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Interview   

Obscura : quand le son agite les idées


Cohérence : voilà un mot cher à Steffen Kummerer. Alors, certes, il a dû, pour la quatrième fois, entièrement renouveler le line-up qui l’accompagne au sein d’Obscura, mais ce n’est qu’un grain de sable sans conséquence dans sa recherche de structuration de l’œuvre du groupe, allant jusqu’à élaborer des concepts dans le concept… A Sonication est le second album de la trilogie initiée avec A Valediction, qui elle-même fait suite à une tétralogie. Kummerer poursuit l’évolution du groupe vers une approche plus brute et humaine, quitte à délaisser (très) légèrement la technique pour aller vers plus d’accroche, mais aussi à trouver un meilleur équilibre en valorisant un peu plus les autres instruments et à appuyer le côté « storytelling ».

Comme il est désormais de coutume, c’est une nouvelle interview fleuve que nous proposons dans laquelle le chanteur-guitariste évoque les départs et arrivées de musiciens, mais aussi cette cohérence à laquelle il tient tant et dont A Sonication représente une nouvelle brique, et ses ambitions qui dépassent la simple maîtrise musicale et sonore pour aller sur le terrain de la scénographie live.

« J’aime travailler avec des musiciens qui ne cherchent pas à se mettre en avant. Si c’est une diva ou quelqu’un qui se place au-dessus de tout, ça ne m’intéresse pas. »

Radio Metal : A Sonication, votre nouvel album, inaugure encore une fois un nouveau line-up pour le groupe ; tous les membres, à l’exception de toi, ont été remplacés. Il n’y a pas eu de communiqué officiel à ce sujet, donc quelles ont été les circonstances de ces départs ?

Steffen Kummerer (chant & guitare) : C’est simplement la vie. Obscura est un groupe très constant. Si on prend du recul, nous en sommes à notre septième album maintenant, et avec chaque album, nous faisons une tournée mondiale. Depuis la sortie de Cosmogenesis en 2009, nous avons joué environ cent, cent cinquante, parfois même deux cents concerts par album, et tout le monde ne veut pas faire ça toute sa vie. Quand nous avons commencé, nous étions adolescents. Quand certains ont dû partir dans d’autres villes pour leurs études, ils ont quitté le groupe. Maintenant, nous n’avons plus vingt ans, donc certains ont des enfants, d’autres n’aiment pas ce style de vie sur la route en permanence. Parfois, il est plus simple de mener une vie plus stable que de tourner dans le monde entier. Moi, j’aime ce que je fais. J’adore voyager. Ça ne me dérange pas d’être loin de chez moi pendant six mois, un an, ou même plus. Je tourne aussi avec Thulcandra, un autre groupe. C’est le mode de vie que j’ai choisi. Si quelqu’un d’autre ne voit pas son avenir dans ce style de vie et préfère faire autre chose, je respecte totalement cette décision. Il n’y a pas de rancune ou quoi que ce soit. Quand j’ai présenté la direction que nous allions prendre dans les années à venir, tout le monde ne se voyait pas suivre cette voie. Idem sur le plan musical. Si vous ne fonctionnez pas en équipe et que quelqu’un songe à faire autre chose dans sa vie, il faut l’accepter. Au final, tout tourne autour de l’amitié. Même si on se sépare en tant que musiciens, on reste amis. Je suis très content de ce que nous avons accompli avec le dernier line-up, avec tous ceux qui ont joué sur l’album ou nous ont aidés pour les concerts. Pour moi, ce n’est pas un gros problème, honnêtement. Je continue. Je vais aussi sortir un huitième album et un neuvième. Je ne sais pas encore qui jouera sur ces disques. Comme tu l’as mentionné, c’est quelque chose qui arrive avec Obscura, mais nous sommes aussi l’un des groupes encore présents après plus de vingt ans. C’est juste normal aujourd’hui.

Deux d’entre eux étaient revenus dans le groupe. N’avaient-ils pas réalisé ce qu’Obscura était devenu et les contraintes de votre planning actuel ?

C’est aussi un autre niveau aujourd’hui. Je pense que tu fais référence à Jeroen Thesseling et Christian Münzner. Christian a déménagé au Mexique, sur un autre continent. Il a quitté tous ses groupes en Europe. Quant à Jeroen, il adorait faire partie du groupe à nouveau, et je suis super content de ce qu’il a apporté au dernier album, mais les tournées ne sont plus faites pour lui. Il a plus de dix ans de plus que moi, et il y a des limites. On ne peut pas faire ça éternellement, et je le comprends. Voyager est épuisant. Ce n’est pas seulement les quatre-vingt-dix minutes que tu passes à jouer sur scène, c’est aussi tout ce qui se passe autour. Si ça devient trop, c’est triste, mais il faut respecter le fait que quelqu’un se retire. Encore une fois, ça arrive, c’est la vie. Et je suis heureux que nous continuions, toujours aussi forts qu’avant.

Tu es au cœur du groupe depuis le début. Penses-tu que les fans se sont habitués à l’idée qu’Obscura, c’était avant tout toi ?

Honnêtement, je fais toujours la promotion de mon groupe, pas de moi-même. Je ne sors pas d’albums solos, je ne veux pas voir mon nom partout. Pour moi, c’est toujours le groupe qui doit briller, pas une personne. C’est pareil dans l’écriture des chansons. Je n’écris pas une musique centrée sur la guitare. Je me concentre sur les chansons. Je veux que tout le monde soit valorisé sur l’album. Si nous avons un nouveau guitariste ou un nouveau membre dans le groupe, alors il fait partie de ce que nous faisons à ce moment précis. D’un autre côté, je suis la force motrice de ce groupe depuis le tout début. Je fais en sorte que les choses se fassent. J’ai à prendre toutes les décisions concernant les tournées, les productions d’albums, les plannings, tout, depuis le premier jour. C’est une question d’équilibre. Ce n’est pas un one-man-show, mais je suis aussi la personne qui fait avancer les choses.

