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Interview   

Silhouette voyage au bout de ses rêves


Les mélodies oniriques de Silhouette caresseront forcément les oreilles des amateurs de metal atmosphérique. La jeune formation française s’est rapidement fait remarquer avec le premier EP Les Retranchements en 2022. Sa fascination autour des rêves, vécus ici comme des voyages, rappelle forcément le désormais incontournable Alcest. D’ailleurs, le guitariste-compositeur Achlys déclare que c’est la formation de Neige qui l’a amené à se lancer dans la musique. Mais Silhouette a une approche musicale bien différente, sur un fond post-hardcore plus vindicatif, un black metal dilué et des musiques atmosphériques variées distillées. Surtout, Silhouette repose sur six musiciens avec une dualité remarquable entre chants féminin et masculin.

Avec une esthétique soignée et une musique poignante, difficile de croire que Silhouette vit seulement ses premières années en tant que groupe. Les jours précédant notre entretien, la formation se produisait devant deux salles combles, en bonne compagnie de Houle. Le public semblait déjà acquis à sa cause, comme une entité qui serait déjà bien implantée dans la scène extrême et alternative. Pourtant, le premier album Les Dires De L’Âme n’était à ce moment-là pas encore entièrement dévoilé. A l’occasion de la sortie de ce disque, nous avons donc pu discuter avec quatre des musiciens, les guitaristes et les vocalistes. De la conception du projet à l’avenir qui lui est souhaité, en évoquant aussi la thématique de la paralysie du sommeil qui est centrale sur cet album, l’entretien riche permet d’en savoir un peu plus sur les contours de Silhouette.

ondine silhouette interview

« Nous ne nous attendions pas du tout au succès de notre premier EP. Quand tu es attendu au tournant, tu remets un peu tout en question, tes choix artistiques, esthétiques, etc. Ce n’est pas quelque chose de simple, mais à un moment, il faut savoir s’arrêter et être satisfait de son travail. »

Radio Metal : Silhouette a été lancé il y a cinq ans en 2019. Comment vous êtes-vous tous rencontrés et quelle était votre vision artistique ?

Achlys (guitare) : A l’origine, Silhouette devait être un one-man band. C’était un projet que je faisais durant mes études dans ma petite chambre étudiante et avec lequel j’essayais d’exprimer quelques émotions personnelles, des petites choses un peu nostalgiques. Au fur et à mesure que je le faisais, j’avais de plus en plus envie d’intégrer de la voix féminine, donc j’ai contacté Ondine. J’avais pu écouter au travers de ses autres projets et j’avais eu un petit coup de cœur pour sa voix. Nous nous étions contactés sur les réseaux et nous avions échangé. Nous nous étions rapidement mis d’accord sur l’idée de faire quelque chose ensemble. Ensuite, j’ai eu une seconde envie qui était de porter le groupe en live, donc pour ça, j’ai contacté plein d’autres musiciens, dont Vyartha et Yharnam. Ensemble, nous essayons d’évoquer nos petites rêveries. Silhouette, c’est un peu notre monde de la nuit.

Yharnam (chant) : Moi, c’est un peu particulier, parce que je suis arrivé en plein milieu de la conception de l’EP. C’était en période de Covid-19, vers 2020. Il y avait eu un post de Silhouette qui n’avait encore rien sorti et qui cherchait un chanteur guttural/scream. Je ne sais pas pourquoi, j’ai postulé, comme ça, sur un coup de tête. Au final, j’ai été accepté, je suis descendu à Montpelier et j’ai enregistré l’EP. Au final, je suis encore là et toujours au poste !

Le fait d’avoir deux chanteurs distincts était une condition ?

Ondine (chant) : J’ai commencé avec le chant guttural, mais j’ai toujours fait du chant clair. Puis, à un moment donné, il y a eu un choix qui s’est imposé à moi : je pouvais être douée dans l’un ou dans l’autre, mais pas les deux. Physiquement, ce n’était pas forcément facile de gérer les deux. Mais il y a aussi la volonté d’Achlys qui souhaitait avoir une voix plus typée masculine. Moi, ça m’arrangeait bien de peaufiner un chant clair plutôt que d’être dans les deux et de risquer de ne pas être assez polyvalente.

Achlys : La trame de base était effectivement que je voulais du chant clair féminin et du chant guttural. Même s’il existe plein de contre-exemples, je trouve que c’est assez compliqué d’assurer les deux. En studio, c’est plus simple, mais en live, je trouve ça compliqué d’avoir une très belle voix claire et une très belle voix gutturale. Souvent, il y en a une des deux qui est un peu moins bien faite – c’est mon avis. Et puis je trouve que ça a de la gueule en live d’avoir deux frontman. Je suis donc bien content que ça se passe comme ça.

Est-ce que le concept artistique, qui est très marqué, est venu avant la musique ou bien tout s’est développé en même temps ?

Ondine : C’était assez conjoint. Quand nous avons commencé à faire des démos, c’était chacun de notre côté, car on était en plein Covid-19. Ça s’est fait de fil en aiguille. Je pense que la musique, même si elle n’était pas composée dans sa finalité, a amené des images et a permis de poser un concept, très tâtonnant au départ. L’identité est venue parce qu’en parallèle, j’étudiais des possibilités pour faire la pochette d’album. Visuellement, il y a eu énormément de repasse avant d’arriver à ce qu’on peut voir sur l’EP. Ça s’est peaufiné sur le temps long.

