Deux mois et demi avant la seconde édition du Motocultor Festival – sur le site des Vieilles Charrues – à Carhaix, celui-ci nous présente son petit frère, baptisé Re-Animator Festival, qui aura lieu là où tout a commencé, sur la commune de Saint-Nolff. Ainsi, du 24 au 26 mai, le Re-Animator présentera pour cette première édition une affiche assez éclectique, très axée sur la localité et les groupes émergents. Une occasion pour ceux qui avaient été déçus à l’annonce du déménagement du Motocultor en 2022 de renouer avec un événement, cette fois-ci sur terrain privé, lié à l’activité culturelle et musicale du Morbihan. Au programme donc, une jauge à taille humaine, vingt-sept groupes de rock et de metal, deux scènes (sous chapiteaux !), du merchandising, des activités surprises… de bon augure pour un week-end de première édition réussi.
C’est dans ce contexte que Yann Le Baraillec, fondateur à la fois du Motocultor et du Re-Animator, a accepté de répondre à nos questions. Plein d’enthousiasme et de projets en tête pour cet évènement printanier, nous avons abordé à la fois ses idées futures, l’aspect communication parfois complexe avec la municipalité, sans oublier ce que nous prépare l’association Motocultor Fest Prod pour les temps à venir.
« L’idée est de faire un festival à taille humaine et convivial. Il faut que nous puissions aller d’une scène à une autre, que si nous voulons aller tout devant, ce soit possible. Ce sera un festival intimiste, donc légèrement différent [du Motocultor]. »
Radio Metal : Pourrais-tu nous raconter l’histoire de la création de ce festival, comment est-il né ? Est-ce une idée que tu avais en tête depuis longtemps ?
Yann Le Baraillec : Avec le Motocultor Festival, nous avons déménagé après l’été 2022. Quelques mois après avoir acté notre départ, la presse a commencé à en parler. Pas mal de personnes étaient déçues que le festival n’ait plus lieu à Saint-Nolff, mais tout de même heureux qu’il puisse continuer. Cependant, certaines personnes qui participaient à l’organisation nous ont prévenus qu’elles ne pourraient pas nous suivre. Ces personnes aidaient, car elles habitaient aux alentours de Saint-Nolff et pouvaient rentrer chez elles le soir. Il y avait, cela dit, énormément de personnes qui étaient motivées, j’ai ainsi pensé à refaire un événement sur une autre période de l’année, car ces personnes nous ont aidés durant plusieurs années et il est dommage qu’il n’y ait plus rien pour elles. C’est également par rapport aux collectivités, comme le conseil départemental du Morbihan ou Vannes agglomération, qui ont beaucoup aidé le Motocultor Festival. Nous avons dû quitter le territoire et nous nous sentions en quelque sorte redevables, c’était donc une manière de se rattraper.
Il y avait également une envie de refaire un événement, car nous avions un réseau, nous connaissons le territoire et les partenaires potentiels. Puis nous avons trouvé la période de mai intéressante, car il fait beau à cette période-là également et c’est éloigné du Motocultor Festival, qui reste le projet principal de l’association. Nous voulions partir sur une jauge plus petite. Souvent, durant le mois de mai, nous organisions des soirées warm up. Durant le temps de l’organisation, nous prenions le temps d’organiser des grandes soirées pour le Motocultor festival, depuis deux ans. Nous nous sommes dit que nous utiliserions ce temps-là pour organiser le Re-Animator Festival, et nous verrons sur trois jours. Nous voulions rester de petits joueurs, afin que cela soit raisonnable et faisable dans notre organisation de le rajouter. Puis nous verrons si cela prend et si cela plaît au gens. Si nous recevons un accueil positif, peut-être que le festival grandira.
L’idée est de faire un festival à taille humaine et convivial. Il faut que nous puissions aller d’une scène à une autre, que si nous voulons aller tout devant, ce soit possible. Ce sera un festival intimiste, donc légèrement différent et je trouve cela bien à organiser également. Nous ne voulons pas faire grandir le Motocultor Festival, nous voulons qu’il reste dans la jauge actuelle. Nous n’avons pas l’objectif de faire plus grand, cependant, nous avons envie d’organiser d’autres événements tout au long de l’année. C’est dans ce contexte que le Re-Animator Festival est né.
Quels sont les objectifs du Re-Animator, à plus ou moins long terme ?