Quand tu changes de musiciens, tu repars de zéro avec eux. J’imagine que ça demande un certain travail. Comment c’était pour toi d’avoir à refaire ce travail d’intégration ?

Il y a toujours des musiciens qui ont leur propre patte, pour ainsi dire, et parlent leur propre langage musical. D’un autre côté, il y a tellement de musiciens talentueux capables de jouer notre répertoire. Trouver quelqu’un qui puisse jouer notre musique n’est généralement pas le problème, il y en a beaucoup. Mais il faut trouver quelqu’un qui aime travailler en groupe et qui aime voyager. Encore une fois, avec tous les engagements liés aux tournées, ce n’est pas pour tout le monde. Je suis donc très sélectif quant aux personnes qui rejoignent le groupe. J’aime travailler avec des musiciens qui ne cherchent pas à se mettre en avant. Si c’est une diva ou quelqu’un qui se place au-dessus de tout, ça ne m’intéresse pas. Donc, c’est du cinquante-cinquante : c’est autant une question de musique que de caractère. J’aime travailler avec une équipe équilibrée.

« J’avais toujours l’impression qu’une grande partie de la musique que nous sortions était centrée uniquement sur la guitare, ce qui a fini par m’ennuyer un peu. J’ai essayé de réduire un peu la guitare pour laisser plus de place à la batterie, à la basse, aux voix et à tout ce qui se passe autour, et d’aller davantage vers le storytelling. »

Justement, comment arrives-tu encore à trouver de nouveaux musiciens qui répondent à toutes ces exigences ?

Le monde est petit, et la plupart d’entre nous se connaissaient déjà avant. Par exemple, dans le nouveau line-up, James Stewart, le batteur, est là depuis longtemps. Il a tourné probablement dix ans, voire plus, avec Vader. Il tourne maintenant avec Decapitated. Quand nous avons joué ensemble en 2023, lors d’une longue tournée d’Obscura et de Decapitated au Royaume-Uni, j’ai remarqué qu’il avait une palette technique bien plus large que le simple death metal. On pourrait le mettre dans un groupe de blues ou un trio de jazz, et il s’en sortirait très bien. C’est très intéressant de voir ce qu’un musicien peut apporter à une chanson. Même si vous jouez la même chanson avec une équipe différente, elle sonnera toujours différemment. Ça m’intéresse beaucoup. Je connaissais donc James auparavant, et c’est pareil pour Robin Zielhorst, qui jouait avec Cynic. Nous avions discuté de lui pour qu’il devienne notre bassiste après le premier départ de Jeroen, en 2011. J’avais aussi choisi son ancien groupe, Exivious, pour faire notre première partie en 2012 ou 2013. Nous nous connaissons donc aussi un peu personnellement. Quant au guitariste Kevin Olasz, j’ai aussi tourné avec lui auparavant. Le monde est petit, tout le monde se connaît. Et il est connu qu’avec Obscura, nous cherchons de temps en temps de nouveaux musiciens. Je reçois donc aussi beaucoup de mails de musiciens qui m’écrivent pour demander à rejoindre le groupe. Certains viennent de groupes dont tu n’as jamais entendu parler, et d’autres de groupes très connus. C’est très intéressant. Parfois, j’ouvre mon ordinateur et je vois des noms que je lis dans les magazines et qui voudraient jouer avec le groupe. Donc, c’est un mélange : parfois des musiciens me contactent, et parfois je remarque un musicien très talentueux dans un groupe et je garde un œil sur lui, si bien que peut-être qu’un jour, nous jouerons ensemble, qui sait ?

Obscura est plus que jamais un groupe international avec deux Allemands, un Néerlandais et un Anglais. Comment s’organise le travail au sein d’un tel groupe ?

Depuis que le groupe n’est plus basé dans une seule ville, probablement depuis 2007 ou 2008, nous utilisons beaucoup le logiciel Guitar Pro pour partager nos compositions sous forme de fichiers et nous nous envoyons des démos de tout. Malheureusement, nous ne nous réunissons plus dans une salle de répétition. Quand nous avons commencé, c’était vraiment génial. Nous n’avions même pas besoin de fixer un rendez-vous ou d’en parler, parce que nous nous retrouvions toujours le vendredi dans la salle de répétition. Nous passions aussi du temps ensemble en dehors de la musique. C’était vraiment sympa. Mais aujourd’hui, tout le monde a des engagements différents, d’autres groupes ou projets. Ce n’est plus possible. Donc, tout passe par moi : je centralise toute la musique qu’il faut apprendre, j’organise les tournées, etc. Nous nous retrouvons principalement pour les préproductions. Quand une nouvelle tournée approche, comme en février en Europe de l’Ouest, nous nous réunissons probablement deux ou trois jours avec toute l’équipe, le groupe et les techniciens. Nous répétons dans une salle ou un studio, testons tout le matériel, les instruments, et passons en revue toutes les chansons. Mais chacun doit se préparer chez soi. Voilà comment nous fonctionnons aujourd’hui.

Est-ce que l’époque où vous répétiez tous les vendredis te manquent ?

Honnêtement, oui. J’adorerais pouvoir revivre ça. Je viens d’emménager dans le centre-ville de Munich cette année, mais il est presque impossible de trouver une salle de répétition suffisamment grande rien que pour nous, car c’est une très grande ville. Je cherche encore. Mais même si nous avions notre propre salle, nous ne pourrions pas nous voir chaque semaine. J’aimerais le faire plus que jamais. D’un autre côté, à l’époque, nous ne tournions pas du tout. Aujourd’hui, si tu passes déjà cent jours par an ensemble, tu n’as pas envie de te voir chaque semaine [rires].

