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Interview   

Steven Wilson : l’harmonie et l’espace


Steven Wilson enchaîne : The Future Bites (2021), Closure / Continuation avec Porcupine Tree (2022) et maintenant The Harmony Codex. La créativité du Britannique ne semble avoir aucune limite, pas même stylistique au vu de l’éclectisme de ses œuvres. Le petit nouveau en est d’ailleurs une nouvelle preuve : pour la première fois, Wilson n’avait pas de plan, aucune intention cachée, si ce n’est laisser son inspiration parler et le guider, et produire un album adapté d’un point de vue sonore à l’audio spatial. Le résultat est un disque protéiforme, dans sa musique comme dans sa conception et dans les thèmes abordés.

Conviés à découvrir The Harmony Codex en avant-première le 10 juillet dernier (avant même que l’album ne soit annoncé) dans un cadre idéal – dans le noir, avec un système Dolby Atmos –, nous avons ensuite pu échanger sur le vif en compagnie de quelques confrères avec le musicien pour en savoir plus sur ce que renferme le disque, sa réalisation et son approche sonore. Le musicien s’est prêté au jeu et s’est montré, comme à son habitude, exhaustif et passionnant.

« L’un des mérites de l’album est que, comme il est très éclectique, tout y a sa place. Comme chaque morceau donne l’impression d’être un monde musical différent, ironiquement, l’album est plutôt cohérent. »

Tu as sorti un livre, intitulé A Limited Edition Of One, et un chapitre est dédié à The Harmony Codex, sous forme d’histoire. Quel est le lien entre cette histoire et l’album ?

C’est vrai que le titre de l’album suggèrerait que c’est une sorte d’interprétation audio de la nouvelle. Des parties le sont et d’autres ne le sont pas. Pour moi, l’album est conceptuel dans le sens où la musique se déroule et s’enchaîne de façon fluide, mais au niveau des textes, il y a des chansons qui renvoient directement à l’histoire et d’autres qui n’ont rien à voir. Evidemment, le morceau éponyme, « The Harmony Codex », est lié à l’histoire. « Staircase », le dernier morceau, l’est aussi. Mais d’autres chansons, comme « What Life Brings », « Rock Bottom », « Economies Of Scale », n’ont rien à voir. Mes albums favoris sont ceux qui donnent l’impression d’être un tout, sans forcément essayer de raconter une histoire. Je suppose que mes albums préférés parmi ceux que j’ai faits au fil des années sont ceux qui ont l’air d’être très complets en soi, quand bien même les textes seraient très variés – je pense par exemple à In Absentia de Porcupine Tree. Il y a des fils conducteurs et des thèmes qui reviennent dans les paroles de l’album, et peut-être qu’à force de l’écouter, on remarque certaines de ces choses, mais cette fois, j’ai vraiment trouvé le moyen d’incorporer ce qui me venait, quoi que ça soit, dans ce grand cadre que je trouve très plaisant en tant qu’expérience d’écoute. C’est long, ça fait soixante-cinq minutes, ça fait beaucoup à assimiler, il y a beaucoup d’informations à la première écoute, il se passe tout le temps des choses [rires], mais j’ai essayé de faire en sorte que ça reste intéressant et toujours surprenant, de façon à ce qu’on n’ait jamais l’occasion de s’ennuyer ou de se dire : « Oh ok, maintenant je vois ce qu’est cet album. » Or ceci concerne aussi les textes, avec différents sujets abordés. L’un des problèmes quand on est contraint par une histoire, c’est qu’on est aussi contraint par la façon dont l’album est ordonné. Par exemple, je peux me dire : « J’aime beaucoup ce morceau à la fin, mais est-ce que ce ne serait pas mieux qu’il soit en seconde position ? » Tu ne peux pas faire ça si tu essayes de raconter une histoire, tu es un peu coincé. Donc je n’avais pas ce genre de limitations, ce qui est une bonne chose, je trouve.

Combien de temps as-tu travaillé sur le projet ?

Je crois que ça a commencé au début du confinement. Je n’ai pas envie de dire que ceci est mon album de confinement, parce que c’est vraiment devenu cliché, mais par la force des choses, il a démarré durant la période de Covid-19. Je l’ai fini en janvier, donc ça a mis un petit peu moins de trois ans. J’ai pris mon temps, sans forcément chercher à faire quelque chose en particulier, en laissant les divers aspects de ma personnalité musicale se manifester, sans me soucier de savoir : « Oh, tu ne peux pas mettre ça dans l’album, car ça n’y a pas sa place. » L’un des mérites de l’album est que, comme il est très éclectique, tout y a sa place. Si tous les morceaux avaient été dans un même style et qu’une chanson avait été dans un autre style, elle se serait vraiment démarquée, mais comme chaque morceau donne l’impression d’être un monde musical différent, ironiquement, l’album est plutôt cohérent. Donc oui, il a été écrit sur une très longue période. Je ne me suis pas pressé, j’avais plein d’autres projets… J’ai fait un album de Porcupine Tree pendant la conception de cet album-ci ! J’ai remixé plein d’albums d’autres artistes. Le truc par rapport à ça, c’est que lorsqu’on remixe, comme je le fais, un tas de vieux classiques, notre tête se remplit d’un certain type de musique et tout naturellement ça déteint sur notre propre musique. Actuellement, par exemple, je suis en train de mixer le catalogue de Chic, donc tout ce que je fais sonne comme du disco [rires], mais filtré au travers de ma propre sensibilité. Quand j’écoute l’album, je peux entendre que quand j’ai écrit telle chanson, c’était quand j’étais en train de mixer Tears For Fear ou ci ou ça. Ça aussi, ça a eu une influence sur l’album.

