« Il y a un futur pour No Future », nous avait dit Erik Danielsson il y a quelques années, alors qu’on se demandait si cette entité mystérieuse où il officie à la batterie – aux côtés des frères Gottfrid et Pelle Åhman (PÅGÅ, ex-In Solitude) et de Lukas Häger et Olof Stolt (Reveal!) – était encore à l’ordre du jour. Restée à l’état de nébuleuse pendant plus d’une décennie, elle ne s’était en effet matérialisée au fil des années que le temps de quelques concerts et d’une poignée de cassettes et d’EP prometteurs, sombres, presque gothiques, d’une sorte de punk ancestral à la The Birthday Party. Mais la patience a enfin porté ses fruits : le groupe a sorti récemment son premier album, intitulé lui aussi No Future – tout un programme…
Pas de streaming, pas de teasing, pas de distro, presque pas de présence en ligne : jusqu’à peu, le seul moyen d’écouter l’album était tout simplement de se le procurer, expérience désormais désuète qui ravivera des souvenirs à beaucoup. Pour autant, No Future n’est pas un groupe rétro ; ce n’est pas exactement de projeter l’auditeur dans le passé qu’il est question. Il se livre à une sorte de nécromancie qui en exhume des pans entiers, et distord complètement l’écoulement du temps. Constitué de morceaux composés sur une très longue période, l’album s’éloigne du post-punk pour remonter à une sorte de punk psychédélique sans âge ni délimitation, presque liquide. Brut, sans fioritures mais profond (« Saint Of Silences ») et chatoyant (« Bathroom Of Our Demonlight ») comme un lac, il égrène avec fluidité des mélodies de guitare délicates et fantomatiques et des moments d’incandescence qui capturent la magie de l’instant, du live, de l’alchimie entre les musiciens (le 70s « Ramselevägen », le proto-punk « February », etc.). La voix y surnage, distante et teintée d’échos, comme si elle hantait les chansons. No Future a en effet le côté lynchien de la musique de PÅGÅ, la temporalité étrange et désarticulée des rêves, quelque chose d’inquiétant et de familier, de viscéral et d’archaïque. D’ailleurs, la reprise de Canned Heat qui clôt l’album semble bien plus ancienne que l’originale, bluesy, poussiéreuse, comme si c’était elle qui avait inspiré les Américains – de quoi, paradoxalement, guérir toute velléité de nostalgie. Car sans futur reste un présent volatil, insaisissable, hanté d’échos du passé, dont No Future capture la beauté, la fragilité et l’intensité comme personne.
Chanson « Midnight Reigns » :
Album No Future, sorti le 5 octobre 2025 via Lupercalia Records. Disponible à l’achat ici
























