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Interview   

Psykup : rester positif et avancer


Psykup cultive son identité et sa différence. En près de trente années de carrière, le groupe n’a jamais pu ni voulu s’affilier à un genre précis, définissant pendant longtemps sa musique d’autruche-core afin d’éluder avec humour la question. The Joke Of Tomorrow, son sixième album, est une preuve de plus de la capacité insolente des Toulousains à surprendre et à se bâtir des terrains de jeux nouveaux. Un disque que le groupe a forcément abordé différemment de son prédécesseur – Hello Karma, 2021 – suite à des plaintes pour harcèlement qui ont amené au départ de Matthieu Miegeville et au recrutement de Matthieu Romain. Quelques mois plus tard, c’est le guitariste Victor Minois qui laissait sa place à Dorian « Dod » Dutech.

Nouvelle voix, nouveau guitariste, nouvelle ère. Psykup s’est reconstruit sur des bases solides. Julien Cassarino et Julian Gretz reviennent sur les événements qui ont précédé la préparation de ce sixième album, leur approche de l’écriture et la symbiose qu’ils ont su retrouver au sein du groupe. Un entretien passionnant mais forcément frustrant, tant il serait possible d’échanger pendant des heures autour de leur parcours et de leur musique.

« J’écris très spontanément. Déjà à l’école, je détestais me trouver devant la feuille blanche à essayer d’écrire, de faire mes devoirs. Je n’ai pas envie d’envisager la composition de cette manière. Les rares fois où j’ai essayé de me forcer, j’ai tout jeté à la poubelle. »

Radio Metal : Matthieu Miegeville était un membre fondateur de Psykup. Il était parti une première fois en 2009, ce qui avait à l’époque amené la mise en sommeil du groupe. Qu’est-ce qui vous a permis cette fois-ci d’envisager la suite sans lui ?

Julien Cassarino (chant / guitare) : Nous étions à la fin d’un cycle, ce qui n’était pas le cas en 2009. Nous avons très vite su que nous voulions rebondir et avancer. Nous avons eu la chance de rencontrer Matthieu Romarin. C’est une super personne et sa voix correspond exactement à ce que nous cherchions, elle s’associe bien à la mienne. L’alchimie est venue rapidement et nous avons pu aborder les choses très sereinement. Le groupe était dans un véritable tourbillon : la tournée était programmée, il fallait avancer. Nous n’avons pas eu le temps de trop réfléchir.

Le contexte de ce départ était délicat (suite à des accusations de harcèlement, ndlr). De votre côté, vous aviez déclaré n’avoir rien remarqué de problématique dans son comportement en vingt-six ans de collaboration, et que vous souhaitiez prendre le temps de la réflexion avant de prendre une décision. Est-ce que l’exposition médiatique et la pression qui va avec peuvent avoir une incidence sur une telle décision, ou s’agissait-il d’un accord commun ?

Les faits qui lui étaient reprochés étaient avérés, il le reconnaissait. Il s’agissait de harcèlement moral au travail. Des gens ont évoqué d’autres faits encore plus graves, ce qui était faux. Il était dans une période difficile de sa vie et il a fait son mea culpa, mais en ce qui concerne Psykup, c’était un tout, car de toute façon, nous nous entendions moins avec la personne qu’il était à l’époque, nous ne nous comprenions plus très bien au sein du groupe. Il faut savoir que les deux personnes qui l’ont incriminé sont des amies avec qui nous avions aussi travaillé. Nous avons donc discuté avec tout le monde, afin d’essayer de bien comprendre comment ces comportements avaient pu se mettre en place. A partir de là, la décision a été prise de façon assez naturelle et logique, et sans regret de part et d’autre. C’était important de ne pas prendre ça à la légère.

L’arrivée de Matthieu Romarin – Uneven Structure – s’est faite dans l’urgence : Hello Karma était fraîchement sorti et le groupe avait des engagements concernant la tournée à venir, avec seulement quelques semaines pour préparer le set. Comment aborde-t-on une transition si importante dans un tel contexte ?