Travailles-tu dans ton propre studio avec ton groupe live ou bien seul ?

Les deux ! Certains morceaux sur cet album, c’est pratiquement moi tout seul – ce sont d’authentiques chansons solos. Mais par exemple « Impossible Tightrope », le long morceau jazzy, à mi-chemin dans la première moitié de l’album, je crois que j’ai envoyé ça à environ trente musiciens différents en disant simplement : « Expérimente. Fais ce que tu veux. » J’avais différents guitaristes qui m’ont envoyé des parties, différents batteurs, différents bassistes… D’ailleurs, il y a une version alternative de cette chanson dans le disque bonus de l’édition spéciale, avec un line-up de musiciens presque complètement différent qui interprète la même musique d’une manière complètement différente. La version de l’album est celle que j’ai choisie, mais j’ai plein d’autres enregistrements que je n’ai pas pu utiliser. Pour répondre à la question : les deux. Certains morceaux sont faits avec mon groupe habituel. Certains morceaux sont faits avec des musiciens avec qui je n’avais jamais travaillé avant. Certains morceaux, il n’y a que moi. Encore une fois, c’est très éclectique, en ce sens.

« J’ai été un peu déçu qu’une partie du public ait été très négatif par rapport au fait que j’avais fait un album plus pop, mais je me dis aussi qu’ils auraient dû savoir que le prochain album pourrait être complètement différent, car ils devraient savoir maintenant qu’il faut s’attendre à l’inattendu. »

Combien de pistes utilises-tu généralement ?

Encore une fois, ça dépend ! Sur « Impossible Tightrope », il y a probablement plus d’une centaine de canaux d’information [rires], mais certaines de ces parties n’apparaissent que pendant cinq ou six secondes. Inversement, d’autres morceaux ont été enregistrés de manière très économe. Sans mauvais jeu de mots, « Economies Of Scale », c’est littéralement une piste de boîte à rythmes, un piano, les voix, et pas grand-chose d’autre, donc c’est très épuré, à cet égard.

Il semble évident que tu as cherché à t’éloigner un peu de l’aspect pop et plus simple de The Future Bites. Certaines personnes pensaient que tu voulais aller dans une direction plus mainstream. Était-ce une façon pour toi de leur montrer qu’ils avaient tort ?

Je n’avais pas vraiment d’intention cachée. Si vous regardez ma carrière avec du recul, j’ai l’habitude de faire ça, chaque album est, je ne dirais pas une réinvention complète, mais une réaction – pas toujours, mais souvent – contre le précédent – même si « contre » n’est pas le bon mot, mais vous comprenez ce que je veux dire. Par exemple, The Future Bites et, dans une moindre mesure, l’album précédent, To The Bone, étaient vraiment une réaction au fait que j’avais réalisé deux albums de rock progressif très années 70 et nostalgiques. Une chose qui me stimule toujours, c’est quand les gens commencent à dire des choses comme : « Oh, il est ce genre d’artiste. C’est ça qu’il fait. » « D’accord, alors si c’est ce que tu crois que je fais, écoute ça ! » En conséquence, The Future Bites et To The Bone [sont issues de cette mentalité], mais j’ai aussi réagi intérieurement, dans le sens où je me suis dit : « Ok, j’ai fait ça. Ça m’ennuie de le refaire, faisons autre chose ! » Je n’ai jamais caché le fait que j’adorais la pop, j’ai grandi dans un foyer où on écoutait ABBA, les Bee Gees, etc. J’ai donc toujours aimé cette idée de pop pure et de musique électronique, et j’ai voulu faire un album très profilé, quarante minutes, très focalisé sur la pop. Du coup, quand j’en suis arrivé à faire ce nouvel album, je me suis dit : « Ok, j’ai fait ça. Qu’est-ce que je peux faire ensuite ? » C’est donc une réaction contre le côté plus pop de The Future Bites, mais peut-être pas pour les raisons que vous pourriez croire, pas pour satisfaire d’autres gens, mais juste pour entretenir mon excitation et mon intérêt.

