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Interview   

Tesseract garde le contact avec lui-même


L’univers de Tesseract n’a décidément pas fini de s’étendre et de fasciner. C’est désormais à l’exercice de l’album conceptuel que le combo britannique s’est attaqué avec War Of Being. Cependant, il ne faut pas s’attendre à une simple histoire, mais à un concept abstrait explorant la condition humaine. Si ce dernier pourra paraître complexe à première vue, il aborde finalement une problématique simple qui pourra toucher tout le monde, celle de la perte de contact avec soi-même, au travers de « deux personnes qui souffrent ou [d’]une personne avec des conflits et des souffrances intérieurs ». De quoi, en tout cas, rendre leur musique plus théâtrale que jamais.

Et plus que jamais, Tesseract regarde au-delà de la musique : War Of Being a engendré un jeu vidéo sur Steam développé par le chanteur Daniel Tompkins et fera bientôt l’objet d’une nouvelle écrite par le bassiste Amos Williams, instigateur du concept. C’est justement avec ce dernier que nous nous sommes longuement entretenus pour décortiquer tout ceci et, plus généralement, le style Tesseract. Le quintet étant toujours à la pointe de la technologie, c’était également l’occasion d’aborder la question de l’IA, au présent comme sur ses perspectives d’avenir.

« Je crois que c’est naturel chez de nombreux musiciens d’avoir des conflits intérieurs. Ils passent leur vie dans une temporalité légèrement différente des autres gens. Ils sont souvent aux extrémités opposées du monde et ça les rend un peu introspectifs. »

Radio Metal : War Of Being est le premier rock opera de Tesseract. Voici comment il est décrit : « Le Dream s’est écrasé et ex et el se réveillent pour se retrouver dans le Strangeland, face à un ennemi connu simplement sous le nom de Fear. Les deux sont séparés et ainsi commence le voyage de War Of Being… » Tu es celui qui a imaginé ce concept. Peux-tu nous en dire plus sur le processus de réflexion qui a conduit à celui-ci, quand tu y as pensé et comment tu l’as pensé ? J’ai en l’occurrence lu Acle Kahney mentionner « une soirée arrosée »…

Amos Williams (basse) : Il y en avait probablement plus qu’une seule [rires]. Durant l’enregistrement, par exemple, nous avons réécouté certains morceaux, Acle, le batteur Jay [Postones] et moi-même, après quelques verres et ça nous a amenés à totalement réécrire certaines parties de l’album. Il existe d’ailleurs quelques prises qui ont été faites à dix heures du soir après une bouteille ou deux de bon vin français [rires]. C’est le genre de chose que nous n’aurions peut-être pas fait si nous avions abordé ça avec un autre état d’esprit, mais c’était très intéressant, en fait. Nous n’étions pas vraiment ivres, nous ne faisions que nous amuser, mais c’était très intrigant de voir la direction que nous prenions quand nous étions très détendus et que nous nous amusions ; c’était très différent de la direction que nous prenons normalement. J’étais vraiment excité par certaines choses et la créativité qui en sont ressorties.

Pour ce qui est du concept, c’est très intéressant. C’est plus ou moins venu d’une image qui m’est apparue du personnage ex et tout a découlé de ça. L’image était dans mon esprit et représentait ce personnage allongé sur le dos dans des mares d’eau noire au milieu d’un paysage rocheux dans le style islandais. C’était comme s’il se réveillait quelque part sans savoir comment il était arrivé là. Ça faisait écho à ce que je ressentais à cette période et ça s’est vraiment déployé à partir là. Si tu regardes la théorie du chaos, par exemple, les systèmes les plus compliqués ont les origines les plus simples qui soient. Comme j’étais libre de penser dans toutes sortes de directions à partir de cette seule graine d’idée, tout est sorti ! C’était un sacré processus, pour être honnête. Ce n’était pas forcément comme un flux de conscience, mais une fois que ce robinet était ouvert, il n’a pas arrêté de couler [rires].

Ce concept se veut une métaphore des conflits intérieurs qu’une personne traverse au cours de sa vie. As-tu toi-même eu beaucoup de conflits intérieurs ?

