Cet été, à Orange, vous aurez trois possibilités de concerts qui se déroulent dans le cadre du POSITIV Festival : Will Smith, Dream Theater… ou les deux ! On vous connaît et on se doute que vous aurez très probablement une préférence pour le prog’ metal de qualité made in USA. Vous ne le savez peut-être pas mais le POSITIV Festival est un événement musical incontournable dans le sud de la France. Dans les colonnes qui suivent, Julien Gaona, coorganisateur du festival avec Nicolas Cuer, revient sur l’histoire du festival et sur l’édition 2025 qui se tiendra, dans quelques jours, à Orange. Dream Theater se produira le mardi 29 juillet avec Extreme et The Last Internationale en guise de premières parties. Une très jolie date, qui aura lieu dans ce lieu exceptionnel qu’est le théâtre antique, pour celles et ceux qui aiment les mélodies endiablées.
Dans l’entretien suivant, compilé au discours direct, Julien nous parle de David Guetta, du respect du public metal, des personnes âgées, de musique électronique… bref de beaucoup de choses différentes !
« Le POSITIV Festival a été le seul festival en France à jouer en 2020. »
« Au départ, le POSITIV Festival possédait un ADN complètement électro. L’événement a été créé en 2012, à Beaucaire, la petite ville du Gard d’où je viens. Ensuite, il s’est déplacé à Marseille avant de s’arrêter en 2017. Un an après, de passage à Orange, j’ai eu l’opportunité de venir voir un concert au théâtre antique et j’ai été subjugué par le lieu. L’organisation a été le fil rouge de ma vie professionnelle et j’ai toujours souhaité travailler dans l’événementiel. A quatorze ans, j’organisais déjà des soirées entre potes ! C’était bien avant de gérer une salle de réception, puis un restaurant, où je m’occupais de la partie événementielle. Suite au show de 2018, j’ai dit à mon associé de l’époque qu’il fallait tenter de faire quelque chose au théâtre. En conséquence, après avoir monté un dossier, nous nous sommes rendus à la ville d’Orange. Cette dernière nous a fait confiance et nous avons ainsi pu organiser un premier événement en 2019. Lors de ce dernier, nous avons réuni sept mille personnes. Un beau succès.
L’année d’après, la mairie d’Orange nous réunit pour nous expliquer que l’événement a cartonné et que tout le monde est ravi. En 2020, l’objectif de la ville était que nous proposions deux soirées. Mais, comme chacun sait, il y a eu la période du Covid-19. Nous étions confinés lors de l’été et cela allait durer jusqu’au mois d’août. Néanmoins, nous avions continué d’envisager des événements car tout le monde nous avait assuré que nous pouvions jouer. Et au dernier moment, soit quarante-huit heures avant d’ouvrir les portes, le préfet s’est présenté avec un arrêté en disant : ‘Vous ne pouvez pas jouer.’ Cependant, j’avais des courriers datant de quelques jours auparavant… qui m’annonçaient une autorisation ! J’ai fait appel à un avocat et nous avons mené l’affaire jusqu’au bout. Nous l’avons gagné et nous avons donc été le seul festival en France à jouer en 2020. Avec, néanmoins, et c’est bien compréhensible, des conditions drastiques : mettre de l’écart entre les festivaliers, limiter la jauge à trois mille cinq cents entrées, etc. Mais nous avons pu aller jusqu’au bout, et cela nous a permis d’avoir un fort impact en termes de communication.
L’année suivante, j’ai contacté David Guetta, qui voulait faire un retour sur une scène française. Cela faisait cinq ou six ans qu’il n’avait pas joué. Nous avons réussi à le contacter et lui dire : ‘Nous avons eu le cran de jouer pendant le Covid-19’ et il a accepté de faire son grand retour dans notre festival. Par ce biais, nous avons ainsi reçu une deuxième vague de promotion et de communication. Le retour de David Guetta en France, dans notre festival, a donné beaucoup de confiance. En effet, le public de cet artiste va de sept à soixante-dix-sept ans. J’ai trouvé cela très cool de voir au festival des enfants comme des personnes d’un certain âge. En conséquence, nous avons réorienté la politique du festival en nous ouvrant considérablement.