Achlys : Je pense que très rapidement, la musique nous a effectivement évoqué quelque chose d’assez onirique. A l’inverse, nous parlions déjà de nos expériences de ce point de vue. Donc la musique nous a parlé et, à la fois, nous avons voulu en parler en musique.

Quels étaient vos « albums de chevet » et vos groupes références au moment de démarrer ? Le communiqué parle notamment d’Alcest et de Sylvaine, mais votre musique est bien plus noire, et les noms d’Amenra et de Cult Of Luna semblent aussi assez pertinents.

J’ai une relation un peu particulière avec Alcest, parce que c’est un projet qui m’influence et me touche énormément, notamment l’album Écailles De Lune que j’écoute encore très régulièrement. Surtout, c’est un projet qui m’a donné envie un jour de faire de la musique. Je te rejoins quand tu dis que nous nous en éloignons beaucoup musicalement. Nous sommes souvent comparés, mais je pense que c’est principalement parce je l’ai beaucoup cité dans mes influences. Amenra et Cult Of Luna, pour le côté post-hardcore, font aussi partie de mes premiers amours musicaux en raison du déroulé des ambiances qu’ils arrivent à poser dans leur musique, c’est quelque chose qui prend vraiment son temps, qui est à la fois massif et majestueux. Ce sont trois projets dans lesquels je me retrouve pleinement.

achlys interview silhouette

« Je vois la période de sommeil comme un voyage. Il s’agissait d’imaginer toutes ces subtilités à travers le sommeil, que ce soit les rêves, les cauchemars ou la paralysie du sommeil. »

Yharnam : En disques de chevet, pour moi, ça dépend des périodes. C’est toujours très variable. Surtout que l’EP est très différent de l’album. Je peux comprendre encore sur l’EP le petit côté black metal atmosphérique, proche d’Alcest ou de Sylvane, avec ce truc très vaporeux et aérien, alors que l’album est beaucoup plus lourd, mature et sombre. Les influences post-hardcore d’Achlys sont beaucoup plus présentes. C’était aussi beaucoup plus en lien avec la volonté de parler des rêves et des cauchemars. Vocalement, je ne suis pas trop influencé par le black metal, mais plus par le post-hardcore émotionnel, comme Converge, Envy, Amenra, etc. Birds In Row aussi : je trouve qu’au niveau vocal, il y a quelque chose d’hyper vénère qui me parle.

Ondine : Pour ma part, j’ai beaucoup d’affection pour tous ces groupes. C’est vrai qu’à la base, je suis plus inspirée par un black metal dit « orthodoxe », plus dissonant, à la Deathpell Omega. Ça fait un contraste intéressant avec les ambiances beaucoup plus lumineuses qui s’accordent bien avec la voix claire. Mais c’est vrai que mes albums de chevet sont plutôt en dehors du black metal, avec beaucoup de musique populaire ou du Dead Can Dance, des choses très marquées New Age.

Comment ça fonctionne chez Silhouette ? Est-ce que c’est une composition collégiale ou est-ce que c’est toi Achlys qui as majoritairement le lead ?

Achlys : Pour le premier EP, c’était beaucoup plus simple, car la construction du line-up s’est faite durant sa conception. Par souci de cohérence et de logistique, j’avais tout composé de A à Z, en tout cas au niveau instrumental. Sur l’album, j’ai encore une grosse part de composition, mais de plus en plus nous essayons de tendre vers quelque chose qui se fera de manière collégiale. Vyartha a déjà pu m’apporter plein de petites idées à droite à gauche pour l’album, notamment pour le jeu de guitare, pour superposer des couches, etc. Il y a aussi toujours Yharnam et Ondine qui me suggèrent d’ajouter ou de supprimer des choses dans les compositions. C’est vrai que ça a débuté comme un one-man band, mais c’est un projet qui n’est pas tyrannique. Nous sommes tous plus ou moins ouverts à toutes les suggestions des uns et des autres pour pouvoir proposer le meilleur résultat possible et pour que ce soit agréable pour eux de se poser dessus. Sur les parties de chant, sur les paroles, les lignes de basse et même sur la batterie, les membres sont libres d’ajouter ce qu’ils veulent. C’est quelque chose qui est à la fois assez centré sur un seul membre et très ouvert.

Vyartha (guitare) : Il y a une grosse différence entre l’EP et l’album parce que, comme il le dit, il a tout composé tout seul et le line-up s’est construit en même temps que la composition. Sur l’EP, je n’ai pas enregistré, alors que c’est le cas sur l’album. Il avait déjà composé certains trucs, mais nous avons aussi pu donner notre avis, procéder à des changements, etc. Et quand nous avons enregistré chez Achlys, nous avons même changé des petites parties, parce que parfois, nous nous rendions compte qu’en jouant ce qu’il avait composé d’une autre manière, c’était beaucoup mieux. Il y a un morceau sur l’album, « Silhouette », où nous avions quasiment tout fini et il fallait juste faire un tout petit truc avec les guitares, et au final, j’ai rajouté une piste qui nous a énormément plu. En studio, nous étions en train de faire des essais et j’ai sorti cette phrase qui était cool et que donc nous avons laissée. Mais je n’ai pas vraiment composé, j’ai juste rajouté quelques petits éléments. Je suis encore dans un temps d’adaptation pour essayer de comprendre ce que tout le monde veut, puisque je suis le dernier à être arrivé et que je ne viens pas de cette scène à la base. J’essaye de m’adapter et, petit à petit, je mets mes idées, j’acquiers une compréhension du concept, etc. Pour l’instant, ça marche bien !

