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Interview   

Soen compte sur sa sincérité


La force n’est pas toujours là où on croit. Pour Soen, elle est dans la vulnérabilité, dans la capacité à se reposer sur les gens, à dépendre d’eux, à compter sur eux, et donc à assumer ses faiblesses. C’est là le message de Reliance. Un nouvel album aux contrastes accentués où l’on retrouve un groupe toujours aussi attaché à l’humain, à l’organique et à la sincérité qu’ils promeuvent comme valeur, jusque dans leur manière de se présenter sur scène et en photos.

Nous en discutons de long en large avec le chanteur Joel Ekelöf – d’humeur légèrement caustique ce jour-là, il nous avait prévenus – et le batteur Martín López, duo de têtes pensantes de la formation suédoise. Un entretien plein de sincérité, justement, où les deux musiciens se dévoilent un peu plus, avouant avoir du mal à trouver leur place dans un monde polarisé, où le raisonnable et la nuance tendent à disparaître, ou évoquant l’impact sur leur personnalité de leur éducation catholique.

« Il y a des gens dans la scène progressive qui essayent de trouver une formule pour dire ce qu’est censé être le rock progressif. Pour moi, ça n’a aucun sens. C’est conservateur. Ce n’est pas progressif. »

Radio Metal : Commençons par le sujet du line-up : votre bassiste, Oleksii « Zlatoyar » Kobel, a décidé de quitter Soen, ce qui a permis à Stefan Stenberg de réintégrer le groupe. Comment cela s’est-il produit ? Qu’est-ce qui a rendu son retour possible maintenant, alors que c’était impossible il y a cinq ans ?

Martín López (batterie) : C’est très simple. Nous sommes de très bons amis. C’était un moment où il a dû faire un choix et prioriser sa vie personnelle et sa famille, et il fallait donc qu’il quitte le groupe, mais nous avons toujours eu un lien spécial avec lui et nous savions que, tôt ou tard, il reviendrait. Il a fait quelques concerts qu’Oleksii ne pouvait faire, donc quand c’est arrivé, c’était tout naturel. C’était aussi un moment très inspirant car l’avoir de nouveau avec nous était quelque chose que nous voulions tous et dont le groupe avait besoin.

Justement, tu as dit qu’« il était un élément très important de [votre] son, qui a soudainement disparu » lors de son départ en 2020, et tu as ajouté que « l’album est meilleur grâce à son jeu ». Qu’est-ce qui, dans son jeu et sa compréhension de la musique, convient si bien à Soen ?

C’est un musicien qui agit vraiment comme un pilier et qui joue en équipe. Il écoute la musique sans le moindre ego. Ça ne l’intéresse pas du tout d’ajouter quoi que ce soit qui n’ait pas sa place. Ça rend le lien entre la batterie et la basse extrêmement puissant. Son son est également excellent. Il a une manière d’attaquer ses cordes qui donne une profondeur au son, ce qui est formidable. Quand nous étions en train d’enregistrer l’album, nous avions de la guitare, du chant et de la batterie, puis quand il est arrivé au studio et qu’il s’est mis à jouer de la basse, tout était cent fois mieux. C’était tellement heavy et puissant. C’est un peu ce qui se passe avec les musiciens, certaines personnes ont ça, elles ont un toucher spécial qui va bien avec certains groupes. C’est le cas de Stefan avec nous.

En tant que batteur, tu as l’impression d’avoir trouvé en lui une sorte d’âme sœur musicale ?

Absolument. J’adore jouer avec lui. Nous avons le même genre de groove et nous choisissons toujours de remplir les mêmes espaces. Je pense que nous venons du même background old school, lorsque le groove était plus important qu’être rapide et technique, et que de faire des parties tape-à-l’œil. Nous allons vraiment bien ensemble quand nous jouons.

Vous sortez votre nouvel album Reliance. Vous affirmez vous inspirer vous-mêmes pour créer votre musique et simplement essayer de faire la meilleure musique possible. Diriez-vous qu’à ce stade, musicalement parlant, le principal objectif de Soen est de perfectionner sans cesse son art ?

L’objectif principal est toujours de composer l’album parfait ou la chanson parfaite que nous aimerions écouter, mais je pense que nous sommes très à l’aise avec la musique que nous faisons, donc nous n’éprouvons pas un besoin désespéré de nous changer. Malgré tout, nous pensons pouvoir développer notre musique, notre style, notre identité, et rendre ça meilleur. « Perfection » est un mot délicat à employer, car ce qui est parfait tend à être ennuyeux. C’est un objectif global à viser, mais, à la fois, il faut laisser les imperfections s’immiscer pour rendre ça réel.

Joel Ekelöf (chant) : En fait, je ne pense que pas qu’on puisse réussir si on n’est pas disposé à s’investir à cent pour cent, si on s’y met avec une attitude détachée, genre : « Ouais, faisons un album. Ce sera un album de plus. » Ça ne fonctionne pas ainsi.

