Aðalbjörn Tryggvason alias Addi n’a pas beaucoup de frontières musicales (si ce n’est peut-être le jazz et le rap). On l’a vu dernièrement avec ses deux nouveaux projets radicalement opposés, Isafjørd et Bastarður, et on le voit surtout avec son groupe principal Sólstafir qui, même si ce dernier a su se forger une identité immédiatement reconnaissable, voit ses influences aller de Neil Young à Mayhem, en passant par Bon Jovi. Du moment que ça marche et que le résultat est bon, c’est tout ce qui compte.
La preuve une nouvelle fois avec Hin Helga Kvöl, un nouvel album qui a volontairement donné lieu à un exercice de concision, dont nous parle le chanteur-guitariste. Il évoque ce jeu d’inspirations, celui des divers invités, celui du changement – de studio, de producteur, de label, de membre… – nécessaire pour éviter la stagnation, mais aussi son parcours en tant que fan, rentrant dans son histoire avec le classic rock, le black metal et le heavy, avec un petit détour sur les notions de solitude et de souffrance qu’on retrouve dans les thématiques.
« C’est presque comme si j’avais des antennes branchées dans ma tête et que je les allumais sans savoir ce que je vais capter. Ce pourrait être de la pop française, du black metal norvégien, du rock n’ roll américain, de la musique de western spaghetti, de la musique gothique britannique… Je ne sais pas ! »
Radio Metal : Quatre années se sont écoulées depuis Endless Twilight Of Codependent Love, mais entre-temps, tu ne t’es pas tourné les pouces. Tu as sorti des albums avec deux autres projets : le post-rock d’Isafjørd et le crust punk de Bastarður. Aussi vaste que puisse être Sólstafir musicalement, est-il devenu trop restrictif pour toi ?
Aðalbjörn « Addi » Tryggvason (chant & guitare) : En fait, j’ai travaillé sur les trois albums en même temps. Peut-être que je n’aurais pas dû, mais c’est classique de ma part. Bien sûr, l’album de Sólstafir était la priorité et est sorti en premier. Tu as raison, Sólstafir est très varié et je me sens très privilégié de faire partie d’un groupe dans lequel je peux adopter plein de styles musicaux que j’aime, mais il y a une limite. Je ne peux pas le faire sonner comme Entombed ou les Beatles, parce que Sólstafir ne sonne ni comme l’un ni comme l’autre. J’ai fait partie de groupes de death metal dans les années 90 et j’ai toujours rêvé de faire quelque chose dans la veine d’Entombed, Disfear et ce genre de chose. Faire un album comme ça était sur ma liste de choses à faire avant de mourir. C’est assez éloigné de Sólstafir sur le plan sonore, mais il y a des riffs là-dedans qui auraient pu être dans des chansons du groupe il y a vingt ans, peut-être parce que j’ai écrit les riffs dans Sólstafir il y a vingt ans et que j’ai écrit tous ces riffs-là aussi. Isafjørd, en revanche, était plus une occasion de jouer avec un autre ami à moi. Ragnar [Zolberg] et moi sommes de bons amis. L’idée de faire de la musique avec son ami, c’est merveilleux. Sólstafir est comme une famille, je suis marié à ces gars, mais ça ne m’empêche pas à côté d’avoir une liaison parfaite avec quelqu’un d’autre et de faire de la musique avec lui !
Ce qui est intéressant est que ces deux projets sont à deux extrêmes du spectre. Est-ce que ton côté clair et ton côté obscur sont représentés par ces derniers, et Sólstafir serait au milieu ?
C’est bien vu. Je suppose. J’ai toujours été attiré par la musique vraiment heavy, que ce soit le death metal brutal ou le grindcore, mais j’adore aussi les Beatles et la pop. Comme tu l’as dit, ce sont les extrêmes de Sólstafir si on emmenait le côté pop encore plus loin et si on rendait les éléments heavy encore plus heavy. Tu as raison !
Tu as dit que tu n’aurais pas dû travailler sur les trois albums en même temps. Pourquoi ?
