça signifie que le groupe pourrait jouer à cinq à un moment donné ?

Non. Sur l’album, il y avait cinq personnes. Brian [Kingsland] ne tourne pas, parce qu’il a trois enfants maintenant, mais il était sur l’album. Donc s’il est sur l’album, il doit être sur les photos liées à l’album, mais le line-up de tournée, c’est juste nous quatre. Nous savions que ce serait un petit peu déroutant pour les gens, mais nous voulions quand même que Brian soit sur les photos, parce qu’il est sur l’album et que c’est notre frangin ! « Sois sur les photos ! Sois dans le clip ! » C’est pourquoi dans le clip, Brian ne fait que chanter. Il ne joue pas de guitare, car sur ce morceau, il a fait beaucoup de parties de chant, alors comment ne pas l’inclure ? C’est un peu confus, mais c’était la bonne chose à faire.

« Si on balance des orchestrations juste pour en balancer – car c’est ce que beaucoup d’autres groupes de metal font dernièrement –, alors… quel intérêt ? Si ça n’a aucune utilité, en avez-vous vraiment besoin ? »

Le dernier album de Nile, Vile Nilotic Rites, est sorti en 2019. En cinq ans, il s’est passé beaucoup de choses dans le monde, qui a pris un tournant assez sombre, entre la pandémie et les guerres. Quel impact est-ce que ça a eu sur toi, en tant qu’artiste, et sur ce nouvel album, si tant est que ça ait eu un impact ?

La pandémie a été destructrice pour la musique, les musiciens et les fans d’une façon qu’on comprend à peine. Ça m’a fait réfléchir et me dire : « D’accord, si on est encore ici, encore vivant, encore capable de faire de la musique, ça veut dire qu’on est destiné à faire de la musique. Alors faisons un album de metal ! » C’est ce que j’ai ressenti. Ceci étant dit, j’ai ressenti pas mal de tristesse ces dernières années. Beaucoup de choses que j’ai vu se produire chez les gens durant la pandémie étaient très décevantes pour l’humanité, surtout ici en Amérique. Les gens se retournaient les uns contre les autres. J’étais là : « Pourquoi fait-on ça ? Pourquoi se haït-on à cause de différents idéologiques qui ne mènent à rien ? » C’est complètement stupide ! Le metal est une force unificatrice. Il y a des gens provenant de toutes les parties du monde qui aiment le metal, et cette musique nous unit, alors je n’ai pas envie d’être clivant. J’ai envie de faire du putain de metal et quiconque veut l’écouter, allez-y, faites-vous plaisir !

Penses-tu que certaines des émotions que tu as ressenties se sont retrouvées dans la musique ?

Je suis sûr, c’est obligé. Quand tu composes des chansons, tout ce que tu vis et qui t’arrive trouve un chemin pour aller quelque part. Que ce soit la musique ou les mots que tu écris, il ne peut que s’agir de la somme de tout ce que tu intègres en provenance de toutes les directions, y compris des choses dont tu n’as pas conscience et qui sont pourtant là, car c’est la vie !

En 2022, tu as sorti ton troisième album solo, Saurian Apocalypse. Est-ce que cette musique plus atmosphérique crée un équilibre dans ta vie artistique et personnelle avec Nile ? Est-ce que ce sont les deux faces d’une même pièce ?

Oui, je crois. Le projet Saurian, c’est de la musique calme, le but est de détendre. Alors que Nile est un groupe de metal. Pour moi, ce sont deux bêtes totalement différentes. D’une certaine façon, faire Saurian Apocalypse a rendu cet album de Nile encore plus percutant, droit au but. Il ne tergiverse pas. C’est un putain d’album de metal ! Pour le coup, il n’y a pas confusion [rires]. Avec mon projet solo, j’avais suffisamment de musique pour me reposer pendant un bon moment, donc j’étais fin prêt à donner dans du brutal !

