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Live Report   

Parkway Drive : une soirée australienne au Zénith


Ce jeudi soir, le Zénith de Paris se place aux couleurs de l’Australie. En tête d’affiche, Parkway Drive fête ses vingt ans de carrière avec une tournée anniversaire qui sillonne l’Europe. Le groupe, devenu l’un des leaders mondiaux du metalcore, n’a pas choisi ses compagnons de route au hasard. The Amity Affliction et Thy Art Is Murder complètent l’affiche, preuve du dynamisme d’une scène australienne foisonnante.

À l’arrivée dans la salle, une interrogation domine. La configuration réduite du Zénith permettra-t-elle d’accueillir la scénographie grandiose promise pour cet anniversaire ? L’énigme se dissipera vite, car rien, ou presque, ne semble avoir été sacrifié à Paris. Ce show a d’abord été conçu pour leur tournée australienne de 2024, qui a vu Parkway Drive remplir les plus grandes salles du pays. Un exploit rare pour un groupe de metal issu de Byron Bay. Encore plus fort, en juin dernier le groupe a repris son répertoire accompagné d’un orchestre symphonique. Un concert hors normes donné à l’Opéra de Sydney, symbole culturel australien emblématique. L’ambition de Parkway ne semble avoir aucune limite.

Artistes : Parkway DriveThy Art Is MurderThe Amity Affliction
Date : 2 octobre 2025
Salle : Zénith de Paris
Ville : Paris [75]

La fosse est déjà bien remplie lorsque The Amity Affliction ouvre la soirée. Pourtant, malgré une prestation solide et une mise en place visuelle soignée, l’alchimie ne prend pas tout à fait. Joel Birch remercie les spectateurs présents tôt dans la soirée, mais son attitude – souvent de profil ou de dos – empêche une réelle connexion. Techniquement, le groupe n’a rien à se reprocher, les parties claires donnent de l’ampleur, les écrans diffusent l’identité visuelle attendue. L’émotion reste néanmoins en retrait et la salle attend autre chose.

Quelques minutes plus tard, Thy Art Is Murder balaie toute retenue. Après une introduction eurodance volontairement décalée, Tyler Miller surgit et impose immédiatement son autorité. Les lumières virent au rouge, les colonnes s’embrasent de stroboscopes et l’intensité grimpe d’un cran. Le chanteur harangue la foule, réclame des circle pits, multiplie les appels à la participation. La salle finit par céder, les premiers mouvements se forment, la fosse s’ouvre et l’énergie se libère. Porté par la brutalité du son et le charisme de son frontman, le groupe livre une prestation implacable, qui laisse la salle prête à encaisser le spectacle principal.

L’heure du début de show arrive et pourtant rien ne démarre. Après vingt minutes d’attente, « Back In Black » d’AC/DC retentit enfin, signe que le show peut commencer. Au lieu d’apparaître sur scène, les cinq musiciens surgissent depuis les gradins, traversent la fosse, serrent des mains, saluent leurs fans. Une entrée qui rappelle que malgré la démesure scénique, Parkway Drive reste un groupe proche de son public. Ils rejoignent la petite scène centrale, disposée au cœur de la salle, avec la batterie installée au milieu. L’ouverture du set frappe immédiatement avec l’enchaînement de « Carrion » et « Prey » avant de lancer les hostilités sur la scène principale avec « Glitch ». Trois titres puissants, portés par un Winston McCall déjà incandescent. Le Zénith se met debout pour ne jamais se rasseoir.

Parkway Drive n’est pas seulement un groupe de metalcore, c’est aussi une machine à concevoir des spectacles époustouflants. Les deux scènes sont reliées par une passerelle qui sera un des acteurs phares de la soirée. S’élevant et se baissant, elle devient pluie d’artifices sur « Horizons ». Le mélange intimité et grosse production fait partie du charme de ces Australiens. L’effet est renforcé par la présence d’une section de cordes féminine – violon et violoncelle – intégrée depuis plusieurs tournées. Leur rôle dépasse celui de simples figurantes. Elles jouent réellement en live, apportent une chaleur organique, évitent les bandes préenregistrées et participent à la complicité collective sur scène.

La mise en scène ne s’arrête pas là. Des danseurs apparaissent à plusieurs reprises, notamment lors de « Cemetery Bloom », où la dramaturgie atteint son sommet. L’effet théâtral est saisissant, presque cinématographique. Très prenant lorsque Winston, seul sur la petite scène, drapé d’un long manteau noir au style très nineties, chante sous une douche d’eau parfaitement carrée. Le contraste entre les flammes omniprésentes et cette cascade fluide crée un tableau visuel d’une beauté rare.

Au-delà de cette richesse visuelle, la présence scénique de Winston McCall fascine. Chaque geste semble orchestré mais reste chargé d’intensité. Son langage corporel, parfois inspiré d’arts martiaux, se mêle à une fluidité singulière, immédiatement reconnaissable. Sa capacité à vivre chaque morceau transpire à chaque instant. Il va chercher la foule, interpelle chaque gradin, descend dans la fosse et appelle les spectateurs à tourner autour de lui. Le concert devient alors une interaction permanente, une communion brute et directe.

Le reste du groupe soutient cette énergie, même si Ben Gordon, souvent caché derrière son kit sur la grande scène, reste visuellement plus en retrait. Son moment arrive juste avant « Crushed », lorsque sa batterie se met à tourner sur elle-même. Déjà vu, certes, mais toujours attendu et spectaculaire. Ce gimmick reste l’un des symboles scéniques de Parkway Drive. Jeff Ling est également bien mis en avant avec les nombreux solos de guitares chantés par le public. Car ici tout est conçu pour que le public participe, que ce soit en chantant ou en retournant la fosse.

Côté setlist, les Australiens livrent un parfait équilibre entre morceaux récents et retours aux origines. Les hymnes comme « Vice Grip » déclenchent une transe collective, véritable moment de communion lumineuse. Mais le groupe n’oublie pas ses débuts, et l’interprétation de « Boneyards », rejointe par Joel Birch, crée une surprise saluée par la foule. Vingt ans de carrière sont ainsi célébrés, sans renier les racines. Reste toutefois un regret : l’absence du medley, habituellement intégré à cette tournée anniversaire. Sûrement écarté en raison du retard accumulé. Ce passage manquant laisse l’impression d’avoir été privés d’un fragment de fête.

Le concert atteint son pic d’émotion avec « Darker Still », ballade monumentale sublimée par les cordes et saluée par une standing ovation, malgré une interprétation vocale parfois fragile. Le public est là pour renforcer le chant. L’apothéose survient avec « Crushed », moment de chaos total où circle pits, flammes et pyrotechnie transforment le Zénith en brasier.

Parkway Drive a livré à Paris bien plus qu’un concert. Vingt ans après ses débuts, le groupe australien a prouvé qu’il maîtrisait l’art du show total. Un show qui mêle proximité et grandeur, énergie folle et dramaturgie théâtrale, rage et lumière. Seule ombre au tableau, un public pas assez nombreux, qui témoigne d’un engouement encore perfectible en France.

Setlist (source setlist.fm) :

Carrion
Prey
Glitch
Sacred
Vice Grip
Boneyards (feat. Joel Birch)
Horizons
Cemetery Bloom
The Void
Wishing Wells
Dark Days
Idols and Anchors
Chronos
Darker Still
Bottom Feeder

Rappels :
Crushed (avec solo de batterie)
Wild Eyes

Photos : Emilie Bardalou.



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