L’EP Les Retranchements a eu un certain succès dès sa sortie en 2022. Pourquoi avoir fait le choix d’un EP en guise de première sortie ? Était-ce pour présenter le projet et le mettre en lumière avant un premier album complet ?

Achlys : Honnêtement, nous n’avons pas beaucoup réfléchi à savoir si nous commencerions avec un EP ou un album. Je pense que c’était en lien avec la confiance que j’avais en ce projet au début. C’est-à-dire que, comme c’était un projet assez intimiste – un projet de chambre d’étudiant ! –, je me suis dit que pour présenter un groupe, c’était pas mal de commencer avec quelque chose d’assez court, même si beaucoup m’ont dit que pour un EP, il est long, et c’est vrai ! Surtout, beaucoup l’ont finalement décrit, chroniqué ou apprécié comme un album. A ce moment-là, c’était ma toute première sortie, c’était la toute première fois que je présentais ma musique au monde, donc je préférais commencer par ce format, puis avec plus de confiance et une approche plus profonde, sortir un album. J’en avais discuté avec les autres et nous nous étions dit que c’était plus sympa de procéder de cette manière.

« Dans mon adolescence, j’avais un rêve – ou cauchemar, car il y avait plusieurs déclinaisons à ce que je voyais – qui revenait tout le temps. C’est un peu ce rêve qui m’a guidé et a amené tous les membres de Silouhette à se questionner sur sa propre approche du rêve. »

Vous avez joué avec Houle avec qui vous avez quand même pas mal de points communs. Lors de notre dernière interview, concernant le succès qu’ils ont eu sur l’EP et l’attente que ça avait créée, ils nous ont dit qu’ils avaient eu « une espèce d’épée de Damoclès au-dessus de [leur] tête pendant toute la production de l’album ». Avez-vous également eu ce ressenti ?

Oui. Nous ne nous attendions pas du tout au succès de notre premier EP. En plus que ce soit notre premier effort, nous étions des musiciens totalement inconnus, nous n’avions jamais été dans des groupes spécialement connus ou très concrets avant. Nous n’attendions rien de cet EP et quand nous avons vu le succès, que nous savions que nous allions continuer et faire un premier album, nous avons essayé de réfléchir un peu à tout, mais c’est sûr que c’est une pression constante. Je comprends ce qu’ont voulu dire nos confrères de Houle. Quand tu es attendu au tournant, tu ne peux que stresser sur la manière dont ta musique sera reçue. Tu remets un peu tout en question, tes choix artistiques, esthétiques, etc. Ce n’est pas quelque chose de simple, mais à un moment, il faut savoir s’arrêter et être satisfait de son travail.

Yharnam : C’était horrible !

Ondine : Ce qui est drôle, c’est que tu peux avoir le temps de remettre en question beaucoup de choses pendant que tout se déroule, il y a l’enregistrement, l’envoi à l’ingé son qui travaille pendant des mois, etc. Jusqu’à la publication, il peut se passer un an, donc c’est vrai que pendant tout ce laps de temps, on peut se dire qu’on aurait pu faire ça mieux, etc., alors qu’il fallait bien le sortir un jour et être content que ça puisse enfin être dévoilé. Ça permet ensuite de tourner la page et de passer à l’action suivante.

Vyartha : Il y a aussi une pression au niveau de l’enregistrement, parce que les gens ont écouté l’EP, qu’ils apprennent qu’un album va sortir, qu’il y aura de nouvelles chansons, etc. Nous avons parlé à plein de gens qui nous disaient avoir beaucoup écouté l’EP. Ça met une petite mais bonne pression. Il y en a aussi beaucoup qui nous attendent en live. Ils ont énormément écouté EP et maintenant, ils veulent vraiment voir ce que ça donne en live. Personnellement, je ressens beaucoup plus de stress en live, parce que je sais que les gens ont tellement écouté les musiques qu’ils les connaissent par cœur. Je me dis qu’il faut vraiment que je leur donne ce qu’ils attendent. Le live, c’est beaucoup de pression, surtout les concerts que nous ferons pour l’album.

Vous les avez déjà un petit peu mentionnées, mais quelles évolutions majeures vous percevez sur Les Dires De L’Âme par rapport aux Retranchements ?