N’y a-t-il pas un moment où l’auto-inspiration ne risque pas de vous faire tourner en rond ? Comment faites-vous pour l’éviter ?

Martin : Je ne sais pas. Si vous écoutez notre discographie du début à aujourd’hui, tout est là. Nous avons des parties metal, des parties jazzy, toute sorte de musique, donc c’est bien de s’auto-inspirer avec notre musique. A la fois, ce n’est pas tout à fait comme ça, ce n’est pas comme si nous n’allions jouer que des choses qui sonnent comme sur nos albums précédents. Tout ce qu’on écoute et qu’on aime est inspirant et trouve un chemin dans sa musique, d’une façon ou d’une autre. Ce que nous voulions dire est plus que nous ne regardons pas les autres groupes qui jouent dans notre style pour nous inspirer. Nous nous regardons nous-mêmes.

Joel : Je pense que nous avons la chance de n’avoir pas commencé comme un groupe ayant un concept ou un thème. Par exemple, quand on est censé chanter uniquement au sujet des pirates, je suppose que c’est dur de se renouveler à chaque album. Je n’ai rien contre la musique de pirates, c’est super, mais tu vois ce que je veux dire.

« Quand tu parles à des coaches vocaux, ils disent toujours : ‘Trouve ta tonalité.’ Non, pas forcément. Trouve ce qui sonne cool, pas nécessairement ce qui est confortable et facile. »

Et maintenant, pourrait-on imaginer Soen écrire une chanson ou un album sur les pirates ? [Rires]

Je pense que ce serait un petit peu hors sujet [petits rires]. Je ne vois pas ça se produire.

Martin : Nous ne croyons pas aux pirates. Nous pensons qu’il s’agit d’une construction des réseaux sociaux.

Joel : [Rires] Les pirates n’ont jamais existé. Plus sérieusement, certains groupes font ce genre de chose et bien sûr, ce serait marrant de faire une chanson pirate ou de bossa nova – les musiciens aiment généralement beaucoup de musiques et de styles –, mais je ne sais pas si ça apporterait vraiment quelque chose. On peut toujours le faire dans son temps libre.

Joel, tu as déclaré : « Après nos premiers disques, on avait un peu l’impression d’être enfermés par le public qui pensait qu’on allait faire tel type de chanson, c’est-à-dire une ‘aventure progressive’ en suivant une recette. » L’idée de recette semble contradictoire avec celle de progression : penses-tu qu’il existe une idée fausse sur la musique progressive, même au sein de la scène progressive ?

Oui, je crois qu’il y a des gens dans la scène progressive qui essayent de la définir et de l’enfermer, et de trouver une formule pour dire ce qu’est censé être le rock progressif. Pour moi, ça n’a aucun sens. C’est conservateur. Ce n’est pas progressif.

Martin : Pour nous, être progressif est un état d’esprit où on dit : « Y a-t-il quelque chose que j’aimerais mettre dans cette musique et que je ne mettrais pas parce que j’évolue dans un cadre donné, ou bien suis-je totalement libre ? » Nous, nous sommes totalement libres de faire ce que nous voulons. C’est en ce sens que nous pensons être progressifs. Ça veut parfois dire que nous écrivons une ballade ou une chanson de metal classique. Si tu définis un groupe sur la base d’un morceau ou d’un album, c’est absurde. Dans notre carrière, nous avons été progressifs. Dernièrement, nous sommes plus orientés metal, simplement parce que nous voulons jouer plus heavy, mais c’est notre manière de penser qui nous rend progressifs, le fait que nous faisons exactement ce que nous nous sentons de faire.

Joel : L’un de mes albums préférés est Selling England By The Pound de Genesis. On y trouve « Firth Of Firth » et toutes ces chansons, mais il y a aussi « More Fool Me ». C’est une chanson pop de trois minutes, mais elle est géniale. Si un groupe progressif faisait une chanson comme celle-là aujourd’hui, on lui balancerait un tas de merdes à la figure : « Ce n’est pas progressif ! » Allez, c’était Genesis avec Peter Gabriel ! On ne peut pas dire que ça ne fait pas partie de la scène progressive.

De toute évidence, l’émotion est au cœur de la musique de Soen. Joel, tu as déclaré que « si [tu es] trop à l’aise, [tu] ne pourr[as] pas exprimer correctement [tes] émotions » : cela signifie-t-il que tu cherches délibérément à te mettre dans des situations inconfortables ?

