Le 22 novembre, Rise Of The Northstar a investi l’Olympia pour un show pensé comme un théâtre d’impact plus que comme un déploiement d’écrans. Après un Hellfest marqué par un dispositif volontairement épuré — grillage, matière, flammes, et une vraie envie de « recentrer » le propos — le groupe poursuit sa trajectoire en grandeur réelle : une scénographie artisanale, exigeante, qui privilégie l’humain et l’instant.
Nous les avons retrouvés à peine rentrés d’Amérique latine, où le public a chanté chaque ligne comme si le groupe jouait « à la maison ». Cette réception confirme l’élan international amorcé depuis longtemps — du Japon aux Amériques — sans jamais réduire ROTNS à un simple clin d’œil « manga ». Oui, l’imaginaire japanime irrigue l’esthétique et la direction artistique de Vithia, mais la musique puise tout autant dans l’urbain, le streetwear, l’énergie du live et une écriture qui refuse les étiquettes.
Avec le nouvel album, Chapter 4: Red Falcon Super Battle! Neo Paris War!!, la tension s’aiguise : urgence dans les structures, scratchs réels signés Yoru, ambition sonore modernisée, et une production confiée à Florent Salfati (Landmvrks) qui clarifie les reliefs sans lisser la fureur. On y entend davantage de français quand l’émotion l’exige, des zones chantées qui s’assument, et ce fil rouge — colère et résilience — que le groupe transforme en moteur. Le Falcon, mecha-protecteur et prière intime, cristallise ce renouveau. ROTNS aligne ses forces : une esthétique qui parle au regard, un son qui frappe au plexus et, surtout, un récit collectif qui ne cesse de s’écrire sur scène.
« Je n’ai jamais pensé le groupe principalement par la réussite. J’ai voulu exprimer quelque chose, un désir de singularité artistique. J’ai créé le groupe que je voulais voir sur scène quand j’avais quinze ans. »
Radio Metal : Pour commencer, est-ce que vous allez bien ?
Vithia (chant) : Ça va. Un peu jet-lagué parce que nous revenons d’Amérique latine.
Donc vous êtes repartis en Amérique latine ? Parce que vous aviez dit lors du Hellfest que ça vous avait beaucoup marqués de découvrir ces pays ensemble…
Nous avions fait juste le Brésil et le Mexique il y a deux ans, et là, nous étions sur une tournée dans quatre pays : Brésil, Colombie-Britannique, Chili et Argentine – pas dans le bon ordre. C’était incroyable. Honnêtement, nous avons été très bien reçus. Le public était super vindicatif, plein d’énergie, plein de vibes positives. Ils connaissaient tous les morceaux. C’était vraiment la guerre !
Eva B (guitare) : C’est superbe de voir les gens qui te voient pour la première fois, alors que ça fait quinze ans qu’ils t’écoutent. Il y en a qui connaissent depuis « Protect Ya Chest », donc 2010-2011, et enfin, ils ont pu voir le groupe venir à eux. C’est assez marrant.
Ça veut dire que même là-bas, quand vous êtes sur scène, vous balancez vos lignes, et le public sait ce qu’il faut faire, ce qu’il faut chanter, etc. ?
Vithia : Ah oui, ils connaissent les paroles et tout !
Eva B : C’est impressionnant. Il y a vraiment un truc qui se passe là-bas. De toute façon, on voit sur YouTube tous les live de groupes qui passent en Amérique latine, c’est toujours des concerts incroyables.
Ça montre, du coup, que vous avez réalisé votre ambition première, qui était de réussir à l’international.
Vithia : L’ambition première… Je n’ai jamais pensé le groupe principalement par la réussite. J’ai voulu exprimer quelque chose, un désir de singularité artistique. J’ai créé le groupe que je voulais voir sur scène quand j’avais quinze ans. Mon premier objectif était vraiment de jouer au Japon. Le reste, ce n’était que du bonus, même si ça fait quand même plaisir de jouer en France, J’adore. Mais il est vrai que réussir à s’étendre à l’international, c’est super. Au Japon, ça prend tout son sens, mais aujourd’hui, j’ai appris à aimer chaque territoire, c’est très cool. C’est juste que tu ne t’y attends pas. Tu n’es pas paré à ça. Je ne saurais même pas t’expliquer pourquoi ça a si bien pris là-bas, parce que nous n’avons pas fait quelque chose de promotionnel là-bas. C’est eux qui sont venus à nous. Je ne sais pas si c’est le réseau hardcore de base, s’ils ont perçu quelque chose dans les paroles, si c’est le nom du groupe, si c’est la référence manga – ils ont une très grosse culture manga et japanime là-bas – ou si c’est un tout. En tout cas, ils sont chauds.
On sent que dans l’émotion des albums, il y a une dimension qui prend de plus en plus d’ampleur et, surtout, qui va bien au-delà de cette culture manga. Le show au Hellfest a montré à quel point vous êtes capables de fédérer tous les types de public. Chacun va trouver quelque chose.