Achlys : Comme l’avait dit Yharnam, l’EP était très centré black atmos, donc assez lisible au niveau du style de musique et de nos influences. L’album est beaucoup plus sombre, autant dans l’approche que dans les thématiques. Comme je l’ai dit, je reviens beaucoup plus à mes premiers albums post-hardcore, donc il est forcément plus massif. Une des différences est qu’il a été composé en sept cordes pour les guitares et cinq cordes pour la basse, là où l’EP avait été intégralement composé en six cordes. Ça va déjà changer la couleur du son. Ça donne beaucoup plus de graves. Il y a aussi des passages plus extrêmes, il y a des moments qui vont plus vite, d’autres qui vont beaucoup plus lentement. Au niveau vocal, Ondine et Yharnam ont essayé de travailler beaucoup plus ensemble sur ce disque. Je pense que ça se ressent car il y a pas mal de passages où ils chantent ensemble, donc il y a beaucoup plus de climax.

Yharnam : Sur Les Retranchements, les voix ne sont pas très équilibrées. Etant donné que j’étais arrivé en cours de route, naturellement, il fallait le temps que je comprenne l’univers de Silhouette et donc j’étais un peu timide sur les voix, ce que nous avons un peu regretté. Sur cet album, nous avons vraiment essayé de corriger ce détail et de faire en sorte que les voix soient un peu plus en symbiose et que je sois un peu plus présent à certains moments. Par rapport aux thématiques, ça tourne bien sûr autour de l’onirisme, donc les rêves et les cauchemars, mais surtout la paralysie du sommeil. Nous avons essayé de créer un album concept autour de cette thématique, car je suis moi-même sujet aux paralysies du sommeil depuis plusieurs années. C’est quelque chose qui me touche beaucoup et j’avais très envie d’exprimer ça à travers de la musique ou autre. J’en avais discuté avec Ondine pour voir si c’était validé, si ça lui parlait, si elle avait envie d’écrire là-dessus. En discutant, j’ai appris qu’elle-même faisait des paralysies du sommeil, mais de manière différente. Tout était fait pour parler de ce sujet précis.

Yharnam interview radio metal silhouette

« Je pense que plus le temps passe, plus on oublie ses proches qui disparaissent. Ça me terrifie. Je ne sais pas s’il y a quelque chose qui me fait plus peur que ne plus me rappeler les moments que j’ai vécus avec mes proches. C’est assez nostalgique et ça revient aussi dans mes rêves. »

Ondine : Un concept était déjà plus ou moins posé par mes soins pour l’EP, à travers des textes et des placements. Ensuite, j’ai transmis à Yharnam mes écrits et il a peaufiné deux ou trois choses, mais là où il a pris partie intégrante du processus, c’était à partir de l’album. Nous avons eu l’occasion de nous poser et de parler de toutes ces expériences assez déroutantes qui sont généralement de grands marqueurs. Ça nous a amené une dimension parlante, car le but était que nous puissions trouver un concept qui soit réel, que ce ne soit pas par miroir mais que nous l’ayons aussi ressenti au fond de nous. C’est quelque chose qui évolue et je suis contente de le dévoiler ainsi. Je pense que nous sommes aux prémices du concept.

Dans le communiqué, il est beaucoup question de « voyage ». Du coup, comment déclinez-vous le concept sur la paralysie du sommeil ?

Yharnam : Je vois la période de sommeil comme un voyage. Ça donne quelque chose d’assez surréaliste, mais c’est l’idée de faire un album concept qui ait un point A et un point B, et pendant ce temps, il y a diverses choses que l’on peut voir et ressentir. Il s’agissait d’imaginer toutes ces subtilités à travers le sommeil, que ce soit les rêves, les cauchemars ou la paralysie du sommeil.

Ondine : Nous essayons d’illustrer le rêve comme un voyage qui a des facettes positives et négatives. Il y a des polarités que l’on ressent jusque dans la composition. Cette dualité fait partie du voyage. Dans mon expérience personnelle, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre comment la paralysie du sommeil se passait. J’ai compris après ce qui se passait au niveau physique, mais j’ai aussi lu beaucoup de choses sur diverses cultures, car c’est un phénomène qui se produit dans plein de cas, et ça peut se rapprocher d’expériences dites mystiques, même si à mon échelle, ce n’est pas du tout quelque chose que je peux conscientiser. J’ai déjà eu l’impression d’effleurer du doigt quelque chose qui s’apparente à un voyage astral et ça a été fascinant mais aussi perturbant. Nous essayons de retranscrire tous ces états d’âme dans notre musique.

Achlys : Le projet lui-même est né d’un rêve. Comme je l’ai dit, à l’origine, je voulais exprimer des émotions pas forcément très chouettes, mais le nom du groupe fait également écho à un rêve. Dans mon adolescence, j’avais un rêve – ou cauchemar, car il y avait plusieurs déclinaisons à ce que je voyais – qui revenait tout le temps. Je voyais une sorte de femme dont je n’ai jamais vu le visage qui me guidait dans de grands espaces. Je n’ai jamais trop su comment l’interpréter, car de temps en temps, c’était magnifique, et de temps en temps, c’était horrible. Jusqu’à présent, c’est un peu ce rêve qui m’a guidé et a amené tous les membres de Silhouette à se questionner sur leur propre approche du rêve. Je pense qu’au-delà de la paralysie du sommeil, Silhouette invite tout le monde à se questionner sur les émotions qu’il ressent, sur ses rêves, sur ce qu’ils veulent dire de nous, de notre philosophie, etc.

