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Chronique   

Sumac & Moor Mother – The Film


Ah, l’expérimentation ! Un jeu d’équilibriste : déconstruire ce qu’on pensait savoir de la musique tout en veillant à ce que le résultat reste considérable comme tel. L’activiste-poétesse Moor Mother et la bande à Aaron Turner ont compris qu’en la matière, l’union fait la force. Moor Mother, c’est une voix qui accapare l’attention. Des effets et échos nous assaillent comme si on perdait la raison. The Film apparaît comme un acte de survie, une fuite dans une foule dense qui, cruelle par son indifférence ou son ignorance, nous entrave. La prosodie n’adhère complètement aux standards ni du hip-hop ni du spoken word. Répétitions et variations graduelles forment un discours en spirale dont les hésitations font partie intégrante. Moor Mother égrène les mots, enchaîne les « punchlines ». Le spectre du Lulu de Metallica et Lou Reed rôde ; The Film décontenance toutefois moins, eu égard à son terreau avant-gardiste. Moor Mother proposait des harangues similaires sur le free jazz d’Irreversible Entanglements, qui apparaît aujourd’hui comme « fun » par comparaison.

Entre improvisation et drone, de grandes portions se passent de notions rythmiques évidentes, et quand un rythme se décide à sortir de la grotte, il est pachydermique. Le sludge de Sumac, avec ses growls marécageux, y contribue. La batterie s’agite tel un fauve contre les barreaux d’une cage. The Film retient d’autant plus l’attention par ses silences menaçants et quelques passages aériens. Le découpage surprend : « Scene 2: The Run » évoque ces pastilles multicolores qui gèrent quarante étapes du lavage de vaisselle. « Scene 5: Breathing Fire » se lâche momentanément, produisant une sorte de néo-post-metal, et fait regretter que ça n’ait pas été l’approche centrale – mais cela aurait été trop « facile ». Il n’y a en The Film rien d’excessivement délibéré pour le rendre inclassable, mais rien non plus qui aide à le cataloguer. Certains voudront creuser à n’en plus finir ; d’autres lâcheront au bout de trente secondes : imposée à un quidam cueilli dans la rue, « Camera » passerait pour un supplice.

Chanson « Scene 4 » :

Chanson « Scene 1 » :

Album The Film, sorti le 25 avril 2025 via Thtill Jockey. Disponible à l’achat ici



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