Oui, il n’y a pas que le lien au manga et à la japanimation. Il y a quand même toujours eu une espèce d’incompréhension. Nous ne sommes pas un groupe de cosplayers. Tous mes lyrics ne traitent pas du tout que de manga ou d’animation. C’est juste que visuellement, artistiquement, en tant qu’illustrateur et directeur artistique, je me suis construit avec ça. Notre génération, c’est un alignement de planètes extrêmement rare qui s’est passé en Europe, en France précisément, et qui a jumelé notre pays au Japon, comme personne. C’est-à-dire on a vingt ans d’avance sur Dragon Ball, Saint Seiya, tout ce que tu veux, en France, par rapport aux États-Unis ou à tous les autres pays, ce qui fait que toute notre génération n’a pas grandi que tournée vers les US, elle a aussi grandi tournée vers le Japon. Du coup, moi, en tant que dessinateur, ça m’a inspiré. C’est donc normal que, en tant qu’auteur, ça m’influence dans l’écrit. Quand je vois plein de rappeurs US qui font des punchlines sur Naruto, aucun média ne dit qu’ils font du rap manga ; ils font du rap. C’est pareil pour nous, nous faisons du metal, sauf que nous avons grandi en France à un moment où il y a eu ce qu’on appelle le Golden Age de la Japanime, avec des œuvres énormes comme Dragon Ball, etc. Ça a influencé mon écriture, mais aussi mon appréhension visuelle du groupe. Effectivement, c’est un peu plus fort chez nous, je ne vais pas le nier. Je pense que nous avons plus à voir avec un groupe de metal urbain, mais, effectivement, à résonance japonaise.
« Il y a eu une urgence artistique et c’est une pression que je me mets à moi-même, mais aussi aux autres. C’est peut-être pour ça qu’il est collectif, parce que finalement, je ne peux peut-être pas l’encaisser tout seul. »
D’ailleurs, on sent ces marqueurs beaucoup plus urbains dans ce nouvel album, dans le visuel ou dans votre façon de vous habiller. Sur le clip, il y a cette ville qui devient comme un personnage dans votre univers, elle est au premier plan.
Nos clips ont toujours été un mix d’uniforme et d’urbanité, de streetwear, de ce que nous sommes. Je ne vais pas mentir : nous sommes comme ça dans la vie de tous les jours. Je ne vais pas commencer à être moins streetwear ou moins urbain parce que je fais du rock. Souvent, j’ai des tenues qui me viennent en tête. Les Gakuran, ça faisait longtemps que je voulais le faire, dès l’époque du premier album et même avant. Après, nous sommes passés sur quelque chose d’un peu plus militaire, tactique : ça s’appelle les Tokofukut. Ce sont des tenues utilisées par les bōsōzoku japonais, des motards qui eux-mêmes s’inspirent des tenues de l’aviation japonaise. Au Japon, ils savent ce que c’est, ce n’est pas un déguisement. Alors oui, il y en a dans les animés, mais ce n’est pas parce qu’il y en a dans les animés que ça n’existe pas. Sur cet album, j’avais envie de revenir à quelque chose de plus basique. Le sport national au Japon, c’est le baseball. Une des œuvres qui m’ont le plus inspiré pour ce groupe, c’est un manga de baseball qui s’appelle Rookies. Du coup, pour les dix ans de Welcame, notre premier album, je trouvais ça cool de refaire un jersey de baseball. De fil en aiguille, je me suis dit que, finalement, c’est ce qui définit le mieux le groupe. C’est du sport, c’est streetwear, ça a une consonance japonaise, mais pas que – le baseball, c’est aussi national aux Etats-Unis et, qu’on le veuille ou non, nous faisons une musique américaine où je chante en anglais. Le tout fonctionne. Je ne me suis pas trop posé de questions. Ça se fait naturellement. Peut-être que nous proposerons quelque chose dans les années à venir ou dans les mois à venir.
Dans les paroles, on était avant, semble-t-il, beaucoup dans du conflit interne – la lutte contre soi, le démon en soi, etc. Avec Showdown, il y a la confrontation finale où le démon devient extérieur. Maintenant, on a l’impression d’arriver dans une bataille beaucoup plus collective.
The Legacy Of Shi et Showdown, le deuxième et le troisième album, étaient vraiment des albums liés qui, initialement, devaient sortir beaucoup plus rapprochés. Entre-temps, il y a eu ce truc qui s’appelle le Covid-19 et qui nous a fait perdre énormément de temps, mais je voulais aller au bout de mon idée artistique, même si ça générait en moi beaucoup de frustration, parce qu’au moment où l’album sort, il est prêt depuis deux ans. Il est écrit, il est enregistré, il est mixé et masterisé. Ça fait que, sur scène, je me retrouve à défendre un album, mais artistiquement, je suis déjà ailleurs, mais je veux aller au bout, je veux les tokku fuku noir et blanc, la confrontation, etc. Nous aurions pu les sortir en double album. C’est pour ça que j’ai voulu aller très vite sur le prochain album. Il y a eu une urgence artistique et c’est une pression que je me mets à moi-même, mais aussi aux autres. C’est peut-être pour ça qu’il est collectif, parce que finalement, je ne peux peut-être pas l’encaisser tout seul. Ils m’ont aidé à avancer collectivement pour que cet album sorte et qu’il soit au plus proche de ce que nous sommes à l’instant T. Quand tu livres un album, après, il ne t’appartient plus. Il continue à courir, à te promouvoir, mais parfois, à promouvoir une personne que tu n’es déjà plus, parce que toi-même, en tant qu’humain, tu as évolué.
C’est peut-être aussi pour ça que dans beaucoup de morceaux, on sent que le sentiment d’urgence est vraiment exacerbé.