Oui, bien sûr. Quand on est dans sa zone de confort, ça ne fonctionnera pas, car ça devient trop facile. On a besoin de résistance, d’un défi. Quand on est à l’aise, c’est là qu’on commence à se répéter. Ça vaut pour tout dans la vie. Ne vous mettez pas trop en position de confort. Musicalement, il y a plein d’astuces pour faire ça. Parfois, nous faisons une chanson dans une tonalité plus aiguë sur laquelle je ne suis pas forcément à l’aise vocalement. Ce n’est pas toujours la tonalité la plus facile pour chanter, mais quand tu dois pousser un peu ta voix et te battre avec, ça apporte un certain sentiment de désespoir, un côté brut, et ça peut être super. Quand tu parles à des coaches vocaux, ils disent toujours : « Trouve ta tonalité. » Non, pas forcément. Trouve ce qui sonne cool, pas nécessairement ce qui est confortable et facile. C’est un exemple de choses que nous faisons sur de nombreuses chansons. Sur cet album, en particulier, nous poussons beaucoup le chant pour que ce soit intéressant et dynamique.

« Le plus facile est de nous isoler pour ne laisser personne nous attraper et nous faire du mal, ou bien de nous donner l’air fort. C’est la voie de la lâcheté. S’exposer et être vulnérable, c’est courageux. »

Reliance est un album qui pousse votre musique dans ses extrêmes : les passages les plus heavy sont encore plus heavy, les passages plus doux encore plus doux. Ça crée un joli contraste et peut-être une plus grande clarté. Je sais que vous n’abordez jamais un album avec un plan précis, alors qu’est-ce qui vous a menés à ce résultat ?

Martin : Nous avons encore une boussole interne qui nous guide vers un certain équilibre nécessaire à notre musique pour qu’elle soit bonne et qui nous fait sentir que la chanson est complète. Si nous faisons un morceau complètement heavy du début à la fin, ça peut aller, mais si nous avons une moitié de musique comme ça, nous nous ennuyons. C’est pareil avec les parties calmes. Il nous faut de la tension, de la beauté, de la dissonance, de l’agressivité, etc. pour avoir le sentiment d’obtenir quelque chose qui soit plus que juste cinq agréables minutes. Je ne sais pas exactement pourquoi nous faisons ça, mais c’est notre truc : nous continuons à bûcher jusqu’à ce que nos chansons aient tous ces hauts et ces bas, tout en gardant une cohérence.

Vous prônez l’unité. À ce propos, Martin, tu as dit : « Ce qui nous agace, c’est cette manie de ‘choisir un camp’, alors que pour nous, il est évident qu’il faut toujours choisir le camp de l’humanité. » Si l’on écoute votre musique, elle ne prend pas parti non plus : elle est à la fois lumineuse et sombre, puissante et calme, intense et apaisante, simple et complexe… Cette quête d’unité est-elle au cœur de votre art, voire de votre vie, d’une certaine manière ?

C’est une question complexe et profonde. En tant que personne, on a besoin d’avoir un but dans la vie. En tant qu’être humain, que veux-tu ? Que veux-tu pour les gens qui t’entourent ? C’est pareil pour la musique. Je pense que notre but est assez simple ; c’est un but que tout le monde devrait chercher à atteindre. C’est la justice, la compréhension, l’amitié et un monde meilleur. C’est un peu utopique et presque ridicule de se dire qu’on va changer le monde, mais le peu qu’on puisse faire, il faut le faire. Autrement, en ne faisant rien, on ne fait qu’aider le monde à se consumer. C’est comme si une forêt était en feu et que tu avais juste un verre d’eau, ça ne fera pas grand-chose, mais c’est ce que tu as à disposition, alors autant contribuer à éteindre l’incendie, même avec le peu de moyens dont tu disposes.

Joel : C’est une manière de sauver le monde à l’échelle micro. C’est une manière adulte de chanter sur le fait de sauver le monde. Ce n’est pas naïf, ce n’est pas « Imagine », genre « vivons dans la paix et l’amour ». C’est la vraie vie et ce peut être des thèmes durs, mais à la fois, c’est inutile de s’enfermer dans le négatif. Nous restons des personnes positives, ce n’est pas [avec une voix grave] : « Détruisons le monde, je vais vous défoncer la gueule. » Je ne serais pas à l’aise de dire ce genre de choses à quarante-cinq ans.

Martin : Et ça n’irait pas avec notre musique. Quand nous composons une chanson et que nous nous penchons sur le texte, nous nous demandons : « De quoi est-il important de parler selon toi ? Qu’est-ce qui compte pour toi ? » Donc nous parlons de ce genre de sujet et ils nous placent dans une position où c’est facile d’être attaqué. C’est beaucoup plus facile de chanter à propos d’une bagarre qu’on a eue la semaine passée quand on était ivre, car c’est sans important et tout le monde s’en fiche. Mais nous prenons ce que nous faisons au sérieux, donc nous essayons de parler de sujets sérieux.

Ce qui est intéressant dans « Discordia », c’est la présence de passages extrêmement heavy, probablement parmi les plus heavy que vous ayez jamais eus, qui contrastent avec des sections très éthérées et douces. Il y a vraiment une discordance musicale au sein même du morceau. Dans quelle mesure la musique influence-t-elle parfois le thème d’une chanson ?