Tu as déclaré que lorsque George [Kollias], Brian et toi avez discuté de cet album, « il a été unanimement décidé que [vous vous] dépasseri[ez] à tous les niveaux », que ce soit au niveau du jeu, de la musicalité, de la composition, de la brutalité, de la qualité d’enregistrement et de production, etc. Quelle marge de progression vos albums précédents laissaient-ils réellement ? Parce qu’ils semblaient déjà assez techniques et brutaux, en l’occurrence…

[Rires] Oui, nous étions très contents de l’album Vile Nilotic Rites. C’était un bon album, enflammé, très ambitieux, c’était un sacré engagement pour le groupe, mais désormais, c’est fait, donc il est temps de passer à l’étape suivante. Comment fait-on ça ? Eh bien, en travaillant encore plus dur. C’était notre divise. « Quoi qu’on ait fait de celui-ci, on ne fera pas la même chose, on avancera. » Musicalement parlant, nous avons passé beaucoup de temps sur le jeu de guitare, le riffing, les parties techniques. George est totalement monté en niveau avec son jeu de batterie. Si vous écoutez le jeu de batterie sur cet album, réécoutez celui de tous les autres albums de Nile pour comparer : c’est une formidable explosion dévastatrice à la batterie ! Si vous doutez de mes paroles, juste réécoutez et dites-moi que ce n’est pas la meilleure performance que George Kollias a jamais produite ; c’est le cas, incontestablement. Aux guitares, à la basse et au chant, nous voulions être à la hauteur de ce standard. C’est pourquoi, quand nous disons que nous avons voulu nous dépasser, nous avons le sentiment de l’avoir fait. Le jeu sur cet album est parfait. Il est sauvage. Il est putain de metal ! Je vous mets au défi de douter de moi ! [Rires]

Ça a nécessité beaucoup d’entraînement de votre part, malgré votre expérience ?

Oui. Par chance, durant la pandémie, qu’y avait-il d’autre à faire ? Nous ne pouvions pas partir en tournée. La vie sociale était détruite. Nous exercer était donc tout ce qui nous restait à faire. Nous vivions pour ça. Il fallait bien en faire quelque chose. Nous avons donc fait un album de metal dévastateur. Souviens-toi quand tu étais gamin et que l’école reprenait à l’automne, en septembre, chaque année, le premier jour tu devais écrire un papier pour décrire ce que tu avais fait lors de tes vacances d’été. Eh bien, c’est pareil : qu’ai-je fait durant ma pandémie ? Je me suis exercé. J’ai bossé comme un fou sur la guitare.

« Si tu as un groupe de metal égyptien et qu’il te faut des choristes, il faut que ce soit des sortes de Cléopâtre avec un sceptre de l’Egypte ancienne, qui chantent et sonnent de manière très africaine. C’est ce que je voulais entendre et c’est ce qu’on retrouve dans l’album. »

Dans les communiqués de presse et diverses déclarations, tu insistes souvent sur la brutalité de votre musique, comme si c’était un gage de qualité. Quelles sont les vertus de la brutalité pour toi ? Pourquoi est-elle si importante pour toi et les fans de Nile ?

C’est une sacrément bonne question ! Pourquoi devons-nous être brutaux ? [Réfléchit] Je crois qu’on ne peut répondre qu’en posant la question inverse : pourquoi quelqu’un voudrait ne pas être brutal ? Si tu joues de la musique brutale, elle est censée être brutale, alors pourquoi choisir de faire autre chose ? C’est logique. La brutalité est la raison pour laquelle la musique brutale existe, c’est tangible. Je me souviens de la première fois que j’ai entendu Morbid Angel, Suffocation, Cannibal Corpse, etc. J’étais là : « Bordel de merde, c’est beaucoup plus brutal que Metallica et Slayer ! » L’équation était modifiée. Ce qui était heavy avant était supplanté par des choses qui l’étaient encore plus. Du coup, où veut-on se placer sur ce spectre de brutalité ? Si toutes ces choses sont brutales et que ces autres choses le sont moins, desquelles veux-tu faire partie ? Personnellement, j’ai choisi d’être plus brutal. Je ne sais pas, il y a un sentiment de puissance qui se dégage quand tu lâches un accord, que la batterie est à fond et que le chant est ultra agressif, ça fait vraiment beaucoup de bien ! Tu vois ce que tu ressens quand tu donnes un bon coup de poing, quand tu sens la connexion, ce : « Oui ! Je suis vivant, je suis capable de supporter la punition », putain, j’adore ça ! C’est puissant !

Penses-tu que votre brutalité, ou celle d’un Morbid Angel, peut être un reflet de la brutalité de la vie ?