Comme je l’ai dit, les six albums solos que j’ai faits avant celui-ci ont tous été fait avec une idée derrière la tête, à leur façon : « Je vais faire mon album de rock progressif années 70. » « Je vais faire mon album électro-pop profilé. » « Je vais faire mon album post-punk. » Alors qu’avec cet album, je crois que pour la première fois – et c’est peut-être à cause du confinement – je n’avais aucune arrière-pensée ! Si j’avais une arrière-pensée, c’était de faire un album qui allait sonner super en audio spatial, c’était la seule que j’avais. Peut-être que ça a aussi engendré ses propres influences, en un sens, en pensant aux textures de la musique, en permettant à certaines musiques de se dérouler de façon beaucoup plus graduelle. Par exemple, le morceau éponyme de l’album, « The Harmony Codex », qui fait dix minutes et où il se passe très peu de choses, ce n’est pratiquement que des sons ambients : je n’aurais jamais mis un tel morceau sur The Future Bites ou The Raven That Refused to Sing. Ayant l’assurance et la volonté cette fois, et sachant comment ça sonnerait en audio spatial, je me disais : « Tu sais quoi ? C’est un joli son, laisse-le envelopper l’auditeur. »

J’aurais aimé vous dire que je me fiche de ce que pense mon public, mais je mentirais si le disais, car bien sûr que je m’en soucie ! Et j’ai été un peu déçu qu’une partie du public ait été très négatif par rapport au fait que j’avais fait un album plus pop, mais je me dis aussi qu’ils auraient dû savoir que le prochain album pourrait être complètement différent, car ils devraient savoir maintenant qu’il faut s’attendre à l’inattendu. Donc on verra !

« Ce que je veux, c’est que les gens écoutent l’album et disent : « Je ne sais pas quel genre d’album c’est, mais c’est un album de Steven Wilson. » »

Tu as dit que tu n’avais pas d’idée derrière la tête en faisant cet album, mais malgré tout tu en avais une…

L’idée que j’avais derrière la tête était de ne pas avoir d’idée derrière la tête [rires]. Mon arrière-pensée avec cet album était de ne pas réfléchir au type d’album que j’étais en train de faire, et d’essayer de faire un album qui existait en dehors d’une idée de genre musical. Je vous laisserai juge si j’y suis parvenu ou pas. Ce que je veux, c’est que les gens écoutent l’album et disent : « Je ne sais pas quel genre d’album c’est, mais c’est un album de Steven Wilson. Tout sonne comme un album de Steven Wilson, mais je ne suis pas sûr de savoir quel genre d’album c’est. » Ça, c’était mon arrière-pensée. Dit comme ça, ça donne l’impression que c’était quelque chose de très conscient, mais ça ne l’était pas vraiment. Je pense qu’il était juste question de ne pas réfléchir à ce que j’étais en train de faire et de ne pas se demander : « Est-ce que ce morceau a sa place parmi tous les autres ? » Mais oui, au final, c’est impossible de faire un album sans un minimum d’intention cachée, même si ton intention cachée est de ne pas en avoir. On verra ce que les gens en feront ! J’en suis très fier. C’est évident que j’allais dire ça, je suis toujours fier d’un album quand je le termine, mais même en essayant d’être un petit peu plus objectif, je sens qu’il y a quelque chose de spécial dans cet album. Encore une fois, on verra bien quelles seront les réactions.

Cet album a donc été mixé en Dolby Atmos…

Nous avions aussi fait The Future Bites en Atmos. C’était littéralement ma première expérience avec ça. Il a été fait avec un ingénieur de chez Dolby, parce que je n’en avais jamais fait, donc j’ai collaboré avec lui dessus. Disons simplement que dans les trois ans qui se sont écoulés après, j’ai énormément appris, j’ai fait plein de mix Atmos pour d’autres artistes et j’ai senti que c’était le moment pour moi d’essayer de vraiment relever le niveau de ce qui est possible avec Atmos. Je repense toujours à ces albums clés comme… Dans les années 70, les gens disaient toujours que si on voulait frimer avec sa chaîne hi-fi, on achetait Dark Side Of The Moon. Puis à l’époque des CD, on achetait Brothers In Arms de Dire Straits. Dans mon petit univers, je me dis que ceci est un album que peut-être les gens utiliseraient pour exhiber leur système audio – pas que beaucoup de gens en aient. C’est le genre d’album dont les gens pourraient se servir pour faire une démo de Dolby Atmos. Pas parce que c’est dingue et qu’il y a des trucs qui sifflent partout dans la pièce, mais parce que ça semble être une manière très plaisante de vivre cette musique. C’est donc la première fois que j’ai ressenti avoir toute la connaissance, tous les outils et toute l’expérience, après avoir passé trois ans à mixer en Atmos, pour faire quelque chose qui emmènerait ce médium un peu plus loin.

Est-ce que ça a changé ton approche de la composition ?

Pas la composition, mais l’enregistrement. La composition a encore été faite en travaillant avec un synthé, un piano ou une guitare, comme toujours, mais quand j’en suis venu à enregistrer la musique, j’ai commencé à penser davantage au sound design, donc à tous les petits détails, que ce soit ceux d’un synthé modulaire, d’un effet sonore, un chœur… Il y a toujours eu beaucoup de chœurs dans mes albums, mais là, il y en a beaucoup plus, avec différentes parties simultanées. Je n’aurais peut-être pas fait ce genre de chose si je n’avais pas pensé en termes d’audio spatial. Ça sonne quand même bien en stéréo, mais ces détails prennent toute leur ampleur quand on peut les positionner autour, au-dessus ou derrière l’auditeur. Donc ça n’a pas impacté la composition, mais le processus d’enregistrement a clairement changé.