Toujours ! Pour Joel et moi, la chanson nous dicte ce qu’il faut écrire. La musique projette des émotions sur nous, ce qui nous permet d’écrire en puisant en nous, avec sincérité.

Joel : Tu as raison : la musique guide le chant. C’est notre manière de faire et c’était le cas de ce morceau en particulier. Nous ne sommes pas Bob Dylan, mais beaucoup de gens semblent aimer nos paroles et nous pouvons facilement les assumer.

« Nous sommes pris en étau, car ces conneries d’extrême droite, c’est de la merde, et je n’aime pas non plus les idées woke. Il n’y a manifestement aucune place pour nous, les hommes normaux qui veulent juste être heureux, dans la société actuelle. »

L’album s’intitule donc Reliance et a pour thème principal le courage de dépendre des autres et de s’appuyer sur eux. Ça implique d’accepter sa vulnérabilité, ce qui n’est pas chose facile, surtout dans le monde actuel. Diriez-vous que la vulnérabilité est une force ?

Oui. Je le crois. On a besoin de courage et de force pour se montrer vulnérable. Le plus facile est de nous détendre loin du monde, de nous isoler pour ne laisser personne nous attraper et nous faire du mal, ou bien de nous donner l’air fort. C’est la voie de la lâcheté. S’exposer et être vulnérable, c’est courageux.

Martin : Et compter sur les autres, avoir des contacts, entretenir des relations significatives avec des gens, c’est la seule façon d’atteindre un certain niveau de bonheur.

Joel : Je trouve que les gens aujourd’hui ne s’autorisent pas suffisamment à être vulnérables. As-tu vu ces gars sur les réseaux sociaux, genre Andrew Tate : « Ne compte sur personne ! Bouge-toi ! Sois fort ! Les femmes de valeur, sers-t’en ! », ce genre de connerie. Essayer de paraître fort en dénigrant les autres, c’est l’attitude des lâches. Je pense qu’il y a une mode. Sur les réseaux sociaux, on voit beaucoup ça : tu es censé être une personne forte et te débarrasser de tes amis « vampires » qui pompent ton énergie, parce que tu n’en as pas besoin, ce genre de truc idiot. Au contraire, tu dois travailler sur ta relation avec les autres, avec tes amis, ta famille. Ça te rendra vulnérable et ce sera douloureux, mais ça finit par payer.

Martin : Il n’y a aucune logique. On est passé de ces gens qui estiment que si, en tant qu’homme, tu t’énerves et hurles quelque chose lors d’un match de foot, tu es une personne à la masculinité toxique, à ces êtres humains dégoûtants qui s’autoproclament mâles alpha. Tous ceux qui sont entre les deux, les hommes censés, n’ont plus voix au chapitre. Soit tu es un psychopathe, soit tu es quelqu’un qui s’offusque pour un rien. Tout le reste n’est pas suffisamment intéressant pour être écouté.

Joel : Nous sommes pris en étau, car ces conneries d’extrême droite, c’est de la merde, et je n’aime pas non plus les idées woke. Aucun des deux ne me plaît. Il n’y a manifestement aucune place pour nous, les hommes normaux qui veulent juste être heureux, dans la société actuelle. « Es-tu du côté de Tate ou de celui de… » Pfff. Je ne suis du côté de personne, je t’emmerde ! [Petits rires]

Dans quelle mesure le mot « Reliance » (dépendance) parle-t-il du groupe, et peut-être même plus précisément de la relation que vous entretenez tous les deux ?

Martin : Enormément. Nous passons tellement de temps ensemble, que ce soit Joel et moi ou le groupe dans son ensemble, pas seulement dans le bus de tournée. Nous avons tous ces rêves en commun et plein de gens qui dépendent de notre réussite. Le fait de compter les uns sur les autres, de se faire confiance et de se respecter, voilà la seule façon de durer, d’y prendre plaisir, d’en être heureux et de croire que ce qu’on fait est la bonne chose à faire.

Joel : Nous essayons de prendre soin les uns des autres, de rester ensemble, d’être toujours une équipe. Il n’y a pas d’autre moyen. Prendre soin les uns des autres implique aussi de maîtriser son ego, de garder un équilibre, de mesurer sa chance d’être là, d’être reconnaissant de pouvoir faire ce qu’on fait, de ne pas laisser les choses nous monter à la tête. En tant que groupe, nous sommes reconnaissants pour ce que nous avons et notre relation, et nous essayons de les préserver. Maintenant, on rentre dans un excès d’amour, je me sens tout chose…

Martin : Ça tombe bien, on vient de sortir notre chanson d’amour.

Joel : Oui. Va te faire foutre Martin [rires].

« En tant que groupe de metal ou metalleux, si tu crois devoir tout le temps avoir l’air d’un dur au point de ne pas pouvoir parler d’amour, c’est que tu souffres d’un grand manque d’assurance. »

Ce qui frappe tout au long de votre discographie, c’est que quoi que vous fassiez, Soen sonne toujours comme Soen. Est-ce aussi quelque chose sur lequel vous pouvez toujours compter ?

