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Chronique Focus   

Steven Wilson – The Overview


Steven Wilson peut encore surprendre après plus de trente ans de carrière. Celui à qui on a récemment reproché certains virages pop a fait de son huitième album un monument d’étonnement. Une rencontre avec Alexander Milas, ancien archéologue et ex-rédacteur en chef de Metal Hammer, fasciné par les croisements entre exploration spatiale et art, a allumé l’étincelle d’un projet multimédia à la thématique toute particulière. Le titre fait référence au phénomène d’« effet de vue d’ensemble » : ce qu’il se passe lorsqu’il est donné à un être de voir sa planète depuis l’espace. Les principaux intéressés témoignent d’une altération de leur système de valeurs, d’élans humanistes ou environnementaux… En deux mots, il est question de perspective – à la fois en termes de distances et de temps – et de contraste, entre la froideur de l’espace et la chaleur de notre planète nourricière. Une vision pouvant être synonyme de paix comme de détresse.

The Overview ne comporte que deux immenses titres, divisés en mouvements. L’idée d’une telle approche démangeait Steven, et quoi de mieux que de s’y adonner au moment le plus inattendu ? Lui qui se plaît à mélanger vigoureusement la palette progressive classique au paysage musical actuel trouve là un terrain de jeu inédit. Steven ne cède jamais à l’immédiateté, même lorsqu’il porte son regard vers la pop, et fuit les clichés du space rock malgré la thématique, lui préférant une intensité dramatique à la Hand. Cannot. Erase. À la fois complexe et instinctif, intellectuel et sauvage, The Overview rend difficile, à la première écoute, d’avoir une idée précise de ce que chaque mouvement nous réserve. Et c’est tant mieux : le format a beau être intimidant, on peut s’y laisser porter, sans rien de spécial à préparer ou anticiper. La plupart des relâchements d’attention seront d’ailleurs vite pardonnés. Le son, impeccable, conserve un côté live, authentique. Steven a toujours été porté sur l’audio spatial (c’est le cas de le dire, ici…) et c’était l’occasion de s’en donner à cœur joie. On retrouve également l’amplitude de volume typique de ce vétéran, avec tout ce que cela comprend sur la nécessité de bénéficier d’un lieu d’écoute sain (qui a dit « comme l’ISS » ?).

The Overview est aussi aérien que son imagerie le laisse supposer. Les nappes de claviers se prêtent tout particulièrement à la représentation de la lente rotation de la Terre et de l’apesanteur. Ces révolutions s’emballent à l’envi : l’album regorge de passages rythmés, avec même quelques insertions d’ADN de Porcupine Tree. Pas de réchauffé pour autant : les riffs et soli ne ressemblent qu’à peu d’autres dans l’univers. Steven souhaite aller de l’avant, honorant ses influences majeures tout en conservant vis-à-vis d’elles une distance de sécurité. En particulier, cela implique de faire du Pink Floyd qui ne ressemble pas tant que ça à du Pink Floyd – chose pas si aisée, comme en témoignent quelques sections proches du pastiche mais délectables au demeurant. « Objects Outlive Us », assez verbeux, s’appuie sur des thèmes mélodiques en fil rouge, mais surtout sur sa foule d’entractes en tous genres. Tout n’y est pas forcément accueillant : deux passages n’hésitent pas à nous marteler leurs paroles comme un sermon.

La piste-titre apporte un changement notable, en versant dans une atmosphère plus électronique, synthétique, psychédélique, comme des échos lointains des premières années de l’artiste (Up The Downstair, Voyage 34, The Sky Moves Sideways). C’est une bulle d’eau qui flotte dans l’espace, où même la narration (en partie assurée par la femme de Steven, qui y récite des statistiques spatiales comme le ferait une IA) devient étrange, désincarnée. Le spatial y rencontre les nuits urbaines, elles bien terrestres mais tout aussi solitaires ; les sonorités prennent occasionnellement une apparence involontaire, une tournure clandestine. Un ciel plus clair finit par daigner nous laisser l’admirer, mais uniquement après plusieurs minutes d’un déconcertant tête-à-tête. On respire alors en réalisant, sur le tard, qu’on commençait à manquer de quelque chose, même si l’expérience vécue recelait ses propres mérites. Demeure une grande aura de mystère, héritée des nouvelles crépusculaires de The Raven That Refused To Sing. Alors que des cuivres graciles et des instruments à vent exécuteront leur révérence finale, ces mêmes mystères inciteront à un potentiel retour en arrière pour pousser plus loin cette troublante exploration.

Cet album, d’ailleurs flanqué d’un film diffusé en cinéma IMAX, est-il à même de provoquer un effet de nature comparable à celui dont il tire son nom ? Est-il un substitut bon marché aux simulateurs spatiaux à base de réalité virtuelle ? S’il faut là encore mettre les choses, justement, en perspective, on a en effet l’impression de contempler une tour de Babel bâtie avec la pleine conscience de sa propre futilité – une conscience ô combien libératrice. L’album n’étant pas une fin en soi, le point d’orgue de cette entreprise sera une tournée parmi les plus ambitieuses que Steven Wilson ait organisées à ce jour.

Album The Overview, sortie le 14 mars 2025 via Fiction Records. Disponible à l’achat ici



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  • belle chronique, certes, complète et tout, et tout, et gros boulot mais pour finalement pas grand chose car ce nouveau Wilson est un album frileux, fait de redites, ne dégageant pas vraiment d’émotion, avec quelques petits passages qui accrochent (sans plus), des vocaux sans réel attrait, un son quelque peu aseptisé et une absence presque totale de ce feeling qui fait l’essence même des musiques dites « rock » qu’elles soient prog ou autres.

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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