« Pendant longtemps, j’ai été très attaché à l’idée d’excellence audio et sonore. Mon truc depuis longtemps maintenant, c’est d’essayer de faire des albums qui, même si vous n’aimez pas forcément la musique, sonnent somptueux. »

Justement, tu dis avoir beaucoup joué avec le son, le côté englobant, les effets, or la plupart des gens écouteront un mix stéréo chez eux. As-tu quand même passé du temps à t’assurer que l’esprit de l’album transparaît également du mieux possible dans le mix stéréo ?

Beaucoup de temps ! Et j’espère que vous ressentirez aussi quand vous l’entendrez en stéréo que ça reste une expérience sonore luxuriante et enveloppante. Pendant longtemps, j’ai été très attaché à l’idée d’excellence audio et sonore. Mon truc depuis longtemps maintenant, c’est d’essayer de faire des albums qui, même si vous n’aimez pas forcément la musique, sonnent somptueux. J’enregistre en très haute résolution. L’une des tendances modernes est de beaucoup compresser la musique ; moi, j’aime que les parties calmes soient calmes et que les parties bruyantes soient surprenantes. C’est assez inhabituel de nos jours. Dans beaucoup de musiques, la dynamique est très écrasée. J’aime les albums très dynamiques. Je fais des albums pour les gens qui ont de bonnes chaînes hi-fi. Ceci étant dit, ça ne veut pas dire que je ne pense pas aussi aux gens qui écoutent sur les plateformes de streaming. La réalité est qu’il faut avoir conscience que la plupart des gens entendront ta musique sur un téléphone avec des écouteurs. Je passe donc beaucoup de temps à écouter sur mon téléphone pour m’assurer que ça sonne bien et c’est un jeu d’équilibriste pour essayer de faire en sorte que ça sonne bien sur tous les systèmes, mais si j’avais le choix, je préfèrerais que les gens écoutent avec un système Dolby Atmos, mais ce n’est pas réaliste.

Tu es un grand fan de films : est-ce que ceux-ci sont une inspiration pour toi durant le processus d’écriture ?

Souvent ça m’inspire probablement plus que la musique ! J’ai toujours pensé mes albums en faisant des analogies avec le fait de regarder un film. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime le fait que vous soyez venus ici aujourd’hui pour écouter l’album dans le noir, en privation sensorielle, immergé dans ce monde, comme vous regarderiez un grand film. L’autre chose que j’adore avec les films – et c’est quelque chose que peu de gens font ou dont peu parlent par rapport à la musique – est que dans un film, l’humeur est constamment en train de changer. Dans une scène, les personnages sont tous heureux et tout est super. Scène deux, quelque chose d’horrible se produit, l’atmosphère change, ça devient sombre. Il n’y a pas beaucoup de musique comme ça. Une chanson peut être joyeuse, mélancolique, agressive… J’aime l’idée que la musique soit capable d’encapsuler ces changements d’humeur de la même manière que peuvent le faire un livre ou un film. Joyeux, triste, en colère… On peut mélanger tout ça le temps d’un album. C’est une manière très cinématographie de penser – on peut relier ça aussi à la littérature, bien sûr. J’ai toujours pensé la musique de cette façon depuis les tout premiers albums que j’ai entendus chez moi. Dark Side Of The Moon – dont je parle dans mon livre – est l’un des premiers albums que j’ai entendus, mon père l’écoutait, et c’est un super exemple d’album où les scènes changent constamment, le son change constamment, l’atmosphère change constamment, les tempos, la dynamique… Encore une fois, c’est quelque chose de très analogue au cinéma – en tout cas, celui que j’aime. Il y a même certaines références musicales : vous avez probablement remarqué la référence à Blade Runner à la fin de l’album. Mon vocabulaire est façonné autant par le cinéma que par la musique.

Aimerais-tu composer une BO un jour ?

J’adorerais ! Personne ne me demande jamais d’en faire… [Rires] Il y a environ dix ans, j’ai participé à quelques réunions à Los Angeles avec un tas de responsables musicaux pour films. L’une des personnes que j’ai rencontrées m’a dit quelque chose qui a du sens et qui explique peut-être pourquoi on ne m’a jamais demandé de faire une BO de film. Elle a dit : « L’un des problèmes avec ta musique est qu’elle est très cinématographique mais ça sonne fini, ça sonne déjà comme un film à part entière. » Or ce n’est pas ce que les réalisateurs recherchent. Ils veulent presque de la musique sans caractère, sans sentiment, de façon à pouvoir y placer ces sentiments avec leurs visuels. Si tu as déjà un morceau de musique qui sonne déjà comme ayant toute la personnalité, toute l’histoire, tout le récit, toute la caractérisation, ils ne peuvent pas l’utiliser ! Ça fait sens, je trouve. Je ne l’accepte pas complètement, parce que j’adorerais quand même faire un film, et je pense que j’en serais capable, je ferais du bon boulot si on me donnait l’occasion de me poser avec le réalisateur et de créer de la musique spécifiquement pour. C’est en haut de ma liste de choses qu’il me reste à faire et que j’adorerais faire avant d’être trop vieux.