Quelle a été l’implication des nouveaux membres dans les nouvelles chansons ?

Ils n’ont pas écrit de chansons. Mais quand, par exemple, j’ai discuté avec James des préproductions qui avaient été faites, nous avons échangé au sujet des motifs rythmiques et, étant batteur, il a apporté ses suggestions. Et bien sûr, notre guitariste a aussi proposé ses idées pour les parties lead. Pareil pour le bassiste. La basse est sur un même pied d’égalité que les guitares dans les arrangements, donc c’est un instrument très libre. Nous avons à peine eu besoin de discuter des parties, car ce que Robin a apporté était parfaitement adapté. L’approche était très orientée chansons, et j’aime beaucoup cette attitude. L’album sonne comme il sonne, et je suis très satisfait du résultat.

« Quand nous travaillions sur un album comme Omnivium, nous nous disions : ‘Ce passage n’est pas assez technique, il faut en faire plus.’ Et ensuite, nous réalisions que nous ne pouvions pas le jouer en live, car il aurait fallu un guitariste avec cinq mains et onze doigts [rires]. Nous sommes tombés dans notre propre piège. »

Le communiqué de presse mentionne que vous avez écrit, enregistré et finalisé A Sonication pendant la tournée mondiale du précédent album. Avec A Valediction, tu avais voulu faire des chansons mieux adaptées aux performances live. Le fait d’avoir travaillé sur ce nouvel album tout en étant en tournée vous a-t-il permis d’aller encore plus loin dans cette direction ?

C’est difficile à dire. Certaines chansons fonctionnent définitivement mieux en live qu’ailleurs. Par exemple, « The Sun Eater » est une composition très heavy et lente, avec une approche old-school, qui vit grâce au groove et à l’atmosphère ressentie sur scène. J’ai hâte de la jouer, tout comme « Evenfall » d’ailleurs. Ces morceaux conviennent parfaitement au live. D’un autre côté, il y a des morceaux comme l’instrumental, que nous ne jouerons probablement pas en live. Peut-être que nous le ferons, mais je ne l’ai pas composé avec cette idée en tête. C’est toujours un mélange. Ça dépend de ce qu’on veut raconter. J’aime être diverti quand j’écoute un album du début à la fin. Donc, oui, je pense à l’impact live, mais toutes les chansons de l’album ne doivent pas forcément être adaptées à ça. C’est une question d’équilibre entre écriture et jouabilité sur scène.

Comment vous êtes-vous organisés pour travailler sur cet album tout en étant en tournée ?

C’est davantage une collecte spontanée d’idées. Je suis très organisé pour collecter des idées, qu’il s’agisse de musique, de paroles, de titres ou d’arrangements. Parfois, j’entends une chanson et je me dis : « C’est une tournure intéressante, j’aimerais faire quelque chose dans ce style. » Je garde tout organisé, et quand je suis à la maison dans le studio, je commence à assembler les idées morceau par morceau. Donc, en tournée, je collecte essentiellement des idées. Par exemple, pendant les soundchecks, je joue toujours quelques riffs ou fragments de chansons. Le morceau d’ouverture, « Silver Linings », a été créé en grande partie lors des tournées de A Valediction ; c’était simplement un riff d’échauffement, mais il m’est resté en tête et est devenu le morceau d’ouverture. L’enregistrement, lui, s’est fait entre les tournées, sur différentes sessions. J’ai utilisé les préproductions pour enregistrer toutes les voix et les guitares acoustiques au Studio Fredman, en avril, ou en mai 2024. Ensuite, nous avons eu la saison des festivals. A ce moment-là, toutes les parties de batterie, basse et guitare avaient été enregistrées. Puis une deuxième session a eu lieu pour mixer et finaliser l’album au Studio Fredman, en Suède, en août.

Le communiqué de presse mentionne également une nouvelle approche de l’écriture des chansons, où le cadre était plus détendu, permettant de nouvelles inspirations et opportunités. Peux-tu nous en dire plus sur cette approche et en quoi elle diffère de vos habitudes ?

Pour résumer en quelques phrases, j’ai essayé de mettre en avant d’autres instruments que la guitare. J’avais toujours l’impression qu’une grande partie de la musique que nous sortions était centrée uniquement sur la guitare, ce qui a fini par m’ennuyer un peu. Il y a tellement d’autres choses à offrir. La production commence toujours par la composition, et l’arrangement ne vaut que ce que vaut la chanson. Si vous composez dès le départ un morceau très technique et exigeant seulement à la guitare, il restera comme tel. Bien sûr, vous pouvez le retoucher et le réarranger un peu, mais mon idée était surtout de mettre davantage en avant les voix, les arrangements vocaux, les dynamiques avec les guitares acoustiques, les synthés, et d’aller davantage vers le storytelling. Au lieu de remplir chaque instant d’une chanson avec un riff de guitare, j’ai essayé de réduire un peu la guitare pour laisser plus de place à la batterie, à la basse, aux voix et à tout ce qui se passe autour. Parfois, dans les albums précédents comme A Valediction ou Diluvium, les voix semblaient être une improvisation additionnelle. C’était un peu agaçant. J’avais parfois l’impression que c’était de la musique instrumentale. C’était déjà tellement rempli d’informations que rajouter une partie de chant n’était pas forcément nécessaire. J’ai donc essayé de davantage unifier les éléments, avec l’intention d’équilibrer les arrangements. Pour résumer : j’ai essayé de m’éloigner de l’approche centrée sur la guitare pour aller vers quelque chose de plus axé sur les chansons.