Il nous faudra faire un bilan afin de voir si cela prend avec le public. Les personnes qui s’impliquent dans le Re-Animator Festival aidaient juste un peu au Motocultor et au départ, c’était un peu difficile. Ces personnes se sont donc impliquées à fond dans le projet. Il y a donc des personnes qui aidaient déjà au Motocultor et là se donnent à fond. Nous ferons un bilan après la première édition pour savoir ce qu’elles aussi en ont pensé. Personnellement, j’aimerais que cela perdure et que ce ne soit pas un one shot.
A propos de localité, l’une des premières choses dévoilées lors de l’annonce du festival était l’idée de mettre en avant la scène bretonne. Ton festival a-t-il pour but de cibler une majorité de Bretons (et d’adeptes du Motocultor) ou penses-tu que des festivaliers hors département vont se déplacer ?
Je pense que les personnes viendront principalement de la Bretagne. Peut-être également du Pays de la Loire, étant donné que nous en sommes proches géographiquement parlant. Je ne sais pas si certaines personnes vont venir de plus loin. Nous n’avons pas encore analysé d’où vient le public. Cependant, étant donné qu’il s’agit beaucoup de groupes émergents avec seulement quelques têtes d’affiche, c’est un public qui sera sûrement plus local.
Comment s’est porté ton choix sur les groupes (plutôt éclectiques avec du black metal, du rock humoristique, du death…) programmés ? La programmation présente quelques noms assez rock, est-ce un style qui t’intéresse personnellement ?
J’ai toujours écouté du rock, même avant d’écouter du metal, cela m’attire beaucoup. Malgré tout, il faut que le rock soit compatible avec le metal. Il y a certains types de rock français que je n’écoute pas forcément et qui, je pense, ne colleraient pas avec le metal. L’idée est, comme pour le Motocultor Festival, d’être très éclectique. Durant les premières éditions, notre ouverture aux différents genres était anecdotique. Ici, nous voulons beaucoup plus nous ouvrir dès le départ, afin que ce soit différent. Nous voulons que le ton donné par le Re-Animator soit très ouvert dès sa première édition, car il y a déjà des festivals metal très niches, nous voulions faire quelque chose de différent. C’était aussi pour ne pas concurrencer ces festivals qui existent déjà, nous voulions que l’offre ne soit pas la même. Il y a des festivals très niches et nous voulons nous ouvrir à tout le monde.
« L’idée est, comme pour le Motocultor Festival, d’être très éclectique. Durant les premières éditions, notre ouverture aux différents genres était anecdotique. Ici, nous voulons beaucoup plus nous ouvrir dès le départ. C’était aussi pour ne pas concurrencer ces festivals qui existent déjà, nous voulions que l’offre ne soit pas la même. »
Ne trouves-tu pas que lancer un nouveau festival en Bretagne est un pari un peu risqué au regard du fait qu’il y en a déjà beaucoup ?
Dans le Morbihan, il n’y en a pas et puis, ce festival est vraiment dans une niche différente des autres. C’est aussi la raison pour laquelle nous programmons beaucoup de groupes émergents, afin que ce soit différent de ce que font les autres. Nous sommes aussi sur des week-ends différents des autres. Nous ne voulons pas nous taper dessus. Pour l’instant, notre objectif est d’arriver à cinq cents personnes, nous en sommes à la moitié. Le festival se rapproche, nous sommes donc bien.
Le Re-Animator aura lieu entre le 24 et le 26 mai, soit deux mois et demi avant le Motocultor. En Bretagne, le Kreiz Y Fest a lieu en mai également, c’est d’ailleurs un festival de la même envergure avec pour but d’être axé vers la localité ; comment est-ce que le Re-Animator pourrait se différencier ?
Nous ne sommes pas sur le même week-end. Nous avions déjà l’idée du Re-Animator lorsque nous les avions rencontrés. Nous ne les connaissions pas, mais ils sont venus nous voir afin de nous expliquer leur projet. Nous leur avions dit que nous préparions autre chose en mai, nous nous sommes donc mis d’accord sur les dates pour cette année. Nous devons nous revoir pour parler des dates des années à venir, afin de bien nous organiser. Eux touchent plus le centre de la Bretagne, ils sont assez proches de Carhaix. Ils ne sont pas loin du Morbihan, des Côtes d’Armor et du Finistère, mais assez loin de Saint-Nolff selon moi. Je pense que cela ne touchera pas les mêmes personnes, ils ont des têtes d’affiche plus grosses que le Re-Animator également. Je pense que notre festival sera plus intimiste, les scènes seront plus petites, adaptées à la jauge que nous attendons. Eux mettent des scènes plein air, tandis que pour nous, ce sera sous des chapiteaux, afin que ce soit couvert en cas de pluie.