Oui, je pense. L’art reflète la vie. Si vous voulez jouer n’importe quel style de musique, les émotions que vous mettez dans cette musique sont celles que vous vivez, avez vécues ou avez très envie de vivre. Ça fait partie de la personnalité, du cœur, de l’âme de l’artiste. C’est pourquoi autant de gens qui jouent de la musique et ceux qui l’écoutent vivent ces mêmes émotions. Quand tu écoutes un album de Judas Priest et que tu as envie de crier avec Rob Halford, c’est parce que tu ressens les mêmes émotions, tu ressens une connexion avec la musique, tu t’y identifies.

Une chose que tu as déclarée est que George Kollias a non seulement fait des parties de batteries incroyables, mais aussi « passé un temps fou à transformer les chansons de fond en comble pour en faire une œuvre de pure poésie cohésive ». Cela signifie-t-il que c’est lui qui détient la vision globale, un peu comme un chef d’orchestre ?

Une chanson commence généralement par l’écriture des mots, puis c’est ce qui me donne les idées de riffs. Ensuite, nous faisons une démo et c’est là que je l’envoie à George. Il l’écoute et se dit : « D’accord, je comprends l’idée de la chanson » et l’emmène au niveau supérieur. J’appellerais donc ça une sorte de collaboration. Ça commence par les riffs de guitare et le chant, mais la batterie peut avoir un impact incroyable sur le résultat final, le ressenti, le son, la direction que la chanson prend, le groove, etc. La batterie joue un rôle incroyable là-dessus. C’est le batteur, donc il voit la chanson comme tel, mais il joue aussi de la guitare et compose. Il comprend donc comment fonctionne la composition. Il a un point de vue unique sur les chansons. Je les vois moi-même d’une certaine manière, mais dès que tu impliques un autre esprit créatif, elles prennent une nouvelle vie. Parfois, elles peuvent prendre des formes incroyablement nouvelles ; parfois, elles deviennent exactement ce que tu pensais qu’elles deviendraient. Mais on ne sait jamais ce qui arrivera aux chansons, tant qu’on n’a pas fait travailler ensemble plusieurs esprits créatifs. Si tu adoptes une attitude consistant à dire : « D’accord, voyons ce qu’on peut faire avec cette chanson. Qu’est-ce qui est possible ? Où peut-on l’emmener ? », parfois tu tombes sur une bonne surprise, la chanson devient meilleure ! Alors c’est un succès, ouais ! [Rires] Et ce sont les chansons que vous entendez dans l’album. Celles qui ont commencé sous une forme et qui ne marchent pas, après que nous y avons réfléchi ensemble, vous ne les entendez pas, ce sont celles que nous jetons à la poubelle.

Tu as aussi dit que tu ne voulais pas « régresser ou faire les choses telles que [vous] les avi[ez] faites avant ; pas plus que [vous] voul[ez] forcément changer qui [vous êtes] et ce que [vous] aim[ez] faire ». Ça ressemble à une équation complexe à résoudre. Comment y parvenez-vous ?

C’est effectivement une sorte d’équation de mathématique. Ce que sera la chanson est aussi très lié à l’écoute que les gens ont du nouvel album : est-ce ce quoi ils s’attendaient ? Est-ce ce qu’ils voulaient ? Que voulaient-ils de nous ? Beaucoup de gens… Et je n’en veux pas aux fans pour ça, car je suis pareil. Si je veux écouter du Metallica, je vais écouter Ride The Lightning ou Master Of Puppets : ça, c’est le Metallica que j’aime. Donc à chaque fois que Metallica sort un nouvel album, je me dis « ça va » et je pars me remettre Ride The Lightning. Je ne peux donc pas blâmer les fans qui se disent : « Est-ce que ça sonne comme Annihilation Of The Wicked ? Non. Est-ce que ça sonne comme In Their Darkened Shrines ? Non. Est-ce que ça sonne comme Black Seeds Of Vengeance ? Non. Est-ce que ça sonne comme Amongst The Catacombds Of Nephren-Ka ? Non. » Et ainsi de suite pour n’importe quel album que nous avons fait. Aucun ne sonne exactement comme un autre. Ils sont tous un petit peu différents. Donc pour nous, la réponse, c’est de savoir ce que nous faisions et avons en nous aujourd’hui, en 2024, et de le donner aux gens de la façon la plus honnête que possible. C’est pour cette raisons que cet album sonne comme il sonne, parce qu’il représente notre cœur, notre âme et notre esprit aujourd’hui, c’est-à-dire des chansons profilées qui vont droit au but. Il n’y a pas énormément d’instrumentation exotique sur cet album. Ces chansons n’en avaient pas besoin. Ce sont des chansons de metal !