Dans cette optique, en 2022, nous avons programmé des artistes un peu différents, mais toujours liés à l’électro. On peut dire sans se tromper que c’est en 2023 que nous avons passé un cap. En effet, nous avons produit Sting pour un véritable carton. Les places se sont vendues très rapidement et nous étions sold-out. Comme pour David Guetta, j’ai retrouvé un public varié et nous avons décidé de nous ouvrir au rock et au hard rock. En 2024, nous avons ainsi présenté Deep Purple, Toto et The Dire Straits Experience. Le Orange Metalic Festival (ndlr : événement s’étant déroulé en 2022 et 2023 à Orange) avait bien fonctionné et j’avais adoré le public présent. Un public très discipliné, passionné, gentil et libéré. J’ai bien aimé ce public et, dès que j’en ai eu l’occasion, j’ai foncé. Par la suite, L’Orange Metalic s’est arrêté parce que le producteur ne voulait plus continuer. Nous avons ainsi saisi la perche. Je me suis renseigné et documenté, car je ne connaissais pas suffisamment le milieu du metal. Dream Theater nous a contactés car, par le passé, le groupe avait joué au théâtre antique d’Arles. L’expérience leur avait plu et ils cherchaient des lieux insolites, chargés d’histoire. Pour nous, organisateurs d’événements, il est vrai que la tête d’affiche est le théâtre d’Orange ! Car cela met en valeur l’artiste et rend son spectacle encore plus original. Le lieu marque les artistes. Quand David Guetta sort de scène, la première chose qu’il me dit est : ‘C’est dans le top 3 de mes dates de toute ma carrière !’ Cela a été un véritable choc. Il sortait du Covid-19 et tout le monde était frustré. Le public était remonté à bloc et voulait faire la fête.
« Le retour de David Guetta en France, dans notre festival, a donné beaucoup de confiance. En effet, le public de cet artiste va de 7 à 77 ans. »
Les artistes qui ont vu beaucoup de scènes savent où ils se trouvent lorsqu’ils rentrent dans un lieu aussi emblématique que le théâtre d’Orange. Ils savent qu’il y a deux mille ans d’histoire derrière ! Sur scène, l’artiste a une vision d’un mur composé de neuf mille personnes. C’est énorme. Tu as une énergie comme si tu en avais quatre vingt dix mille. D’ailleurs, cela peut être à double tranchant car on a vu des artistes se casser la figure émotionnellement. C’est de la pure énergie que tu prends en pleine face et il faut réussir à la gérer pour la rendre au public. Parfois, des artistes avec moins d’expérience n’y arrivent pas et se font renverser. Tu le perçois sur scène, ils se liquéfient. Nous l’avons vu avec des artistes de type électro, parfois ils sont plus surpris qu’ils ne surprennent !
Concernant la date de Dream Theater, faire jouer le groupe est un pari pour un producteur de spectacles comme le nôtre. Il ne passe pas à la radio. De toute façon, le metal est un peu comme l’électro : ce sont deux univers assez larges, avec des mouvances et des tendances. Tout ce qui est commercial a tendance à repousser les fans plus qu’à les attirer. Pour un festival comme le nôtre, il faut construire au fur et à mesure sa base. L’objectif est qu’environ cinquante pour cent des festivaliers reviennent de manière automatique. Mais, pour cela, il faut se donner du temps et construire. Concernant le public metal, sa vision est parfois assez caricaturale. Mais cela n’est pas surprenant à mes yeux, parce que je vois la même chose dans le monde électro. Quand j’explique aujourd’hui que, dans les événements électro, il y a des plus de soixante ans dans le public, on me répond : ‘Mais attends, c’est une musique de jeunes.’ Pourtant, lorsque l’on connaît l’histoire de la musique électronique, on sait qu’elle apparaît au début des années 80. Les personnes ayant eu vingt ans à cette époque, forcément, en ont soixante aujourd’hui. C’est logique. Pour le metal, c’est pareil. Il y a cette réputation de types qui vont se lancer dans un pogo ou secouer la tête de haut en bas toute la soirée. Or, ce sont des personnes qui ont des professions comme avocat ou médecin. Cette musique a façonné leur jeunesse et, aujourd’hui, ils ont une situation professionnelle différente, mais ils ont conservé cette passion parce que cela représente une évasion du quotidien. C’est leur musique, leur univers.