J’allais vous demander quels sentiments vous cherchiez à mélanger dans cet album, mais j’ai l’impression qu’on ne peut pas vraiment les nommer, comme ça touche aux rêves…

Ondine : Oui. C’est un souvenir. Tu te réveilles, tu vas te rappeler ton rêve, mais un peu comme une sensation déjà quasi absente. On ne peut même pas dire qu’on parle du présent. On parle d’une empreinte de ce qui a pu se produire dans le subconscient et ça donne des clés de réflexion. Nous aimons penser cette musique de manière assez ouverte, et ça peut se ressentir dans les paroles. Les sujets sont assez libres d’interprétation et les symboliques peuvent parler de manière différente d’une personne à une autre. C’est intéressant de voir comment les auditeurs les ressentent et ce qu’ils en ont pensé. Il y a parfois des liens très étonnants. Au fil des discussions, nous nous rendons compte que nous avons touché juste, que ça a pu évoquer quelque chose d’une manière complètement différente et symbolique, mais en arrivant au point voulu, en quelque sorte.

« Chaque membre apporte quelque chose au groupe, au point où si quelqu’un partait maintenant, je pense que nous serions tous un peu emmerdés parce que ça nous blesserait énormément humainement. Je pense que nous ne nous verrions pas continuer tout de suite si jamais quelqu’un partait. »

Achlys : A mon avis, nous aimons beaucoup jouer avec des choses très abstraites, mais aussi parfois très concrètes. Je pense à un des morceaux qui a été l’un des singles de l’album, qui s’appelle « Litanie Contre La Peur », où le sentiment que nous voulions exprimer et projeter était clairement nommé. Nous parlons de peur, d’un concept qui me touche personnellement, parce que je suis bouffé par plein de peurs, d’ailleurs pas forcément très rationnelles, puisque l’une d’elles est la peur de la mort – ça revient assez souvent chez moi, pas forcément la peur que moi je meure, mais celle de perdre mes proches. J’ai souvent plein de débats de fin de soirée là-dessus, et je maintiens que quand nos proches disparaissent, on les oublie. On ne les oublie pas entièrement, on a plein de souvenirs, mais je pense que plus le temps passe, plus on les oublie. Ça me terrifie. Je ne sais pas s’il y a quelque chose qui me fait plus peur que ne plus me rappeler les moments que j’ai vécus avec mes proches. C’est assez nostalgique et ça revient aussi dans mes rêves.

Certains diraient qu’il n’y a pas plus rationnel que la peur de la mort, étant donné qu’on passe tous par-là, à un moment ou un autre.

Je comprends, car oui, effectivement, on va tous y passer à un instant T, mais c’est quelque chose qui est très inconscient. Je ne pense pas qu’on se réveille tous les matins avec la peur de mourir. Je pense que notre cerveau sait très bien qu’il marchera le lendemain, notre cœur sait très bien qu’il battra le lendemain. Quand je dis que ça m’affecte personnellement, c’est vraiment parce que j’y pense tout le temps. Et j’ai précisé que ce n’était pas la mienne, car je crois que, justement, on ne pense pas souvent à sa propre mort, on ne raisonne pas comme ça. La peur de perdre ses proches est encore plus terrifiante, car ça vient toucher à des lieux mentaux très nostalgiques, des idées qu’on se faisait de ces personnes, la vision qu’on en a après, etc. et je pense que la mort va déformer les visions. En tout cas, moi, pour cette raison, je trouve ça terrifiant et pas très rationnel d’y penser tout le temps.

Justement, on a l’impression qu’il y a parfois une notion de deuil et de mort dans vos textes et dans votre concept, mais que ce n’est pas qu’à prendre au sens premier, mais plutôt dans un ensemble de sens : le deuil d’un passé révolu ou la mort / le sommeil d’une partie de soi, par exemple.

Yharnam : Oui, totalement. Ça tient beaucoup à cœur à Achlys de parler de ces choses-là, y compris cette peur de la disparition, et pas seulement celle de nos proches, et il y a beaucoup de métaphores et de mots clés pour parler de manière abstraite de certains sujets, dont celui-ci.

Achlys : Tu as totalement cerné le turc. Je pense que, souvent, quand on parle de deuil, on fait tout de suite référence à la mort. C’est normal, car c’est un mot qu’on utilise dans cette thématique et ce champ lexical, mais je pense qu’on fait tout le temps des deuils. On a des deuils amicaux, des deuils sentimentaux, des deuils de paysages qui nous ont touchés et qui ont été transformés en parking, etc. Je trouve qu’on passe sa vie à subir des petits deuils, à s’en remettre, à guérir et à se renforcer, mais on s’en souvient. Il y a des paroles qui font écho à des sortes de petites cicatrices mentales qui nous restent à vie. C’est tout l’enjeu philosophique du groupe, car celui-ci a une portée artistique mais aussi philosophique.

Comment se passe l’écriture des textes à deux chanteurs ? Comment vous partagez-vous l’exercice ?

Yharnam : C’est assez variable. Ça va dépendre du texte et du sujet. En général, un de nous deux va commencer à écrire quelque chose. Par exemple, je vais écrire un texte et l’envoyer à Ondine en lui disant de quoi j’ai voulu parler, et je vais lui laisser carte blanche pour rajouter des lignes et idées qu’elle a, surtout pour ses parties. La manière d’écrire pour du chant hurlé et du chant clair est totalement différente. Forcément, je ne peux pas articuler des phrases extrêmement longues avec des mots complexes. Nous essayons donc de nous partager les textes de cette manière.