C’était trop ! J’ai cru que je pourrais y arriver. Cette fois, pour le nouvel album de Sólstafir, je n’ai travaillé sur aucun autre album. J’ai appris. Je ne dirais pas que les disques en ont souffert, mais je pense qu’un album mérite plus d’attention que de n’être qu’un album parmi trois ou quatre sur lesquels on travaille en même temps. Je me suis donc assuré de donner toute mon attention à Hin Helga Kvöl. J’ai travaillé très dur dessus, pendant dix-huit mois. Je n’ai travaillé sur aucun autre album au même moment. J’ai pu davantage me concentrer. Enfin, je suis toujours en train de faire trois ou quatre albums dans ma tête – et je suis en train de faire quatre albums dans ma tête en ce moment même ! J’ai du mal à me concentrer ou à me focaliser, ça fait partie de de mon TDAH ou peu importe comment on appelle ça. Il fallait que je me focalise sur cet album de Sólstafir et il y a beaucoup choses dedans sur lesquelles je me suis beaucoup concentré. J’ai pris beaucoup de temps pour travailler dessus et le planifier. J’y ai mis mon cœur et mon âme. En l’occurrence, sur l’album d’avant, Endless Twilight Of Codependent Love, Hallgrímur [Jón « Grimsi » Hallgrímsson] a écrit quatre-vingts pour cent des textes. Sur ce nouvel album, j’ai écrit quatre-vingts pour cent des textes. J’ai écrit toutes les lignes de chant. Il y a plus de chant sur cet album qu’habituellement. Ça m’a pris un peu de temps, parce que nous avons enregistré l’album ensemble, nous sommes allés dans un joli studio pendant huit jours pour enregistrer les bases, et ensuite, j’étais pratiquement seul pour faire toutes les parties vocales.
Tu dirais alors que cet album a bénéficié de plus de réflexion ?
En fait, c’est comme si tu avais dix enfants ou deux enfants : je pense que les deux enfants recevront plus d’amour de la part des parents que s’il y en avait dix. Là, je me concentrais sur un seul, donc je pouvais davantage prendre soin de lui. Et il y avait plus de pression pour les autres albums. Il n’y en avait pas vraiment pour celui-ci. Nous l’avons enregistré en mai 2023, mais nous savions qu’il n’allait pas sortir en 2023, car nous transitionnons entre deux labels, nous l’avons financé nous-mêmes, etc. Je savais donc que j’aurais une structure de l’album en mai, et je n’ai commencé à écrire les paroles qu’à la fin de l’année et début 2024, je finissais le chant. J’avais donc beaucoup de temps pour travailler sur les parties vocales. Mais bien sûr, au moment où je me suis mis sur le chant, je travaillais sur différents trucs. Les dix-huit mois de concentration dont je parlais, c’était surtout sur la composition musicale. C’était presque comme être isolé, même si j’étais là en ville, que j’allais voir mes parents et ma fille, et que j’allais au boulot.
« Un jour j’ai écouté Soulside Journey de Darkthrone, j’adore cet album ! Ça a été une énorme inspiration quand j’étais bassiste de death metal en 1991. Tout d’un coup, Darkthrone a fait un album de black metal, j’ai détesté ! Je me suis senti trahi. Mais entre six mois et un an plus tard, j’ai réécouté l’album et quelque chose avait changé, j’ai adoré ! »
Mai 2023, c’était il y a longtemps. L’album ne te paraît-il pas vieux aujourd’hui ?
Pas vraiment. Nous n’avons encore jamais tourné pour le soutenir. Seules deux chansons de l’album ont été jouées en live. Nous sommes encore en train d’apprendre à jouer certaines choses. Si ça s’est passé comme ça, c’est aussi parce que notre batteur a dû se retirer, il avait un nouvel enfant, il était très occupé. Mai 2023 est arrivé, puis il a fallu que nous répétions avec un nouveau batteur pour l’été, puis après l’été il y avait une tournée, puis Noël est arrivé, puis février où nous avons dû répéter pour une autre tournée. Pendant ce temps-là, je travaillais sur le chant et les paroles. Donc vieux ? Non, pas exactement. Ça me paraît naturel de finir un album et qu’il sorte un an plus tard.
Tu as déclaré quelque chose d’intéressant au sujet du processus de composition, tu as dit : « Ça donne l’impression d’entrer dans une pièce dans le noir avec de la peinture et de commencer à peindre, puis au bout d’un moment, on rallume les lumières. » Peux-tu développer ? On dirait que tu ne sais pas vraiment ce que tu fais, que c’est très inconscient…
Oui, parce que c’est presque comme si j’avais des antennes branchées dans ma tête et que je les allumais sans savoir ce que je vais capter. Ce pourrait être de la pop française, du black metal norvégien, du rock n’ roll américain, de la musique de western spaghetti, de la musique gothique britannique… Je ne sais pas ! Parce que tout ce que tu vois, fais et écoutes dans la vie t’affectera. Le cerveau humain est un petit peu complexe et beaucoup de choses s’incrusteront dans ta conscience. Si tu disais : « Les gars, allez dans cette pièce obscure, je viendrai rallumer la lumière dans un mois », je ne peux pas prédire ce qui va se passer ! C’est sûr que ça ne donnera pas un album de jazz, ce ne sera pas non plus un album de hip-hop, ce sera un album de Sólstafir, mais je n’ai pas la moindre idée de la façon dont ça sonnera.
Fais-tu partie de ces artistes qui ne croient pas que ça vient d’eux, mais d’ailleurs ?