« Rien que l’existence d’une forme musicale telle que le death metal est assurément un signe que les choses vont terriblement mal sur notre planète, partout dans le monde, sinon on écrirait et jouerait de la musique plus joyeuse. Je pense qu’on sent tous instinctivement que l’humanité va vers l’autodestruction. Autrement, pourquoi le death metal existerait ? »

Justement, vous avez délibérément cherché à n’avoir que des éléments qui servent les chansons et voulu que celles-ci soient présentées sous leur « forme metal guitare-basse-batterie-chant essentielle, organique et naturelle ». Il y a une tendance actuellement, surtout dans le metal extrême moderne, à beaucoup orchestrer et arranger, mais penses-tu que ceci peut desservir la musique et son impact sur l’auditeur ?

Absolument ! Il y a eu des orchestrations sur des albums passés de Nile. C’est ce dont ces chansons avaient besoin, mais toutes les chansons n’en ont pas besoin. Si on balance des orchestrations juste pour en balancer – car c’est ce que beaucoup d’autres groupes de metal font dernièrement –, alors… quel intérêt ? Si ça n’a aucune utilité, en avez-vous vraiment besoin ? Ces chansons sont assez basiques : guitare, basse, batterie, chant. C’est tout ce qui leur fallait. Peut-être que le prochain lot de morceaux que nous écrirons aura besoin de plus d’éléments, mais pas cette fois-ci. Annihilation Of The Wicked avait beaucoup moins d’éléments qu’In Their Darkened Shrines. Je me souviens, quand Annihilation Of The Wicked est sorti, les gens étaient là : « Ça ne sonne pas du tout comme In Their Darkened Shrines ! C’est quoi ce truc ?! Ils ont complètement perdu la tête ! » Mais vingt ans plus tard, les gens adorent cet album. Nous avons sorti « Lashed To The Slave Stick » en tant que premier single et tout le monde était là : « Oh mon Dieu, c’est un morceau mid-tempo, ils ne sont plus brutaux ! », ce qui est complètement crétin, parce que cette chanson est devenue une des préférées de plein de fans et beaucoup de gens ont découvert le groupe avec. Ça reste une chanson de metal. Je suis donc préparé à entendre le même genre de brouhaha de la part de fans occasionnels qui diront des choses du genre : « Ça ne sonne pas comme l’album précédent. Ça ne sonne pas comme Ithyphallic. Ça ne sonne pas comme Those Whom The Gods Detest. » Non, effectivement, ça ne sonne pas pareil. Cet album est son propre truc. Si vous l’écoutez et que vous vous attendez à ce que ce soit un autre album, vous vous mettez en condition pour être déçu.

Malgré tout, on retrouve pas mal de chœurs et vocalises féminins en arrangement, et ceux-ci ont bel et bien une utilité en apportant une richesse organique et une fraîcheur à la palette sonore des chansons. Quel mécanisme de pensée est derrière cet ajout ?

Comme nous en parlions plus tôt, il y a tellement de clavier et de chœurs samplés sur les albums de tout le monde dernièrement que j’ai commencé à en avoir marre d’entendre tout ça. La technologie actuellement te permet d’avoir d’incroyables chœurs samplés directement sur ton propre clavier et ça sonne magnifique, mais je n’ai pas envie d’entendre ça ! Je ne pense pas que ces chansons en avaient besoin. Ces chansons avaient besoin de quelques voix occasionnelles, donc nous avons fait appel à de vraies filles pour qu’elles s’en chargent. Elles ont été impressionnantes. Ces sessions ont été incroyables. Elles n’avaient jamais entendu de metal avant. Elles ne savaient pas du tout de quoi il s’agissait. Ce sont des filles qui viennent d’un background typé Rnb et gospel [petits rires], mais c’est ça que je voulais. Si tu as un groupe de metal égyptien et qu’il te faut des choristes, il faut que ce soit des sortes de Cléopâtre avec un sceptre de l’Egypte ancienne, qui chantent et sonnent de manière très africaine, et c’est exactement comme ça qu’elles sonnent. C’est ce que je voulais entendre et c’est ce qu’on retrouve dans l’album. Les chansons étaient pratiquement terminées quand elles ont fait leurs parties, donc elles les ont entendues. Au départ, elles étaient là : « C’est quoi ça ? » Mais elles ont très rapidement commencé à bouger la tête, elles ont trouvé le groove metal. C’était génial !