Oui. L’enregistrement était sanguin ! Lui (Eva-B) et moi, nous nous sommes beaucoup… Il est allé me chercher ! Il y a des flows – qu’on appelle la top-line – que naturellement, je posais d’une certaine manière… Je pense par exemple à « Desolation Hawk », qui est le dernier morceau avant l’outro de l’album. Il y avait ce beat de Yoru, notre bassiste, qui est vraiment un tueur – il fait des purs beats, des purs scratchs aux platines et tout. Je l’avais posé d’une certaine manière. Le lyric reste inchangé, mais lui a révolutionné ma top-line. Il m’a dit : « Non, fais-le comme ça, plus moderne. » C’est très dur d’arriver avec un texte, que tu as répété et que tu dis d’une certaine manière, et de le dire d’une autre manière. C’était un conflit, j’avais vraiment envie de le bastonner ! Peut-être que ça transparaît dans l’album. Mais oui, il y a vraiment une urgence artistique, et ce n’est pas fini ! La source n’est pas tarie. Nous avons encore des morceaux que nous travaillons. Nous avons beaucoup écrit. Lui compose beaucoup. Moi, j’écris beaucoup. Quand il m’envoie des riffs, j’ai tout de suite beaucoup d’images dans la tête. Ça jaillit. J’ai des clips. Je pourrais te faire un clip sur chaque titre, un artwork sur chaque titre, tout le temps. J’espère que ça se ressent.
« Peut-être que quand on est face à une dépression, il y a quelque chose d’infantilisant, on devient faible et introverti, il y a une sorte de régression. Le Falcon, c’est un robot que tu as quand tu es gamin. Sauf que ce genre de petit truc peut t’aider à te sortir de ce mal-être. »
Il y a aussi cet univers qui devient beaucoup plus cybernétique par rapport à avant où c’était plus dans le mystique, dans l’esprit. Même les scratchs dont tu parles apportent ce côté mécanique.
Eva B : Oui. Peut-être que la composition en elle-même, la musique, a emmené vers un côté plus moderne, même dans les riffs que nous jouons. Il y a aussi la production qui a vraiment joué un rôle. De mon côté, quand je compose avec les préproductions que je fais, le son, etc., j’essaye d’être dans quelque chose de plus actuel et ça a certainement dû provoquer de la modernisation à tous les niveaux, avec ce côté mécanique, robot, cybernétique.
Vithia : Je n’avais pas d’idée à la base. Il m’envoie des compos, j’écris. Le premier morceau à avoir été terminé, c’est « Payback ». De là, à travers le son, la lourdeur, il y a quelque chose de « mecha » qui arrive. « Neo Paris » idem dans la sonorité. Et ça influence mes créations visuelles. Finalement, le Falcon illustre bien cet album qui est plus moderne.
Et pour toi, c’est quoi un Falcon ? Que mets-tu derrière ce mot ?
Le Falcon est une arme de guerre, c’est… J’ai envie de dire Gundam, mais c’est une marque déposée, donc, c’est un mecha – ce qu’ils appellent un « real mecha » au Japon. C’est ce qui nous guide et nous protège, et c’est le renouveau.
A la fin du premier clip, on a cette image avec un « save us » qui apparaît. On se pose la question : qui doit être sauvé et de quoi ?
Eh bien, tu as la réponse dans le clip de « Falcon ». Tu as ce petit garçon, mais je ne veux pas trop en dire. Je veux que les gens se fassent eux-mêmes leur propre interprétation. Qu’est-ce que c’est ? Dans l’album, sur « Under » et « Pressure », je parle justement d’une forme de dépression. C’est peut-être ça, finalement. Peut-être que quand on est face à une dépression, il y a quelque chose d’infantilisant, on devient faible et introverti, il y a une sorte de régression. Le Falcon, c’est un robot que tu as quand tu es gamin. Sauf que ce genre de petit truc peut t’aider à te sortir de ce mal-être. C’est peut-être ce que j’essaie d’exprimer dans ce titre qui est « Falcon » et que j’ai écrit comme une prière.
On sent d’ailleurs que sur tout l’album, il y a aussi cette notion un peu de revanche – ce qui peut être constructif, ça nous met en action. En tout cas, il y a beaucoup de choses à exorciser…
Oui, bien sûr. Il y a beaucoup de colère. Il ne faut pas oublier qu’il y a quelques années, on était tous enfermés chez soi. Après, c’est un thème récurrent. J’ai même envie de te dire que c’est un thème récurrent dans le metal et dans le rock en général. Mais il n’y a pas si longtemps, on était enfermés chez soi et on se retrouve face à soi-même, à ses démons. On a besoin d’exorciser des choses. Je le fais un peu par l’écrit, un peu par le dessin, un peu par le chant. En tout cas, il y a une fureur, une colère dans l’album. Clairement. Sur cet album, nous sommes très en colère.
Est-ce que tu te sens mieux maintenant ?
Ce n’est pas encore terminé [rires]. Peut-être à la fin de la tournée, en 2026, on verra.
Eva B : Mais il faut toujours que tu sois énervé. Pour nos morceaux, il le faut ! Mais on sait comment faire, on sait sur quels boutons appuyer avec lui [rires].
Vithia : Aristote a dit : « La colère est nécessaire ; on ne triomphe de rien sans elle, si elle ne remplit l’âme, si elle n’échauffe le cœur ; elle doit donc nous servir, non comme chef, mais comme soldat. » Quand je l’ai lu, j’ai tout de suite adhéré. La colère permet vraiment d’avancer ou même de résister, de ne pas sombrer. Elle te fait bouger. Certains trouvent leur salut en buvant, en se droguant, en faisant la fête, ou en méditant. Moi, c’est la lecture, le travail, et une forme de colère. Ça me maintient.