Je crois que cet ailleurs a effectivement beaucoup à voir avec ça. Nous sommes juste les esclaves de quelque chose au-delà, peut-être. Il faut que ça convienne, donc si je décidais que nous fassions un album de rap, ça n’irait pas, parce que ce n’est pas ma vocation supérieure. Ma vocation, c’est d’allumer la lumière et de dire : « Les gars, qu’est-ce qui va se passer maintenant ? » D’un autre côté, je n’ai pas envie de trop y réfléchir, parce qu’il faut que ça se fasse naturellement. Je ne veux rien planifier. Enfin, bien sûr, il y a une part de planification. Nous avons planifié quelque chose pour cet album : nous avons prévu d’essayer d’écrire des chansons plus courtes. C’était l’intention initiale. Ce qui n’empêche pas que je n’avais aucune idée des chansons qui allaient en ressortir.
Les chansons sont en effet plus concises cette fois – même s’il y en a une qui fait sept minutes. Tu as dit que c’était « un vrai défi » de faire ça. Qu’est-ce qui fait qu’il est plus dur d’écrire une bonne chanson courte qu’une bonne chanson longue ?
Une chose qui a fait que nous sommes le groupe que nous sommes aujourd’hui était qu’au début des années 2000, nous trouvions des parties atmosphériques et nous les jouions pendant quatre heures jusqu’à ce que tout le monde soit dans une sorte de transe. Je ne parle pas de drogue ou d’alcool, je parle juste de quelqu’un qui joue la musique pendant un long moment, de manière répétitive, avec beaucoup d’effet, tout le monde ressent la montée en puissance, la tension, et quand tu joues ça en live, une magie se produit. Si tu es capable de mettre en bouteille cet esprit, c’est-à-dire sur un album, là, c’est vraiment magique. Nous avons donc beaucoup travaillé là-dessus, à vraiment étirer la musique. Sur Masterpiece Of Bitterness, il y a une chanson de vingt minutes et une autre de près de quinze. Sur le suivant, la plupart des chansons font dix minutes. Nous faisions de longues intros, de longues montées en puissance, de longues parties centrales et mêmes de longues parties de fin. Vingt ou trente ans plus tard, quand tu fais des concerts et que tu as un temps limité, ça ressort dans les discussions : « Ce serait sympa d’avoir des chansons plus courtes, parce que ces longues chansons prennent tout le temps de set. » En parallèle, nous avons toujours cherché à faire des choses neuves et à ne pas nous répéter, donc ça nous a menés à nous demander : « Peut-on composer des chansons courtes sans perdre quelque chose ? » Nous nous sommes dit : « Ok, essayons ! » Il n’allait pas y avoir d’intros de quatre minutes… Enfin, comme tu l’as dit, il y a une chanson de sept minutes. Pour nous, c’est une chanson courte, mais du point de vue d’autres gens, c’est une chanson longue !
« Tom Araya a toujours été mon héros vocal avec Neil Young. »
Est-ce que ça nécessite beaucoup d’autodiscipline de faire des chansons concises, de supprimer des parties, etc. ?
Je suppose. C’est comme si tu filmais un film qui est censé durer deux heures alors que ton découpage fait quatre heures. Tu as quatre heures de film et tu dois te dire : « Il faut respecter la règle, il doit faire deux heures », donc t’es obligé d’enlever des passages. A quel moment est-ce que ça fait du mal au film ? Tu ne veux pas en arriver là, parce que tu ne peux pas retirer les parties cruciales, mais il y a toujours des choses qu’on peut enlever. C’est l’exercice auquel nous nous sommes prêtés cette fois. Je pense que nous avons réussi. Il n’est pas obligé qu’un album fasse toujours soixante-treize minutes, mais nous n’avons pas non plus cette règle et peut-être que le prochain fera soixante-treize minutes, je n’en sais rien du tout ! Peut-être qu’il fera vingt-neuf minutes, comme Reign In Blood, aucune idée.
Pour décrire la musique de cet album, tu as employé un mot : « seul »…
Oui, mais non, ce n’est pas tout à fait vrai. En fait, on m’a demandé de choisir un mot pour décrire l’album, ce qui est pratiquement impossible. La première chose qui m’est venue à l’esprit est « seul », parce que les thématiques proviennent d’un point de vue solitaire, ou d’un sentiment de solitude. Les textes ne parlent généralement pas de gens qui se tiennent la main, qui se sentent bien ou qui sont aimés par quelqu’un. C’est généralement le désespoir en se sentant totalement abandonné, en n’ayant pas de sentiment d’appartenance. Être parmi des gens et quand même se sentir seul est un sentiment fort qui me parle. C’est donc juste un mot que j’ai mentionné. Qu’allais-je dire d’autre ? « Amour » ? « Hippies » ? « Dinosaures » ?
Mais penses-tu que c’est de la musique à écouter seul, presque religieusement ?
