ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Pénitence Onirique bâti sa cathédrale


Pénitence Onirique est incontestablement à considérer parmi les groupes les plus prometteurs de la nouvelle scène black metal française des années 2010. Une fois de plus révélée par la paroisse des Acteurs De l’Ombre, la formation originaire de Chartres fait sensation depuis son premier album V.I.T.R.I.O.L et a confirmé la mise avec le mélancolique et nostalgique Vestige de 2019. Avec des textes scandés en français, son esthétique remarquée et sa confrontation avec le sacré, Pénitence Onirique n’est pas en perte de vitesse avec Nature Morte qui sublime à nouveau la critique de notre époque tout en gagnant en technicité et en radicalité. Comme chaque nouveau chapitre, l’album veut s’éloigner de la marque de son prédécesseur, écumant pour cela des compositions fantômes qui ne verront jamais le jour, comme nous l’explique le guitariste Bellovesos.

Nous revenons avec le musicien sur les prémices et sur l’ascension de Pénitence Onirique, sur son intention première avec le projet, en passant par le premier concert du groupe à six têtes et trois guitares aux Feux De Beltane, jusqu’à la sortie de ce troisième opus. Nous évoquons naturellement le concept de ce nouveau disque qui se veut comme une interprétation romancée du travail de l’historien, anthropologue et philosophe René Girard sur le désir mimétique, le bouc émissaire et le sacrifice rituel. Le rapport artistique que Pénitence Onirique noue avec la spiritualité et le religieux sont également au programme dans cet entretien où il nous ouvre les portes de sa cathédrale.

« D’un point de vue personnel, la musique est ce qui me permet d’extérioriser plein de choses de façon détournée, car je suis trop pudique pour parler de moi à la première personne sur un album et envoyer ça à un public, je ne pourrais pas. Le thème de l’alchimie était la meilleure façon d’exprimer les choses. »

Radio Metal : Le groupe s’est formé en 2015 de ton initiative, puis tu as rapidement été rejoint par Diviciacos au chant. Comme on sait très peu de choses sur toi et ton passé de musicien, est-ce que Pénitence Onirique était déjà dans ta tête depuis un moment ou est-ce que c’était plus ou moins ton premier groupe ?

Bellovesos (guitare) : Ce n’est pas mon premier groupe, puisqu’avec Diviciacos, nous avions d’autres projets avant qui étaient plus axé, disons… Je crois que nous avons dû nous connaître vraiment à l’époque un peu néo-metal, metalcore, deathcore, etc. Nous avons eu aussi une phase death. Pénitence Onirique, c’est un petit peu la synthèse de tous ces projets qui ont mûri. Je pense qu’à un moment donné, à cause des splits de tous ces anciens groupes que nous avons eus, m’est venue l’idée de renouer avec le black metal que j’ai toujours adoré depuis les années 90. C’est vraiment quelque chose qui m’a bercé, mais sans jamais avoir pu m’exprimer dans ce style. En août 2015, c’est là que m’est venue l’envie de créer ce projet, mais il n’y avait pas de paroles, ni rien, c’était purement instrumental au début. Par la suite, c’est Diviciacos qui a proposé d’écrire des paroles. Le premier thème, sur V.I.T.R.I.O.L., c’était l’alchimie et tout s’est fait assez rapidement. L’enregistrement du premier album s’est fait en un mois, mais c’était H24 ; je travaillais des fois dessus jusqu’à trois ou quatre heures du matin pendant les vacances annuelles. J’ai consacré tout mon temps à ça. Je ne partais pas en vacances, ni rien. J’ai passé mes journées entières là-dessus, à développer des idées, j’ai jeté morceaux, etc. Tout s’est fait comme ça au début, à Chartres.

V.I.T.R.I.O.L. sort en 2016 sur Emanations, la sous-division des Acteurs De L’Ombre, qui par ailleurs n’existe plus. J’ai l’impression qu’il rencontre assez vite un public. Avec le recul, selon toi, qu’est-ce qui a marqué l’auditorat sur cet album ?