« La colère permet vraiment d’avancer ou même de résister, de ne pas sombrer. Elle te fait bouger. Certains trouvent leur salut en buvant, en se droguant, en faisant la fête, ou en méditant. Moi, c’est la lecture, le travail, et une forme de colère. Ça me maintient. »
Vous avez fait un nouveau choix de production. Vous avez travaillé avec Florent Salfati. Qu’êtes-vous allés chercher chez lui et que vous a-t-il apporté ?
Eva B : Nous avions un morceau, « Back 2 Basics », que nous avons fait avec lui. Nous l’avions composé depuis un petit moment et nous n’étions pas encore satisfaits de ce qui se passait sur le refrain, qui était quand même très mélodique par rapport à ce que Rise fait d’habitude. Nous nous sommes dit que nous connaissions assez bien Flo depuis des années, alors pourquoi ne pas le mettre dessus et qu’il nous fasse un refrain à la Landmvrks, comme il sait très bien faire ? Nous lui avons donc proposé, il a été d’accord directement. Il nous a envoyé un premier jet qui était déjà nickel et il s’est proposé de faire le mix de ce morceau qui, à la base, n’était même pas prévu – peut-être que nous devions le sortir en single comme ça sans l’album. Il nous a présenté son mix et son mastering. Nous avons dit : « Bon, en fait, tu vas faire l’album. » Nous étions vraiment très contents. En plus, il connaît le groupe depuis très longtemps. Quand nous avons discuté avec lui de ce que nous voulions, ça s’est fait très simplement, il a tout de suite compris. C’était vraiment super agréable. C’était déjà le cas avant puisque pour les deux albums précédents, c’était avec Johann Meyer, l’ingé son de Gojira, qui est suisse et qui parlait français, donc c’était très simple. Nous avons toujours gardé cette habitude d’être avec un francophone, c’est quand même beaucoup plus simple pour communiquer. Cette fois, on sent qu’il y a une modernisation dans la production par rapport à Showdown et The Legacy Of Shi, mais ce n’est pas trop froid et trop moderne non plus.
Vithia : Il connaît notre son, il connaît nos références. Il a réussi à créer un juste milieu. Et puis, ce qui est bien, je trouve, c’est que c’est un chanteur, qui, en plus, fait du rap. Il a une façon d’aborder les voix qui me plaît, et une façon d’aborder le mix qui me plaît. Souvent, j’aime bien rajouter des effets, des détails et tout. Parfois, avant même de lui donner des suggestions, il les faisait. C’est trop bien ! Il y a aussi un côté optimisation des sons, un focus. Quand tu es toi-même sans arrêt dans ta compo, c’est difficile de couper des trucs, mais lui se met à la place d’un auditeur. C’est avant tout un mec qui supportait le groupe, qui le kiffe. C’est chouette parce que, du coup, il sait ce qu’il kiffe dans Rise et il sait ce que, selon lui, en tant que supporter et en tant que musicien, il faut dégager de superficiel. Franchement, il a fait un super taf. Nous avons adoré travailler avec lui.
Est-ce qu’il vous a sorti de votre zone de confort par moments ? Est-ce qu’il y a des choses que vous n’auriez pas faites ?
Eva B : Non, parce qu’en soi, l’album était composé à quatre-vingt-dix-neuf pour cent avant que nous arrivions. C’est vraiment du mix et du mastering que Flo a fait.
Vithia : Il m’a aidé sur quelques lignes de chant, notamment sur « Neo Paris » où j’avais vraiment des idées, j’avais des lignes, mais je n’arrivais pas à trouver la note juste. C’était sur des harmonies, des choses comme ça.
Plutôt sur les lignes qui sont vraiment chantées ? Parce que, sur ces deux morceaux, c’est une révolution de ce point de vue, même si c’est encore mis un peu en arrière…
Nous avions commencé sur « One Love », gentiment. Limite, mes références étaient dans le hip-hop à l’époque. Ça fait longtemps que je veux chanter. C’est juste qu’il faut que les compos s’y prêtent et trouver les bonnes lignes de chant. Ce n’est pas si simple. Ce n’est pas quelque chose que nous avons l’habitude de faire, mais c’est en harmonie avec l’album, avec ce que nous sommes. Nous ne sommes pas contre en avoir encore plus, plus tard.
Eva B : Nous sommes quand même des enfants du nu metal. Que ce soit P.O.D., Korn, Slipknot, ils ont toujours eu du chant clair. C’était déjà dans le groupe depuis très longtemps. C’est juste que nous n’avions pas passé l’étape.
Et dans le clip de « Falcon », il y a un joli sweatshirt rouge Deftones.
Vithia : Oui, White Pony ! C’est un album clé pour moi, même si je suis encore plus fan de celui d’avant, Around The Fur. J’adore Deftones. C’est rouge, donc Red Falcon !
« J’aime bien le crossover musical, mais j’aime aussi le crossover marketing et créer des concepts, des liens entre fiction et réalité. »
Vous êtes aussi connus pour faire du jusqu’au-boutisme, que ce soit dans le choix du papier pour les pages, dans le design des bijoux, etc. Est-ce que sur cet album, il y a aussi ce genre de travail ?