Julian Gretz (basse) : Je joue avec Psykup depuis dix ans maintenant, je pense que c’était l’un des moments les plus critiques de la vie du groupe. Nous avons assumé notre choix. Nous avions deux semaines avant le premier concert de la tournée, un nouvel album à défendre et seulement quelques noms en tête. Au final, nous avons véritablement eu deux options, dont Matthieu Romarin. Son groupe, Uneven Structure, s’est terminé au même moment. Il était également en recherche d’une nouvelle expérience, le timing était bon. Il s’est enfermé et a travaillé comme un fou. Lorsque nous l’avons reçu pour l’audition, nous savions dès le premier titre que ce serait lui. C’est Brice [Sansonetto, batterie] qui, avec son franc-parler, lui a dit : « Putain, c’est toi ! » Après une dizaine de minutes, nous avons joué avec plaisir tout le reste du set. Les deux voix se mariaient super bien, il avait le sens du rythme, tout était limpide. Je crois que cet été-là, nous avons tous perdu trois ou quatre ans d’espérance de vie et dix kilos [rires]. Il a eu une semaine pour travailler le répertoire et nous en avons pris une autre pour le valider, puis nous sommes montés sur scène. Sachant que le premier concert était au Festival 666, une grosse date. Quand Matthieu Romarin l’a su, nous l’avons vu se décomposer, mais il a relevé le défi avec brio. Le changement était amorcé !

Julien, tu as grandi musicalement avec Matthieu Miegeville. Est-ce que tu as douté de retrouver la même complémentarité ou complicité avec une nouvelle personne ?

Julien Cassarino : Bien sûr, mais j’ai abordé ce changement de manière positive. C’était une nouvelle expérience et ça a été l’occasion d’expérimenter de nouvelles choses. Ce que j’apprécie avec Matthieu Romarin est que nous avons des tessitures éloignées en termes de cris, ce qui nous permet d’explorer un spectre beaucoup plus large. Il a en plus une identité, une attitude sur scène, un look et une façon de chanter très metal moderne. C’est très différent de mes influences, de ma façon d’être et de ma vision des choses, donc ça se complète bien. Il a également une très belle voix claire. Je ne me suis pas du tout inquiété, car j’avais écouté ce qu’il faisait avant et j’ai vu en répétition que ça collait bien. De même, nous nous sommes bien entendus sur le plan humain. Assez rapidement, nous nous sommes vus, nous avons échangé, je me suis rendu compte que c’était simple. Je n’ai pas eu de véritable appréhension. Nous avons vite su que nous ne faisions pas d’erreur, que ne nous ne partions pas dans une mauvaise direction. C’était clair et limpide. Nous avons eu de la chance !

« Avec le temps, j’ai évolué et j’en avais marre des morceaux trop longs. J’ai du mal à écouter certains anciens titres. Avant, quand je composais, je me demandais toujours ce que je pouvais rajouter, alors que maintenant, je me demande toujours ce que je peux enlever. »

Matthieu Romarin est un chanteur extrêmement polyvalent et technique. Il avait jusqu’à présent évolué dans un groupe assez sombre et progressif, parfois djent, dont la couleur sonore diffère de Psykup. Est-ce que son arrivée vous a amenés à travailler différemment sur l’écriture ou l’intégration des voix ?

En plus de la musique, j’ai écrit l’intégralité des textes et des voix du nouvel album. Auparavant, ce travail était partagé avec Matthieu Miegeville. Etant donné que la transition était soudaine et que Matthieu Romarin devait assez rapidement s’immerger dans notre univers, nous nous sommes dit qu’il s’impliquerait plus tard, progressivement. Nous avons donc fait ce choix d’un commun accord, car je pense que ça l’allégeait aussi et ça faisait une transition plus fluide, même pour les gens. J’ai donc écrit ses parties, mais je l’ai fait en fonction de ce que je connaissais de lui. Je n’aurais pas du tout écrit de la même manière pour un autre chanteur ou pour moi. J’ai pensé à sa voix, son timbre, sa façon de se placer, etc. Il y a des moments où je l’ai volontairement poussé dans mon propre univers ; il est devenu fou sur certains placements, car j’ai des façons de faire qui ne sont pas les siennes. Il a piqué quelques coups de poing dans les murs du studio ! Et il y a d’autres moments où ça lui correspondait bien. J’ai essayé de trouver un entre-deux, c’est-à-dire de le sortir un peu de ses chaussons pour rigoler, tout en respectant son univers. Je trouve que ça fonctionne bien, ça se ressent sur l’album, et il est mis en valeur. Je ne voulais pas que ce soit un faire-valoir, qu’on se dise que la voix d’origine reste et qu’on s’en fout de la nouvelle personne. Il arrive à mettre sa touche, ce qui est chouette.