Tu as mentionné le mot « storytelling ». Vois-tu chaque instrument comme un personnage différent ?

Ça peut être le cas, mais parfois c’est plus ou moins similaire. Par exemple, ce que nous avons établi depuis de nombreuses années, c’est que la basse est presque équivalente à la guitare. Parfois, la guitare se met en retrait et prend un rôle plus rythmique, tandis que la basse prend la partie principale. C’est vraiment intéressant, et j’essaie de travailler dans ce sens. Oui, la batterie n’est pas une guitare, mais tu peux jouer de la guitare de manière percussive. Et avec la batterie, tu peux jouer des motifs qui restent en tête, un peu comme une mélodie. Tout doit faire corps, se connecter, et avoir un sens à un certain niveau. C’est ça mon approche.

Penses-tu que ton approche a fait une grande différence dans le résultat final par rapport aux chansons passées ?

Je pense que chaque auditeur doit en juger par lui-même, mais ce qui fait une grande différence, au-delà de la manière d’écrire et d’arranger les chansons, c’est la production. L’esthétique sonore a légèrement changé. Ce que j’entends personnellement, c’est une touche bien plus humaine et personnelle sur cet album. C’est moins poli et moins produit que nombre de nos anciens travaux. Nous avons essayé de garder un côté brut et authentique. Tout n’est pas aligné parfaitement, ce qui donne davantage l’impression d’un vrai groupe jouant ensemble, plutôt que d’avoir des milliers de pistes que tu assembles comme si c’était un jeu vidéo ou tableau Excel. Je pense que ça fait une énorme différence. Même si vous n’êtes pas musicien, si vous comparez un de nos albums des dix dernières années avec celui-ci, vous sentirez que ce dernier sonne beaucoup plus naturel.

« Nous sommes extrêmement cohérents. Ce que nous faisons avec les pochettes d’albums, l’histoire et la discographie est très structuré. Beaucoup de fans ne voient que les changements de line-up, mais en réalité, le groupe n’a jamais changé. Nous sommes très constants dans certains aspects. »

A Valediction, déjà, avait un son brut et, en effet, A Sonication semble garder cet esprit, tout en étant peut-être un peu plus puissant et clair. Penses-tu avoir trouvé une sorte de compromis ?

C’est difficile à dire. Quand nous avons terminé le cycle des quatre albums avec Diluvium, nous avons changé non seulement de label, mais aussi de line-up et de producteur. Ce n’était pas un accident, mais une décision réfléchie. Nous avons choisi de travailler avec Fredrik Nordström au Studio Fredman en Suède pour obtenir un peu ses idées et une certaine rugosité. Quand nous avons travaillé sur A Valediction, j’ai énormément appris de lui. Nous sommes tous les deux en phase en matière de style et d’esthétique sonore. Ce que nous avons fait avec A Sonication est simplement l’étape suivante, et nous verrons ce qui arrivera ensuite, mais nous allons assurément poursuivre dans cette voie. Pour moi, A Sonication est une évolution naturelle après A Valediction. C’est toujours brut, moins poli, mais beaucoup plus humain. Nous avons beaucoup moins édité. Pour les guitares, l’idée était d’avoir un mur de son plutôt que quelque chose de très clair et détaillé. Par exemple, sur A Valediction, il y avait une guitare rythmique à gauche et une à droite, sauf pour quelques parties spécifiques où il fallait doubler. Sur A Sonication, nous avons commencé avec quatre guitares rythmiques qui ont été peu éditées, puis nous les avons doublées. À certains moments, il y avait huit voire seize pistes rythmiques. C’est une approche légèrement différente. Si tu écoutes attentivement et que tu es un vrai passionné de son comme moi, tu le remarqueras.

Est-ce que ça augmente la difficulté d’exécution quand vous optez pour une telle production ?

Tu dois être très bien préparé, c’est sûr, mais enregistrer un album reste enregistrer un album. Aujourd’hui, que ce soit avec Obscura ou un autre groupe, il y a un certain niveau d’expérience que nous avons atteint. La grande différence réside dans les détails. Doubler toutes les guitares rythmiques n’a pas été si compliqué, honnêtement.

Bien que votre musique reste très technique, elle semble l’être un peu moins ces dernières années. A Sonication semble encore plus axé sur la mélodie et une certaine accroche. La dernière fois, tu nous avais parlé de ton désir de ne pas transformer les concerts en démonstrations techniques. Est-ce que ça correspond aussi à une évolution personnelle, en tant qu’auditeur ou dans ce que tu trouves plaisir à jouer ?

C’est une très bonne question. Oui, avec plus d’expérience et une meilleure compréhension de ce qu’il faut faire sur scène et en studio, il y a définitivement moins de moments où j’écris juste pour me cacher derrière des parties techniques. Parfois, plus on est technique, plus j’ai l’impression qu’on essaie de faire de la démonstration. Mais pourquoi faire de la démonstration ? À mon âge, je n’ai pas besoin de prouver à qui que ce soit ce que je peux jouer ou comment je le fais. Ce n’est pas mon but en écrivant de la musique. Personnellement, j’aime la musique qui combine une technique avancée, des éléments progressifs, mais aussi des parties accrocheuses. Mon idée est de conjuguer tout ça. Plus je sors d’albums, moins je me soucie de ce que les gens pensent. Par exemple, A Sonication est une œuvre bien plus personnelle que les albums précédents. En tant que parolier, je me sens un peu plus à l’aise, même si l’anglais n’est pas ma langue maternelle ; il m’a fallu du temps pour apprendre cette langue. Parfois, tu essaies de te cacher derrière des mots sophistiqués ou un grand thème, qui peut être intéressant, mais plus tu pratiques, plus tu apprends à t’exprimer dans les petits détails. Pour moi, en écoutant l’album du début à la fin, je trouve que A Sonication a bien plus de mélodies. C’est un album plus introverti, plus mélancolique par moments – si on peut appeler ça mélancolique dans l’univers du death metal. Il regarde davantage vers l’intérieur que vers l’extérieur. Je n’écris pas de la musique pour un large public. Nous sommes un groupe de metal ; un groupe de death metal extrême. Je préfère écrire la musique que j’aime, que j’adore écouter et que je veux jouer en live. Ça rend le groupe authentique. Je ne cours pas après une tendance. Je ne suis pas quelqu’un qui demande aux fans ce qu’ils veulent entendre. Je suis un artiste et je présente un album complet avec tout ce que ça implique : esthétique sonore, chansons, visuels, tout l’ensemble. Ensuite, chacun décide s’il aime ou pas. Et il faut un certain courage pour faire ça. Il faut avoir le cran de faire exactement ce qu’on veut, sans essayer de plaire à tout le monde, car sinon, ça peut parfois sembler forcé.