Je pense que c’est peut-être l’atmosphère, l’ambiance, de cet album. C’est un album exutoire de tout ce que j’avais à ce moment-là dans le crâne. C’était très fort et j’avais vraiment besoin d’évacuer tout ça. D’un point de vue personnel, la musique est ce qui me permet d’extérioriser plein de choses de façon détournée, car je suis trop pudique pour parler de moi à la première personne sur un album et envoyer ça à un public, je ne pourrais pas. Le thème de l’alchimie était la meilleure façon d’exprimer les choses. Et ça, c’est grâce à Diviciacos, qui a vraiment su écrire un peu toute la poussée que j’avais au fond de moi mais à travers l’alchimie. Je pense que ça a, de façon peut-être indirecte, teinté l’album et que c’est beaucoup ce que les gens ont dû ressentir. « Le Sel » est peut-être le morceau le plus personnel et quand on lit bien les paroles, ça peut nous amener sur le fond de l’histoire et ce que ça peut conter. Je pense que beaucoup de gens se sont reconnus là-dedans. Et puis, il y a la sonorité qui est beaucoup plus vaporeuse, moins produite, parce que c’était vraiment fait sous le coude, nous avons tout fait maison. Il y a juste eu le mix et le mastering qu’Emanations nous avait réclamé à l’époque parce qu’il fallait que ce soit diffusé pour un public, donc pressé, etc., ce qui requérait certains critères de qualité. C’est la seule plus-value que nous avons pu apporter à ce que nous avions réalisé au début à la maison, sur un logiciel ; un Cubase, une guitare, la basse, et c’était parti. Je pense que ça a dû impacter les gens, ils ont dû ressentir ce que nous-mêmes pouvions ressentir en composant et en réécoutant ces morceaux. Tant mieux. Ce n’est pas toujours gagné d’avance, mais ça a été le cas.

En 2017, Vorace vous rejoint à la guitare, puis un line-up se solidifie progressivement notamment pour le live. Le 6 mai 2018, vous faites votre premier concert aux Feux de Beltane. Nous y étions et je sais, en discutant avec les festivaliers, qu’il y avait pas mal d’attente. Le public découvre votre esthétique, vos masques personnalisés… De l’aveu de Gérald Milani, le patron de LADLO, « personne ne s’y attendait ». Est-ce que vous aviez une réelle intention de surprise à ce moment-là ? Et est-ce que vous avez voulu aussi tester ce concept auprès d’un public d’initiés ?

Sur V.I.T.R.I.O.L., quand nous avons fait les premières photos promo avec Diviciacos – c’était réalisé par Mathieu Voisin –, nous étions partis sur cette idée de masque pour rester anonymes, pour apporter une esthétique en extension du son et pour plonger l’auditeur dans autre chose. De là, quand nous avons formé le line-up, nous sommes restés sur cette mécanique de cacher nos identités et de faire en sorte que le public puisse découvrir et se plonger dans quelque chose d’un peu autre, de les couper de la réalité et les emmener vers autre chose – d’où le nom, le côté onirique, etc. Quand on se met devant la scène pour regarder un groupe, c’est ce qui est bien : avoir le cerveau qui transcende, qui part, etc. Quand nous sommes arrivés à Beltane en 2018, nous nous sommes préparés pendant un peu plus d’un an – tout 2017 et 2018 jusqu’au festival – avec le line-up, le temps que tout le monde intègre les morceaux et soit à l’aise avec. C’était cent pour cent répète quasi tous les weekends. Quand nous sommes arrivés là-bas, nous avions déjà cette idée de continuer avec les masques, donc nous avions réfléchi à ce que nous allions mettre sur scène, à la façon dont nous allions nous présenter, etc. Mine de rien, les masques miroirs que nous avions au tout début sont injouables sur scène, parce qu’on transpire, il y a de la condensation dedans, c’est l’horreur ! C’était inconcevable, donc il a fallu repenser notre esthétique. Quand nous nous sommes arrêtés là-dessus, ça a été énormément d’heures, de temps, de journées, de soirées à chercher la personne qui serait capable de nous faire ces masques-là. Nous sommes tombés sur Hysteria Machine, c’est une nana qui fait ça en Angleterre et qui a une petite troupe qui lui permet de produire ces masques, tout en filigrane. Là, nous les avons changés, mais c’est du métal. Il y a une base en résine en dessous, redoublée de pièces de métal qui sont agencées de sorte que ce soit esthétique. C’était cool, nous nous sommes dit que tout était cohérent. A l’époque, en plus, je venais d’arriver à Fontainebleau, le chanteur pareil, et il y avait tout ce côté forêt, les masques présentaient des ramures de cerfs… Tout a matché. Nous nous sommes dit que c’était ça que nous devions proposer sur scène, et c’est ainsi que nous nous sommes présentés. Il y a donc un peu de préméditation.