L’album s’intitule The Underworld Awaits Us All (les Enfers nous attendent tous, NdT), mais quelle est ta vision ou ta définition des Enfers ?

Je ne suis pas certain de ce qui se passe après la mort et où on va, c’est ouvert au débat. On peut inventer toutes sortes de visions imaginaires sur ce que peut être la vie après la mort. Les Egyptiens avaient des idées assez pittoresques, donc c’est amusant, mais en réalité, personne ne sait. Personne n’en revient pour nous dire à quoi ça ressemble. Tout ce que je sais, c’est que, peu importe où c’est et à quoi ça ressemble, tout ceux qui aiment le metal vont probablement aller aux Enfers. Tous ceux qui écoutent cet album vont y aller et on y sera tous ensemble !

« Chapter For Not Being Hung Upside Down » cite le chapitre 181 du Livre Des Morts égyptien. Ça arrive régulièrement que vous ayez une ou plusieurs chansons inspirées de cet ouvrage. Tu as déclaré à ce sujet que dès que tu commences à écrire des chansons pour Nile, tu vas toujours voir ton « étagère à livres pour sortir l’une des différentes versions du Livre Des Morts que [tu] possèdes, en l’ouvrant sur une page au hasard ». Est-ce devenu un rituel pour toi ? Je crois que tu as même utilisé le terme « superstitieux » pour décrire cette façon de faire…

Je suis superstitieux, en effet. Ma bibliothèque est juste ici, donc quand vient le moment d’écrire pour Nile, je suis là avec ma guitare, je prends un livre, je l’ouvre, peu importe sur quelle page ça s’ouvre, j’en fais une chanson. Ceci étant dit, ça ne fonctionne pas toujours [rires]. Parfois j’ouvre un livre et je tombe sur quelque chose de stupide. Dans ce cas, ok, ça ne fera pas une chanson. Mais dans le cas de cette chanson en particulier, j’ai ouvert le livre, j’ai regardé et je me suis dit : « Comment ceci ne pourrait pas être une chanson de metal qui attend qu’on l’écrive ? » Et voilà le résultat ! C’est aussi simple que ça. Quand tu ouvres le livre, tu sais quand il n’y a rien à tirer de la page sur laquelle tu tombes et tu te dis : « Je suppose que l’univers ne m’a pas donné de chanson aujourd’hui. » Mais parfois, tu ouvres le livre et ça se voit comme le nez au milieu de la figure : il y a une chanson ! Je ne sais pas si j’appellerais ça un rituel. Parfois, c’est aussi simple que de se dire : « D’accord, il faudrait que j’écrive une chanson aujourd’hui » ou « Je ferais mieux de commencer à écrire des chansons parce qu’il y a un album de Nile qui arrive ! Qu’est-ce que je vais faire ? Eh bien, ouvre un bouquin et vois ce qui se passe ». Quelle est la pire chose qui pourrait arriver ? C’est que tu ouvres le livre et que tu ne voies rien. Dans ce cas, pas de souci, il y aura peut-être quelque chose de mieux demain, qui sait ?

« Préserver l’histoire et écrire des chansons de metal en se basant sur l’histoire, ce n’est pas la même chose. Nous n’essayons pas de préserver l’histoire. Nous écrivons des chansons de metal. Pas que je n’aime pas l’histoire, au contraire, j’adore, mais ce n’est pas notre rôle. »

Crois-tu au destin ?