« Une chanson peut être joyeuse, mélancolique, agressive… J’aime l’idée que la musique soit capable d’encapsuler ces changements d’humeur de la même manière que peuvent le faire un livre ou un film. »

Il semble que beaucoup de travail va dans les textures, l’expérimentation et la production, mais quand tu composes, est-ce qu’il y a aussi une part d’écriture sur des partitions ?

Pas du tout. Je suis incapable d’écrire de la musique sur une partition. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’adore le fait que je fais de la musique à cette époque-ci, avec l’informatique et l’editing et l’enregistrement numériques, on peut aborder la musique de manière très différente. C’est-à-dire que tu enregistres beaucoup de choses et tu n’as aucune contrainte. Si j’avais enregistré au temps des bandes analogiques avec seize ou huit canaux, j’aurais vraiment galéré avec le nombre de pistes de certains morceaux ! Car j’adore l’idée de pouvoir envoyer beaucoup de choses dans le processus d’enregistrement, demander à plein de musiciens d’essayer des choses, etc. Mon processus devient alors un process très intuitif de montage. C’est peut-être là encore comparable au monde du cinéma. Certains réalisateurs ont tendance à filmer des heures et des heures d’images, et ensuite, ils font leur film dans la phase de montage. Je crois que je suis un peu comme ça. Pour rester sur la métaphore, je filme des heures et des heures d’images, et ensuite, je construis mon film, mon album, durant le processus de montage. Parfois, ça peut prendre longtemps, à expérimenter et essayer différentes choses, douter de soi, et finalement arriver à la scène exactement telle qu’on la voulait. Etant le genre de musicien que je suis, j’ai beaucoup de chance de travailler à l’ère de l’enregistrement informatique. Autrement, je ne sais pas si je pourrais faire ces albums.

D’un autre côté, ça fait trente ans que tu travailles dans la musique…

Oui, mais en fait, presque tout au long de ma carrière… J’ai commencé à faire des albums vers le milieu des années 90, à l’aube des technologies d’enregistrement informatique. C’était assez primitif par rapport aux standards actuels, mais même à l’époque, la technologie [était là]. Je n’ai jamais travaillé avec des bandes analogiques. D’une certaine façon, j’aurais aimé avoir connu ça, parce que la chose que je n’ai jamais appris à faire, c’est travailler avec du matériel analogique. Si tu me mettais dans un studio avec uniquement des machines analogiques, je n’aurais aucune idée de quoi faire ! « Bordel, qu’est-ce que je suis censé faire avec ça ? » [Rires] J’adorerais savoir, car l’une des ironies est que je me suis retrouvé à remixer de nombreux albums classiques des années 60, 70 et 80 qui ont été enregistrés sur ce genre de choses. Donc je comprends ce monde de ce point de vue, mais si vous me mettiez dans cet environnement avec ce genre d’équipement, je ne saurais même pas comment les allumer. Je suis arrivé à maturité en tant que musicien professionnel durant la toute première génération de séquençages et d’enregistrement par ordinateur, et j’adore ! Je crois que je ne pourrais pas faire un album sans ça, c’est mon processus.

Sur The Future Bites, ça parlait beaucoup de consumérisme. Sur cet album, on dirait que tu abordes des sujets plus vastes…

C’est plus universel, oui. Ça part dans tous les sens. J’ai un passif à écrire des chansons très nostalgiques – par rapport à mon enfance, à une autre époque – et il y en a des comme ça dans l’album. Il y a des chansons sur des faits brutaux. Le pénultième morceau, qui a un côté un peu plus hip-hop, très en colère, parle de l’univers de la célébrité, et d’une certaine façon, ça renvoie à The Future Bites. Qu’est-ce que la célébrité moderne ? C’est quelqu’un qui est célèbre pour rien, si ce n’est pour être une présence sur les réseaux sociaux. Je crois que, comme les chansons ont été écrites sur une longue période, pendant le Covid-19 et le confinement, elles partent dans différentes directions. L’un des autres grands changements dans ma vie depuis que j’ai écrit The Future Bites est que je me suis marié et que j’ai des enfants maintenant ! [Rires] J’ai des beaux-enfants. Encore une fois, ce n’est pas quelque chose que j’aurais consciemment canalisé dans la musique, mais je suis sûr que c’est là, que ça a eu un effet sur celle-ci – forcément. Le contraire serait étrange. The Future Bites visait effectivement très spécifiquement une partie de notre monde et de notre mode de vie actuel. Ceci est plus un album tourné sur moi-même, dans le sens où il parle plus de moi, de ma place dans le monde, de ma vie, de mes sentiments sur certaines choses. Mais je trouve toujours que l’ironie là-dedans est que, parfois, plus on est égoïste avec les paroles, plus elles deviennent universelles, car on a tous une expérience partagée universelle. Des choses comme la nostalgie de l’enfance sont très universelles – on retrouve toujours beaucoup de ça dans ma musique. J’ai une grande nostalgie pour l’enfance, ce qui est ironique, car je ne l’ai pas tellement appréciée à l’époque, mais maintenant, j’y repense et je me dis : « Ouah, c’était vraiment une super époque ! » Je vois mes beaux-enfants et je me dis qu’ils ne réalisent pas à quel point c’est une période extraordinaire de leur vie – on ne le réalise jamais jusqu’à ce que ce soit fini.

