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Live Report   

Sunn O))) : empereurs du son maléfique


Sunn O))) est un duo de musique extrême et expérimentale. C’est sous cette forme qu’ils reviennent en live sous le nom Sunn 0))) Shoshin (初心). Ces idéogrammes voulant dire « duo ». Bref, des gens qui ne font rien comme les autres. A la base, ce sont deux gars à Seattle qui ont monté un projet à la fin des années 90 en s’inspirant de Earth et de son mythique leader Dylan Carlson. Pour l’anecdote, ce dernier s’est autoproclamé meilleur ami de Kurt Cobain et lui a accessoirement fourni une arme à feu.

Très loin des journaux people, du succès mainstream et des plus grandes scènes du monde, Stephen O’Malley et Greg Anderson jouent dans des endroits selects. Ce soir, c’est dans le cadre d’un concert spécial organisé par le festival des nuits sonores qu’ils investissent le Sucre. Un club bien plus électro que metal. Mais Sunn O))) est sur tous les fronts. Jouissant d’une réputation d’apprentis sorciers du son, ils sont aussi bien dark ambient, drone, électro dépouillé, que doom ou black.

Artistes : Sunn O)))
Date : 30 Octobre 2025
Salle : Le Sucre
Ville : Lyon [69]

Pas de première partie. Sunn O))) se suffit à lui-même. L’intro est un montage sonore d’extraits de Venom en live. Sunn O))) rappelle qu’il est bien un groupe extrême. On entend Cronos introduire une série de morceaux avant de les entamer. Puis l’extrait atterrit en toute fin de chanson qui est enchaînée avec l’intro de la suivante. Ça donne un monologue du style :

« Alright! »

« This is a track called ‘Poison’. »

« Alright! »

« This one is from the Black Metal album… this is ‘Buried Alive’. »

« Alright! »

« This one is from the « Possessed » album, this is ‘Satanachist’. »

« Alright! »

« Is there some beer drinker tonight? »

Une sorte de blague jouant sur la répétition. Néanmoins chacun sait que les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Or c’est ce qui caractérise ce concert : des longueurs qui tendent au pénible. Passé cet hommage aux pères du black metal, la fumée continue d’envahir la scène sous des lumières blanches. Elles ne changeront pas de couleur de la soirée. Le minimalisme est de rigueur. Les deux musiciens arrivent sur scène encapuchonnés et poings levés. Toujours une ambiance de lumières monochromes, fumigènes, et son massif. Mr O’Malley et Mr Anderson assènent des riffs dont on peine à trouver un début et une fin. Dur d’identifier un morceau extrait d’un album. Serait-ce plutôt une impro pour ce concert spécial ?

La mise en scène est aussi faite pour que le public perde ses repères. Les fameux amplificateurs Sunn installés en arc de cercle déterminent l’espace sonore. Une sorte d’amphithéâtre, mi-musée de la marque américaine mi-chambre de test pour pousser leur puissance à fond. Là réside l’essence même du groupe : le son, la matérialité des amplis et les ondes qui en sortent. Car oui, le son devient physique. Il vous brutalise les oreilles à un niveau douloureux et fait vibrer toute votre carcasse. C’est une expérience. Jouer à cent vingt décibels n’est pas sans effet sur un auditeur lambda. Très vite des membres du public, pourtant averti, quittent la salle. Le concert se vit aussi à l’extérieur, côté bar. Là, le son se fait encore ressentir. Une onde bien grave filtrée par l’enveloppe du Sucre. Le bar en plein air offre une très belle vue sur la colline de Sainte-Foy plongée dans la nuit.

Retour à l’intérieur. Toujours le même volume excessif. Et s’installe une forme de monotonie. Les deux guitaristes encapuchonnés lèvent la main, redescendent leurs poings tenant un médiator pour frapper les cordes. De là, les amplis prennent le relais et envoient d’énormes grondements pleins de sustain. Parfois le son part auto-oscillation avec un delay poussé lui aussi aux limites – un effet bizarre qui a le mérite de ponctuer ce maelstrom sonore. Point de stéréo, mais une énorme vague sonore qui vous entoure et vous secoue.

La musique de Sunn O))) est un manifeste de puissance, de force brute. C’est ce qu’il faut retenir de cette formule duo. Le groupe revient aux bases, mais perd tout ce qui fait le sel de sa musique sur album où l’on peut apprécier à volume raisonnable de longues compositions progressives, voyages constellés d’interventions extérieures. Les chœurs féminins, nappes de claviers ou vociférations d’Attila manquent ce soir. Les puristes crieront au génie. Les sceptiques auront eu le plaisir de voir un groupe mythique, mais avec un sentiment amer de douleur et d’ennui.

Dans la salle, peu de gens se lâchent ou partent en transe. Un ou deux hurluberlus dansent. Pour le reste, le public est composé des lecteurs et lectrices de New Noise, type true-metalleux à barbe, branchouille à casquette ou minettes hypes dont les visages ne révèlent ni enthousiasme ni extase. A mi-concert, un tiers de la salle est passé côté terrasse avec son bar pour profiter de l’ambiance à moindre volume. Les gens peuvent parler et échanger leurs impressions.

Sunn O))) n’est pas Helloween. On n’y va pas pour du happy metal bourré mélodies à reprendre à tue-tête. Sunn O))) est une expérience, un groupe qui a aussi bien sa place sur une scène live que dans une performance d’art contemporain. Ça tombe bien, le Sucre est une salle posée sur le toit de la Sucrière, elle-même salle incontournable de la Biennale d’art contemporain lyonnaise. Le groupe ne s’est pas trompé de champ de bataille. Sa campagne bruitiste Shoshin (初心) vise à planter sa bannière partout où il passe et à perforer quelques tympans. La capitale des Gaules ne fait pas exception et ce soir le duo a brutalisé un petit millier de gones. Veni, Vidi, Vici. Le public est terrassé par ces empereurs du son maléfique. La populace de Lugdunum rend les armes face à cette légion d’amplis chauffés à blanc. Ave Sunn O))).

Photos : Noémie Lacote.



Laisser un commentaire

  • Vu pour la première fois en concert au Hellfest 2025…bon ben c’est du bruit sans intérêt et sans une once de mélodie et techniquement affligeant. Sera très facile à copier par IA.

  • Asp Explorer dit :

    Sunn O)) c’est bien, mais il faut avoir l’esprit ouvert et des bouchons d’oreille. On est plus dans le domaine du massage que de l’acoustique.

  • SUNN O))) est à la musique ce que Whiteman est à la peinture.

  • Last Train @ Trianon
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