Martin : J’imagine que nous aimons un certain type d’atmosphère, de tension ou d’émotion. Que ce soit heavy ou calme, nous avons tendance à toujours nous reposer sur une sensibilité donnée qu’on retrouve dans notre musique. Je suis sûr que nous pourrions composer une chanson de reggae et demander à Joel de faire un accent jamaïcain, et ça sonnerait encore comme nous. C’est un peu la magie de la musique. Nous n’avons même pas à y réfléchir. Nous nous contentons d’écrire des chansons qui nous excitent et que nous avons nous-mêmes envie d’écouter. C’est tout ce que nous recherchons.

Joel : Les gens semblent reconnaître notre son. Nous faisons des chansons et ils ressentent que c’est Soen. Peut-être que ça nous donne plus d’assurance pour expérimenter. Nous n’en sommes pas encore à faire du reggae, mais on verra. En entendant Martin le mentionner, je me dis pourquoi pas ? Allons-y ! [Rires]

La chanson « Primal » décrit le combat existentiel entre l’esprit humain et notre monde actuel. Percevez-vous une dissonance entre la nature même des êtres humains et le monde qu’ils se construisent ?

Martin : A cent pour cent. On sait ce qu’il nous faut et on sait comment l’obtenir, mais on ne le fait pas parce qu’il y a tellement d’autres choses, qu’on sait pourtant ne pas être importantes, qui nous attirent en cours de route. C’est donc une constante lutte intérieure.

Joel : J’aimerais ne pas passer mon temps sur mon téléphone, car ça m’angoisse et je déteste ça, mais je le fais, tu le fais, on le fait tous. On continue de scroller sur nos téléphones, même si ça nous rend malheureux.

Martin : C’est un exemple sur des milliers de choses qu’on ne devrait pas faire mais qu’on fait quand même. Il y a un peu de ça et un peu du diable qui sommeille en chacun de nous. Le diable nous offre souvent le fruit défendu qu’on aime tant. On croque un morceau, puis on pleure le fruit qu’on vient juste de manger. Je pense que ce sera éternellement ainsi.

« Indifferent » est une sorte de lamentation sur la perte de l’amour : est-ce un sujet central pour vous dans le monde d’aujourd’hui ?

Joel : Je ne sais pas. Je ne dirais pas ça. C’est intemporel : ça fait mal quand un lien se brise. L’amour compte pour l’être humain depuis, au moins, qu’il a un abri et de la nourriture. Donc je ne crois pas qu’on ait perdu cette notion. Il ne faut pas non plus être à ce point apocalyptique. Ce n’est pas aussi moche que ça. Mais l’amour fait mal.

Martin, tu as dit que vous avez « toujours su que chanter sur l’amour, surtout dans une ballade, c’est un peu cucul, mais [vous] av[ez] atteint un âge où [vous vous] en fich[ez], vous sent[iez] que cette chanson parlait d’amour, et qu’elle devait parler d’amour ». Y a-t-il beaucoup de choses que vous avez hésité à faire ou que vous ne vous êtes pas autorisés à faire par le passé ?

Martin : Non. Nous sommes vraiment honnêtes dans les sujets que nous abordons. Et plus nous vieillissons, moins nous nous soucions de savoir si c’est gênant ou cucul, justement parce que c’est honnête et sincère. C’est aussi ça être progressif : n’avoir aucun scrupule. Même si nous sonnons comme un groupe de metal et que ça impliquerait que nous ne devons pas parler de politique, d’amour ou de je ne sais quoi, et que nous devons jouer les durs… Nous sommes trop vieux pour ces conneries. Nous faisons vraiment ce que nous voulons et nous nous exprimons comme nous pensons devoir nous exprimer. Nous pouvions donc faire une ballade d’amour.

Joel : Ça découle d’un manque de confiance en soi. En tant que groupe de metal ou metalleux, si tu crois devoir tout le temps avoir l’air d’un dur au point de ne pas pouvoir parler d’amour, si tu as peur d’être tendre, c’est que tu souffres d’un grand manque d’assurance. Nous sommes un groupe metal, si vous ne croyez pas que c’est le cas, n’écoutez pas, mais je suis confiant dans le fait que nous pouvons parler d’amour.

Martin : Nous ne nous forgeons pas une image. Nous sommes presque suicidaires dans notre manière de nous dépeindre, parce que, que ce soit dans notre musique ou lors de nos interviews, nous montrons exactement qui nous sommes. Nous ne jouons pas un rôle et ne cherchons pas à dépeindre une image de nous. Nous sommes de simples musiciens, des parents et, j’espère, de bonnes personnes, et nous parlons de ce que nous pensons vouloir parler, même si c’est d’amour.