Est-ce que l’expérience du Motocultor vous a aidés pour mettre en place l’organisation du Re-Animator? Quels sont les bilans que vous avez pu en tirer ?
Étant donné que nous connaissons le territoire et l’expérience de festival depuis 2007, il est assez facile pour nous de mettre en place un événement d’aussi petite jauge, surtout à Saint-Nolff. En termes d’organisation, depuis un an, nous sommes passés de deux à cinq salariés équivalents temps plein, ce qui veut dire qu’il y a plus de cinq personnes physiques. C’est donc aussi pour cela que nous voulons faire plus d’événements durant l’année, nous avons d’ailleurs d’autres projets à moyen terme. Il y a une envie de faire de nouveaux événements en dehors du Motocultor, et pas uniquement le Re-Animator. Nous travaillons actuellement sur d’autres types de projets qui ne ressemblent pas au Motocultor ou au Re-Animator, mais qui motivent toute l’équipe, qu’elle soit bénévole ou salariés. De plus, le fait que l’équipe de salariés à l’année se soit agrandie nous a permis d’étoffer un peu plus. C’est donc plus facile pour nous d’être sur plusieurs fronts.
Penses-tu que le Motoc’ à l’heure actuelle, en termes de moyens logistiques, peut se permettre d’avoir un autre festival à organiser ?
Nous ne pouvions pas organiser le Re-Animator une semaine avant le Motocultor, cela aurait fait trop. Cela se déroule sur deux périodes de l’année différentes. Nous n’avons plus l’habitude d’organiser des événements en mai, c’est un temps que nous avons pris pour organiser le Re-Animator Festival. De plus, grâce au renfort des salariés que nous avons depuis un an, c’est intense, mais motivant. Lancer un nouveau projet fait aussi plaisir. Nous aimons le territoire de Carhaix et nous y sommes bien avec le Motocultor Festival, mais nous ne voulions pas partir. Nous avons l’impression que le Motocultor peut continuer sur le format qui lui faut et à Carhaix, car nous avons battu notre record de fréquentation malgré un changement de lieu. C’est aussi pour cela que nous n’avons pas pu le réorganiser dès l’an dernier, car nous devions nous concentrer sur le déménagement. Nous avons maintenant constaté que c’était plus facile que ce que nous pensions de faire ce festival à Carhaix. Nous pouvons donc reprendre les idées que nous avions avant le changement de lieu.
Le Re-Animator est géré par la même équipe que le Motocultor. N’as-tu pas peur de presser tes équipes en étant un peu trop ambitieux sur le sujet ?
Non, car l’idée est de créer des événements plus petits. Puis, comme il y a plus de salariés, ce ne sont plus les mêmes personnes qui sont sollicitées. Les personnes qui s’occupent des contrats d’un artiste le font pour le Motocultor comme pour le Re-Animator, de même pour ceux qui s’occupent de la billetterie. Ces personnes s’occupent des deux en même temps. Il y a aussi des périodes creuses dans l’année où nous prenions souvent des CDD pour quelques mois. Les personnes n’étaient donc pas forcément disponibles d’une année à l’autre. Nous avions donc deux personnes à temps plein et le reste tournait, car c’était des gens en stage ou en CDD. Par rapport à la taille du Motocultor Festival, cela créait des complications. Il y avait un turnover de personnes et les automatismes ne se créaient pas forcément.
« Je crois qu’il y a beaucoup cet ADN festivals dans le Finistère. Étant habitant du Morbihan, je ne m’en rendais pas compte, mais en ayant fait cette première édition là-bas, je me suis aperçu que l’engagement dans les festivals était très naturel. »
En stabilisant l’équipe, il y a des automatismes qui se créent, mais nous n’avons pas la possibilité d’avoir des personnes à temps plein toute l’année. C’est aussi pour cela que nous allons vers d’autres projets, afin de trouver un équilibre et d’avoir du travail toute l’année. Puis, à terme, cela nous permettra de créer un modèle économique qui permet d’avoir une équipe de permanents plus étoffée et d’avoir les mêmes personnes sur plusieurs années. Avant, nous ne prenions les personnes que sur de courtes périodes et c’était précaire. Nous passons sur un festival qui a de plus en plus de salariés, par rapport à il y a trois ou quatre ans où c’était beaucoup basé sur le bénévolat. Aujourd’hui, pour les postes les plus techniques, qui demandent de vrais savoir-faire, le budget du festival nous permet de mettre plus de personnes salariées avec des compétences très précises.