« Etant le genre de musicien que je suis, j’ai beaucoup de chance de travailler à l’ère de l’enregistrement informatique. Autrement, je ne sais pas si je pourrais faire ces albums. »

Est-ce parce que c’est un album plus centré sur toi que ton épouse chante dessus ?

En partie, mais c’est aussi en partie parce qu’elle était là. Je suis en train de faire un morceau et je suis là : « Oh bon sang, j’entends une voix féminine ! Chérie, sors de la cuisine pour moi ! » Ça sonne très sexiste, n’est-ce pas ? Mais c’est vraiment elle qui cuisine à la maison… Elle est là, elle a une voix charmante, et simplement, ça fonctionnait. Ce que j’adore dans sa voix… Elle est israélienne, mais c’est difficile de savoir exactement d’où elle vient quand on entend sa voix. Tu es là : « Quel genre de voix est-ce que c’est ? D’où vient cette voix ? » Elle n’a pas de lien direct à un pays particulier. Ceci dit, elle ne sonne pas américaine, elle sonne plus anglaise qu’américaine, mais j’ai toujours l’impression qu’elle a un côté presque universel dans sa voix.

Tu es crédité sur plein d’instruments, ç’en est même impressionnant. Notamment un cor de basset…

C’est un sample ! Peut-être que je me suis fait un peu plaisir avec les crédits… L’idée, c’est que c’est le son de cet instrument et que je l’ai joué, mais je n’ai pas littéralement joué de l’instrument. Je ne suis pas aussi habile en tant que musicien !

D’un autre côté, est-ce un plaisir de gérer toi-même tous ces instruments ou est-ce aussi parce que tu n’as pas envie d’expliquer à d’autres musiciens ce que tu veux, que c’est plus simple de t’en charger toi-même ?

Voilà le truc, si j’entends quelque chose dans ma tête et que ça ne nécessite pas de grandes capacités techniques, que ça fait juste partie d’une palette sonore, que c’est une texture, c’est plus simple de le jouer moi-même. Si j’ai besoin de dextérité technique sur un instrument, bien sûr j’irai chercher quelqu’un vraiment capable de le jouer, mais si c’est juste pour créer quelque chose faisant partie de la palette sonore, alors c’est très facile de nos jours. Je vais louer l’instrument pour en jouer de façon rudimentaire, ou le sampler, ou utiliser une bibliothèque de samples existante. C’est ce qui est beau avec le fait d’enregistrer aujourd’hui, nombre de ces sons sont très facilement accessibles, alors qu’ils ne l’étaient pas avant. J’ai toujours été du genre à chercher l’inspiration pour continuer à créer en allant chercher de nouveaux instruments, en changeant le vocabulaire musical, en changeant la palette musicale. Comme je l’ai dit, quand j’ai fait The Future Bites, j’en avais marre de la guitare, car je suis très limité en tant que guitariste. Je ne peux plus rien faire pour me surprendre à la guitare ! Je ne suis tout simplement pas assez bon. C’est là que j’ai commencé à me tourner vers d’autres instruments et que j’ai trouvé l’inspiration, en essayant de les aborder comme un idiot : « Je ne sais pas comment on joue de ça, mais oh, ça sonne bien ! » Et évidemment, travailler avec des synthétiseurs analogiques est très intuitif. Tu peux en allumer un, il se met à faire des trucs délirants et ça peut t’inspirer. On ne peut pas faire ça avec une guitare. Il faut faire un accord ou jouer une note. J’en suis arrivé à un stade où ça ne m’inspirait plus, à cause de mes capacités très limitées. Ceci étant dit, il y a plus de guitare sur cet album qu’il n’y en avait sur le précédent – faites-en ce que vous en voulez !

Toujours dans les crédits, on retrouve Adam Holzman qui a écrit de la musique pour « Economies Of Scale » et Ninet Tayeb qui a apporté une chanson à elle, « Rock Bottom ». Tu disais dans ton livre que c’était difficile parfois pour toi de faire des compromis en composant au sein de Porcupine Tree. Du coup, comment ça s’est fait ?