Ondine : C’est intéressant comme concept, parce que l’un ne peut pas écrire les parties de l’autre et nous ne pouvons pas interchanger nos parties. Nous n’allons pas forcément avoir le même ressenti de la musique. Pour garder quelque chose d’assez authentique et vrai, nous préférons nous laisser nous imprégner de la musique et faire ce que nous appelons des top lines. Nous allons d’abord enregistrer des aperçus de voix en yaourt, puis nous allons poser des textes dessus. C’est assez marrant au départ de juste lâcher prise, ça peut être du cri, des voix vraiment crues…

« L’objectif avec nos tenues de scène était, depuis le début, que nous voulions quelque chose d’élégant et de sobre derrière lequel nous devions nous effacer. »

Yharnam : Ça permet de garder la dynamique et l’émotion que nous voulons retranscrire, au lieu de nous embêter avec des textes et de nous brider.

Ondine : Parfois, même, le texte ne vient jamais ! C’est le cas avec un titre qui s’appelle « Dialecte Onirique ». Nous avons laissé le lâcher-prise et nous nous sommes dit que c’était comme ça et pas autrement. Nous avons essayé de trouver du texte à placer au-dessus des top lines, mais on perdait vraiment quelque chose. Ça reflétait le nerf de la guerre, finalement, le dialecte incompréhensible, un peu abstrait, mais très émotif et évocateur qu’on peut avoir dans nos songes.

Les Dires de l’Âme va forcément parler aux amateurs de groupes de metal extrême qui portent des propos très personnels, je pense notamment à Jours Pâles et je le cite car je sais que tu as chanté sur le premier album, Ondine – sûrement, d’ailleurs, que beaucoup de personnes ont découvert ta voix grâce à cet album. Mais n’est-ce pas difficile de sonner comme quelque chose de personnel, de ne faire qu’un, quand on est six dans un line-up ?

Oui, c’est sûr qu’au niveau de la composition, il faut que tout le monde ait sa place et intégrer les envies de chacun lorsque c’est réalisable. Concernant la structuration des thématiques, c’est quelque chose que nous nous sommes partitionné entre Yharnam, Achlys et moi. Ça reste le trio pensant dans ce contexte, car il y avait une liaison assez forte entre nous sur ces sujets.

Achlys : Je te rejoins dans le fait que c’est très compliqué de connecter six personnes à un projet, surtout quand celui-ci est, à la base, intimement personnel. Je pense que ce qui fait la force de Silhouette est que nous soyons tous humainement très proches. C’est aussi un projet qui nous a énormément rassemblés. Je pense même parler au nom de Grise et de Zhand qui ne sont pas avec nous à cet instant, mais nous avons tous pu partager des expériences de vie très profondes et nous nous retrouvons tous dans la philosophie et la démarche artistique de Silhouette. Lui donner l’étiquette de one-man band n’aurait vraiment plus aucun sens, tant chaque membre lui apporte quelque chose, au point où si quelqu’un partait maintenant, je pense que nous serions tous un peu emmerdés parce que ça nous blesserait énormément humainement. Je pense que nous ne nous verrions pas continuer tout de suite si jamais quelqu’un partait. C’est souvent la preuve que tout le monde est assez irremplaçable, en tout cas à l’instant T. Je dirais que tout le monde fait énormément d’efforts pour se mettre dans cette ambiance et comprendre ce que les autres veulent dire avec ce projet. Nous envisageons pour la suite de faire en sorte que ce travail soit encore plus collaboratif et qu’à terme, il le soit définitivement.

Vyartha : Comme je disais tout à l’heure, les compositions ont été faites par Achlys et ensuite nous avons rajouté des choses. Du coup, même si nous sommes six membres, il y a quand même une grosse base qu’Achlys avait faite. Il existe des groupes qui ont déjà fait ça, avec un seul membre qui a fait en premier une sorte d’EP puis un album – par exemple, un de mes groupes préférés : Periphery. Il y a cette base qui reste la même et les autres se calent dessus. Maintenant, le prochain défi, avec six membres titulaires, est que tout le monde puisse mettre quelque chose dedans. Les parties que j’ai réellement composées dans cet album, on peut les compter sur les doigts d’une main – pas parce qu’il ne voulait pas, mais parce que la base était tellement bonne que j’avais simplement besoin de rajouter mon jeu de guitare avec mon son, la force du médiator, etc.

Achlys : Nous parlons beaucoup de l’aspect créatif, mais chaque membre apporte aussi énormément de choses hors création. Grise s’occupe énormément de la logistique, surtout de nos départs en date ou en tournée. Je pense que sans elle, nous n’irions pas très loin, parce qu’elle gère les stocks, les allers-retours, les locations, etc. Derrière le rideau, quand des artistes montent sur scène, il y a toute une préparation qui demande énormément de temps, d’investissement, d’argent et de réflexion logistique. S’il y a bien un défi dans Silhouette, c’est de faire déplacer six membres, voire sept quand nous avons un ingé son (comme nous en avons eu sur Bordeau et Lyon). Vyartha s’occupe énormément de notre aspect live et du son que nous pouvons avoir. Ondine et Yharnam s’occupent beaucoup des visuels.