« Nous ne nous forgeons pas une image. Nous sommes presque suicidaires dans notre manière de nous dépeindre, parce que, que ce soit dans notre musique ou lors de nos interviews, nous montrons exactement qui nous sommes. »

Pourquoi est-il si facile pour un groupe de metal de parler de la mort et si difficile de parler d’amour véritable et sincère ?

Joel : Quatre-vingt-dix pour cent des groupes qui chantent à propos de la mort ne sont pas honnêtes quand ils le font. Cela dit, j’écoute aussi ce genre de musique, ça me plaît, pas de problème, mais évidemment, c’est plus facile de chanter à propos de quelque chose quand c’est un concept.

Martin : C’est une image et une manière théâtrale de rendre la musique encore plus heavy et gore. Nous le respectons. C’est comme un film d’horreur.

Joel : Soyons honnêtes, aimerais-tu vraiment écouter un groupe qui est parfaitement sincère quand il parle de dévorer une personne ? Non, il faut que ce soit une fiction. Mais nous, nous avons fait le choix de faire une musique sincère, ce qui fait qu’il est plus dur de chanter à propos de cannibalisme [rires].

« Draconian » est une chanson qui parle de religion. Vous avez tous les deux reçu une éducation catholique, alors que la plupart des Suédois ont plutôt été élevés dans la tradition luthérienne. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette éducation catholique, comment elle vous a façonnés, comment vous vous en êtes peut-être éloignés et ce que vous en avez conservé ?

Martin : Comment sais-tu tout ça ? Tu as toutes ces informations à propos du groupe que moi-même je n’ai pas ! [Rires]

Joel : Ce que j’ai retenu de mon éducation catholique, si je me compare à mes amis, c’est mon expérience du symbolisme et des mystères. Ils étaient simplement là quand on allait à l’église. On en parlait beaucoup et c’était naturel que ça fasse partie de sa vie. Quand tu parles à d’autres Suédois, ils ne connaissent pas tellement ça. En dehors de ça, il n’y a pas énormément de différence. J’aime l’atmosphère sérieuse, ce silence, cette gravité, cette tension, que dégagent les églises catholiques. Je déteste quand on va dans une église suédoise et qu’ils sont là : « Allez, amusons-nous ! » C’est quoi ces conneries ? Quitte à parler de croyance et de religion, autant le faire à fond. Dans les églises suédoises, ils disent : « Vous n’êtes pas obligés de croire en Dieu pour être ici. Soyez juste de bonnes personnes. Amusez-vous. »

Martin : Nos enfants chantent dans un chœur d’église. Enfin, ce n’est pas un chœur d’église, c’est une chorale qui se trouve être dans une église. J’ai invité Cody [Ford] à venir les écouter. Nous étions assis là pendant quarante minutes et il n’avait pas conscience d’être dans une église, dans la maison de Dieu, pour lui c’était un bâtiment comme un autre. Personnellement, je suis allé à l’école catholique et nombre des enfants qui étaient avec moi se destinaient à devenir prêtres, c’était donc de vrais croyants. Or moi, je ne croyais pas vraiment, donc j’avais l’impression de ne pas avoir été élu. Je me demandais : « Qu’est ce qui se passe ? Je suis ici, j’ai été bon. Où est passé ce moment d’illumination dont les gens parlent ? » Car ils n’arrêtaient pas de me dire : « Un jour tu ressentiras que Dieu t’a choisi. » Et moi, j’étais là : « Il ne m’a pas choisi ! » Je me sentais un peu exclu des bonnes choses, du doux miel et du bon lait du paradis. A la fois, j’ai constaté la quasi-folie de certains de ces jeunes de mon âge. Quand tu te destines à devenir un prêtre catholique, jamais tu ne coucheras avec quelqu’un. C’était des gosses de quatorze ans bourrés d’hormones et pourtant il y avait une telle ferveur dans leur croyance que jamais ils n’allaient avoir de relation avec une femme. C’est quelque chose de très fort.

Joel : Notre manière de raisonner peut paraître très étrange pour des gens venant d’autres pays, car la Suède est le pays le plus extrême au monde dans son rapport à la religion, c’est extrêmement laïque. La religion n’est pas du tout intrusive ici. Si je venais d’un autre pays où la religion l’est dans la vie des gens, je raisonnerais probablement autrement. Ici, en Suède, on est un peu trop décontracté et alors, on se dit : « Ah merde, ce serait pas mal si, pour une fois, il y avait un peu d’intolérance catholique » [rires]. Je plaisante, mais tu vois ce que je veux dire. C’est très spécifique de la Suède.

« Ici, en Suède, on est un peu trop décontracté et alors, on se dit : ‘Ah merde, ce serait pas mal si, pour une fois, il y avait un peu d’intolérance catholique’ [rires]. »

Martin : D’un autre côté, grâce à cette école, j’ai vu beaucoup de jeunes gens complètement désespérés, qui n’avaient rien d’autre que de l’obscurité comme perspective, retrouver de l’espoir et un sens à leur vie. Je ne peux pas seulement parler négativement des croyances, car j’ai vu le bien que ça peut aussi faire aux gens. Je déteste ces prédicateurs avides d’argent, mais je sais que des personnes peuvent avoir parfois besoin de quelque chose qui dépasse notre monde terrestre et de vivre en fonction ça.