« Quand nous avons formé le line-up, nous sommes restés sur cette mécanique de cacher nos identités et de faire en sorte que le public puisse découvrir et se plonger dans quelque chose d’un peu autre, de les couper de la réalité et les emmener vers autre chose – d’où le nom, le côté onirique, etc. »

Le 6 décembre 2019, vous sortez Vestige. C’est une étape supplémentaire pour vous, vous êtes désormais inscrits à six pour la composition avec trois guitares dont « une guitare ambiant » de Norktünos. Il va encore plus loin dans les atmosphères, il est musicalement très mélancolique, assez défaitiste et très critique du post-modernisme. L’artwork est un homme âgé, fatigué, qui représente notre époque d’après votre propre regard critique. On peut percevoir cet album comme un tournant, votre philosophie et votre esthétique se dessinent et se complètent assez clairement. Est-ce que tu perçois cet album comme ça ?

Oui, clairement. Pour nous, chaque album est une étape. Nous avons des choses à raconter et une fois qu’elles sont racontées, nous aimons bien étendre notre perception et notre culture, et ça passe par la littérature, les films, etc. C’est vrai que nous avons complexifié un petit peu plus les atmosphères et les rythmiques. Nous répondions depuis les Feux de Beltane à une demande live et nous ressentions le besoin d’exprimer encore plus certaines atmosphères scéniques et rythmiques, il y avait des choses que nous voulions encore mieux décrire et définir pour la scène. Ça a été un peu la mécanique. A savoir que nous composons d’un côté et c’est vraiment à la fin, pratiquement en studio, que nous découvrons les paroles de notre chanteur. C’est vraiment un jeu de confiance avec lui, mais nous ne sommes jamais déçus. Il nous en parle un petit peu par bribes pendant que nous composons, mais sans plus, et nous sommes heureux de savoir à la fin que tout coïncide et que ça fait un bon bloc. On ressent ce côté nostalgique, il y a un peu de pessimisme des fois, il y a des passages un peu plus nuageux, des fois il y a des éclaircies, puis ça replonge… J’aime bien ce côté nuancé. Je n’aime pas les musiques linéaires qui se répètent. J’aime quand il y a une progression, une évolution dans chaque morceau et dans l’album.

L’album est très bien reçu par la critique et le public, mais il y a un sacré coup d’arrêt pour vous puisque, évidemment, vous comptiez le défendre sur scène. Vestige sort quatre mois avant le confinement. Est-ce que vous pensez d’abord à la reprise du live pour honorer Vestige sur scène ou est-ce que vous pensez déjà à la suite et à ce à quoi peut ressembler le troisième album ?

En fait, quand nous composons comme ça, nous sommes autant dans le passé que dans le présent et le futur. Il faut vraiment séparer son cerveau : il y a une partie de nous qui défend au présent ce que nous avons produit dans le passé – là, c’était Vestige – et, à la fois, nous avons aussi un pied dans le futur car nous savons qu’il faut continuer et faire une suite. Ce n’est même pas qu’il faut, c’est que nous avons des envies de produire quelque chose pour le futur, nous avons des idées qui nous arrivent, et à chaque fois, il y a des morceaux qui ne seront jamais diffusés mais qui servent un peu de tampon et de progression dans la composition. Ce sont des morceaux qui sont juste là, que nous allons composer bêtement, et qui nous permettent d’exploiter de nouvelles idées et de les faire évoluer. C’est pour ça qu’il y a un gap entre chaque album, car il y a eu plein de morceaux entre-temps qui ne sont jamais sortis sur album mais qui permettent cette évolution. Car si nous nous étions mis à recomposer exactement à la suite et que nous avions exploité les premières idées qui nous étaient venues après Vestige, nous serions quasi tombés sur un Vestige II, or ce n’est pas le but. Le but était vraiment de faire progresser.

