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Live Report   

Slipknot : puissance et nostalgie


Après les masqués mystiques de Sleep Token en novembre dernier, les masqués théâtraux de Ghost il y a quelques semaines, ce sont les masqués sauvages de Slipknot qui viennent pointer le bout de leurs costumes à la LDLC Arena de Lyon ce 25 juin. Malgré une période riche en festivals, c’est un public pas encore rassasié qui se presse en masse dans la salle qui affiche complet pour la réception des Américains. Il est évident que, malgré les tragédies, les orientations artistiques et les remaniements, la popularité du groupe reste au zénith, et il faut jouer des coudes pour s’approcher de la scène dans une fosse toutefois coupée en deux entre la fosse et la fosse or (il n’y a pas de petit profit…).

Il est loin, le temps de la découverte du jeune groupe énervé, arborant des masques plus ou moins farfelus pour délivrer une musique brutale, sans compromis, qui leur avait valu des commentaires persifleurs de certains, et notamment d’une chronique d’album dans un célèbre magazine metal français qui avait estimé que ce n’était que du bruit, pour une note de 3/10… Si ce journaliste n’est plus, le groupe persiste et signe, porté par une fanbase solide et dévouée prête à prendre une bonne dose de hits en pleine face en cette chaude soirée lyonnaise.

Artiste : SlipknotMotionless In White
Date : 25 juin 2025
Salle : LDLC Arena
Ville : Décines-Charpieu [69]

La soirée commence avec Motionless In White, qui accompagne Slipknot depuis plusieurs mois, et qui ne cesse d’être encouragé par un Corey Taylor enthousiaste entre deux titres du Knot. Un break entre les deux groupes qui s’éternise un peu, mais qui voit un public bon enfant s’amuser, d’un coté de la fosse, à monter une pile géante de gobelets de bière (qui a d’ailleurs donné lieu à un jet massif de gobelets en direction de l’intéressé, chacun voulant sa petite contribution à cette construction d’une hauteur finale fort honorable), et de l’autre, au déhanché d’un spectateur d’une tribune latérale au son de « Call Me » de Blondie pour un striptease (mal)heureusement intégral…

Fin de la récré, les lumières s’éteignent, lights rouges, backdrop Slipknot, et ça commence. Enfin, pas tout de suite, d’abord l’intégrale du générique de K2000 qui s’éternise, d’autant que rien ne bouge sur scène malgré les clameurs. Ceci évacué, nouvelle intro (!), et cette fois c’est la bonne, « (Sic) » précède « People = Shit », puis « Gemetria ». Le son est là, puissant, massif, implacable ; les musiciens semblent gonflés à bloc, on attaque fort pour se prendre une bonne gifle de puissance autant que de nostalgie (rappelons que le « vrai » premier album date de 1999…). Une sensation renforcée par une scène plus sobre : pas de perchoirs ou de grands décors, exit le superflu pour se focaliser sur une prestation brute dans une ambiance presque de club. Clown n’est malheureusement toujours pas de la partie, étant absent pour raisons familiales depuis quelque temps déjà, mais son ombre plane dans la salle avec son évocation par Corey à deux reprises pour faire du bruit pour lui.

Clown ou pas, le show est là, et notamment par un Michael Pfaff, alias Tortilla man, percussionniste de son état, avec son masque à cornes qui parcourt la scène comme une marionnette folle, saisissant au fil de la soirée matraques ou encore batte de baseball pour s’amuser et apporter une dimension théâtrale, voire burlesque, à la soirée. Le chant de Corey est incisif, le bougre est bien en voix et a la pêche, le masque historique à dreads sur la tête, un pied sur l’enceinte devant lui, jambe d’appui fléchie, comme un serpent prêt à bondir. Attention particulière pour le petit dernier de la bande, Eloy Casagrande, derrière ses fûts. Si la renommée de celui-ci n’est plus à faire par ses vidéos internet et son parcours dans Sepultura, force est de constater que son intégration au sein de Slipknot est parfaite, apportant une vélocité et une puissance à l’avenant de la musique du groupe.

La soirée passe à une vitesse effrayante, et déjà les derniers morceaux et le rappel sont annoncés, avec un public ravi d’avoir pris une grosse claque d’un groupe au top. Et pourtant, même si le plaisir est évidemment là et que tout le monde sort conquis par cette centaine de minutes offerte par les Américains, les plus tatillons, les chipoteurs, les casse-pieds auront tout de même quelques bémols. En premier lieu, la dynamique un peu étrange du show : la furie des chansons est très, trop, entrecoupée par des interludes, lumière bleue, fond sonore, scène seulement occupée par DJ et sampler pendant de longues secondes avant que les autres musiciens ne reviennent, ou par les discours aussi sympathiques que convenus de Corey (« c’est le meilleur show de la tournée ! », « faites du bruit pour Clown », « merci d’être là, on vous aime » ou encore « on adore la France, c’est meilleur à chaque fois qu’on revient »). Au final, il y a rarement plus de deux titres qui s’enchaînent, ça permet de reprendre un peu son souffle, mais on rappelle qu’on est quand même là pour en prendre plein la truffe, merci de respecter notre masochisme, messieurs les Américains !

Peut-être qu’en évitant toutes ces pauses, on aurait pu avoir un titre en plus pour parfaire encore le bonheur, et pourquoi pas une pépite plus méconnue ? Parce que c’est là qu’est le second petit bémol : la setlist en elle-même, facile et prévisible. Ne faisons pas la fine bouche, on entend ce qu’on attend d’un live de Slipknot, on se prend du « People = Shit », du « Wait And bleed » ou « Psychosocial », qui ont fait les grandes heures du Knot, avec une puissance inégalable. Mais on peut aussi s’interroger sur la liberté dont disposent aujourd’hui des groupes comme Slipknot qui ont jalonné leur carrière de hits indéboulonnables que tout fan a envie d’entendre en concert. Faire l’impasse sur « Heretic Anthem » ? Impensable. Sur « Wait And bleed » ? Inimaginable. Sur « Duality » ? Impardonnable. On peut légitimement se demander si ce genre de formation établie ne devient pas prisonnier de ces titres que tout le monde attend sur scène et qui apportent aussi un confort au groupe qui peut se reposer dessus pour délivrer un show « safe », sentiment qu’on a peut-être pu avoir un peu ce soir.

Quelques innovations, quelques prises de risques sur une setlist pour surprendre, ravir aussi, seraient les bienvenues, mais ne boudons pas notre plaisir de cette soirée qui aura comblé à l’extrême tous ceux qui ont fait don de leur corps et de leurs tympans ce soir. Et une petite confidence : quelle que soit la setlist, quand Slipknot reviendra, on reviendra aussi…

Setlist (source setlist.fm) :

(sic)
People = Shit
Gematria (The Killing Name)
Wait And Bleed
Nero Forte
Yen
Psychosocial
Tattered & Torn (Sid Wilson remix)
The Heretic Anthem
The Devil in I
Unsainted
Duality

Rappels :
Spit It Out
Surfacing
Scissors

Photos : Nicolas Gricourt (galerie photo disponible ici).



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