Comment est-ce que vous réussissez à dissocier les deux festivals lors de prises de décisions comme pour la programmation, le budget alloué… les deux étant issus de la même association ?
Nous avons fait un budget très clair pour le Re-Animator, même si c’est une goutte d’eau par rapport au budget du Motocultor. Avant le Motocultor, j’organisais plein de concerts en salle avec plein de budgets différents et ce n’est pas quelque chose de compliqué à gérer. Il y a également plus de personnes de Saint-Nolff dans l’organisation du Re-Animator que dans ceux qui participent à l’organisation du Motocultor. Cela renforce l’équipe, car les personnes viennent du territoire et sont plus impliquées qu’avant. Il y a des commissions différentes, il y a des groupes de discussions dédiés aux agriculteurs, et d’autres au Re-Animator.
Tout comme pour le Motocultor, le festival a travaillé avec Fortifem pour ses visuels. Est-ce que le fait de travailler avec eux, maintenant devenus une référence et une image de marque dans le monde metal, était important pour toi ? Quel intérêt est-ce que cette collaboration vient apporter à l’aspect communication ?
Nous nous sommes mis en préparation du projet début novembre, il fallait que cela aille vite. Nous voulions même l’annoncer avant les fêtes, mais nous n’avons pas réussi. Nous avions annoncé le festival, mais sans la programmation complète. Finalement, l’annonce était suffisante et a fait assez de bruit pour que les fans soient heureux. Nous voulions que cela aille vite. Aujourd’hui, le Re-Animator est, pour l’instant, une déclinaison du Motocultor. Il se pourrait qu’à terme, nous créions deux identités visuelles différentes afin de mieux les distinguer. Cependant, pour des questions de communication, nous voulions quelque chose d’assez similaire. Je ne sais pas encore si ce sera un choix qui tiendra sur la durée.
Est-ce que la communication est une priorité pour vous ?
C’est le nerf de la guerre pour le festival. L’information et la communication sont les points qui permettent d’avoir du monde lors de l’événement. Cela fait partie des choses essentielles à faire. Ce qui est génial en travaillant avec Fortifem, c’est qu’ils créent de super visuels, qu’ils sont très réactifs et c’est très plaisant de travailler avec eux. Nous travaillons également avec Vade Retro, il y a la même dynamique, ce qui nous plaît. C’est d’ailleurs Fortifem qui nous avait conseillé de travailler avec eux. Nous possédons à présent un réseau de graphistes avec qui cela marche bien et facilement.
Le bénévolat est ouvert aux inscriptions, quels sont les avantages proposés aux candidats ? Nous savons que le Motocultor est reconnu pour être plutôt généreux…
Nous allons faire pareil, afin de gagner du temps, nous allons appliquer le même principe pour chacun de nos projets. Par exemple, pour les horaires de « running order », j’ai repris ceux du Motocultor. J’ai retiré quelques heures et nous avons replacé les groupes pour que cela aille plus rapidement. Pour les bénévolats, nous avons repris le même formulaire que le Motocultor également. Nous avons dû l’adapter, car c’est plus petit et les créneaux sont un peu différents. Par exemple, c’est cette fois-ci sur trois jours et non quatre. L’idée principale est de garder des outils similaires d’un projet à l’autre. Nous essayons de garder les mêmes méthodes en les adaptant si besoin.
A quoi va ressembler le site du festival et quelles seront les installations et activités proposées aux festivaliers ?