A chacun ses goûts. Evidemment, en live, tu es toujours avec un public et tu la vis différemment. Il y a une certaine force qui se dégage quand plein de gens sont réunis, il y a une magie là-dedans. Mais je pense que la plupart des gens aujourd’hui écoutent de la musique seul, dans le bus, dans la voiture, à la salle de sport, etc. La plupart du temps, j’écoute de la musique seul au casque. C’est fini le temps où nous nous réunissions avec tous mes amis dans le salon, à boire de la bière, à fumer des cigarettes et à écouter le nouvel album de Morbid Angel. Ça n’arrive plus. Donc je suppose que la plupart des gens écouteront cet album seuls, lors d’un trajet pour se rendre quelque part, au boulot, peu importe.
On dirait que les gens ont du mal à supporter d’être seuls aujourd’hui – on l’a vu avec la pandémie. Mais penses-tu que passer du temps seul, notamment pour réfléchir, peut être sain voire nécessaire ?
Oui. Être seul et se sentir seul, ce n’est pas la même chose. C’est très malsain si on ne peut pas être seul pendant un moment. Si on ne peut pas partir seul en randonnée… Disons plutôt qu’on est quelqu’un de plus riche si on est capable de partir seul en randonnée, courir ou au cinéma. C’est sain. Je pense que ça peut être dur pour l’être humain d’être tout le temps seul, car en tant que créatures, on est un troupeau, on est faits pour la compagnie – un groupe, un job, la famille, les enfants, c’est de la compagnie –, mais c’est très sain pour une personne de passer un peu de temps seul, si c’est un choix.
Le morceau éponyme et l’avant-dernier, « Nú Mun Ljósið Deyja », voient le groupe revenir à ses racines black metal, un peu comme « Dyonisus » sur l’album précédent. Qu’est-ce qui t’a poussé ces dernières années à y revenir ?
Plusieurs choses. C’est beaucoup lié à la petite tournée que nous avons faite en 2019 pour les dix ans de l’album Köld. Nous n’avions jamais fait de tournée complète pour ce dernier, donc nous l’avons fait en 2019. Nous avons joué toutes ces chansons et certaines ont des parties rapides. Nous avons beaucoup aimé faire ça, c’était amusant ! A un moment donné dans notre histoire, nous avons ressenti le besoin d’opérer un changement et de nous éloigner de l’aspect heavy, simplement pour que notre musique reste fraîche et intéressante, car nous ne voulons jamais nous répéter. Il a fallu que nous nous en écartions pour que nous puissions continuer à nous faire plaisir. Quand nous sommes revenus en arrière en 2019, nous nous sommes demandé : « Si nous composions une chanson dans la veine de ‘Pale Rider’, par exemple, aujourd’hui, comment ça sonnerait ? » Les gens changent, les groupes évoluent, sachant que nous avons aujourd’hui un autre line-up, mais même si ça n’avait pas été le cas, nous aurions été un groupe différent. Ça nous a donné envie de voir comment ça sonnerait si nous refaisions de la musique heavy et rapide. C’était intéressant. J’étais curieux d’avoir la réponse. Oui, il y a eu « Dyonisus » avant, mais je savais qu’il fallait que nous allions un petit peu plus loin encore dans cette direction.
« Je trouve que mélanger Bon Jovi et Mayhem est bienvenu ! Je me fiche de savoir d’où vient l’inspiration quand elle est bonne. »
Un fait intéressant est qu’en 2011, nous avons fait Svartir Sandar et nous avons écrit une chanson très calme – nous avons tendance à écrire des morceaux un peu calmes, mais là ça l’était vraiment. Quand elle n’avait pas encore de titre, nous l’appelions « La chanson de l’Eurovision », parce qu’elle était tellement bizarre. Faites-moi confiance : il n’était pas question de l’envoyer à l’Eurovision, pour que ce soit clair [rires]. Afin de la justifier – car nous faisons du heavy metal, nous ne pouvons pas faire des trucs calmes ! – nous avons rajouté un final black metal. Cette chanson est devenue « Fjara » – j’ai des enregistrements sous cette forme. Finalement, nous nous sommes dit que ça n’allait pas, donc nous avons retiré la fin black metal. Un jour, je faisais de l’archivage avec de vieilles cassettes que je transférais sur ordinateur et je suis tombé là-dessus. J’ai réécouté et il y avait un riff là-dedans que j’ai aimé. Je me suis dit que peut-être nous pourrions l’utiliser. Il y a donc un riff dans « Nú Mun Ljósið Deyja », la seconde chanson black metal de l’album, qui était dans « Fjara » en 2011. C’est étrange comment ces choses se font !
Je sais que tu es avant tout un fan de heavy metal et, surtout, de Judas Priest. Du coup, quelle a été ton histoire initialement avec le black metal ? Comment es-tu passé de l’un à l’autre ?