À tes débuts, quand tu étais plus jeune, est-ce que « faire de la démonstration » faisait partie de tes objectifs ?

Je pense que oui. À l’époque, quand nous travaillions sur un album comme Omnivium, nous nous disions : « Ce passage n’est pas assez technique, il faut en faire plus. » Et ensuite, nous réalisions que nous ne pouvions pas le jouer en live, car il aurait fallu un guitariste avec cinq mains et onze doigts [rires]. Nous sommes tombés dans notre propre piège. Au final, l’album était sympa et cool, mais ce n’était pas réaliste pour la scène. Tout ça fait partie de l’apprentissage. Si tu repenses à tout ce que tu as fait dans ta vie, il y a toujours des choses que tu aimerais changer, mais c’est comme une empreinte temporelle. Tu étais à ce moment précis de ta vie, et tu as fait cet album. Maintenant, nous parlons d’un album une décennie plus tard. Je suis content qu’il ne sonne pas exactement pareil, car ça montre que j’ai appris.

« Nous avons eu quatre albums connectés, puis trois albums connectés. Nous parlons maintenant de faire deux albums connectés, puis d’un album unique. Je réfléchis différemment des autres groupes. C’est ce qu’on peut appeler une ‘méta-vision’. »

Même si tu dis que tu ne cherches pas à plaire au public, penses-tu que le fait d’être un peu moins technique peut t’ouvrir à un public plus large et moins élitiste ?

Je ne sais pas. C’est aux gens de décider. Je peux composer ce que je veux, que ce soit un album de death metal extrêmement technique ou, à l’inverse, un album de death metal entièrement mélodique. Il y aura toujours des gens mécontents qui se plaindront. Alors je préfère faire ce que j’aime, ce que je veux entendre et jouer, avec une équipe de grands musiciens. C’est tout. Si plus de gens aiment, tant mieux. Sinon, je ne changerai rien pour autant.

Avec A Valediction, tu t’es délibérément orienté vers des morceaux plus concis. Cette fois, l’album lui-même est très concis, moins de quarante minutes. C’était aussi une volonté d’aller vers un format plus court ?

Un peu oui. Ce n’était pas forcément planifié comme ça. Je pense que certaines chansons se sont simplement retrouvées plus courtes que prévu. Une chanson comme « The Prolonging » dure environ deux minutes, mais à un moment donné, j’ai eu le sentiment que tout avait été dit, que la chanson avait exprimé ce qu’elle devait. C’est encore une fois une question de storytelling. Parfois, certaines personnes parlent beaucoup mais ne disent rien, alors que d’autres peuvent être claires et précises en une ou deux phrases. J’ai eu le sentiment que cet album, avec ses huit chansons, montrait tout ce que je voulais explorer sur ce disque. La palette de dynamiques, de sons, d’ambiances et de rythmes y est. À l’inverse, je trouvais que A Valediction, avec ses onze chansons, était un peu trop long. Certaines chansons du dernier tiers n’ont pas eu la reconnaissance qu’elles méritaient, car beaucoup de gens n’écoutent plus un album aussi long en entier aujourd’hui. C’est difficile à dire. Peut-être que le prochain album aura quinze chansons, ou seulement deux, qui sait ?

A Valediction a ouvert une trilogie un peu moins rigide que la précédente quadrilogie. Avais-tu déjà l’idée des trois albums dès le départ ou est-ce que ce deuxième opus a pris une direction conceptuelle plus claire en cours de conception ?

C’est similaire au cycle des quatre albums que nous avons fait auparavant. Il y a une certaine idée derrière les trois albums, associée à certaines couleurs. Fredrik Nordström produira les trois disques et Eliran Kantor réalisera les illustrations également pour les trois. Musicalement, j’ai une sorte de ligne directrice en tête, mais ce n’est pas gravé dans le marbre. Mon idée, c’est d’avoir une vision claire de la direction que je veux prendre, mais la manière d’y parvenir reste ouverte. Ça me donne une structure globale tout en me laissant suffisamment de liberté pour faire ce que je veux.

Le mot sonication fait référence à l’utilisation des ondes sonores pour agiter des particules dans des solutions. Dans cet album, chaque composition incarne un épisode de ta vie personnelle. Comment lies-tu cette idée de sonication à ces différents épisodes ?