Oui et non. C’est très intéressant : quand nous étions en train de faire Vile Nilotic Rites, il y a peut-être cinq ou six ans, Zach et Brad [Parris] étaient amis, car ils avaient monté ensemble un groupe qui s’appelle Olkoth. Quand nous avons fait les chœurs – c’était dans cette pièce juste ici –, Brad a fait venir Zach et ce dernier a fait des voix sur cet album, et je me souviens quand il était assis ici, je me suis dit : « Un jour je vais travailler avec ce mec. Je ne sais pas comment ni pourquoi. » Je n’avais aucune raison de le penser à l’époque, car tout allait super bien avec Brad. Tout va d’ailleurs toujours super bien avec lui, mais personne ne pouvait prédire qu’il allait avoir un autre enfant durant la pandémie. Il n’y avait rien d’autre à faire que de rester à la maison et de faire des bébés à ce moment-là, et c’est ce qui est arrivé à Brad [rires]. D’une certaine façon, la pandémie nous a tous affectés, car de nombreux bébés sont nés. Bref, je peux clairement me souvenir de cette étrange intuition que j’ai eue ce jour-là, lorsque Zach faisait du chant, en me disant que j’allais un jour travailler avec lui. Et ça s’est avéré ! Était-ce le destin ? Je suppose. C’est dur de le nier que j’ai eu un sentiment prémonitoire au sujet de ce gars, et aujourd’hui, il assure !

Quelle importance le Livre Des Morts a-t-il pour toi ?

Il n’était pas seulement important pour moi, il était super important pour les anciens Egyptiens. C’est le livre des sorts qui vous était donné, il était mis dans votre cercueil et peint sur les murs de votre tombe pour vous guider dans l’au-delà. Quelle meilleure source de paroles pour un groupe qui écrit sur l’ancienne Egypte peut-il y avoir que le Livre Des Morts ? Si tu es un groupe baptisé Nile et que tu écris des chansons de death metal sur l’Egypte ancienne, comment ne peux-tu pas avoir le Livre Des Morts en tant que source pour des textes ? Ce serait impensable ; ce serait stupide !

J’ai mentionné plus tôt le mauvais tournant que le monde est en train de prendre. Si on regarde l’histoire de l’Egypte ancienne, que dirait-elle sur notre époque ?

Chaque civilisation finit par disparaître. Les Sumériens, les Egyptiens, la vallée de l’Indus, les Romains, les Grecs… Toutes ces civilisations ont été puissantes et grandes, mais elles ont pris fin à un moment donné. C’est ainsi que ça fonctionne. C’est ce que les êtres humains se font les uns aux autres. On peut bien se porter pendant un temps, on finit par s’autodétruire. Nous sommes une espèce autodestructrice. Je n’invente rien, c’est là le déroulement complet de l’histoire humaine connue au cours des six derniers millénaires : les civilisations naissent, grandissent, prospèrent, déclinent et finissent. Du coup, qu’est-il en train d’arriver aux civilisations du monde entier aujourd’hui ? Elles sont en train d’aller de travers. Y aura-t-il même ne serait-ce qu’une planète habitable dans cent ans ? Je n’en sais rien. Au rythme où vont les choses, ça ne semble pas très prometteur. Rien que l’existence d’une forme musicale telle que le death metal est assurément un signe que les choses vont terriblement mal sur notre planète, partout dans le monde, sinon on écrirait et jouerait de la musique plus joyeuse. Je pense qu’on sent tous instinctivement que l’humanité va vers l’autodestruction. Autrement, pourquoi le death metal existerait ? C’est aussi simple que Gorefest l’a dit, si vous avez entendu leur album False. Il est sorti en 1992, c’est donc un vieil album de death metal, mais si vous ne l’avez pas entendu, il faut que vous l’entendiez, parce que c’est un parfait condensé de death metal classique, mais on y trouve aussi une philosophie sous-jacente très cohérente qui, en gros, dit : « Tu vas mourir. Toi et tous les autres, tous ceux que tu connais vont mourir, alors pendant que tu es en vie, fais quelque chose du temps qu’il te reste. » La société va s’autodétruire, alors quelle que soit la vie que vous avez là maintenant, faites-en quelque chose.

Les paroles de la chanson « Overlords Of The Black Earth » ont été inspirées par une rencontre avec l’égyptologue et conservatrice Hélène Virenque de la Bibliothèque nationale de France. Tu as dit que vous vous étiez éclatés à « discuter de sujets sur l’Egypte ancienne liés au metal ». Connaissait-elle le metal et Nile en particulier ?