La symbiose entre les chants clairs est très soignée. L’album est extrêmement riche sur le plan musical, avec de belles interventions en canon…

Matthieu a une façon de placer sa voix, un vibrato, un petit truc à lui qui est très joli et qui s’intègre assez naturellement dans notre univers.

Julian Gretz : Quand tu t’entends bien avec quelqu’un, tu développes des automatismes et un jeu collectif qui est intéressant. Cet album m’a fait penser aux premiers de Psykup : on sentait que les deux voix s’amusaient entre elles. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons décidé de les mettre en avant dans le mix, car la voix est très importante chez nous. Le reste l’est aussi, mais ce qui nous démarque un peu plus des autres groupes, c’est le fait que nous ayons deux bons chanteurs qui peuvent faire ce qu’ils veulent et qui le font bien.

Vous aviez dévoilé en octobre 2022 le morceau, « Happy Sad », qui n’a cependant pas été intégré au tracklisting de The Joke Of Tomorrow. Aviez-vous besoin d’un « galop d’essai », de vérifier que la collaboration fonctionnait avant de vous plonger dans le processus long et parfois complexe d’un album ?

Julien Cassarino : C’est un morceau que nous avons écrit rapidement. Je suis quelqu’un de très spontané dans la composition. Il faut que je le sente, je ne me force pas. C’était un bon morceau de transition. Nous avons en effet hésité à l’intégrer à l’album, mais il avait été exploité bien en amont, donc nous nous sommes dit que c’était bien de le laisser à part.

Julian Gretz : « Happy Sad » nous a permis de relancer la tournée à l’époque de sa sortie. Il avait été envisagé de réenregistrer des morceaux de Hello Karma avec Matthieu, notamment « Sun Is The Limit ». Nous avons finalement pensé que c’était mieux de proposer de la nouveauté pour introduire Matthieu. Ça nous a permis de constater que la collaboration fonctionnait bien et était fluide, et de ne pas douter lorsque nous avons abordé le projet d’album. C’était déjà assez évident. Quand tu vois que la personne enquille vite ton set, en à peine une semaine, tu te dis qu’il a compris l’ADN du groupe et que ça va le faire. Les contraintes de l’album font qu’il a été fait dans l’urgence, mais les dix titres ont été rentrés et bien exécutés, c’est donc que ça devait être fait ainsi et pas autrement.

Dix-huit mois séparent pourtant « Happy Sad » de la sortie de The Joke Of Tomorrow. Est-ce que les morceaux ont été finalisés tardivement, d’un seul coup ?

Julien a une phrase qui résume tout : « Quand les vannes sont ouvertes, elles sont ouvertes » [rires]. Quand il nous dit ça, c’est qu’il faut y aller.

Julien Cassarino : C’est le problème. Comme je le disais, j’écris très spontanément. Déjà à l’école, je détestais me trouver devant la feuille blanche à essayer d’écrire, de faire mes devoirs. Je n’ai pas envie d’envisager la composition de cette manière. Les rares fois où j’ai essayé de me forcer, j’ai tout jeté à la poubelle. De fait, il faut que les copains aient confiance, mais au moment où ça arrive, je leur dis : « Soyez prêts, parce que ça va fuser ! » et, en général, je balance un morceau par semaine ou deux. Ça va donc très vite – c’était déjà comme ça sur l’album précédent, même si c’était plus mesuré. Cette fois, ils ont eu un peu peur, car l’été était passé et il fallait enregistrer à la rentrée, or j’avais très peu de choses.

« On a des petites morts dans la vie. Il y a des moments où on est complètement abattu. Ça m’a fait penser aux jeux vidéo auxquels on jouait durant notre adolescence : on tombait dans des trous sans fond, mais on réessayait direct derrière, avec la conviction qu’il était possible d’y arriver. »

Julian Gretz : Frédéric Duquesne, qui a produit l’album, n’était disponible qu’en décembre. Au mois d’octobre, nous avions à peine trois morceaux ! Tout le reste – huit titres – a été maquetté en un seul mois, pour ensuite les réenregistrer au propre, les mixer, les éditer… Bref, faire tout le travail qu’il y a à faire sur un album.

