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Chronique Focus   

Teitanblood – From The Visceral Abyss


En l’an de (dis)grâce 2025, on sait à quoi s’attendre d’un album de Teitanblood, ce qui explique sans doute l’anticipation cristallisée autour de l’annonce de la sortie de leur quatrième opus il y a quelques mois. Si en deux décennies de carrière, les Espagnols n’ont sorti que trois albums (et une poignée de splits et d’EP mémorables), chacun d’entre eux a laissé un impact assourdissant dans les bas-fonds du metal extrême : à la fois barbares et monumentaux, ils réalisaient le mariage du death metal le plus caverneux et du black metal le plus fanatique, de l’obsession des sanies et de la décomposition du premier et de la révérence et de l’angoisse existentielle du second. C’est en effet au point de convergence où les limites entre black et death s’abolissent qu’aspire Teitanblood ; c’est là que se trouvent son horizon, sa ligne de fuite, mais aussi les racines de ce bien nommé From The Visceral Abyss…

Car si « Enter The Hypogeum » offre une entrée en matière relativement progressive – d’abord les grésillements presque noise, puis l’ambient chargé de menace, puis les riffs suintant de distorsion, puis la batterie (au son très naturel, étrangement humaine, palpitante), puis les hurlements d’écorché –, en à peine une minute, l’auditeur est plongé dans un déferlement infernal et torrentiel dont il ne sortira qu’une cinquantaine de minutes plus tard, éreinté. Aucune pause entre les morceaux : les silences sont remplacés par de courts intermèdes atmosphériques qui, à défaut de permettre de respirer (on serait bien en peine de reprendre son souffle parmi les aboiements du bref « Sevenhundreddogsfromhell »), organisent la tension et mettent en valeur l’intensité de ce véritable bloc d’abîme qui reste cohérent, quand bien même il semblerait menacer à chaque instant de s’écrouler dans le bruit et le chaos. On se souvient qu’à l’époque de Death, sorti il y a une dizaine d’années et dans la lignée duquel s’inscrit From The Visceral Abyss (annoncé par une citation de l’Apocalypse de saint Jean : « This is the second death »), le groupe revendiquait « corriger le malentendu selon lequel le death metal est de la musique ». Une fois de plus, ce nouvel album est à la fois plus et moins que cela, il s’effrite et dégouline en permanence tout en conservant sa structure, oscillant sur une ligne de crête entre cacophonie et metal étonnamment canonique. Parmi les gargouillements, les bruissements de voix (« From The Visceral Abyss ») et la pure violence sonore (« Strangling Visions », « And Darkness Was All »), surnagent en effet des leads de guitares qui peuvent se faire redoutablement accrocheurs, des moments de groove imparables (« Strangling Visions ») et des échos de Mayhem (« Tomb Corpse Haruspex »), Blasphemy, Autopsy ou Slayer, le tout agencé dans des compositions plus denses et plus rigides que par le passé.

C’est sans doute là que se niche le talent de Teitanblood : dans sa capacité à faire coexister ce qui ne devrait pas pouvoir le faire, à capturer le point de bascule entre solidité et effondrement, circulation et coagulation, passé et futur ; bref, à donner à ressentir l’action de la mort à l’échelle de la molécule, de l’individu, ou de l’anéantissement cosmique. Annie Le Brun disait que Sade ramenait le rapport du corps à l’esprit à sa dimension de catastrophe naturelle, et quelle que soit la place que From The Visceral Abyss prendra dans cette désormais tétralogie – le temps et les écoutes le diront –, c’est à peu près la même chose que Teitanblood s’échine à faire depuis le début de sa carrière. Épanchements d’humeurs, déluges, décomposition, éboulements, éructations, éjaculations, éruptions volcaniques : même combat pour les Madrilènes. En ces sept morceaux comme autant de calices – le disque s’achève d’ailleurs sur le mélange de cuivres grandioses et de bourdonnements qui ouvrait Seven Chalices, leur premier album, bouclant au choix le cycle de la vie ou le cercle des enfers –, ils donnent au réagencement perpétuel des cellules des allures de drame titanesque.

L’album en écoute :

Album From The Visceral Abyss, sorti le 28 mars 2025 via Snakefarm. Disponible à l’achat ici



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