Ce qui est étrange est que je n’ai pas accroché au heavy metal quand j’étais adolescent. Quand j’étais gamin, ma mère m’a acheté le premier Led Zeppelin et Fireball de Deep Purple. J’ai donc énormément écouté ces albums. Puis j’ai écouté AC/DC et Guns N’ Roses, et je suis passé de ça à Slayer et Kreator, et de là je suis allé vers le death metal, puis le black metal. Ce n’est qu’au début de ma vingtaine que j’ai découvert Judas Priest. Priest est de loin mon groupe de heavy metal préféré. Bien sûr, Iron Maiden est super, mais Priest, c’est vraiment mon truc. En fait, si tu regardes le vieux Judas Priest, dans les années 70 et début 80, c’est presque du classic rock. Ce n’était pas comme Painkiller qui est l’album heavy metal ultime. Comme j’ai dit, j’ai toujours adoré AC/DC, Guns N’ Roses, Deep Purple, etc. donc ça restait dans le même univers. Si tu aimes Deep Purple, tu aimeras les premiers albums de Priest. C’est comme ça que j’ai transitionné vers le heavy metal. Je me souviens qu’au début des années 90, nous écoutions Painkiller car nous trouvions que c’était drôle, avec ce chant haut perché, mais je n’accrochais pas. Mais aujourd’hui, j’ai tellement écouté cet album et tout ce que Judas Priest a fait… Quand je m’y suis mis, j’ai remonté la discographie du groupe et j’y ai découvert des choses incroyables.
Mais le black metal est venu naturellement après le death metal, comme dans l’histoire de la musique. Par exemple, un jour j’ai écouté Soulside Journey de Darkthrone, j’adore cet album ! Ça a été une énorme inspiration quand j’étais bassiste de death metal en 1991. Tout d’un coup, Darkthrone a fait un album de black metal, j’étais : « Hein ? C’est quoi cette connerie ? » J’ai détesté ! Je n’ai pas compris. Je me suis senti trahi. « Comment osez-vous détruire votre groupe comme ça ? » Mais entre six mois et un an plus tard, j’ai réécouté l’album et quelque chose avait changé, j’ai adoré ! C’est étrange. Une fois que j’ai aimé A Blaze In The Northern Sky, il y avait Pure Holocaust [d’Immortal], Thy Mighty Contract [de Rotting Christ], Impaled Nazarene, Beherit, etc. C’était : « Au revoir le death metal floridien. Bonjour le black metal européen ! »
On entend sur ces deux chansons que tu as évolué dans ton chant crié…
D’un point de vue vocal, je trouve que c’est similaire à Masterpiece Of Bitterness, voire un petit peu plus cru. Il y a différents types de chants dans Masterpiece Of Bitterness : il y a « Ghost Of Light » où il y a beaucoup de cris, mais il y a une chanson comme « Nature Strutter » où il y en a moins. Donc je suppose que ça s’en rapproche. Ça fait longtemps que je n’ai pas fait quelque chose de totalement black metal comme Í Blóði Og Anda qui a été enregistré en 1999, mais faire du chant crié reste naturel pour moi. Sur ces chansons, j’ai poussé un peu plus que d’habitude… Mais c’est compliqué de comparer, car tu prends un album et tu dis : « Tu chantes cette chanson comme ça » et je suis là : « Je n’ai pas écouté cet album depuis longtemps parce qu’il ne me parle plus. » Les versions que j’entends sur album ne me parlent plus. Si tu prends, par exemple, la chanson « Ótta » : je ne m’identifie pas à la version de l’album, parce que je l’ai jouée, je ne sais pas, peut-être cinq cents fois en live. La version que je vais donc chanter en répétition ce soir n’est pas la même que celle que vous entendrez sur l’album. Ça change toujours, car quand tu commences à chanter un morceau en live, tu vois ce qui est plus facile, ce qui est plus difficile, ce qui aurait pu être mieux, etc. Une chanson, c’est une entité vivante, donc ça change constamment. La plupart des groupes seraient d’accord avec ça. Tu écris une chanson en 1999 et, fais-moi confiance, en 2025, elle sera un petit peu différente en concert, surtout au niveau du chant. Ça reste la même chanson mais en mieux, car tu continues à polir la pierre. Je ne reviendrais pas au chant que je faisais sur Í Blóði Og Anda, car là, c’était vraiment extrême. Je ne me sentirais pas à l’aise de faire ça aujourd’hui. Je n’ai pas l’impression d’être plus extrême que le chant de Tom Araya, par exemple, qui a toujours été mon héros vocal avec Neil Young. Je trouve que ça convient parfaitement à ce que nous faisons aujourd’hui.
« Quand tu es un artiste et que tu essayes de créer quelque chose, tu ne peux pas être tout le temps dans ta zone de confort. Les idées meurent dans la zone de confort. »
A l’opposé du spectre musical, la fin de « Vor Ás », fait presque glam rock, c’est très accrocheur. Peux-tu nous en parler ?