Toujours. Je suis quelqu’un qui est attaché à l’objet. Nous sommes de la génération du CD et encore avant, c’était la génération du vinyle. Aujourd’hui, le vinyle se vend bien. Après, nous sommes toujours tenus par des problèmes budgétaires, d’autant plus que nous sommes indépendants. J’ai fait simple, mais j’essaie toujours de concevoir, même si on ne peut pas avoir des trucs incroyables à double volet, des hologrammes, etc. Des idées, j’en ai plein, il n’y a pas de problème. J’ai fait le tour, mais tout était assez cher. Aujourd’hui, il faut savoir que développer un vinyle prend énormément de temps. Il y a très peu d’usines qui en pressent, donc il y a une file d’attente énorme. J’ai voulu faire simple, efficace, mais toujours avoir un semblant de singularité, un petit truc en plus. Le CD sort en deux éditions, le Blue Print et le Red Falcon. Le Blue Print est vraiment un CD bleu métallisé – ce sont ces schémas de mecha à lignes blanches, des dessins techniques. Et le Red Falcon, en référence au Red Falcon. Le vinyle sort dans une Hawkeye Edition, parce que mon Falcon a les yeux jaunes et nous n’avions jamais fait de vinyle jaune transparent. J’essaie toujours de justifier tous les choix visuels, que rien ne soit gratuit et hasardeux. Dans le CD, il y a un poster. Je n’avais jamais fait. J’essaye toujours d’exploiter des possibilités pour que quelqu’un qui a toute notre discographie, ne retombe jamais sur la même chose.
À chaque fois, il y a toujours un petit bonus.
Voilà, ou quelque chose que je n’ai pas fait. Et j’ai d’autres idées encore pour la suite. Showdown est un produit très abouti. Par exemple, nous étions en Amérique du Sud et il y en a qui me faisaient dédicacer ce vinyle, et ils avaient le poster. Je le retourne et je lui montre ce que c’est, les lyrics. Il ne percute pas. Je dis : « Ça, c’est une ghost track. » Il me dit : « Une ghost track ? » Je lui dis : « Oui, ton diamant arrive sur une boucle infinie à la fin du vinyle. Il faut que tu le prennes, tu le déplaces et tu as une chanson. » Il était là : « Mais comment ? Quoi ?! » Et je lui dis : « Si tu prends ton portable et que tu le mets en mode selfie, tu peux lire les lyrics, parce que c’est imprimé à l’envers. » Initialement, c’est pour le CD : tu le prends et tu t’en sers comme d’un miroir pour lire les lyrics de « Arayashiki ». C’est plus tard que je me suis rendu compte que les gens n’ont pas forcément percuté. Sur le CD, ils laissent tourner et ils tombent dessus, mais sur le vinyle, ils ne savaient pas que le son était quand même là. Je pensais que, du fait que les lyrics soient écrits, ça allait percuter. Bref, j’essaie toujours d’avoir des trucs comme ça. Je trouve ça chanmé quand tu as quelque chose à chercher, une forme de découverte, qui sort de ton album.
Eva-B : Pour le vinyle, visuellement, ça se voit, mais c’est vrai qu’on n’y pense pas forcément. Personnellement, je ne sais pas si j’aurais réussi à le trouver moi-même.
Vithia : Nous sommes de la génération où quand on avait un album, on l’écoutait du début à la fin, parce qu’on n’avait pas des milliards d’albums à écouter comme aujourd’hui. On disséquait chaque album et j’ai adoré trouver des trucs. J’ai appris tardivement, par exemple, que sur le premier album de Rage Against The Machine, tu avais le chanteur de Tool.
Oui, ils étaient colocs !
Quand tu découvres ça, tu te dis que c’est trop bien ! Il y a plein de trucs comme ça. Il y a le troisième album de Korn avec je ne sais plus combien de tracks fantômes au début en l’honneur d’un enfant mort, je crois, et puis après, ça commence. J’aime bien, je trouve que tu te réappropries l’objet. Et des idées, j’en ai plein. Il y avait… Je ne vais pas tout dire [rires]. J’ai plein d’idées ! J’aime bien le crossover musical, mais j’aime aussi le crossover marketing et créer des concepts, des liens entre fiction et réalité. J’adore ça.
Le mot crossover, c’est vraiment votre signature. On le retrouve partout : dans vos clips, avec ce mélange d’animation et d’univers urbain, dans votre style vestimentaire, mais aussi dans la façon dont vous concevez vos collaborations. Vos featurings ne sonnent pas comme des apparitions symboliques, mais comme de vrais duos, construits et réfléchis. En l’occurrence, celui avec Landmvrks fonctionne à la perfection…
Nous essayons de les penser de manière complémentaire. C’est comme l’autre featuring de l’album, Aaron Mats. « Nemesis » est un morceau qui parle de vengeance. Il avait cette compo, très lourde, qui me sortait de ma zone de confort.