Aucun des deux n’est une véritable collaboration. Adam m’a envoyé une boucle de synthé modulaire et j’ai simplement écrit la chanson par-dessus celle-ci. Ça a commencé sur la base de quelque chose qu’il m’a envoyé, donc il devait être crédité pour ça. Je n’ai pas écrit la chanson avec lui, mais c’était basé sur sa boucle. La chanson de Ninet, c’est quelque chose qu’elle m’a fait écouter, et elle l’a fait dans un style particulier, presque de façon grungy/indie. J’ai tout suite entendu cette chanson comme une sorte de thème à la James Bond, façon John Barry, avec des orchestrations, plein d’harmonies au chant, etc. On en revient au cinéma [rires]. Je lui ai dit : « J’adore ta chanson, mais j’ai dans la tête cette idée d’univers sonore qui est complètement différente de la tienne. » Je l’ai fait et elle a adoré. J’ai voulu mettre la chanson dans mon album, je me disais que ça irait vraiment bien, mais c’est sa chanson. Quand vous écouterez sa version, vous entendrez comment elle l’avait prévue, c’est-à-dire très guitare-basse-batterie. La mienne, c’est avec des cordes, des cuivres, très pompeux, très grandiloquent. Et je me suis dit que ce serait génial si Ninet chantait un thème à la James Bond, qu’elle pourrait le faire, qu’elle avait ce genre de voix. C’est donc son thème James Bond, mais filtré au travers de ma sensibilité et de ma production. Je trouve que ça fonctionne merveilleusement bien dans le contexte de l’album.

« L’album parle plus de moi, de ma place dans le monde, de ma vie, de mes sentiments sur certaines choses. Mais je trouve toujours que l’ironie là-dedans est que, parfois, plus on est égoïste avec les paroles, plus elles deviennent universelles. »

On dirait que tu as choisi de ne pas sortir de single… (entretien réalisé avant l’annonce de l’album)

Il y en aura. C’est une autre chose que j’ai ressentie de plus en plus au fil des dernières années, le problème avec le fait d’annoncer un album avec une date de sortie loin dans le futur… Et je vois ça tout le temps. Je le vois maintenant avec le nouvel album de Peter Gabriel. Il sort des chansons depuis neuf mois et j’ai l’impression que les gens s’en fichent maintenant. Et ce n’est pas que lui. Je l’ai vu avec le dernier album de Porcupine Tree : nous avons sorti une chanson six mois avant la sortie de l’album. C’est trop long ! Ce que je crois, c’est que lorsqu’on annonce quelque chose – vu la vitesse à laquelle vont les choses aujourd’hui, le nombre de personnes sur les réseaux sociaux et la quantité de musique qu’il y a dans le monde, sans même parler des films, des séries télé, etc. qui peuvent les intéresser –, on a l’attention des gens pendant environ vingt-quatre heures, si on a de la chance ! Honnêtement, j’aurais adoré sortir cet album d’un claquement de doigts, sans annonce. La maison de disques a dit : « Non, tu ne peux pas faire ça, car un certain nombre de tes fans aiment encore les produits physiques, ils n’iront pas sur les services de streaming. » Et ils avaient raison. Nous avons donc fait un compromis en statuant sur quatre semaines. Nous allons donc annoncer l’album fin août et il sortira fin septembre, et durant ces quatre semaines, il y aura une nouvelle chanson avec un clip qui sortira chaque semaine. Un, deux, trois, quatre, album.

Il y a aussi que j’ai toujours eu beaucoup de mal à sortir juste une chanson d’un album en m’attendant à ce que les gens comprennent ce dernier. Ça a toujours été un énorme problème pour moi. Comment représenter un album comme celui-ci avec une seule chanson ? C’est impossible ! Nous allons donc sortir quatre chansons sur des intervalles très courts, et toutes seront très différentes. Nous allons sortir « Economies Of Scale », « Impossible Tightrope », « What Life Brings »… Chacune représentera un aspect différent de l’album, de sorte qu’au moment où celui-ci sortira, quatre semaines plus tard, les gens sauront que c’est un album très éclectique et, avec un peu de chance, tout le monde trouvera quelque chose qui lui donnera envie de l’écouter. Ça a toujours été l’un de mes plus gros problèmes : comment représenter un album en une ou deux chansons de quatre minutes, surtout quand les gens ne sont pas très investis. Je crois que beaucoup de gens ne prêtent attention que durant quelques heures après qu’on a annoncé quelque chose. Donc peu importe ce qu’on choisit de dire ou de sortir à ce moment-là, c’est tout ce qu’ils sauront à ce sujet, jusqu’à ce que ça sorte.

Je suis moi-même fautif ! Quand un groupe que j’aime beaucoup annonce un nouvel album, je vais écouter le premier morceau qu’ils sortent. La première heure, je serai là : « Oh, je vais écouter ça ! » Puis je suis sur Amazon, j’ai précommandé l’album, et rien d’autre ne m’intéresse, j’attends juste qu’il sorte. Je crois que beaucoup de gens sont comme ça, surtout quand il y a des centaines albums qui sont annoncés chaque semaine. J’annonce mon album, le lendemain Radiohead annonce le sien, le surlendemain Sigur Rós annonce le sien… C’est impossible de maintenir l’attention des gens sur ce que tu fais plus d’une journée !

Quatre semaines, c’est plus rapide que Peter Gabriel…

Nettement plus rapide ! Gabriel ne fait probablement rien en quatre semaines. Ça lui prend vingt ans pour faire un album, et ensuite il lui faut deux ans pour le sortir. J’adore Peter Gabriel, mais je ne pense pas que cette approche fonctionne. Pour moi, il faut opter pour la méthode inverse. Ce que j’adore dans ce que font les artistes de musique urbaine, comme Taylor Swift ou Beyoncé, c’est qu’un jour, ils disent : « J’ai fait un nouvel album, le voilà ! Vous pouvez l’écouter aujourd’hui ! Vous pouvez commander le vinyle, il sortira dans neuf mois, mais en attendant, voici l’album. » Si ça ne dépendait que de moi, j’aurais peut-être fait pareil, mais la maison de disques m’en a dissuadé. Nous avons donc fait un compromis, et je pense que c’est probablement la bonne décision, car effectivement, nombre de mes auditeurs aiment écouter des produits physiques.