Donc quand nous nous sommes retrouvés en période de Covid-19, déjà, les dates de concert, c’était mort. Nous n’avions qu’une seule solution : penser au futur. Nous nous sommes donc presque immédiatement mis à l’écriture de la suite, mais c’était difficile, parce qu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait. Personne ne savait à quelle sauce on allait être mangé à l’époque. Est-ce que nous allions pouvoir continuer la scène ? Sous quelles conditions ? C’était dur parce que des fois, nous nous demandions si c’était encore utile de bosser autant. Il y a eu de grosses phases de doute et d’incertitudes, par rapport au devenir du groupe, etc.

Une fois que le monde retourne à peu près à la normale au niveau des concerts, on vous voit en festival et notamment au Hellfest 2022 (vous étiez prévus pour 2020). Vient donc ce troisième album Nature Morte. Tu as déjà dit qu’il y avait des morceaux qui ne sortiront pas, parce qu’ils représentaient une transition, mais comment cet album s’est-il inscrit dans le temps, des prémices de son écriture à la finalisation de l’enregistrement ?

Comme je le disais, nous avions tendance à retomber dans des compositions qui faisaient un peu doublons par rapport à ce que nous avions fait sur Vestige. Le but était d’éliminer tout ça et, à un moment donné, nous avons dit : « Stop, on reprend tout à zéro dans notre façon de penser et trouver les notes. » Même les tonalités, la teinte, le ton que nous voulons donner à l’album, c’est très important. Une fois que nous avions trouvé cet équilibre qui nous parlait le plus, nous avons commencé à essayer de broder autour, à trouver des riffs, etc. Là, nous voulions quelque chose de peut-être un peu plus moderne, même en termes de son. Nous ne voulions pas tomber dans les clichés et ce qui se faisait de trop autour de nous. Je sais que j’aime bien, personnellement, m’isoler de tout ce qui se fait de black et de metal en règle générale, donc je pars à fond dans les musiques de films, de jeux vidéo et classiques, principalement, et puis dans pas mal de trip-hop. Ça va beaucoup m’inspirer en termes de sonorité, même si nous retravaillons tout ça après. Déjà, ça permet de se donner des idées. Le son en lui-même est une source d’influence et d’inspiration. Il y a des sons qui sont propices aux idées ; c’est bête, mais il y a beaucoup de guitaristes, quand ils testent une pédale d’effet, une réverb, etc. ils commencent à gratter et plein d’idées leur viennent, ils ont envie de jouer pendant des heures, ils font tourner des trucs. C’est là qu’on trouve des idées. C’est aussi comme ça que nous pouvons développer notre musique. Nature Morte tourne essentiellement autour de ce principe de composition et tous les membres du groupe s’y sont mis.

« Je sais que j’aime bien, personnellement, m’isoler de tout ce qui se fait de black et de metal en règle générale, donc je pars à fond dans les musiques de films, de jeux vidéo et classiques, principalement, et puis dans pas mal de trip-hop. Ça va beaucoup m’inspirer en termes de sonorité, même si nous retravaillons tout ça après. »

C’est un album qui a pris combien de temps concrètement ?

Nous avons dû boucler les compos à l’automne 2022, donc ça s’est étalé sur trois ans de composition, quasi quatre si on compte les premières idées.

J’ai parlé de la réception de Vestige : est-ce qu’en tant qu’artistes dans cette scène, ça vous donne une pression supplémentaire et ça vous fixe des exigences ?

Non, quand nous composons, nous sommes assez détachés de tout ça. Ce que nous disons est que si les morceaux nous plaisent et que nous sommes heureux de les jouer, le public sentira que nous sommes convaincus de ce que nous faisons et ça lui donnera l’envie d’y prêter l’oreille, et ensuite, il comprendra plus en détail ce que nous avons voulu exposer. Donc nous ne nous mettons pas la pression là-dessus. Nous faisons vraiment les choses à notre sauce et si ça nous plaît, nous croisons les doigts pour que ça plaise en retour aux gens qui vont recevoir, mais nous ne nous mettons pas de pression.

Ce nouvel album reste cohérent dans votre univers musical, entre un black metal atmosphérique et mélodique, et bien d’autres choses. Il a toutefois une dimension plus « spatiale », dans le sens où il donne un peu l’impression parfois que l’auditeur se situe dans une cathédrale, là où Vestige par exemple semblait centré vraiment sur quelque chose de mélancolique/nostalgique, presque maladif. Vouliez-vous donner un sentiment de grandeur à Nature Morte ?