Ce n’est pas vraiment une activité, mais quelque chose qui va se démarquer du Motocultor, c’est qu’il y a une équipe qui travaille actuellement à se démarquer des autres festivals de metal. Il y aura une décoration assez travaillée et cette équipe va produire les éléments de décors elle-même. Ce sera quelque chose d’assez différent du Motocultor. Il y aura également deux scènes qui vont alterner, puis un bar et quelques stands. Ce n’est pas encore très bien travaillé pour la première édition, ce ne sera pas un metal market, mais il y aura tout de même quelque chose dans ce style. Il y a eu quelques demandes spontanées que nous avons donc acceptées. Il y aura des stands de restauration assez classiques, ainsi que le merchandising du festival et des groupes. Il y aura également des activités proposées aux festivaliers, mais ce sont des choses qu’ils pourront découvrir sur place. Nous avons plein d’idées et l’équipe qui travaille dessus est l’équipe qui travaille également sur la décoration, alors, c’est encore du « work in progress ». Ils ont plein d’idées, mais ne savent pas encore vers quoi ils vont aller aujourd’hui, cela n’est donc pas encore certain.
« La maire de Saint-Nolff ne veut pas nous parler. Lorsque nous sommes partis, j’avais prévenu directement que nous proposerions un nouveau projet, puis nous avons rapidement observé des propos désobligeants dans la presse locale. Nous allons donc sur les terrains privés et nous avons le soutien des commerçants locaux et n’avons pas besoin de la mairie pour organiser cela. »
Un des gros avantages du Re-Animator, tout comme du Motocultor, est le prix avantageux de ses pass. Où en êtes-vous au niveau des ventes et penses-tu que la première édition pourra être bénéfique ?
Nous sommes sur une jauge de cinq cents entrées payantes, et nous en sommes à la moitié. À quelques semaines du festival, nous sommes confiants d’être dans les clous de l’objectif. Il nous faut continuer la communication jusqu’au bout, car si nous nous arrêtons, nous n’atteindrons pas nos objectifs. Il y a eu une soirée de warm up hier et il y avait du monde, cela nous rassure pour la suite, nous sommes sur la bonne voie. Cela nous motive. J’ai l’impression que les personnes sont plus impliquées. Avant que nous n’arrivions avec le Motocultor Festival, il y en avait un autre qui s’était arrêté quelques années avant. Beaucoup de personnes étaient donc déçues et la dynamique n’était plus la même. Elle n’était plus à aider un nouveau festival, surtout dans un style musical différent.
Lorsque nous sommes arrivés, les gens étaient contents, mais toujours en train de faire le deuil de l’ancien événement qui avait initié le fait qu’il y ait des festivals à Saint-Nolff. Ils étaient heureux de l’avoir, mais ne voulaient pas forcément en faire partie. Aujourd’hui, le fait que le Motocultor soit parti crée un manque et les habitants sont heureux que nous réorganisions quelque chose et ont cette fois envie de s’impliquer. À Carhaix, en revanche, les gens sont prêts, je crois qu’il y a beaucoup cet ADN festivals dans le Finistère. Étant habitant du Morbihan, je ne m’en rendais pas compte, mais en ayant fait cette première édition là-bas, je me suis aperçu que l’engagement dans les festivals était très naturel. Avec le temps, cela se fait également sur le territoire de Vannes, mais il faut aller chercher les gens.
Où en es-tu maintenant dans tes rapports avec la mairie de Saint-Nolff ? Car ils ont été particulièrement compliqués ces dernières années…
C’est après l’édition en 2018 que cela a commencé. L’idée de faire le festival sur quatre jours émergeait. Au départ, ils étaient à l’écoute, puis comme les décisions n’avançaient pas, nous avons acté le fait de passer à quatre jours, ce qui a froissé la mairie. Nous voulions faire le festival sur quatre jours et si ce n’était pas possible à Saint-Nolff, nous le comprenions, mais nous l’aurions fait ailleurs. Nous voulions absolument faire un festival éclectique sur les styles de musique, car je pense que c’est un milieu très concurrentiel les festivals de metal. Le faire sur trois ou quatre jours nous permet de faire face à la concurrence. Ainsi, s’il y a des exclusivités dans des styles musicaux que nous n’avons pas, avec plus de slot, nous pouvons faire différemment afin d’équilibrer l’affiche. Il est donc plus simple pour nous, au vu de la taille actuelle du festival, de s’adapter. Puis, en fonction des opportunités, nous pouvons nous ouvrir et c’est ce que nous voulions. Nous souhaitions dépasser le metal et faire quelque chose de moins classique. Cela nous permet de faire des choses différentes qui nous plaisent et visiblement plaisent aussi aux festivaliers.