Joel : Quand tu retires complètement la pression religieuse, comme c’est le cas en Suède – ce qui est super, ce devrait toujours être comme ça –, arrive un moment où de petites parties de celle-ci finissent par nous manquer. Mais évidemment, la majeure partie du monde vit un véritable enfer en matière de pression religieuse.

Joel, tu as déclaré que ton éducation catholique t’avait appris « qu’on naissait avec la culpabilité, qu’on était un pécheur et qu’on portait le mal en soi, mais qu’il fallait combattre ça et s’efforcer d’être bon ». Votre quête perpétuelle d’amélioration, y compris au sein de votre groupe, trouve-t-elle finalement son origine là-dedans ?

Oui. Bien sûr. Tu te réveilles chaque matin et tu as l’impression d’être une grosse merde qui ne mérite pas de respirer sur cette Terre. Alors tu dois faire tes preuves. A cent pour cent [rires]. C’est la force que nous motive.

Martin : Crois-le ou non, Joel et moi nous retrouvons souvent en tournée à parler de ce sujet, à propos de la façon dont notre éducation nous a aidés à aller un peu plus loin, à cause probablement de ce que tu mentionnes. Il y a un besoin de rédemption pour lequel nous devons lutter sans cesse, à devoir toujours être meilleurs. Ça vaut musicalement mais aussi probablement en tant que personnes. Je ne suis pas en train de dire que nous y arrivons, mais nous continuons d’essayer.

Vous affirmez vous exprimer cette fois-ci, sur cet album, avec des paroles « très directes, très peu poétiques, sans fioritures ». Qu’est-ce qui vous a poussés à abandonner en partie les métaphores et les pincettes, et à être plus directs ? Était-ce un sentiment de lassitude ?

Joel : Nous avons commencé à trouver qu’avec des mots plus directs, sans considérations poétiques, ça devenait encore plus honnête et sincère. D’autant plus aujourd’hui avec l’IA où tout le monde peut assembler des mots et créer quelque chose qui n’a aucun sens.

Martin : Il y a aussi que l’environnement dans lequel on vit demande un message clair et fort. Si on veut que quelqu’un écoute ce qu’on a dire, celui-ci ne peut pas être dissimulé derrière des milliers d’images. Nous pensons que ce que nous voulons dire doit être dit, et qu’il faut le dire franchement et sans détour.

Soen ne fait pas partie de ces groupes qui explorent des thèmes historiques, mythiques et fantastiques. Diriez-vous que le temps n’est pas à l’évasion, mais à la confrontation avec la réalité ?

Tout dépend de la personne et comment elle se sent de s’exprimer. Pour nous, et en particulier avec la musique que nous avons créée, c’était ce qu’il fallait faire.

Joel : Je ne suis pas très porté sur l’évasion, du moins actuellement. Donc, en effet, ce n’est peut-être pas le moment pour ça.

Martin : On s’évadera quand on sera mort !

Joel : J’imagine que c’est en partie ça être adulte : se poser, être un peu sérieux et parler de manière franche aux gens.

L’artwork de l’album reflète un terme qui vous est cher : organique. Par ailleurs, c’est amusant de constater à quel point elle rappelle la série télévisée et le jeu The Last Of Us, avec ces zombies recouverts de champignons. Y a-t-il un lien quelconque ?

Martin : Non. Cela dit, j’ai regardé la série. J’en ai aimé certains aspects et je me suis aussi fait la réflexion, mais ce n’est pas lié.

Joel : C’est un bon thème ! J’ai assez peur des champignons maintenant. En fait, nous avons trouvé cette œuvre et simplement pensé qu’elle irait bien avec l’album.

Martin : On pourrait faire tout un séminaire sur la façon dont les champignons sont connectés et forment une sorte de société, comme nous les humains, mais ce serait du flan. C’est juste une magnifique image qui représente visuellement le son de l’album : c’est à la fois beau et un peu effrayant.

« Je sais qu’il y a toutes ces peurs autour de la déferlante de l’IA, mais pour être franc, je ne suis pas sûr de comprendre. Je la vois, mais j’éteins, je débranche le câble et il n’y a plus d’IA. Je n’arrive pas à rentrer dans ce mode de pensée apocalyptique sur l’IA. »

Ça rejoint ce que vous disiez plus tôt, mais l’honnêteté dont vous parlez sans cesse se reflète dans votre image, que ce soit en photo ou sur scène. De ce fait, vous allez à contre-courant d’une tendance où les groupes ont de plus en plus recours à des subterfuges, qu’il s’agisse de monter un grand spectacle théâtral – comme Powerwolf, Avatar ou Ghost – ou de jouer sur l’anonymat, qui devient un outil marketing de plus en plus important – comme pour Sleep Token ou le nouveau groupe President. On dirait que tout ça est devenu indispensable pour attirer l’attention et toucher un public plus large. Cela ne vous décourage-t-il pas parfois ?