Glam rock ? Pourquoi pas. Moi, je dirais plus « Gimme Shelter » des Rolling Stones. Nous avons toujours été fans de stoner rock, genre Kyuss, le son de la Big Muff, etc. En fait, j’essayais d’imiter une chanson de Neil Young en studio et ce riff m’est venu, et ça a donné un mélange des deux. Comme je l’ai dit, nous ne contrôlons pas grand-chose. Ensuite, nous sommes allés à fond là-dedans. Nous nous sommes demandé : « Qu’est-ce qui sonnerait bien ici ? Du chant féminin comme la fin de ‘Gimme Shelter’ des Rolling Stones. » C’est donc ce que nous avons fait. Parfois, les idées les plus folles sont les meilleures et c’est très amusant ! Après tout, qui établit les règles ? Nous !
Je me souviens, par le passé, tu nous avais mentionné des influences qui allaient jusqu’à Bon Jovi et Foreigner…
Oui. Une fois nous avons tourné en Amérique. Nous sommes allés à Walmart. Il y avait un lecteur CD dans le bus, donc nous avons acheté le premier album de Bon Jovi et le second album de ZZ Top. Nous n’avons pas arrêté de les écouter durant cette tournée, c’était tellement américain ! J’aime permettre à ces étranges influences de s’exprimer. Je trouve que mélanger Bon Jovi et Mayhem est bienvenu ! Je me fiche de savoir d’où vient l’inspiration quand elle est bonne.
Le dernier morceau est également assez intéressant avec ce saxophone très sensuel, et à la fois c’est très méditatif et même cérémoniel avec cette espèce d’obscur prédicateur…
Nous avions déjà travaillé avec du saxophone par le passé, nous l’avons fait sur l’album Svartir Sandar, avec la chanson « Melrakkablús », et il y a quelques années, nous avons embauché un saxophoniste pour la jouer en concert. Quand tu as un saxophoniste qui joue avec toi en live, tu finis par faire quelques expérimentations. Il nous est donc venu l’idée suivante : « Ce serait super de faire du saxophone dans un contexte plus atmosphérique », parce que nous ne l’avions fait que dans un contexte rock n’ roll jusqu’à présent. Ensuite, la partie du début est quelque chose qui est venu aux balances quelque part et que j’ai enregistré sur mon téléphone, probablement sans que les autres le sachent. Nous l’avons reproduit quand nous nous sommes mis sur l’écriture de l’album. Svavar [Austmann] et moi sommes de grands fans de Guns N’ Roses. Il a mis un gros chorus sur sa basse, au point où ça ressemblait beaucoup à Duff McKagan, et le résultat global rappelait beaucoup Twin Peaks. Au niveau de la batterie… Nous appelons ça le son de batterie à la française. Tu connais le groupe Air ? C’est ça, pour nous, le son de batterie à la française. Nous nous sommes donc dit que cette chanson devait avoir un son batterie à la française et que ce serait parfait pour inclure un solo de saxophone. Tout le monde n’était pas convaincu par cette idée, car quand nous l’avons enregistrée, il n’y en avait pas, c’était juste une partie de cinq minutes sans rien, pas même du chant, et y mettre cinq minutes de saxophone paraissait dingue. Nous avons tenté le coup pour voir si ça pouvait marcher, car autrement, il ne se passait pas grand-chose dans le morceau.
Nous avons aussi rajouté du chant qui donne cet aspect religieux ou méditatif. Le saxophone est l’instrument qui raconte l’histoire ici. De toute façon, seules trois cent mille personnes comprennent ce que je chante, le reste du monde n’a pas la moindre idée de ce que je raconte, donc peu importe si je chante ou pas, ou ce que je chante, la voix est juste un instrument. On peut avoir la chair de poule en écoutant des moines tibétains chanter, on n’est pas obligé de savoir ce qu’ils racontent, car on le ressentira. Le cerveau humain est capable d’avoir la chair de poule en entendant simplement des harmonies vocales. C’est donc quelque chose sur quoi j’ai voulu travailler : des voix humaines et un saxophone qui joue le rôle du conteur, qui ne raconte rien mais provoque certaines émotions. Quand ça chante, ça dit juste : « Le géant s’est maintenant endormi. » C’est une ode à un ami à moi qui est décédé il y a deux ans. C’était à moitié un dieu grec et à moitié un Viking ; un grand gars né dans le mauvais siècle. Ces funérailles se sont tenues pendant le Covid-19, car personne n’avait le droit d’y aller et je l’ai regardé en vidéo. C’était des funérailles très païennes, vraiment magnifiques. C’était une expérience vraiment irréelle. Le peu de paroles qu’on entend dans cette chanson parle donc de ce gars, de mon ami.