Je suis tombé sur le terme sonication lorsque j’étudiais et travaillais à l’université, il y a longtemps. C’est à cette même époque, en 2015, que nous avons écrit Akróasis. Je m’intéressais à des sujets très intéressants comme la psychoacoustique et la vibroacoustique, et l’impact que ça pouvait avoir sur notre vie, l’acoustique des os, etc. Eliran Kantor a transposé en visuel cette idée : la musique, comme la sonication, peut changer tellement de choses. Elle peut influencer ton humeur, tes actions, etc. et parfois offrir une échappatoire. Si tu passes une mauvaise journée, tu écoutes ton album préféré ou tu assistes à un concert, et tu ne penses plus à rien. Si tu en as marre des informations à la télé, de la politique, de la religion ou quoi que ce soit, écoute de la musique et fais autre chose. J’aime cette approche. Le terme sonication peut donc être interprété de manière poétique ou physique, et cette dualité me plaît. C’est une interprétation ouverte, tout comme pour A Valediction. Je pense que c’est un titre d’album unique et évocateur. Et effectivement, j’ai pu écrire des paroles plus personnelles. J’ai commencé avec A Valediction, et A Sonication poursuit dans cette direction. Si on prend « Stardust » et « A Sonication », ce sont des morceaux très personnels. Sans entrer dans les détails, je pense que si vous lisez les paroles, vous comprendrez en partie. C’est le genre de chose qu’on ne veut pas forcément expliquer. Ceux qui font partie de mes proches amis sauront exactement de quoi il en retourne. Les autres peuvent plonger dedans et y projeter leurs propres expériences merdiques. Encore une fois, c’est très lié au titre de l’album, mais il reste suffisamment de place pour l’interprétation. J’en reviens à ce que je disais tout à l’heure : c’est un album très introverti et mélancolique.

A Valediction était basé sur le thème assez libre de l’adieu. Ici, tu commences avec la chanson « Silver Linings », qui est aussi le nom de votre prochaine tournée. Dirais-tu que tu étais dans un état d’esprit plus positif et optimiste cette fois ?

[Rires] Encore une fois, bonne question. A Valediction, c’était clair : c’était une manière de conclure, de dire adieu à beaucoup de choses, à différents niveaux de la vie. A Sonication représente le moment où tu réfléchis un peu plus. Le prochain album, je ne veux pas trop en dire, mais ce pourrait être le plus positif, ou peut-être même le plus fataliste, qui sait ? Ça dépendra de l’humeur. Ce qui est vraiment intéressant, c’est de mêler la musique que tu écris à des choses que tu ressens et que tu as vécues à un moment de ta vie. Ce n’est pas juste écrire de la musique pour le plaisir, il y a une vraie valeur personnelle derrière. J’ai toujours eu l’impression que, quand tu écoutes des artistes qui jouent ou chantent avec leurs tripes, tu le ressens. Peu importe qu’il s’agisse d’un artiste pop, d’un chanteur ou d’un groupe de black metal, tu le ressens quand ils sont sincères. C’est cette approche que j’essaie d’adopter. Quand tu écris de la musique de cette façon, sur la base d’un vécu personnel, c’est bien plus facile que d’inventer quelque chose. Tout devient plus logique et trouve sa place.

« Avoir un son original et authentique est pour moi bien plus intéressant et attrayant que d’être parfait. »

La dernière fois, tu avais dit que tu n’avais pas encore écrit ton meilleur album et tu nous avais parlé des couleurs sur les pochettes. A Valediction était ton album de bronze. Celui-ci est ton album d’argent. Le prochain sera ton album d’or : penses-tu donc que ce sera ton meilleur album ?

Il sera peut-être un disque d’or, qui sait ? [Rires] Pour chaque musicien, c’est pareil. Je n’ai pas encore trouvé le son parfait, parce que j’achète toujours de nouveaux équipements. Pour les albums, c’est pareil. Il y a toujours ce besoin de créer quelque chose de nouveau et de mieux que le précédent. J’ai déjà des idées pour le prochain album, qui pourraient être un peu différentes, meilleures ou plus variées que l’album actuel. Si tu n’as pas d’idées, tu ne devrais pas écrire de musique, mais dans mon cas, j’ai encore tellement de choses à dire et à faire. Comme tu l’as mentionné, cet album est l’album d’argent. Ce n’est pas seulement la musique, mais aussi les vidéos, l’emballage. Le vinyle a une feuille d’argent sur la couverture, tout est pensé en détail. Même les photos dégagent une sorte d’atmosphère argentée. Il y a énormément de travail dans les détails. Tout le monde ne le remarquera pas, mais ça rend l’ensemble cohérent. Je suis très satisfait, et maintenant je peux me tourner vers le prochain album.

Il y a beaucoup de références aux étoiles et au soleil, comme « Solaris » ou « When Stars Collide » dans le précédent album. Cette fois, on a « Beyond The Seventh Sun », « The Sun Eater » et « Stardust ». Pourquoi cette attirance pour les étoiles ? Y a-t-il une symbolique derrière ?

Oui, tout à fait. Tu as mentionné l’instrumental, qui fait suite à « Sermon Of The Seven Suns » sur Akrо́asis en 2016. À cette époque, j’ai commencé à inverser certaines idées générales. Par exemple, dans le monde occidental, le porteur de lumière est souvent un symbole de Dieu ou de révélation, mais si tu observes notre monde, le soleil pourrait tout aussi bien être la raison de notre extinction à un moment donné. J’adore inverser ces notions. Le titre « Beyond The Seventh Sun » est une idée symbolique ou poétique pour réfléchir à ce qui se passe après notre disparition. Les étoiles et le soleil font partie de ma palette de mots pour exprimer des idées dans les paroles. J’aime combiner la métaphysique, la poésie et la philosophie. Depuis notre premier album chez Relapse, il y a plus d’une décennie, j’aime cette trinité sacrée – religion, astrophysique et poésie. Avec quelques mots, tu peux dire beaucoup. Ces termes sont universels et permettent diverses interprétations. C’est vraiment quelque chose qui fait partie du groupe depuis tant d’années et que j’aimerais vraiment conserver.