Je respecte ces groupes. Tu peux t’exprimer comme tu en as envie. Mais tout ça, c’est une question d’image, et je pense que nous n’avons pas le même intérêt qu’eux pour le développement de l’image du groupe. Nous aimons la musique et nous voulons être nous-mêmes. Peut-être que ça ne nous aide pas sur le plan commercial, mais il n’y a pas d’autre manière de faire pour nous. Je ne me sentirais pas bien en me forçant à être ce que je ne suis pas sur scène ou à trouver des thèmes qui ne m’intéressent pas. La vie est courte, alors j’ai envie de la passer en étant moi-même et en faisant ce que je veux. Mais ça ne me décourage pas du tout, parce que je ne crois pas que l’image soit suffisante. Il faut aussi avoir la musique, or la plupart des groupes que tu mentionnes sont aussi de bons groupes. Ça ne veut pas dire qu’ils font de la musique que j’écoute, mais ils sont très professionnels et bons dans leur domaine. En plus de ça, ils veulent y ajouter une dimension théâtrale, et c’est cool. Honnêtement, je ne peux me baser que sur ce que nous avons, et nous en sommes contents. Le groupe nous permet de payer le loyer et de nourrir nos enfants, et c’est plus que ce que nous aurions pu espérer, compte tenu de la musique que nous choisissons de jouer.

Tu as déclaré : « Nous avons eu la chance d’être des outsiders et avons dû nous battre pour réussir. C’est un état d’esprit que Joel et moi conservons dans nos carrières musicales ; nous sommes très ‘outsiders’ dans notre façon de penser et prêts à nous battre pour faire grandir le groupe et être respectés en tant que musiciens et paroliers. » Quels obstacles avez-vous rencontrés pour faire grandir le groupe et obtenir ce respect ?

Nous ne voyons pas les choses ainsi. Ce ne sont pas des obstacles. Ce sont juste les choix que nous avons faits, c’est-à-dire chanter pour la classe ouvrière, ne pas vendre de fausses ballades d’amour, ne pas faire plein de choses qui auraient pu nous aider à atteindre un succès commercial mais avec lesquelles nous n’aurions pas été à l’aise. Les obstacles que nous avons affrontés étaient là de fait de notre propre nature. Il y a eu tellement de gens extérieurs qui nous ont donné des idées, du genre : « Vous cartonnez dans la scène prog, vous devriez aller encore plus loin dans ce style et faire des pochettes d’album avec ci et ça, peut-être même jouer des reprises de tel ou tel morceau. » On nous a aussi dit : « Vous devriez être plus metal, c’est comme ça qu’on attire l’attention. » Franchement, pourquoi ? Je suis qui je suis. Dans ma collection de disques, j’ai du Genesis, du Carcass et du ABBA. Je ne veux pas créer une illusion simplement pour gagner de l’argent. Je suis content de ce que j’ai et le succès qu’a le groupe me suffit.

Soen est très centré sur l’humain. Tout à l’heure, vous avez mentionné l’IA, une technologie qui va à l’encontre de tout ce que vous représentez et défendez. Cela vous inquiète-t-il, non seulement en tant qu’artistes, mais aussi pour l’avenir de l’humanité ?

Je sais qu’il y a toutes ces discussions et peurs autour de la déferlante de l’IA, mais pour être franc, je ne suis pas sûr de comprendre. Je la vois, mais j’éteins, je débranche le câble et il n’y a plus d’IA. Je n’arrive pas à rentrer dans ce mode de pensée apocalyptique sur l’IA, mais j’ai été épaté par ce que c’est capable de faire, même si… J’ai entendu des chansons et, sans pouvoir entendre que ce n’était pas humain, j’ai trouvé la musique produite assez peu intéressante. Je sais que tôt ou tard, on aura des problèmes avec ça, mais à l’heure actuelle, on en a de plus gros à gérer avant de partir en guerre ouverte contre l’IA. Je ne sais même pas comment ça s’utilise. Mes enfants m’ont montré ces applications où on met une photo et ça la transforme dans le style du studio Ghibli. Je ne vois pas encore comment ça pourrait améliorer la vie ou la rendre plus facile, en tout cas, pour l’instant – je ne sais pas ce qu’il en sera demain. Mais il est clair que je ne compte pas faire de musique avec. Ecrire de la musique est mon but dans la vie, c’est ce que j’aime le plus, donc je ne vais pas donner ça à une foutue machine.

Interview réalisée en visio le 14 janvier 2026 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Linda Florin (1, 2, 3, 4, 8).

Site officiel de Soen : www.soenmusic.com.

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