Oui et non, parce qu’en gros, nous sommes trois guitares, plus la basse, et je pense que ce qui donne cette impression, c’est la guitare centrale tenue par Norktünos. Beaucoup de gens pensent que c’est du clavier, mais nous nappons ses guitares avec un effet de shimmer – c’est une autre classification dans les réverb – et ça vient donner cette impression de nappe synthétique derrière. A côté, nous sommes sur un son beaucoup plus brut et efficace avec Vorace. C’était une volonté pour accentuer toutes les parties rythmiques, en saccades, etc. et nous voulions lui donner plus d’espace. Sa guitare qui est centrée dans le mix, c’est elle toute seule qui apporte toute cette dimension. C’est ce qui est marrant : par exemple, dans la prod de Vestige, j’avais une guitare qui avait un peu plus d’effet, de réverb et de delay tout au long de l’album, mais étrangement, là, nous sommes sur des guitares plus brutes en rythmique et leads, et toute la dimension spatiale est réalisée par un seul instrument. C’est surprenant. On apprend toujours un petit peu sur tout ce qui est studio et mix.

Vous avez défini l’album comme étant « plus complexe, plus rapide, plus violent ». Qu’est-ce qui pour vous, en tant que musiciens, rend Nature Morte plus compliqué à exécuter sur scène ?

Principalement la rapidité. En fait, c’est assez plaisant et nous commençons à nous accoutumer. Nous avons fait Bordeaux et Nantes le weekend dernier et ça passe super bien ! C’est vraiment plaisant à jouer, nous nous faisons plaisir. Ils sont peut-être plus complexes par rapport au tempo, mais nous nous y retrouvons parfaitement. Nous sommes à l’aise avec ce nouveau set de Nature Morte. C’était un gros boulot pour l’exécution et rentrer tous les morceaux, mais c’est ce qui nous motive.

Sur « Pharmacos », il y a un côté presque djent sur la guitare. Y a-t-il une part de défi que vous vous imposez comme musiciens, à glisser ce genre d’éléments complexes, surtout quand on est à trois guitares ?

Non, c’est juste d’instinct, c’est le passage juste avant qui nous a inspiré de partir sur ce type de rythmique. C’est peut-être culotté mais ça marche bien et je trouve ça sympa d’exploiter ce genre de plan dans un projet black, sans avoir à en rougir. Ça montre aussi un petit peu que même si nous sommes catalogués blacks, nous avons plein d’influences derrière. Je trouve que c’est bien, c’est important.

« Dans ces scènes-là, nous avons la chance d’avoir un public qui est très obsédé. Une fois qu’ils ont un truc qui leur parle, ils vont aller chercher beaucoup plus loin. C’est vraiment un public intelligent pour ça et nous misons beaucoup là-dessus. Ça leur donne vraiment la poussée pour se plonger dans les textes et capter tout ce que nous y déversons. »

Tous les textes sont écrits en français et sont assez recherchés en termes d’écriture. Est-ce que s’immerger dans l’univers de Pénitence Onirique doit aussi passer par une compréhension de vos textes, avec une lecture attentive en parallèle de l’écoute de votre musique, ou est-ce que la musique parle d’elle-même ?

Tout dépend le sens de lecture que l’on a. Je pense que tous les auditeurs ne vont pas réagir de la même façon. Il y a des personnes qui vont déjà capter les instrus et après se plonger dans le texte. Nous n’avons pas non plus un chant facile à comprendre, il faut se l’avouer. Ça nécessite forcément de d’abord capter l’auditeur par les instruments et les ambiances. Ensuite, surtout dans ces scènes-là, nous avons la chance d’avoir un public qui est très obsédé. Une fois qu’il a un truc qui lui parle, il va aller chercher beaucoup plus loin. C’est vraiment un public intelligent pour ça et nous misons beaucoup là-dessus. Ça lui donne vraiment la poussée pour se plonger dans les textes et capter tout ce que nous y déversons. C’est intéressant de voir les retours. Les gens comprennent parfaitement, c’est top. Tout ce qui est sur le modernisme ou plus récemment le désir mimétique, ce sont des thèmes qui, développés comme ça, ne vont pas spécialement parler, mais quand on entre un peu plus dans le détail, on voit que tout le monde est interconnecté au sujet.