En revanche, l’extrême discipline du public m’a étonné. Lorsqu’il y a une file d’attente, ils se mettent deux par deux au bar ou au sanitaire. Aucune personne ne dépasse l’autre. Je ne m’attendais pas à un tel respect et à une telle discipline. C’est d’ailleurs presque amusant à observer. J’ai tenu les bars sur des événements réunissant un public de quatre-vingts ans et ils n’avaient pas le même niveau de discipline ! Le public metal est très agréable et a un super état d’esprit. Pour cette édition 2025, si nous n’avions pas pu faire jouer Dream Theater, nous nous serions adaptés. Avant de signer Dream Theater, nous avions une piste avec Hollywood Vampires. J’aimais bien l’idée de ces trois mastodontes (ndlr : Johnny Depp, Alice Cooper et Joe Perry) alignés sur scène. Ils avaient prévu une tournée, mais ça n’a pas fonctionné dans l’organisation. Scorpions était possible mais le prix était inaccessible. Je voulais faire jouer un groupe de niche, donc quand DT nous a appelés, nous avons sauté sur l’occasion. Concernant le futur, nous avons deux chances. La première est de disposer d’un lieu que nous pouvons adapter à nos projets, donc nous ne sommes pas contraints par des dates. La deuxième, c’est d’avoir une municipalité, et notamment Yann Bompard, qui est un fan de metal. Cette année, l’événement sera peut-être en déficit, mais c’est un challenge. Nous ne visualisons pas à court terme, nous disposons de patience. Ce que nous apprécions, c’est de pouvoir aller au bout des choses. Je n’envisage pas une seule édition, une date, avant de nous arrêter. Mon envie est de développer ce projet. Si, à terme, nous avons la possibilité de passer à deux dates, ce sera avec grand plaisir. Cela permettra de dynamiser l’économie locale, les hôtels, les restaurants, etc. En proposant au public de belles affiches, la ville vivra économiquement tout un week-end.
Cela permettrait aussi de mutualiser la technique, le personnel, et donc de réaliser des économies en étalant les coûts sur deux jours. Dans un futur proche, ce serait formidable d’avoir la possibilité de proposer deux jours de musique. Nous savons que nous avons le bon public pour cela. Notre aventure est encore récente, elle a débuté en 2019 mais elle montre que nous allons au bout de nos idées. Cette année, j’ai anticipé une soirée jazz qui ne se fera finalement pas, car l’artiste n’a pas pu venir. Mais l’objectif est d’arriver à programmer tous les styles musicaux. Notre métier consiste à toucher tout le monde. Que l’on aime le jazz, le metal ou un autre style, il faut pouvoir se dire : ‘J’ai mon concert à Orange.’ Voilà l’idée.
« Pour nous, organisateurs d’événements, il est vrai que la tête d’affiche est le théâtre d’Orange ! Car cela met en valeur l’artiste et rend son spectacle encore plus original. Le lieu marque les artistes. »
Afin de pérenniser ce type d’événement, l’implication de la mairie est capitale. Quand nous observons la façon dont est gérée la culture dans certaines municipalités, c’est un privilège pour nous d’avoir une bonne relation avec la mairie d’Orange. Nous avons leur confiance mais, attention, il ne faut pas inverser les rôles. La confiance se mérite et nous leur avons prouvé que nous étions capables. Peu importe la ville ou le maire, personne n’est dupe. Nous nous sommes présentés avec un projet, et chaque année, nous avons montré que nous allions au-delà des espérances. Si, la première année, le maire avait constaté des problèmes de sécurité ou d’organisation, la situation serait bien différente. La véritable chance, c’est d’avoir un maire à l’écoute, qui ne ferme pas la porte à de nouveaux projets. Quand je lui ai parlé du projet de faire venir Dream Theater, il était ravi car lui-même est fan de leur musique et il sera même au premier rang. Nous avons organisé une conférence de presse cette semaine et le maire s’est montré ravi d’annoncer Will Smith d’un côté, Dream Theater de l’autre. Deux univers opposés, et pourtant, tout le monde s’y retrouve, entre la pop, le rock, l’électro, le metal, etc.