« J’ai mes propres trucs pour gérer la souffrance. Nager dans l’eau froide en fait partie. Je retire mes vêtements et je pars nager dans l’océan. Parfois, l’eau est à moins trois degrés ! Tu te sens tellement vivant ! »
C’est un peu une tradition chez vous, mais il y a un certain nombre d’invités sur cet album. Au chant, il y a Erna Hrönn Ólafsdóttir sur « Vor Ás » et le chanteur de HAM, Sigurjón Kjartansson, sur « Kuml ». Comment l’intervention d’invités se fait-elle ?
Sæþór [Maríus Sæþórsson], notre guitariste, a fait la démo des chants pour « Kuml », mais nous nous sommes dit que ce serait cool de faire intervenir une voix sombre qui se démarque, et Sigurjón a été notre premier choix. Je lui ai donc demandé – je travaille d’ailleurs avec lui aujourd’hui – et il était partant. Je travaille aussi avec cette chanteuse, donc j’ai pu enregistrer les deux au travail – je travaille dans un studio. C’est drôle, parce que dans notre démo, il y a du chant fait par un invité ; notre guitariste Sæþór ne faisait pas encore partie du groupe et fait du chant clair sur la première chanson. Sur notre premier EP, Til Valhallar, il y a un invité, un Norvégien, qui chante la dernière chanson. Sur notre premier album, Í Blóði Og Anda, il y a un gars, qui s’appelle Kola Krauze, qui chante « Bitch In Black ». Sur l’album suivant, Masterpiece Of Bitterness, il y a une chanteuse d’opéra qui chante l’intro. Sur l’album suivant, Köld, l’ingénieur et coproducteur qui a travaillé dessus, Adam [Mikaelson], a chanté des parties. Sur Svartir Sandar, Hallgrímur, notre batteur actuel qui à l’époque était seulement un ami à moi, chante les chœurs sur « Fjara ». Il y a Ótta… [Réfléchit] Je crois qu’il n’y pas de chanteur invité sur celui-là. Il y a un pianiste, un joueur de banjo, plein de cordes… Il y a donc plein d’invités, mais pas au chant, c’est peut-être bien le seul ! Ensuite, sur Berdreyminn, Hallgrímur chante beaucoup avec moi et il y a la sœur de notre ancien bassiste qui chante de l’opéra sur « Hula ». Sur Endless Twilight Of Codependant Love, Hallgrímur chante aussi avec moi, donc il y a beaucoup de chœurs. Et finalement, sur le nouveau, nous avons des invités également au chant ! Nous en avons donc toujours eu !
Est-ce parce que tu te sens parfois limité par ta propre voix ?
C’est juste parce que ça apporte de la richesse. C’est plus amusant aussi. Je déteste composer des albums, c’est ennuyeux, mais j’adore les faire et c’est amusant de faire participer des amis. Si un ami me demande : « Eh mec, tu veux venir chanter avec moi une partie de mon nouvel album ? » Je suis là : « Ouais ! Bien sûr ! Génial ! »
Après quatre albums enregistrés au studio Sundlaugin, vous avez décidé de vous rendre ailleurs, au Flóki Studios, et de faire appel à un autre producteur. Qu’est-ce qui vous a fait dire que c’était le moment de changer ? Tu trouves que vous commenciez à être trop dans votre zone de confort ?
Tu as raison, nous avons fait quatre albums à Sundlaugin. Le premier a été produit par Fredrik [Reinedahl], le second par Birgir [Jón Birgirsson], le troisième par [Jaime] Gómez [Arellano] et Birgir, et le quatrième a été fait à moitié dans notre propre studio et à moitié à Sundlaugin avec Birgir. Ça fait donc, en gros, trois albums et demi. Oui, nous étions trop dans notre zone de confort. Il fallait que nous fassions quelque chose de nouveau. Quand tu es un artiste et que tu essayes de créer quelque chose, tu ne peux pas être tout le temps dans ta zone de confort. Les idées meurent dans la zone de confort. Nous avons donc voulu essayer autre chose.
Les Flóki Studios sont à cinq heures de Reykjavik dans le nord de l’Islande. Nous étions au milieu de nulle part. Il y avait des corbeaux qui survolaient tout le temps le studio, il y avait des moutons qui couraient autour, il y avait l’océan, il y avait un lac… Nous allions nager dans l’océan Atlantique glacial à minuit. Il y avait des montagnes de partout, avec de la neige. C’était dingue. C’était comme être dans Le Seigneur Des Anneaux ! Ça nous a permis de nous évader de notre train-train quotidien, à aller chercher les enfants l’école maternelle, à aller au boulot, à aller voir la famille, etc. Quand tu es à la fin de ta quarantaine, comme moi, tu apprécies mieux ce genre de moment. Au début de la vingtaine, t’es toujours en train de traîner avec tes amis, à boire de la bière et à jouer du heavy metal, mais à la fin de la quarantaine, la vie est un petit peu différente, donc tu apprécies mieux quand tu pars huit jours. Ça coûte beaucoup d’argent, c’est un studio sophistiqué, mais ça vaut vraiment le coup. Partir là-bas nous a permis d’abattre plus de boulot.