Vyartha silhouette

« Je pense que nous sommes au tout début de ce que nous pouvons raconter avec le projet. »

Lorsque je vous ai vus en live à Lyon, vous aviez quasi tous les yeux fermés – hormis Ondine. Est-ce quelque chose de spontané ou est-ce aussi une attitude pour coller à votre concept ?

Vyartha : Tu es le premier à trouver que nous fermons tous les yeux et à essayer d’y trouver une explication. Personnellement, il n’y en a pas vraiment. Je suis tellement porté par la musique que nous faisons… C’est un peu comme les photos que nous avons faites pour l’album, c’est le même ressenti, nous sommes plongés dedans. Les textes sont autour du rêve et de ce qui est onirique, mais il y a aussi le ressenti et c’est ainsi que nous le ressentons, donc sur scène, ça se voit et nous fermons les yeux.

Ondine : C’est vrai que les photos parlent d’elles-mêmes. Pour le chant, c’est bien à un moment donné de se trouver un point à l’horizon – on ne peut pas vraiment regarder quelqu’un, mais on peut avoir les yeux fixés sur l’ingé son, par exemple, généralement ça rassure. Et puis c’est un exercice : c’est parfois intimidant. Je ne vais pas parler pour Yharnam, mais dans mon cas, c’est quelque chose qui relève de l’effort d’être front et d’assumer le regard des autres en tant que tel. C’est une très bonne expérience d’essayer de soutenir un peu plus le regard et d’amener un peu plus de jeu entre le public et ce qui se passe sur scène.

Yharnam : Il y a aussi que les lumières étaient très agressives ! Mais je pense que c’est dans le ressenti. Personnellement, si je ferme les yeux, ce n’est pas calculé, c’est involontaire.

Ondine : Ou à certains moments, il les révulse !

En termes de tenues de scène, vous étiez tous très élégants et entièrement vêtus de noir. Sans que ça fasse sinistre, c’était plutôt beau et c’est pour ça que j’ai associé ça à l’hommage et au deuil. Est-ce l’esthétique que vous vouliez porter ?

Achlys : Esthétiquement, nous ne voulons pas forcément faire appel au deuil. Cette histoire de tenue, c’est purement esthétique : nous voulions quelque chose qui, à la fois, gomme les traits et fasse écho à l’humain – je parle surtout pour les tenues masculines, puisqu’elles sont assez amples à certains endroits du corps et cintrées à d’autres. L’objectif était effectivement, depuis le début, que nous voulions quelque chose d’élégant et de sobre derrière lequel nous devions nous effacer. Pour être parfaitement honnête, nous avions même réfléchi à savoir si nous n’allions pas mettre des choses sur la tête pour encore plus nous effacer, mais étant donné que nous ne trouvions rien de très concret ou pas kitsch, pour l’instant nous nous montrons comme ça, ça ne nous dérange pas. C’est donc à la fois pour nous effacer et rendre une image élégante sur scène. Nous nous sommes mis rapidement d’accord là-dessus. Nous faisons d’ailleurs un petit coucou à Vanessa, qui est une tailleuse qui a fait les tenues sur mesure de A à Z et que nous conseillons à tous ceux qui auraient besoin de très belles tenues de groupe.

Ondine, c’est toi qui as réalisé l’artwork. Qu’as-tu cherché à illustrer avec cette pochette ? Y avait-il une intention de rendre belle cette question de la paralysie du sommeil ?

Ondine : Cet artwork fait, effectivement, beaucoup écho à la thématique principale de l’album, qui est la paralysie du sommeil. Ça illustre les deux grilles de lecture qu’on peut avoir selon sa conscience et le moment où on en est. Il y a des paralysies qui sont plus agréables que d’autres, même si, généralement, ce n’est pas très cool. Il y a la silhouette noire qui exprime bien le poids matériel qu’on peut ressentir lorsqu’on est paralysé dans son propre corps – c’est quand même une expérience assez terrifiante –, tandis que la silhouette blanche, qui est le revers d’une même pièce, se détache du monde matériel, dans un aspect plus vaporeux, léger et lumineux, et incarne une énergie qui peut se déplacer telle une âme qui s’est libérée de son emprise matérielle. Ça parlait particulièrement en vue ce que ça me fait ressentir personnellement lors de ces paralysies. Concernant le cadre, je voulais garder une jonction avec ce qui avait été produit sur l’EP, avec le contexte architectural, tout en ayant une forme extériorisée. C’est-à-dire qu’on est partis, sur l’EP, de quelque chose de très interne, un ressenti cathartique qui nous empêche d’aller au-delà, un tumulte, tandis que cet album a une vision plus ouverte et à découvert, où on a délaissé pas mal de choses et où on est prêt à entamer le voyage. Ça ouvre sur une mer plutôt calme et de bon aloi.