« Aujourd’hui, sur Internet, il n’y a aucune règle. Tu te fais baver dessus, cracher dessus, tu ne sais même pas pourquoi. Tu dirais le dixième de ce que tu dis sur Internet à quelqu’un dans la rue, tu aurais des problèmes ! »
Eva-B : Pour la petite histoire, j’étais allé voir ten56. au Trabendo il n’y a pas si longtemps. Après le concert, nous étions ensemble, nous discutions, et Aaron me disait : « J’aimerais trop être sur un son de Rise. Ce serait trop bien qu’on fasse un truc ensemble. » J’avais cette compo qui était de côté, que la plupart du groupe aimait bien, mais nous ne savions pas trop quoi en faire. Nous nous sommes finalement dit qu’avec la voix d’Aaron, ce serait trop bien. Nous avons fait le truc, nous avons échangé, c’est allé très vite. Nous avons tout enregistré en une après-midi. Aaron était vraiment très pro. C’est un morceau qui parle de vengeance, de tout ce qui est trahison. Ça peut être dans plein de choses, une relation amoureuse ou amicale, avec la famille, à se retrouver dans des situations où des gens qui nous ont dit « je serai toujours là » ne sont plus là.
Vithia : Musicalement, Aaron a une voix très lourde, plus que la mienne. Sur « Back 2 Basics », j’ai volontairement tapé un couplet très lourd pour que Flo nous sorte son refrain stratosphérique, qui est plus élevé. Là, j’ai fait l’inverse, nous attaquons tous les deux très lourd, nous faisons un question-réponse, et après, il attaque encore plus lourd et, moi, je rappe plus aigu. Je trouve que c’est là qu’un feat devient intéressant : quand tu exploites le potentiel, la zone de génie du chanteur que tu invites. C’était chouette, c’était intéressant.
Eva-B : En plus, nous n’en avons pas fait tant que ça. Nous en avons fait un avec Hyro The Hero sur la chanson « Underrated ». Ce qui est bien aussi avec Vithia, c’est qu’il a une voix très particulière. Je ne connais personne qui a la même voix que lui, alors que dans les groupes de deathcore, c’est souvent le même timbre, les mêmes techniques, etc. Les collaborations ou les morceaux que nous faisons avec d’autres chanteurs prennent tout de suite un sens parce qu’il y a ces voix qui ne se ressemblent pas du tout et qui créent de la matière. C’est vraiment très intéressant. C’est quelque chose que nous n’avions pas fait, mais depuis que nous l’avons fait avec Hyro The Hero, nous y réfléchissons un peu plus.
C’est ce côté question-réponse, cet aller-retour qui fonctionne bien, comme des uppercuts qui se renvoient.
Oui, c’est important, ce n’est pas juste un pont. Il y a plein de chansons en featuring où il y a juste trois lignes et on dit c’est « feat machin ». Là, nous pensons vraiment la chanson avec, au moins, un couplet chacun, il faut que les deux se rejoignent dans le refrain, etc. pour créer un morceau à deux.
Surtout avec un titre comme « Nemesis » où on est dans ce côté affrontement avec l’adversaire. Auditivement, on le sent…
Vithia : C’est le morceau le plus lourd de l’album. J’ai même envie de te dire que c’est un des morceaux les plus lourds que nous ayons jamais joués. Et ça fait plaisir aussi que les featurings soient avec deux groupes français.
C’est un album très français au final. Produit par des Français…
Oui. Après, Showdown, c’est un peu français aussi, mais là c’est encore plus accentué.
Est-ce que quand tu chantes en anglais, tu as la petite voix de Joe Duplantier (qui avait produit The Legacy Of Shi) dans ta tête ?
[Rires] C’est vrai que lui m’a mis la misère sur l’accent ! Après, il faut savoir un truc, c’est que je rappe en anglais. Le rap, c’est très dur. Ça peut se vérifier avec le refrain de « Falcon » où j’ai quatre lignes. Quand j’ai des refrains rappés, j’en ai seize, donc j’ai quatre fois plus de chances de me vautrer. Je prends plus de risques, je me mets plus en danger quand je rappe en anglais, parce que, déjà, c’est plus dépouillé derrière et je suis plus sur la rythmique. Quand tu chantes, c’est comme un Québécois. Quand un Québécois chante, tu n’entends pas son accent ; quand il parle, tu l’entends. S’il rappait, je pense que tu l’entendrais. Moi, c’est pareil. C’est ça qui était très dur avec Joe : j’essayais de rapper en anglais et il y a des phases où je passais en français, direct, et ça passe très bien. Un morceau comme « Under », je suis très content. Yoru m’a envoyé son beat et j’avais ce flow, j’avais ces choses à dire en français. Je ne me suis même pas posé la question, il n’y a pas de place pour l’anglais.
C’est aussi un point commun avec Landmvrks : certaines émotions ou certains messages passent beaucoup mieux en anglais, tandis que d’autres, plus intimes, plus personnels, trouvent davantage leur place en français. C’est intéressant de voir cette alternance.
Sur « Teenage Rage », sur le deuxième album, à la fin du morceau, c’est un gros freestyle français. Il y a aussi « Authentic » sur le premier album, la fin est écrite en français. C’est agréable. C’est comme si tu comparais à Dragon Ball : je retire mon habit de combat super lourd et d’un coup, je me retrouve tout léger, c’est beaucoup plus simple.
« Avec les écrans, tu oublies qu’il y a des musiciens qui savent jouer leur set. C’est peut-être notre vision artisanale, mais en même temps, elle a le mérite d’être là. Nous faisons une musique avec une âme, nous voulons que ça se ressente sur scène. »
Ce qui fonctionne particulièrement bien sur cet album, c’est justement ces moments où tu te montres plus vulnérable. On a l’impression d’un récit structuré, presque chapitré : l’intro pose le décor, « Under » marque une pause, une scission, avant l’outro. A chaque fois que tu prends la parole de façon claire, presque nue, avec une voix qui laisse transparaître cette fragilité, c’est très touchant. D’un coup, ce contraste crée une émotion immédiate. On sent que tu avais envie de dire des choses.