Concernant le livret sur Vestige, vous avez fait le choix de ne pas y faire figurer les textes dans leur intégralité mais seulement un fragment pour chaque chanson. Pourquoi ce choix ? Est-ce que c’est aussi pour amener l’auditeur à prolonger son écoute et à le forcer à se concentrer sur le texte, ou pour compléter un peu la part de mystère ?

Notre chanteur a fait ce choix sur Vestige pour que l’auditeur développe sa propre réflexion sur le thème proposé. Il voulait juste leur donner l’élan puis laisser la musique faire le reste pour voir comment ils allaient comprendre cet album. Nous avons eu la surprise par la suite de lire pas mal de chroniques très pertinentes, ça nous a encore plus montré à quel point nous sommes dans un courant musical où les auditeurs ont une vraie sensibilité d’écoute et de compréhension.

Vous avez décrit le concept de Nature Morte comme une interprétation romancée du travail de René Girard sur le désir mimétique, le bouc émissaire et le sacrifice rituel. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ce qui vous a particulièrement parlé dans les travaux de ce philosophe, anthropologue et historien ?

Ça décrit tellement le mécanisme humain, dans sa façon de penser, de réagir et d’interagir entre individus. On a tous ressenti ce désir mimétique et l’histoire est parsemée de cette mécanique de désir mimétique, de crise mimétique et, ensuite, de bouc émissaire. On le retrouve partout, c’est ce qui est très intéressant. Je trouve ça intéressant, justement, de pousser les auditeurs et les lecteurs des paroles à comprendre cette mécanique et peut-être, des fois, à la désamorcer tant qu’il est temps dans leur vie quotidienne.

Le mimétisme est représenté par une forme artistique en particulier, à savoir la nature morte. Qu’est-ce qui vous a soufflé ce cette alliance avec la nature morte ? Est-ce l’idée de mimétisme qui vous y a menés ou l’inverse ?

Pour le coup, c’est plus Diviciacos qui pourra en parler, mais je dirais que ça s’est fait en parallèle. Il y a des choses qui sont devenues évidentes. Il y a des choses qui, par rebond, se sont traduites à travers une nature morte, comme la Passion du Christ : sur la pochette, on retrouve la couronne, la passiflore – la fleur de la passion –, etc. C’était la meilleure représentation et la plus humble que nous pouvions trouver pour représenter toute la thématique de l’album. C’était aussi une façon un peu détournée de la représenter. Nous aimons bien les choses un petit peu plus subliminales, et vu que le public est un public de passionnés, d’intéressés et de cultivés, c’était intéressant et attrayant de les mener là-dedans.

« Quand on voit, même aux Etats-Unis, une cathédrale bardée d’immeubles tout autour, ça ne ressemble plus à rien. On voit qu’on essaye de complètement prendre le pas sur quelque chose qui est là parce que l’homme a été complètement poussé par le sacré et la spiritualité ; c’était son seul moteur. Aujourd’hui, c’est investissement, argent, modernisme, expansion… Il n’y a plus que ça maintenant comme moteur. »

René Girard s’attaque au sacré dans ses travaux. Vous pouvez sembler entretenir un rapport critique envers le sacré, mais vous l’exploitez aussi avec votre esthétique, ça peut même être aux racines du nom du groupe. Est-ce que le sacré est central dans votre œuvre ? Et est-ce que vous êtes forcément critiques ou bien y a-t-il une relation d’amour-haine ?

Tout ce côté sacré est quand même quelque chose que nous respectons, car ce n’est pas rien dans l’évolution de l’homme, que ce soit culturelle, politique, etc. Des fois, nous nous apercevons que des personnes en ont besoin encore aujourd’hui tout simplement pour vivre au quotidien. Ce n’est pas quelque chose que nous allons critiquer, loin de là. Nous le respectons, nous vivons avec, et il y a une espèce de dualité qui est constante. Je pense que n’importe quel courant est toujours très relatif à la personne qui y participe, donc honnêtement, on n’a pas vraiment de droit là-dessus. Ce que nous faisons, c’est que nous nous appuyons beaucoup sur ce que Girard racontait. Ce côté christique et l’histoire de la Passion du Christ représentent toute la thématique pour illustrer son concept et son travail. C’est un peu plus universel. C’est quelque chose que tout le monde connaît. Ce sont des codes et des symboles qui parlent à tout le monde, parce que tout le monde est passé devant une église et connaît le fond de cette histoire. C’était donc une façon pour nous de nous appuyer là-dessus.