Une architecture qu’on retrouve dans le logo du groupe…

Tout à fait. C’est un choix qui s’est fait sur un principe assez bête mais qui fonctionne. Ça fait déjà quatre ans et demi que j’ai fait ce logo. A la base, c’était juste ce que m’inspirait Silhouette. C’était les prémices, nous avions des ébauches de démos pas très concrètes, pourtant j’avais déjà cette vision de la réverbération pour la voix, donc quelque chose d’assez beau, un côté cathédral, donc l’imagerie de l’église m’est tout de suite venue, mais c’est totalement détaché de l’ordre religieux. Il y a une dimension spirituelle, sans pour autant prendre le pas ; nous sommes loin de défendre des idées religieuses à travers notre musique.

« Le grand défi de Silhouette demain sera que nous arrivions tous à collaborer sur les titres et, malgré tout, à en faire quelque chose de cohérent et qui ne soit pas totalement hors sol par rapport à la direction qu’a prise le projet entre l’EP et l’album. Aligner six cerveaux sur un projet, c’est super complexe et c’est un défi que nous avons tous envie de relever. »

Vous avez sorti un clip pour la chanson « L’Éveil ». Est-ce que la vidéo est quelque chose que vous souhaitez développer ?

Achlys : Tout à fait. Je trouve que, depuis le début, Silhouette a quelque chose de très cinématographique. Je pense que nous sommes aussi tous un peu influencés par le cinéma, en tout cas pour ce qui est de Yharnam et moi. Nous en discutons énormément, nous sommes deux gros fans de cinéma. Je trouve que l’univers de Silhouette colle bien en image ; il évoque déjà des images à l’écoute – en tout cas, c’est l’objectif, donc si ça marche, c’est que c’est réussi. Je suis pour que nous mettions nos musiques de plus en plus en image. « L’Éveil » est un choix très particulier…

En effet, car c’est la conclusion et elle détonne du reste de l’album…

L’album a un point en commun avec l’EP, dans le sens où il est jonché d’interludes. Il a une intro, une conclusion et un morceau central. Ces trois morceaux sont différents de tout le reste. Ils vont encadrer les morceaux plus metal extrême. C’est le petit clin d’œil que je voulais faire à l’EP dans cet album. Je voulais continuer à faire quelque chose du même type. Je trouve que « L’Éveil » est le morceau le plus cinématographique, avec cette grosse montée qui amène vers une sorte de climax et des voix un peu dans tous les sens. Je trouve que ça évoque beaucoup d’images. Je voulais aussi faire un petit pari sur le fait de ne pas forcément clipper un morceau de black metal, car je trouve que, souvent, le résultat peut être un peu « cringe », sauf quand c’est très bien fait – il y a quand même plein de contre-exemples. C’est même plus un mini-court métrage qu’un clip. En tout cas, c’est ainsi que Mathias Averty des Furtifs l’a vu quand il l’a réalisé.

Ondine, lorsque nous avons échangé après le concert de Lyon, tu as dit qu’il y avait encore des choses que tu souhaitais rendre perfectibles, ou tout du moins affiner et développer davantage. Quelles évolutions possibles et quelles perspectives voyez-vous ?

Ondine : Je pense que nous sommes au tout début de ce que nous pouvons raconter avec le projet. A force d’apprendre à nous connaître entre membres, nous nous rendons compte des influences communes, ce que nous pourrions ajouter pour donner plus de texture, amener plus d’âme, que ça rentre encore plus en cohérence. J’exprimais ce souhait parce que je pense que nous ne travaillons pas assez en dehors de nos répétitions. Nous n’avons pas forcément encore trouvé le temps ni l’espace pour nous installer et faire des genres de jam où nous allons venir intégrer des éléments. C’est-à-dire que je me cantonne seulement à mon rôle de chanteuse, or à côté, j’aime bien trifouiller des sons et être dans la recherche. J’aimerais exprimer un peu plus ce potentiel à travers le groupe et rendre cet espace plus collaboratif – ce que nous avons déjà un peu évoqué. C’est vraiment la direction que nous souhaitons tous prendre.

Achlys : Je suis tout à fait d’accord. Je pense que le grand défi de Silhouette demain sera effectivement que nous arrivions tous à collaborer sur les titres et, malgré tout, à en faire quelque chose de cohérent et qui ne soit pas totalement hors sol par rapport à la direction qu’a prise le projet entre l’EP et l’album. Aligner six cerveaux sur un projet, c’est super complexe et c’est un défi que nous avons tous envie de relever. Je t’ai parlé de cinéma, et je pense que nos prochaines sorties tendront aussi vers quelque chose d’assez cinématographique dans la musique, avec l’apport d’éléments autres que seulement guitare, basse, batterie et voix, avec des couches de clavier, des nappes de sound design, quelque chose qui fasse encore plus voyager que sur cet EP et cet album.

Vyartha : Pour ma part, j’aimerais déjà plus composer – je l’ai un petit peu fait sur l’album et j’aimerais faire beaucoup plus de morceaux – et que nous jouions tous ensemble avec plusieurs idées qui ne viennent pas que du même membre. C’est la suite logique.

Yharnam : Je pense, surtout, que le but sera de ne pas faire toujours le même album. Il s’agira de chercher des textures différentes suivant les concepts, qui seront eux-mêmes différents, tout en gardant la patte de Silhouette. Ce sera aussi le défi que nous aurons à l’avenir.

Interview réalisée en audio et en direct le 14 octobre 2024 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Lea Saniez.

Facebook officiel de Silhouette : www.facebook.com/SilhouetteBM

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