Ce n’était donc pas possible et il y avait également débat sur l’aménagement du site. Il n’y avait pas de perspective et nous allions perdre certains parkings, nous devions faire quelque chose. Si nous n’avions rien fait, nous aurions perdu du terrain. Les travaux commencent sur la zone d’extension, aujourd’hui, c’est une réserve foncière, mais dans quelques années ce ne le sera plus. Nous avions besoin d’une perspective et elle manquait. De plus, il n’y avait pas d’échange, nous avons donc tenu durant trois années, jusqu’à ne plus y arriver. Nous avons donc acté le fait que nous ne resterions pas à Saint-Nolff, mais nous ne savions pas encore où nous serions allés. Puis l’opportunité de Carhaix s’est ouverte à nous. Le maire fait partie des fondateurs des Vieilles Charrues, et les personnes qui l’accompagnent en tant qu’adjoint ou en conseiller municipal ont aidé dans l’organisation à un moment ou un autre. Il n’y avait donc pas besoin de leur expliquer longtemps, car ils comprenaient. Cela aurait pris des mois si nous avions proposé le projet à d’autres communes. Nous aurions dû passer par l’étape de l’explication, puis il aurait fallu qu’ils se projettent et se posent des questions, qui sont tout à fait légitimes, et puis nous aurions été sur des terrains pas adaptés au festival et nous n’aurions pas eu le temps de les adapter.
Nous avions déjà identifié le site de Carhaix. Les Vieilles Charrues sont pile un mois avant et, au vu de la taille des terrains, ils peuvent accueillir le festival. Il y avait aussi une envie de la part des élus qui étaient donc venus sur l’édition 2022. J’avais invité le maire sans savoir ce qu’il allait dire, puis tout s’est enchaîné très vite. Je crois que la mairie pensait que je bluffais par rapport au modèle de quatre jours. Puis après le Covid, c’est devenu le format standard, nous étions les premiers avec le Hellfest à faire cela. C’est devenu la norme, alors nous ne pouvons pas revenir en arrière. Nous avons surtout vu que cela fonctionnait naturellement. Pourtant, les premiers jours n’étaient pas consacrés à des groupes de metal, mais les gens prenaient facilement des billets pour les quatre jours. Maintenant, nous en avons rajouté, il y a quatre scènes, il y a du metal et c’est très ouvert, tout le week-end. Cela nous permet d’embaucher plus de monde. C’est également plus facile pour nous de s’occuper de la programmation. Il n’y a pas de regrets pour nous. Ce que l’on regrette, nous arrivons à le compenser par la création du Re-Animator Festival.
Comment la maire de St-Nolff a accueilli le projet ?
Elle ne veut pas nous parler. Lorsque nous sommes partis, j’avais prévenu directement que nous proposerions un nouveau projet, puis nous avons rapidement observé des propos désobligeants dans la presse locale. Nous nous doutions que cela allait arriver. Je pense que nous l’avons vexée et qu’elle ne croyait pas que nous partirions, nous avions pourtant été très clairs. Durant trois années, nous avons tenté d’expliquer les choses, mais il n’y avait pas d’échange. La réalité a sûrement été dure lorsque le festival est parti. Le dialogue s’est rompu, nous allons donc sur les terrains privés et nous avons le soutien des commerçants locaux et n’avons pas besoin de la mairie pour organiser cela. Deux mairies d’agglomération nous prêtent du matériel, car ils avaient bien aimé travailler avec le Motocultor Festival. Lorsque nous demandons du matériel, c’est très rapide. À terme, nous verrons comment cela se passe. Nous allons les inviter, s’ils veulent venir voir le festival. Si nous avons été poussés à partir, ce n’est pas pour rien. Lorsque les visions sont trop différentes et qu’il n’y a pas d’échange, ce n’est pas possible de travailler ensemble. Nous avons besoin de nous projeter et là, il y avait une absence de perspective d’aménagement, des terrains de parkings qui vont disparaître et qui vont créer des problèmes d’organisation énormes pour le festival. Nous ne pouvions pas attendre que cela nous tombe dessus, car cela aurait été impossible de se retourner.
Interview réalisée en visio le 13 avril 2024 par Mathilde Beylacq.
Retranscription : Jade Boil.
Facebook officiel du Re-Animator : www.facebook.com/ReAnimatorFestival

