Julien Cassarino : Nous l’avons fait ! Nous avons d’ailleurs un peu traumatisé Matthieu Romarin, car lui aime prendre son temps. Ça l’a rendu cinglé ! Ça a été très dur pour lui. Par contre, l’album est prêt depuis début 2024. C’est à ce moment-là que nous avons eu la rencontre avec Verycords. Nous avons discuté avec eux pendant un petit moment et ils avaient un planning très chargé niveau sorties metal, ce qui fait que nous ne pouvions pas le sortir tout de suite. Ils nous ont dit que c’était plus sage de le sortir au premier trimestre 2025. Nous avons donc attendu plus d’un an entre la fin de l’enregistrement et la sortie.

J’imagine que c’était frustrant…

C’était attendre pour mieux sauter, car nous faisons une belle sortie. Les gens pensent que nous avons mis beaucoup de temps, mais nous n’avons jamais arrêté de tourner en parallèle. Avec le Covid-19 et les confinements, la tournée pour Hello Karma s’est étalée sur plus de trois années. Nous avons l’impression qu’à peine la tournée précédente terminée, nous enchaînons sur la suivante, ça ne nous était jamais arrivé.

Julian Gretz : Il y avait un côté schizophrène, car nous étions dans l’énergie des nouveaux titres alors que nous ne jouions que des anciens. C’est la première fois que nous expérimentons ça et c’est très bizarre. Quand tu sais que ton album est prêt depuis un an, tu as usé le chewing-gum, tu le mâches et le remâches !

Julien Cassarino : A la fois, nous n’avons pas écouté le disque pendant toute cette année 2024. En tout cas, pour ma part, j’ai voulu le mettre de côté pour ne pas m’en écœurer et arriver frais sur la tournée qui allait suivre la sortie. Nous avons rebossé les morceaux après, mais nous avons laissé du temps passer.

Julian Gretz : Par contre, nous venons de sortir de résidence, et nous sommes vraiment heureux de pouvoir enfin jouer ces nouveaux morceaux sur scène. Nous n’arrêtions pas de les jouer, d’ailleurs !

Psykup a poussé son désir d’expérimentation très loin par le passé, notamment avec un disque comme We Love You All. Depuis Ctrl + Alt + Fuck, vous êtes plus enclins à écrire des morceaux concis et directs. The Joke Of Tomorrow est probablement votre disque le plus accessible. Est-ce qu’il y avait lors de l’écriture une volonté particulière de soigner les mélodies, de développer un côté plus accrocheur ?

Julien Cassarino : Ça s’est fait naturellement. Quand le groupe est revenu avec Ctrl + Alt + Fuck, j’ai commencé à réduire les formats, j’ai arrêté d’écrire des morceaux très longs. Avec le temps, j’ai évolué et j’en avais marre des morceaux trop longs. J’ai du mal à écouter certains anciens titres, même s’il y en a toujours que j’adore – il y a plein de chose que j’aime beaucoup dans We Love You All, notamment. Hello Karma était la continuité de cette démarche, mais en essayant de resserrer encore plus le propos. Avant, quand je composais, je me demandais toujours ce que je pouvais rajouter, alors que maintenant, je me demande toujours ce que je peux enlever. Je suis même déjà arrivé avec des maquettes sur lesquelles les autres membres m’ont amené à encore retirer des éléments. En conséquence, assez naturellement, les chansons se retrouvent dans ce format plus court. A la fois, il se passe tellement de choses en très peu de temps que c’est peut-être encore plus fou, plus frappant, là où auparavant ça pouvait être délité sur sept ou huit minutes.

Julian Gretz : Ce qui est chouette avec Psykup est que c’est un groupe qui se permet tout. Il y a des années où tu es plus fougueux, tu auras envie d’exploiter plus la longueur, la limite des instrus, etc. Aujourd’hui, c’est un autre exercice. Nous essayons d’être plus précis, de faire encore mieux passer le message sur un temps court. C’est ce que je trouve génial avec cet album : chaque titre est un petit bijou et m’évoque quelque chose, comme des couleurs. C’est la première fois que ça me le fait. Chaque morceau est très clair.

« Il n’y a pas que des bons moments dans la vie, et c’est là que l’humour peut nous sauver. Il faut garder le sourire. »

Le disque peut afficher un visage presque schizophrénique et des variations radicales, qu’il s’agisse des instrumentations ou des chants. Beaucoup d’éléments peuvent se superposer au cours d’un même morceau. De quoi partez-vous pour élaborer la structure d’une chanson ?