Sur A Valediction, il y avait « Orbital Elements II », qui faisait référence à un morceau de Cosmogenesis. Et tu viens de mentionner « Beyond The Seventh Sun », qui renvoie à la première chanson d’Akrо́asis. Vois-tu Obscura comme un concept plus large ?

Oui, tout à fait. Si tu prends du recul et regardes l’ensemble de la discographie du groupe, tu vois que nous sommes extrêmement cohérents. Ce que nous faisons avec les pochettes d’albums, l’histoire et la discographie est très structuré. Nous avons parlé au début de l’interview des changements de line-up, et beaucoup de fans ne voient que ça, mais en réalité, le groupe n’a jamais changé. Nous sommes très constants dans certains aspects. Par exemple, les quatre premiers albums sont sortis sur le même label, ont été produits par le même producteur et les visuels ont tous été créés par le même artiste, y compris les designs de t-shirts. Tout était lié. Maintenant, avec Nuclear Blast, beaucoup de choses ont changé – le producteur, le label, le line-up – mais c’est toujours le même groupe. La direction artistique, qu’il s’agisse de la musique ou des visuels, s’inspire de la première tétralogie, mais prend une direction plus humaine et ouverte. Pour moi, c’est le tout qui fait la différence. Regarde simplement A Sonication : on voit toujours une sorte de planète, il y a toujours une thématique liée à l’univers, c’est toujours du death metal progressif et technique, mais avec des nuances différentes. Peu de groupes fonctionnent ainsi, sous quelque forme que ce soit. Nous avons eu quatre albums connectés, puis trois albums connectés. Nous parlons maintenant de faire deux albums connectés, puis d’un album unique. Je réfléchis différemment des autres groupes. Donc oui, c’est une seule et même œuvre globale ; c’est l’œuvre de ma vie. J’ai fondé ce groupe quand j’avais seize ou dix-sept ans, et je le fais depuis toujours. Je suis certain que, sauf si je m’effondre ou meurs demain, il y aura encore beaucoup d’albums. J’espère pouvoir terminer cette discographie un jour. C’est ce qu’on peut appeler une « méta-vision ». Je ne me focalise pas sur les changements de line-up. Je pense au concept global, et c’est une démarche que je poursuis depuis plus de vingt ans.

Il faut donc imaginer des ponts entre la tétralogie, la trilogie et les albums suivants…

Oui, on peut voir ça comme un cercle, ou plutôt un cercle intérieur. Les quatre premiers albums couvrent la vie et la mort, avec, entre les deux, l’évolution et la conscience. La trilogie actuelle, quant à elle, adopte une approche beaucoup plus personnelle avec ses trois albums connectés. C’est un travail en cours, mais mon objectif est de tout rendre cohérent. Parfois, je fais délibérément référence à des albums précédents, et parfois ça arrive par hasard. Avec le temps, ça forme un ensemble unique. Je suis très fier de ça. J’ai toujours admiré les groupes qui ont trouvé leur propre son. Quand tu écoutes un groupe comme Gojira ou même regardes leurs visuels, tu sais instantanément que c’est eux. C’est pareil pour Kreator ou Death, même si leur son a un peu plus changé. Avoir un son original et authentique est pour moi bien plus intéressant et attrayant que d’être parfait. C’est pourquoi je veux continuer à explorer des directions plus brutes, car elles reflètent mieux notre personnalité que si on venait à tout polir.

« Il y a longtemps, je pensais que je devais étudier la musique à un moment donné, mais ensuite, je me suis dit que c’était trop unidimensionnel. J’ai commencé à travailler sur la production, les lumières, le design et les layouts. Maintenant, avec la production vidéo et surtout la mise en scène, un nouveau champ immense s’est ouvert à moi. »

Tu as sorti le premier album live d’Obscura en 2023. Cette année, tu sors le premier album live de Thulcandra, Live Demise. Est-ce que ça signifie que le live prend une importance croissante pour toi ?

Les concerts ont toujours été importants pour nous, mais aujourd’hui, il est beaucoup plus facile de capturer ces moments. Live Demise de Thulcandra était une manière de célébrer les vingt ans du groupe. C’était un projet unique. Nous avons eu la chance d’avoir des enregistrements professionnels de l’époque avec le line-up original, et Napalm Records a accepté de sortir cet album. Ce n’est pas du tout fait pour gagner de l’argent. C’est un projet très modeste, pour nous, pour les amis, pour la famille et tous ceux qui ont fait partie du groupe, passé ou présent. Dans le cas d’Obscura, c’est un petit peu différent. Avec la trilogie, dont font partie A Valediction et A Sonication, et dont fera partie l’album d’or, nous voulions offrir aux fans une sorte de miroir. L’album live Celebration I couvre nos concerts en Amérique du Nord suite à la sortie de A Valediction ; nous avons enregistré dans de nombreuses villes, comme New York, Los Angeles, Mexico, Montréal, etc. dans le but de créer un album live destiné aux fans. Nous avons fait trois vidéos live, chacune filmée dans un pays différent, une aux Etats-Unis, une au Mexique et une au Canada. L’idée était de les diviser en trois composantes : un tiers le groupe, un tiers les fans et un tiers l’atmosphère du pays. Après A Sonication, j’aimerais continuer avec Celebration II. Ce pourrait se passer en Asie, en Europe ou en Amérique latine. On verra. C’est un concept dans un concept.

Et comment ta relation avec les performances live et ton approche des concerts ont-elles évolué au fil du temps ?