Vous multipliez les liens, et c’est pour ça que je parlais d’effet cathédrale, que ça soit dans vos masques si on regarde dans le détail, sur l’artwork de V.I.T.R.I.O.L., le nom « Vestige » qui, je pense, n’est pas choisi au hasard, le fait de vouloir plonger l’auditeur dans des « fresques »… Vous n’avez pas passé un peu trop de temps dans la cathédrale de Chartres ?

C’est vrai que quand on habite au pied d’un tel monument… Je pense que c’est la seule chose là-bas à laquelle on ne peut pas s’habituer. On la verra toujours d’un autre œil, il y a toujours un détail qu’on n’aurait pas vu ou pas compris. C’est valable pour de nombreux édifices et réalisations humaines, ce qui est beau à voir. C’est aussi un constat triste : on voit aujourd’hui une cohabitation – et ça rejoint ce qui était dit dans Vestige – avec le modernisme qui vient parfois complètement dénaturer ça. Quand on voit, même aux Etats-Unis, une cathédrale bardée d’immeubles tout autour, ça ne ressemble plus à rien. On voit qu’on essaye de complètement prendre le pas sur quelque chose qui est là parce que l’homme a été complètement poussé par le sacré et la spiritualité ; c’était son seul moteur. Aujourd’hui, c’est investissement, argent, modernisme, expansion… Il n’y a plus que ça maintenant comme moteur. On voit vraiment cette différence. Nous sommes donc d’autant plus attachés à tout ce qui est monuments religieux, mais pas que, anciens aussi. De là, c’est vrai que nous sommes pas mal attirés par tout ce qui est néo-gothique, histoire romantique, etc. Ça nous parle beaucoup, car nous parlons de valeurs et de choses qui se perdent.

On parlait du mimétisme. Est-ce quelque chose que tu pourrais critiquer dans la scène black metal ? Est-ce que, d’après toi, beaucoup de groupes font du mimétisme sur d’autres ?

Je ne suis pas là pour critiquer. Je pense que quand on fait de la musique et qu’on a un mode d’expression, celui-ci est propre à chacun. Chacun trouve son compte là-dedans. Je respecte le point de vue de chacun. Ce n’est pas mon droit d’aller dire qu’ils devraient faire comme ci ou comme ça. Ma place est de faire ce que je sais faire, d’essayer d’exprimer ce que j’ai envie d’exprimer, mais je n’ai pas mon mot à dire [sur ce que font les autres]. C’est trop personnel pour chaque individu qui fait de la musique.

Nous avons pas mal parlé de l’esthétique et de vos visuels soignés, mais on remarque aussi que vous n’avez pas encore fait le choix d’accompagner vos chansons de clips vidéo. Est-ce que vous avez l’intention de développer cet aspect-là ?

La production d’un clip figure dans nos objectifs. Ça représente un sacré budget et si nous avons la possibilité un jour d’en réaliser un, nous le ferons de la meilleure façon qui soit avec un scénario abouti, et entourés des bonnes personnes pour ça. Ce sera, je pense, notre prochaine étape.

Avez-vous des perspectives pour le live, éventuellement une tournée ? Quelles sont les pistes pour défendre Nature Morte sur scène ?

Nous avons rejoint Eclosion Booking très récemment. Il y a pas mal de choses qui sont en pourparlers en termes de dates. Fin janvier, nous avons une date sur Orléans. Nous devons aussi nous produire sur Paris en 2024. Puis il y a beaucoup de choses qui sont en train de se mettre en place. Avec la sortie de l’album, le but est que celui-ci tourne et que nous arrivions à convaincre des promoteurs pour nous inviter sur des dates. Nous ne nous mettons pas la pression. Nous ne sommes pas dans une attente particulière. Nous voulons jouer, c’est sûr, mais nous ne sommes pas frustrés parce qu’il n’y a pas de date. Et si nous en faisons, ce sera préparé du mieux possible.

Interview réalisée en visio le 3 décembre 2023 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de Pénitence Onirique : www.facebook.com/p/Pénitence-Onirique-61552292063281.



Laisser un commentaire

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
    previous arrow
    next arrow
     
  • 1/3