Elle connaissait très bien. Elle peut te citer tous les groupes de metal qui ont écrit une chanson sur l’Egypte, elle est super calée ! Elle m’a parlé de groupes dont je n’avais même jamais entendu parler ! Je suis certain que si elle n’aimait pas le metal, elle ne ferait pas des blogs sur cette musique, donc je suis quasi certain que c’est une fan. Elle a cette idée comme quoi les cœurs, les esprits et les âmes des anciens Egyptiens renaîtraient à travers des chansons de metal. C’est comme s’ils traversaient le temps et l’espace pour revivre à travers des groupes qui utilisent leurs idées dans des chansons. Ce n’est pas idiot ! Leur immortalité vient du fait que des gens utilisent leurs idées et concepts, et qu’ils vivent dans les cœurs de fans de metal. En remontant jusqu’à Iron Maiden, il y a eu plein d’exemples de groupes qui utilisent occasionnellement des idées égyptiennes. Nile est unique dans le sens où pratiquement toutes nos chansons parlent de ça, nous avons pris cette seule idée et avons fait un paquet de morceaux avec. Mais c’est son idée : les Anciens vivent à travers des groupes de metal qui maintiennent leur âme en vie.

« Ce n’est pas parce que tu as joué la partie que les gens l’ont forcément entendue, mais la loi supérieure est que si les gens ne l’entendent pas, tu ne la joues pas. […] La musique est une forme de communication entre le cœur, l’âme et l’esprit de la personne qui fait la musique et le cœur, l’âme et l’esprit de celle qui l’écoute. Nous voulons avoir une bonne réception sur ce canal de diffusion. »

A cet égard, ressens-tu toi-même une responsabilité envers les écrits des anciens Egyptiens ?

Non. Je ne suis pas responsable, et nous ne sommes pas non plus une société de préservation historique. Nous sommes un groupe de metal [rires]. Ce sont deux choses opposées. Préserver l’histoire et écrire des chansons de metal en se basant sur l’histoire, ce n’est pas la même chose. Nous n’essayons pas de préserver l’histoire. Nous écrivons des chansons de metal. Pas que je n’aime pas l’histoire, au contraire, j’adore, mais ce n’est pas notre rôle. Comme nous faisons du metal, nous cherchons tout ce qui est sombre et horrible, et c’est avec ça que nous écrivons des chansons, or c’est une vision très déséquilibrée de l’histoire, mais nous sommes un groupe de metal, donc nous n’allons pas écrire à propos de jolies choses.

Tout comme pour Vile Nilotic Rites, tu as pris en main la production et l’enregistrement dans tes Serpent Headed Studios et l’ingénieur Mark Lewis s’est occupé du mix et du mastering. Qu’est-ce qui fait de ceci la formule parfaite pour Nile ?

Le fait de travailler dans son propre environnement présente quelques avantages évidents. Premièrement, tu es à la maison, donc tu ne dépenses pas tout ton argent dans des chambres d’hôtel pour enregistrer ailleurs. Deuxièmement, tu as suffisamment de temps pour réfléchir à ce que tu es en train de faire et te demander : « Est-ce ça que j’ai envie de faire ? Est-ce ainsi que j’ai envie de sonner ? Comment est-ce que c’est censé sonner ? » Tu as un temps illimité, ce qui est à double tranchant, mais c’est un autre sujet. Quand tu travailles chez toi, tu es ton propre maître. Tu peux tester tout ce que tu veux et tu as suffisamment de temps pour obtenir le bon résultat. Mark Lewis, de son côté, est plus moderne. Nous en avons ressenti le besoin, car à bien des égards, un groupe comme Nile pousse les limites de la technologie d’enregistrement. Capturer de la musique rapide et brutale nécessite une approche plus moderne, si tu veux faire ça bien et en sorte qu’on entende tout comme il faut, à moins que tu veuilles que ça sonne complètement old school. Nous sommes un peu à la croisée de la vieille et de la nouvelle école, parce que nous sommes de la vieille école, mais j’ai aussi envie de pouvoir entendre ce que je joue sur l’album. Je me suis donc dit que nous allions jouer à la vieille école et enregistrer de façon moderne.

Quelles sont les difficultés et obstacles principaux quand on produit et enregistre Nile ?