Au fil des années, je suis devenu moins timide. Quand nous avons commencé avec le groupe, j’essayais toujours de me cacher derrière le microphone. Mais aujourd’hui, j’aime de plus en plus jouer sur scène. J’adore ce que nous faisons avec le groupe : voyager, rencontrer toutes ces personnes partout dans le monde, parler avec les fans, les promoteurs, et tous ceux qui travaillent en coulisses et participent à tout ça. C’est vraiment agréable. Après tout ce temps, c’est génial de retrouver des amis aux quatre coins du monde et de pouvoir faire de supers concerts. Je pense qu’en tant que groupe, nous sonnons beaucoup mieux qu’il y a quinze ans, tout simplement parce que nous sommes mieux préparés. Tout est beaucoup plus facile pour nous aujourd’hui. Nous avons acquis tellement d’expérience en matière de son live et de performances scéniques. Il y a aussi un autre domaine qui est très intéressant : la production live. Bien sûr, le son est essentiel pour un groupe qui joue en concert, mais il y a aussi les visuels. Aujourd’hui, beaucoup de choses sont possibles. Les lasers, par exemple, les effets pyrotechniques aussi, c’est devenu abordable. Ce sont des domaines dans lesquels on peut commencer à travailler, et pour moi, c’est comme un livre ouvert. C’est une autre page blanche où on peut collaborer avec de chouettes personnes et créer un show vraiment sympa. J’adore ça. Je suis ici, dans mon studio/bureau/caverne, entouré de milliers de câbles et de plusieurs consoles – audio et lumière. Je travaille constamment sur tout cet équipement. Le nouvel album est enregistré, finalisé et il sort en février. Maintenant, nous allons probablement partir en tournée pour les deux ou trois prochaines années. J’aimerais aussi m’améliorer dans ce domaine et investir toute mon énergie et mon temps dans la création d’une belle production scénique, avec un superbe jeu de lumières, pour évoluer à tous les niveaux.

Quelle serait ton ambition ultime en termes de mise en scène pour un concert ?

L’ambition ultime ? Honnêtement, c’est irréaliste. Il faut être réaliste à un moment donné. J’aimerais avoir assez d’espace et de budget pour transporter tout l’équipement nécessaire et construire une production gigantesque sans limites. Ce serait incroyable. Mais ce n’est pas quelque chose que tu atteins en un jour ou deux. C’est un long chemin à parcourir. Avec tous les progrès que nous avons faits en tant que groupe, avec tout ce qui se passe en coulisses et tout ce que nous avons déjà accompli, je suis très satisfait, mais il y a toujours une étape suivante que tu veux franchir. Je travaille tout le temps avec différentes personnes, notamment une équipe de techniciens lumière, et nous élaborons ensemble un nouveau spectacle live. C’est fantastique. C’est une autre manière de t’exprimer en tant que musicien sur scène. Il y a longtemps, je pensais que je devais étudier la musique à un moment donné, mais ensuite, je me suis dit que c’était trop unidimensionnel. Même si tu deviens le meilleur guitariste du monde, c’est trop limité si tu restes chez toi à répéter huit, neuf ou dix heures par jour. C’est trop restrictif. Je voulais avoir plus d’apports venant de différents domaines. Alors, j’ai commencé à travailler sur la production, les lumières, le design et les layouts. Maintenant, avec la production vidéo et surtout la mise en scène, un nouveau champ immense s’est ouvert à moi, et j’en suis vraiment heureux.

Concernant la prochaine tournée, vous avez publié un communiqué expliquant que Rings Of Saturn ne pourra pas participer en raison des défis posés par les récentes lois sur l’immigration et la fiscalité en Europe et au Royaume-Uni. C’est un problème de plus en plus récurrent, selon les musiciens. Mais quel est exactement le problème ?

Je ne me souviens pas que nous ayons déjà dû remplacer un groupe annoncé pour l’une de nos tournées. Je pense que ça n’est jamais arrivé. Mais au bout de vingt ans, c’est arrivé. Rings Of Saturn étaient venus en Europe, je crois, pour la dernière fois avant la pandémie. Depuis, tellement de choses ont changé en matière d’immigration et de fiscalité. En Europe, beaucoup de pays comme l’Italie, la France ou l’Espagne exigent certains documents. Quand on vient d’Amérique du Nord ou des États-Unis, parfois, on n’est pas conscient de ce qui est nécessaire. Ils sont très indépendants, ce qui n’est ni bon ni mauvais, c’est simplement leur manière de fonctionner. Ils ont été un peu dépassés par toutes ces exigences. C’est un peu triste, car c’est moi qui ai choisi ce groupe pour nous accompagner. Nous espérons pouvoir tourner ensemble à un autre moment en Europe, ou peut-être aux États-Unis ou ailleurs. Je pense que nos groupes se complètent bien. Leur style est un peu différent, mais il reste très attractif pour notre public, et notre style l’est pour le leur. C’est donc dommage. D’un autre côté, Skeletal Remains, un groupe nord-américain, a accepté de remplacer Rings Of Saturn. Les gens semblent plutôt contents de ce choix. Et avec Gorod, nous avons déjà un groupe très solide. Je pense que si vous prévoyez de venir à l’un des concerts, même si vous êtes de grands fans de Rings Of Saturn, venez quand même, passez un bon moment, regardez les trois groupes et profitez d’un bon death metal.

Gorod est un peu l’équivalent français d’Obscura, en un sens…

Oui ! Nous avons tourné ensemble il y a une décennie. Nous nous connaissons bien. Ils ont une approche légèrement différente du groove dans leur musique, les deux groupes ont leur propre identité, mais bien sûr, nous venons du même genre. Si vous écoutez ce genre de musique, je pense que l’affiche est tout simplement géniale.

Interview réalisée en visio le 13 décembre 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Robin Travers.
Photos : Grzegorz Gołębiowski.

Site officiel d’Obscura : realmofobscura.com

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