Il est fier de ces projets. Orange est une petite ville de trente et un mille habitants. Et grâce à notre travail, nous parvenons à la faire exister sur la carte des festivals. L’impact économique d’un festival est immense. Dans le futur, si nous rencontrons des difficultés, ce seront tous les acteurs socio-économiques locaux qui se battront pour nous, parce que nous sommes pour eux une ressource économique. L’année dernière, nous avions fait les calculs : cela représentait plusieurs millions d’euros pour la ville. C’est colossal. Et dans cette logique d’aller toujours plus loin, le metal représente, pour moi, un vivier inépuisable. Si nous parvenons à établir deux ou trois jours de festival, comme à l’époque du festival Orange 75, ce serait incroyablement positif ! En 1975, un festival metal avait été organisé à Orange et, cette année, ce sera donc l’occasion de célébrer les cinquante ans de cet événement. À l’époque, il y avait eu près de douze mille personnes et les gens campaient dans la ville. C’est un événement qui a marqué l’esprit des gens qui ont connu cette époque. Et c’est cette énergie que je souhaite retrouver aujourd’hui.
Notre job, c’est un métier de partage et d’expérience. Ce que j’explique souvent aux jeunes, ou aux stagiaires, c’est que le métier de la production se résume à un état d’esprit. Ne jamais se placer dans le public pour regarder la scène, toujours se placer sur scène pour regarder le public. Au-delà de l’aspect financier, la véritable récompense est ce moment où l’on observe une communion entre l’artiste et le public. Et ce n’est pas l’artiste qui nous le renvoie, c’est le public. C’est pourquoi nous avons cette mentalité de toujours nous demander : qu’est-ce que nous pouvons faire pour le public ? Comment toucher davantage de monde ? Nous voulons aller plus loin. Chaque année, nous ajoutons des nouveautés. Nous savons que nous ferons face à des complications, pendant trois ou quatre ans. Ce que nous gagnons d’un côté, nous le réinvestissons de l’autre. Mais notre objectif est de développer le projet. C’est ce que nous faisons avec les événements électro : aujourd’hui, les billets que nous vendons en un mois, à l’époque nous mettions dix ou onze mois à les écouler. Petit à petit, cela s’installe. Il faut se donner du temps, laisser le temps au temps. Ce sont des paris, mais nous ne nous sommes pas lancés à l’aveugle. Nous avions constaté l’expérience passée avec l’Orange Metalic. Nous avons senti que cela prenait car nous avons perçu la ferveur. J’ai un restaurant juste en face du théâtre, et j’ai vu de mes propres yeux les personnes, leur pouvoir d’achat et leur envie de passer un bon moment. »
Interview réalisée par Zoom vidéo le 3 avril 2025 par Amaury Blanc.
Retranscription : Alice Hornez.
Site officiel POSITIV Festival : positivfestival.fr

































Une super mentalité le gars!
Je trouve ça bien d’avoir des gens qui intègrent l’ouverture dans le concept de leur festoch’.
Hier j’étais au Lyon Street Food Festival avec FFF. C’est un concept avec de la bouffe street food et une scène « rock » centrale. Puis il y a plateaux électro éparpillés sur ce site de la SNCF désaffecté.
Tout ça cohabite, l’ambiance y est très agréable.
Et FFF est là mêlant rock et funk, propulsant son fonck avec un message de paix et d’amour.
L’idéal de Woodstock est toujours vivant, et c’est chouette de s’inscrire là-dedans car notre environnement lui, a bien déraillé.