Malgré tout, j’ai vu que des enregistrements additionnels ont été faits à Sundlaugin ?
C’est vrai. Nous y avons enregistré le piano et des atmosphères de contrebasse pour « Freygátan » et le saxophone de « Kuml ». Nous avons fait ça en un jour pour boucler ces parties.
« Nous essayons d’éviter la stagnation, or pour éviter la stagnation, il faut faire des choses différentes, procéder à des changements, porter d’autres vêtements, aller dans un nouveau studio… »
Le titre de l’album veut dire « La Sainte Souffrance ». Qu’y a-t-il de saint dans la souffrance, d’après toi ?
Disons que la « sainte souffrance » serait une souffrance consciente, quand tu es disposé à souffrir pour un intérêt supérieur. Après, si tu fais une recherche sur Google avec ces mots, tu vois que c’est très religieux, même si ce n’est pas à ça que je fais référence. Ce n’est pas du tout un album religieux. Je suis une personne spirituelle, mais religieuse ? Putain, non, carrément pas ! Je dirais que c’est plutôt un album spirituel, selon l’idée que je m’en fais. D’ailleurs, est-ce que le rock n’ roll, en soi, est spirituel ? Je suppose ! C’est inexplicable. En fait, J’avais entendu ces mots dans une conversation, quelqu’un parlait de « sainte souffrance », et j’ai trouvé qu’en islandais, ça sonnait super, très épique ! J’ai adoré, donc je l’ai pris pour en faire un titre.
Evidemment, la souffrance est partout dans la vie. Personne n’y échappe, mais tout le monde essaye de l’éviter. Penses-tu que la véritable sagesse est de ne pas essayer d’y échapper, mais de l’accepter et d’y faire face ?
On peut bien sûr y échapper si on est dans une relation toxique avec des gens ou ce genre de chose, car ça affecte ta santé mentale, donc autant dégager de là, on ne devrait pas du tout l’accepter. Il y a certaines douleurs qu’il ne faut pas accepter. Mais on peut aussi ressortir de certaines souffrances en étant une meilleure personne, sachant qu’une souffrance ça peut simplement être faire quelque chose de difficile. On devrait toujours essayer d’être une meilleure personne – c’est ce que j’essaye de faire. Aussi, à titre personnel, j’ai mes propres trucs pour gérer la souffrance. Nager dans l’eau froide en fait partie. J’adore ça ! Je retire mes vêtements et je pars nager dans l’océan. Parfois, l’eau est à moins trois degrés ! Tu te sens tellement vivant ! Tu ne te sens jamais aussi vivant que lorsque tu nages dans l’océan quand la température est autour de zéro degrés. Tu en ressors et t’es là : « Bordel de merde ! » Tu ne penses pas à tes impôts ou au fait qu’il y a dix ans, quelqu’un t’a traité d’idiot. Tu es purement dans l’instant présent.
Tu as déclaré que le morceau éponyme parlait de « la prise de conscience qu’on va mourir plus tôt qu’on le croit et du fait d’être consciemment témoin de la fin de son propre monde ». Penses-tu souvent à la mort ?
Pas vraiment. Je n’y pense pas trop. Je me focalise plus sur le fait de rester vivant et d’être en bonne santé. Notre vie est courte et elle peut être sacrément amusante, donc j’essaye de l’embrasser autant que je peux pendant que je suis encore debout ! Je disais que j’étais une personne spirituelle, or la spiritualité, pour moi, c’est ça : se sentir vivant, profiter de la vie et apprécier la vie. Quand je serai mort… Je ne sais pas, je ne passe pas de temps à y réfléchir. Ça, c’est plus un truc religieux, pour moi.
Après quatre albums avec Season Of Mist, vous avez signé chez Century Media pour ce nouvel album. Encore une fois, qu’est-ce qui vous a poussés vers le changement ?
Effectivement, ça faisait quatre albums que nous avions sortis chez Season Of Mist et c’était une super relation. Il n’y a rien eu de mauvais, rien de dramatique. C’est juste que nous essayons d’éviter la stagnation, or pour éviter la stagnation, il faut faire des choses différentes, procéder à des changements, porter d’autres vêtements, aller dans un nouveau studio… Nous avons quand même passé douze ans chez eux, donc ça paraissait totalement naturel. Nous n’avons jamais fait un album avec le même label, le même studio, le même producteur et le même line-up. Il faut qu’à chaque fois, il y ait un peu de changement. C’était parfois proche, mais ça n’était jamais totalement identique. Jusque-là, tout se passe super bien avec Century Media. Enfin, j’ai l’impression que nous avons eu notre premier baiser hier, l’album n’est pas encore sorti, donc on verra !
Interview réalisée en visio le 1er novembre 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Void Revelations (1, 3, 5, 7) & Katie Metcalfe (2, 6, 8).
Site officiel de Sólstafir : solstafir.is
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