Oui, sans arrêt. J’écris très souvent. Après, il y a ce que j’écris, ce que je veux faire passer comme message et comment il est perçu. Ce n’est jamais simple, mais en français, avec ma langue maternelle, c’est beaucoup plus facile. Parfois, je cache des choses qui ne sont pas encore perçues. Quand j’ai écrit le freestyle de « Teenage Rage », je me suis retourné la tête et je peux te dire qu’il y a ce que tu lis et ce que tu entends, et ce n’est pas la même chose. Et il y a ce que, moi, je ressens. Avec les lyrics en français, je peux m’amuser à cacher un sens, deux sens, trois sens.
Le français a une place importante sur cet album. Quand tu dis dans « Back 2 Basics » : « Laisse-les dire, laisse-les faire », on sent qu’il y a derrière une réponse à certaines critiques ou, en tout cas, des choses qui ont pu être difficiles à encaisser…
Oui. De toute façon, en tant que groupe, depuis nos débuts, nous nous faisons… Aujourd’hui, sur Internet, il n’y a aucune règle. Tu te fais baver dessus, cracher dessus, tu ne sais même pas pourquoi. Tyson a lâché une phrase il n’y a pas si longtemps, où il disait : « Je crois que les gens ont oublié ce que c’est de se prendre des gifles. » Tu dirais le dixième de ce que tu dis sur Internet à quelqu’un dans la rue, tu aurais des problèmes ! En tant que musicien, tu dois faire avec, c’est normal de te faire insulter. Mais non, ce n’est pas normal. Pourquoi je me fais insulter ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Du coup, ça se transmet dans mes lyrics.
Eva-B : Surtout dans la scène dans laquelle nous avons commencé, le hardcore qui est, soi-disant, une scène très « friends and family », « tous ensemble » et tout, mais en fait, qui est très codifiée. Si tu sors de ces codes-là… Nous sommes arrivés dans cette scène avec des uniformes, les gens étaient là : « Qu’est-ce que vous faites ? Vous n’avez rien compris au hardcore ! » Nous nous en foutons, nous faisons ce que nous voulons ! Il y a eu vraiment beaucoup de rejets et des trucs assez pathétiques à certains moments, mais ça construit aussi, ça fait aussi ce que nous sommes aujourd’hui. Ça peut renforcer l’unité entre nous d’être face à ces gens. Et au final, on s’en fout, ce n’est que quelques-uns. On prend toujours plus en compte les commentaires négatifs que les positifs, alors qu’il y en a beaucoup plus de positifs.
Vous arrivez à arrêter de lire tous ces commentaires ?
Vithia : Je ne lis rien du tout. Je suis marié, j’ai une vie de famille, je n’ai pas que ça à faire. C’est des trucs de lycéens.
Eva-B : Moi, je regarde de temps en temps [rires]. Je prends les avis des gens. Des fois, il y a des trucs un peu constructifs et d’autres qui font plaisir. Les trucs négatifs, ça me fait marrer plus qu’autre chose.
Au Hellfest cette année, malgré le peu de temps de préparation que vous aviez, on sentait une vraie évolution scéniquement : cette manière de prendre votre place, de vous affirmer, d’être pleinement vous-mêmes, paradoxalement, sans une mise en scène trop travaillée.
Vithia : Oui, il y avait quelque chose d’instantané. J’ai vraiment abordé cette scéno en leur disant : « Il ne faut pas s’aligner sur la norme et la mode des écrans géants. » Nous n’allons pas faire faire une vidéo « impersonnelle ». Nous aurions pu trouver quelqu’un, mais j’allais la découvrir vingt-quatre heures avant, donc s’il y avait eu des choses qui ne me plaisent pas, je n’aurais pas vraiment pu les changer. Surtout, finalement, il vaut mieux être singulier, faire quelque chose qui nous ressemble. Pour la petite histoire, en 2018, nous avons fait la Mainstage au Hellfest à 14h ou 15h. Il y avait un Kabuki sur scène, il y avait ce drapeau bleu, blanc, rouge avec le rond japonais. Il n’est pas tombé. J’étais très en colère, parce que c’était le seul artifice que nous avions. La prise qu’on nous a passée ne marchait pas. Quand nous avons eu ce dernier Hellfest, nous avons fait des backdrops de dix-huit mètres par dix, quarante kilos pièces, et j’ai dit que le deuxième backdrop, ça allait être ce drapeau qui n’est pas tombé la fois d’avant, que ça allait être une revanche. Quand il est tombé sur scène, je te jure… Il y a des trucs en moi, c’est enclenché, c’est des blessures… Là, c’est bon, elle est recousue, nous avons fait plus fort. Du coup, je voulais aborder ce live de manière spontanée, théâtrale, quelque part, avec ce grillage, quelque chose de palpable, de physique. Nous avons utilisé l’écran pour promouvoir « Back 2 Basics » après, mais je voulais une matière. Dans ce monde numérique où toute l’information n’est que de la métadonnée et du cristal liquide, je voulais du vrai, du palpable, ainsi que des flammes de douze mètres. C’était la bonne manière d’aborder ce live.