« J’aime le fait que, d’une certaine façon, j’ai désormais dans ma discographie des choses qui pourraient plaire à pratiquement n’importe qui, ayant n’importe quels goûts musicaux. »

Tu vas sortir l’album en vinyle, j’imagine…

Oui, un double vinyle, en Blu-ray, en CD et en cassette ! Quatre formats différents. J’aime toujours les produits physiques. Je suis le genre du gars qui n’écoutera pas quelque chose avant de pouvoir le tenir entre ses mains, car je suis vieux ! Je comprends donc très bien que nombre de mes auditeurs sont comme moi, ils n’écouteront pas l’album en streaming, ils voudront le tenir entre leurs mains. Ça fait toujours partie de mon excitation quand je fais un album : le moment où l’exemplaire vinyle arrive et où je peux le tenir dans ma main en me disant que c’est moi qui ai fait ça. Je n’obtiens aucune satisfaction quand je vois que c’est disponible en streaming. Je suis donc toujours très attaché au produit physique et au fait qu’il soit de la plus grande qualité possible.

La version Atmos sera donc sur le Blu-ray ?

Oui et sur les plateformes de streaming : Apple, Tidal, Amazon… Spotify n’a pas encore adopté l’audio spatial, mais je pense qu’ils devront s’y mettre, car Apple est en train de faire de grands progrès en termes d’audience et c’est en partie parce qu’ils ont adopté ça. Je crois que soixante-six pour cent des stream sur Apple sont en audio spatial ou binaural, ce qui est incroyable. Tout cet univers est en train de s’étendre. Ce n’est pas pareil [qu’avec un vrai système Atmos], c’est une sorte de rendu binaural de l’audio spatial, mais ça sonne quand même bien, c’est toujours plus tridimensionnel que la bonne vieille stéréo. Je crois que ça va rester. J’ai vu plein de formats d’audio spatial dans le passé – le son quadriphonique dans les années 70 ou le 5.1 dans les années 90 – qui n’ont tout simplement pas décollé, mais je crois que la différence cette fois est, d’abord, le soutien d’énormes entreprises comme Apple et Amazon, et le fait que n’importe qui, avec un casque, peut écouter de l’audio spatial.

On dirait que tout ce que tu as fait jusqu’à présent, quels que soient les projets, converge dans cet album, comme une sorte de point culminant. Du coup, dans quelle direction pourrais-tu aller après ça ?

Oui, et c’est ce que je veux dire quand je dis que cet album ressemble tout simplement à un album de Steven Wilson, qu’il ne cherche pas à être quoi que ce soit en particulier. C’est une bonne question, je ne sais pas. Je n’ai pas envie de réfléchir à ça maintenant [rires]. Je suis juste fier de cet album. Je n’ai jamais envie d’être pris dans le piège de devoir donner suite ou répéter quelque chose. J’ai une idée en tête sur le genre d’album que j’aimerais faire ensuite et ce serait encore une fois complètement différent de celui-ci. On verra bien. C’est important pour moi que chaque album de ma discographie ait une raison d’exister, qu’il ne soit pas là juste parce que je suis un musicien et qu’il faut que je fasse un autre album qui plaira aux fans. Avec chaque album de ma discographie, je me dis : « Ah oui, c’est cet album ! C’est l’album que j’ai fait pour cette raison. » Une des questions que me posent parfois en interview les gens qui ne sont pas très familiers avec toute mon œuvre – si je peux appeler ça prétentieusement ainsi – c’est : « Quel album recommanderais-tu à quelqu’un qui ne t’a jamais entendu ? » Je réponds : « Il faudrait que je sache quels sont les goûts musicaux de cette personne. Si elle aimait le prog rock old school des années 70, je dirais d’écouter The Raven That Refused To Sing. Si elle détestait ce genre de musique, je ne lui recommanderais jamais ça ! Si elle aimait plus la pop, je dirais d’écouter The Future Bites. Si elle aimait plus le metal, je dirais d’écouter certains albums de Porcupine Tree. » Pour répondre à la question, il faut savoir en partie quelle idée la personne à qui on parle a derrière la tête, quels sont ses goûts musicaux. J’aime le fait que, d’une certaine façon, j’ai désormais dans ma discographie des choses qui pourraient plaire à pratiquement n’importe qui, ayant n’importe quels goûts musicaux ; il y a forcément quelque chose qui me permettrait de dire : « Je crois que tu pourrais aimer ça. » Et cet album contribue à ce continuum.

Interview réalisée par téléphone le 10 juillet 2023 par Jessica Boucher-Rétif.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Hajo Mueller.

Site officiel de Steven Wilson : stevenwilsonhq.com

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