Julien Cassarino : Je fais confiance aux mélodies qui m’arrivent en tête. Très souvent, je suis sous la douche ou n’importe où, il y a quelque chose qui me vient, je me demande si ça vient bien de moi ou d’une musique que je connais, et quand ça revient plusieurs fois, je finis par l’enregistrer. Pendant deux ans, j’ai enregistré des choses tout le temps, donc j’ai plein d’idées de mélodies, de riffs, de chant, de texte, etc. Au bout d’un moment, quand je sens que les vannes vont s’ouvrir et que je peux les ouvrir, je réécoute, j’efface, je garde seulement ce qui me plaît le plus – je supprime vraiment beaucoup d’idées – et j’essaye de partir de là, en restant très spontané, sans vraiment savoir où le morceau va m’amener. C’est plutôt le morceau qui me pousse dans une direction, que moi qui cherche à l’amener quelque part. Ça coule de source. Lorsque j’estime que l’ensemble est cohérent, j’appelle Julian pour que nous allions le maquetter chez lui. Sachant que j’aime bien les premiers jets ; je n’aime pas revenir à outrance sur quelque chose.

Les versions démos restent de fait assez proche des résultats finaux ?

Julian Gretz : Pour le coup, c’est sorti comme une lettre à la poste – de toute façon, nous n’avions pas le luxe d’y passer trop de temps. Nous n’avons pas vraiment bataillé. Comme nous avons épuré les structures au maximum, ça nous a laissé la liberté avec Brice de mettre des habillages sonores. C’était une base saine sur laquelle nous avons pu rajouter des couches ou des petits éléments sonores, ce qui peut donner cet effet dense. C’est aussi pour cette raison que je parle de « petit bijou », car nous avons davantage travaillé dans le détail.

Il y a notamment des chœurs féminins sur « Child Interrupted », des cordes sur « Whispers In The Morning » ou des sons 8 bits sur « Same Player ». A quel moment décrétez-vous qu’il est nécessaire d’intégrer ces éléments atypiques dans votre musique ?

Julien Cassarino : Pour « Same Player », cette mélodie de départ m’est venue, je me la suis chantée et ça m’a fait penser à une musique 8-bit. J’ai écrit le riff en partant de ça et le reste du morceau a glissé derrière. J’ai aussi fait le texte en fonction pour avoir cette métaphore avec le gaming qui évoque le fait que tu peux avoir plusieurs vies dans une vie. Ensuite, je suis arrivé chez Julian, je lui ai demandé ce qu’il avait comme sons 8-bit, nous avons essayé plein de choses, et finalement, nous nous retrouvons avec un morceau qui ressemble à une BO de jeu vidéo tordue, avec du jazz au milieu – moi qui adore le jazz, je trouvais que ça irait bien dedans. Idem concernant les cordes sur « Whispers In The Morning » : j’avais une vision à la Lawrence d’Arabie. C’est un morceau un peu mystique, j’avais des images du désert, de la mort, etc. Nous partons de là, nous prenons les cordes… Les titres sont pensés comme des petits voyages ou des petits films. Chacun a sa propre identité et ça forme un tout. Le concept de l’album, ce que ça raconte, est assez limpide et ça lie bien les morceaux entre eux. Encore une fois, nous voulions que ce soit fluide.

Le refrain de « Same Player » est basé sur la répétition des mots « Same player / different life ». Est-ce que l’on peut dresser un parallèle avec vos vies de musiciens, que vous devez éventuellement cumuler avec d’autres activités ?

On peut l’interpréter comme ça. On peut avoir plein de vies, et on a des petites morts dans la vie. Il y a des moments où on est complètement abattu, d’autres où on est très déçu, d’autres où on prend des tartes, on pense qu’on ne se relèvera pas, qu’on est couché, que c’est fini, or on arrive toujours à se relever. Ça m’a fait penser aux jeux vidéo auxquels on jouait durant notre adolescence : on tombait dans des trous sans fond, mais on réessayait direct derrière, avec la conviction qu’il était possible d’y arriver. En plus, à l’époque, les jeux étaient très durs, avec peu de possibilités de sauvegardes. Il fallait parfois tout reprendre depuis le début et être vraiment déterminé. Le mantra de Psykup depuis nos débuts est de toujours rebondir après les échecs, d’avancer quoi qu’il arrive et d’être positif. Et ce côté plusieurs vies dans une vie nous correspond bien : nous sommes musiciens professionnels, nous donnons des cours de musique, de mon côté j’écris également dans un journal en tant que critique de cinéma. Nous avons tous plusieurs facettes, plusieurs cordes à notre arc, plusieurs groupes, plusieurs choses à faire. Tout ça nous fonde.