Faire en sorte que tout soit cohérent. C’est très facile de transformer ça en gros foutoir. Nous avons fait plein d’albums sur lesquels nous avons bien joué, mais « bien » ce n’est pas suffisant. Il faut que ce soit audible. Ce n’est pas parce que tu as joué la partie que les gens l’ont forcément entendue, mais la loi supérieure est que si les gens ne l’entendent pas, tu ne la joues pas. C’est un peu un casse-tête, parce que tu as joué quelque chose, c’est comme il faut, ça sonne bien, mais quand on réécoute, il faut qu’on puisse entendre ce que tu as fait. Il y a donc un transfert qui est effectué entre le moment où tu as joué la partie et celui où l’auditeur l’entend. C’est là tout l’enjeu : si les gens ne l’entendent pas, ce que tu as fait n’a aucune importance. C’est tout le défi. Ça peut paraitre un peu abstrait, mais en termes de metal, c’est une question de cohérence. Par exemple, si je dis quelque chose et que tu as entendu autre chose, peu importe ce que j’ai dit, ce qui compte, c’est ce que tu as entendu. La musique, c’est une question d’entendre et d’écouter, pas de faire. Enfin, il faut bien que quelqu’un fasse la musique, mais quelqu’un doit aussi l’entendre. Mieux on peut connecter ces deux personnes, mieux c’est ! [Rires] Quand tu as un téléphone portable, que tu as une mauvaise réception et que tu n’arrives pas à comprendre ce que dit ton interlocuteur, il n’y a plus de communication. La musique est une forme de communication entre le cœur, l’âme et l’esprit de la personne qui fait la musique et le cœur, l’âme et l’esprit de celle qui l’écoute. Nous voulons avoir une bonne réception sur ce canal de diffusion. C’est l’objectif !

Tu as déclaré que vous ne faisiez pas « de la musique uniquement pour [vous] mais aussi pour les fans » et que « sur cet album, [vous] av[ez] écrit et joué comme des dingues grâce à cette relation intime avec les fans de Nile ». Penses-tu que votre musique serait très différente sans eux ?

Bien sûr qu’elle serait différente. Ou peut-être pas ! Qui sait ! Quand nous avons commencé, nous ne nous attendions pas à avoir du succès. Nous venons d’une petite ville merdique de Caroline du Sud – tout le monde s’en fiche de Greenville, en Caroline du Sud. Nous avions donc déjà accepté le fait que peut-être personne ne nous entendrait jamais ou n’en aurait rien à foutre de ce que nous faisions, alors que voulions-nous faire ? Et voilà ce que nous avons fait. Pour je ne sais quelle raison, quoi que nous ayons fait, il y a des gens qui ont aimé. D’accord. La boucle est bouclée entre le groupe, qui a fait quelque chose qu’il aimait, et ses fans. Du coup, pour qui faisons-nous de la musique ? Pour nous, mais en sachant aussi que d’autres gens l’aiment. On ne peut avoir l’un sans l’autre. Autrement, on aurait juste un groupe en salle de répétition et ce qu’il ferait n’aurait aucune importance. Ça, c’est du pur black metal underground qui se fiche de savoir si quelqu’un l’entend ou pas. Il existe plein de groupes comme ça, qui sont tellement underground, tellement puristes, qu’ils n’ont aucun auditeur et n’en veulent pas. C’est un extrême. A l’autre extrême, il y a la pop qui est faite pour les gens qui l’écoutent, c’est juste fait pour vendre des trucs. Quelque part entre les deux, il y a la plupart des autres artistes et groupes qui ont un public. On ne peut pas effacer la prise de conscience que les gens vont écouter sa musique, à moins d’être à l’une ou l’autre des extrémités, mais ce n’est pas notre cas. Nous sommes un groupe, nous nous soucions de nos auditeurs, de nos fans, des gens qui nous accompagnent depuis des années. C’est pour ça que nous avons un boulot ! [Rires] Nous avons un travail et une carrière parce qu’il y a des gens qui aiment ce que nous faisons. C’est notre public. C’est pour eux que nous jouons.

Du coup, malgré ce que tu disais plus tôt, les fans t’influencent quand même…

On ne peut pas faire autrement ! C’est comme le chat de Schrödinger. Il y a un chat dans la boîte. Tant que tu n’as pas vu le chat, est-ce qu’il existe ? Eh bien… Il y a un putain de chat dans cette boîte [rires]. Je le sais, tu le sais, tout le monde sait qu’il y a un chat dans la boîte. Alors comment ne pas en prendre conscience ? On est bien obligé.

Interview réalisée en visio le 15 juillet 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Casey Coscarelli (2).

Site officiel de Nile : nile-official.com

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  • Très bonne interview merci
    Par contre se justifier de faire du death brutal car le monde va mal c’est son point de vue à lui .
    Beaucoup de groupes font cette musique agressive et brutal avec des motivations diverses .

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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