« Ce n’est vraiment pas contre mes partenaires que je dis ça, mais le moment où je me retrouve le plus avec mon groupe, c’est quand je suis seul avec moi-même, que j’écris, que je dessine, que je touche quelque chose d’impalpable, l’essence de mon groupe. »
Lors de ce concert, tout semblait plus recentré, plus épuré, ce qui a permis au public d’être davantage à l’écoute. Sans les distractions habituelles, on se concentrait vraiment sur l’essentiel : ce qu’est Rise OfTthe Northstar, ce que votre musique raconte, le message que vous portez. Est-ce que vous avez ressenti ce recentrage, cette forme d’engagement différent du public, peut-être plus authentique ou plus attentif ?
Eva-B : J’ai fait beaucoup de concerts dernièrement et quand il y a des écrans, tu ne regardes que ça.
Vithia : Tu oublies les musiciens. Tu oublies qu’il y a des musiciens qui savent jouer leur set et que c’est millimétré.
Eva-B : Ça peut être très efficace sur certains groupes. J’ai vu Tool à Bercy et ça va avec le groupe. Sur scène, il ne se passe rien, ils ne bougent pas, c’est vraiment un truc sonore et visuel.
Vithia : Il ne faut pas qu’il y ait une surenchère gratuite. C’est peut-être notre vision artisanale, mais en même temps, elle a le mérite d’être là. Nous faisons une musique avec une âme, nous voulons que ça se ressente sur scène. Ça ne veut pas dire que nous n’arriverons pas un jour avec un écran, mais ça veut dire que j’ai bossé une scéno théâtrale pour le show de l’Olympia et pour la tournée française. Si un jour, je peux y greffer des écrans en plus, let’s go, mais je ne veux pas que l’un efface l’autre.
Dans vos visuels, on voit des contrastes : des îles de jungle où la nature reprend ses droits, mais aussi des paysages complètement désertiques, presque vides, alors qu’on parle souvent aujourd’hui de surpopulation. Est-ce votre vision du futur que vous mettez en scène ?
Non, c’est plus une métaphore de sensations. C’est une métaphore d’état d’esprit. Tu peux être parfois entouré de gens mais très seul, au même titre que tu peux être très seul mais construire un monde très riche. Je le ressens beaucoup avec mon groupe. Ce n’est vraiment pas contre mes partenaires que je dis ça, mais le moment où je me retrouve le plus avec mon groupe, c’est quand je suis seul avec moi-même, que j’écris, que je dessine, que je touche quelque chose d’impalpable, l’essence de mon groupe. Et Quand il (Eva-B) m’envoie des compos aussi. Après, je me retrouve en tournée où je suis toujours avec dix personnes. C’est différent, c’est mon groupe mais il ne m’appartient plus. C’est le groupe de tout le monde et c’est normal. Nous sommes un groupe, je ne pourrais pas faire tout ce que je fais tout seul. En tournée, je vais être plus en retrait et plus en réserve, peut-être pour, justement, préserver ce monde et ne pas me noyer dedans.
On retrouve souvent cette idée de réserve chez toi avec la casquette, les yeux toujours partiellement cachés. Sur « Falcon », on a l’impression de te voire un peu plus, que tu te dévoiles davantage. Est-ce que c’est volontaire ?
C’est parce que c’est un titre qui s’y prête. Je l’ai écrit comme une prière. Ça ne veut pas dire que pour les prochains titres, je ne le ferai pas autrement. Je ferai comme bon me semble. Pour moi, il n’y a aucune règle. Je trouve qu’il y en a trop. Nous faisons ce que nous voulons dans le groupe. Nous sommes indépendants justement pour ne pas avoir à pointer. Le passage du clip où je n’ai pas ma casquette, je suis sous une aile. C’est une symbolique. Je suis sous l’aile du Falcon.
Tu te sens donc protégé, sans besoin de protection supplémentaire.
Oui, voilà. Ce titre appelait ça ; je trouve ça justifié et poétique. Est-ce que plus tard, ça changera ? Je n’en sais rien. Il y a aussi une logistique. Nous jouons sur des scènes de plus en plus grosses, à douze mètres de haut avec des photographes qui sont collés en dessous, et ils veulent tellement m’avoir qu’à la fin, ils m’ont. Je ne peux pas toujours me cacher. Il y a plein de photos où tu vois mon visage. L’un dans l’autre, ça ne me dérange pas non plus. Je pense que c’est bien d’évoluer et c’est bien de le faire à son rythme, et puis, c’est bien si nous voulons faire autrement. Peut-être qu’un jour, je ressortirai un autre masque. Nous ne nous mettons aucune barrière.
Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter de plus ? Avoir plus de budget pour pouvoir tout réaliser ?
Oui et avoir du temps pour composer, écrire. Mine de rien, quand tu pars en tournée, c’est une chose, mais le temps que prend la tournée, ce n’est pas que les dix-huit dates que tu vas faire. C’est les mois de réflexion, de travail, de répétition, de construction, de réalisation. Ça a pris cinq ou six mois pour construire cette tournée. Pour pouvoir construire de plus en plus gros et maîtriser son show, il faut du temps.
Interview réalisée en face à face le 23 octobre 2025 par Marion Dupont.
Retranscription & traduction : Marion Dupont.
Photos : Jean-Claude Nago (1, 4, 6, 9), Danny Louzon (2, 4, 8), Nicolas Gricourt (3, 7).
Site officiel de Rise Of The Northstar : rotnsofficial.store.
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