« Nous sommes conscients que c’est exigeant de demander aux gens d’être très ouverts, très curieux à plein de choses très différentes qui brisent certains clichés. Forcément, quand on n’est pas dans une case définie, c’est compliqué pour eux à appréhender, mais c’est aussi la société qui veut ça. »

Julian Gretz : Ça nous stimule. C’est parfois difficile, mais il faut toujours relever la tête. C’est ce que raconte l’album. Il faut rester positif, savoir y retourner plutôt que de baisser les bras quand on pense ne plus avoir d’énergie. Il n’y a pas que des bons moments dans la vie, et c’est là que l’humour peut nous sauver. Il faut garder le sourire.

Julien Cassarino : Tout va très vite aujourd’hui. Tout est complexe, on est très sollicité. L’humour permet de survivre dans beaucoup de situations.

Le film documentaire présent sur votre premier DVD, proposé avec l’album We Love You All en 2008, vous montrait justement dans le doute par rapport à l’avenir, notamment parce que le groupe ne rencontrait pas le même succès commercial que certaines formations de l’époque. Est-ce que cet esprit positif vous a permis d’accepter finalement que votre musique n’était peut-être pas destinée à un public de masse ?

Ce serait mentir que de dire que nous ne souhaitons pas que notre musique soit entendue par le plus grand nombre. Soit tu fais de la musique dans ton garage et tu t’en fous, soit tu essayes de la diffuser et tu ambitionnes qu’elles soit écoutée. Nous, nous ambitionnons que notre musique soit écoutée, mais nous acceptons totalement les règles du jeu. Nous sommes conscients de ce que nous proposons, que c’est exigeant de demander aux gens d’être très ouverts, très curieux à plein de choses très différentes qui brisent certains clichés. Forcément, quand on n’est pas dans une case définie, c’est compliqué pour eux à appréhender, mais c’est aussi la société qui veut ça, où tout est très compartimenté et étiqueté. Nous nous battons contre ça, mais nous avons la chance d’avoir pu faire et sortir des albums, ce qui est déjà un luxe. Maintenant, Verycords, un super label, est derrière nous. Ils poussent cet album dont nous sommes très contents et qui symbolise beaucoup de choses pour nous. Par définition, plus de gens l’entendront. Après, à voir s’ils vont y adhérer. Si l’album explose, tant mieux. Autrement, nous serons quand même fiers de ce que nous avons fait. Je n’aurai aucun regret.

Julian Gretz : Nous savons quel genre de groupe nous sommes. Si dans l’air du temps, nous arrivons à attraper une fenêtre où les gens sont plus disposés à écouter cette musique, tant mieux. Le plus important dans la vie est de ne pas avoir trop de regret, justement. Je pense que nous sommes allés au maximum de ce que nous pouvions faire. C’est à mon sens notre album le plus réussi, donc même s’il ne fonctionne pas du tout, ce n’est pas grave.

Julien Cassarino : Nous aimerions qu’il y ait un retour sur investissement pour le label, que ça avance, etc., mais si tout le monde a fait de son mieux, on ne peut blâmer personne. Verycorps est une petite major, et ça fait plaisir qu’ils s’intéressent à des groupes comme nous, qui sont indé, do it yourself, bizarres et destinés à un public de niche. C’est chouette. Ça donne de l’espoir de voir que des labels de cette ampleur peuvent encore signer des groupes comme Psykup. Ils croient en cet album et ils ont senti ce que nous avions à donner à cette période de notre vie. Nous l’avons écrit naturellement et avec sincérité, et c’est peut-être pour cette raison qu’il a eu une résonance auprès d’eux.

Interview réalisée en visio le 20 mars 2025 par Benoît Disdier.
Retranscription : Benoît Disdier.
Photos : Cedric Gleyal.

Site officiel de Psykup : www.psykup.net

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