[Rires] Oui et j’en ai toujours, et j’en aurai toujours ! Je crois que c’est naturel chez de nombreux musiciens. Ils passent leur vie dans une temporalité légèrement différente des autres gens. Quand les gens vont au travail, eux rentrent peut-être chez eux ! Ils sont donc souvent aux extrémités opposées du monde et ça les rend un peu introspectifs. Ça leur fait ressentir les choses et les pousse à y réfléchir, avec un regard légèrement extérieur. Et ils ont aussi parfois plus de temps pour penser aux choses. Par exemple, quand tu voyages plusieurs jours pour te rendre à l’autre bout de la planète, tu as beaucoup de temps pour réfléchir. Donc oui, on a tous beaucoup de conflits internes, ne serait-ce que par rapport à ce que le métier de musicien fait aux personnes de son entourage, aux sacrifices qu’on leur demande de faire pour nous permettre d’être musiciens. Ça provoque de nombreuses réflexions, du style : « Bon, il faut que je sois cette personne, mais je me sens aussi très coupable, car je suis loin de chez moi, loin de ma famille, etc. Mais il faut que je sois cette personne, autrement ça n’irait pas. » Tout le monde dans le groupe connaît ça. C’est très intrigant et parfois inconfortable, mais évidemment, nous le faisons parce que nous le voulons, nous en avons besoin.

Plus spécifiquement, qu’est-ce que ex et el, ainsi que le Strangeland, représentent dans cette métaphore ?

Commençons par le Strangeland. C’est vraiment une allégorie pour le subconscient. Il y a un monde qui est construit à partir d’une substance qu’on appelle l’eau sombre, qui est, essentiellement, ma représentation de la pensée chaotique brute d’où tout est issu. Ensuite, ex et el, plutôt que deux êtres séparés, sont des parties d’une même personne – d’où leurs noms en minuscules – en l’occurrence moi-même, mais dans le cas de Dan [Tompkins], le chanteur, ils pourraient être lui et peut-être sa partenaire – il devra le dire lui-même. Ils représentent des parties de soi auxquelles on est attaché et – dans mon cas – qui sont en conflit, dans l’incapacité de communiquer entre elles. C’était une façon de créer un binaire d’oppositions. L’un se comporterait d’une certaine façon et l’autre se comporterait de façon opposée. C’était tout simplement un merveilleux moyen pour moi de faire passer cette idée de conflit auprès de tout le monde, d’un point de vue universel. On comprend tous le concept de dynamique entre un homme et une femme, deux opposés – je sais que c’est une grande simplification de cette idée, mais c’est une relation ou une dynamique que tout le monde semble immédiatement comprendre, qu’elle soit intérieure ou extérieure. C’est très intéressant de voir la façon dont les gens commencent à interpréter ceci, car ils projettent leur propre vie sur les personnages parce que nous leur avons donné cette universalité commune en guise de point de départ.

« Parfois, on fait des choses pour d’autres gens et on n’écoute pas sa voix intérieure, au lieu de dire : ‘Attendez, non, ceci est ce que je ressens, ceci est ce que je veux.’ Nombre d’entre nous se sentent coupables d’avoir ce genre de pensée, mais au bout du compte, on est dans une position beaucoup plus favorable quand on est honnête avec soi-même et avec les autres sur qui on est. »

Dan a dit qu’il y a « un besoin urgent de faire tomber le masque et de révéler sa véritable identité ». Qu’est-ce qui lui fait dire – et probablement te fait dire – ça ? C’est la société qui nous pousse à nous cacher derrière un masque ?

Oui. C’est en partie la raison pour laquelle nous avons introduit le symbole du labyrinthe. C’est le concept d’être sur un chemin qu’on ne peut pas vraiment connaître, on ne comprend pas vraiment ce qui nous attend, mais on suit toujours quelque chose qui est soi et sera toujours soi. Quand, dans la vie, on fait des choses pour d’autres gens et qu’on n’écoute pas sa voix intérieure – surtout quand on est musicien –, on peut parfois se retrouver dans l’incapacité – utilisons un cliché – de suivre un rêve, ou peut-être qu’on écrase une partie de soi pour permettre à une autre personne d’être heureuse. C’est en gros l’idée d’enlever cette fausse projection de soi et de non seulement [montrer le vrai soi], mais aussi de se comprendre soi-même. A mon sens, quand on porte un tel masque, on n’est plus en lien avec soi-même et on peut finir par se blesser et, en conséquence, blesser ceux qui nous entourent en prenant des décisions basées sur ce qu’on présume que les autres pensent de soi, au lieu de dire : « Attendez, non, ceci est ce que je ressens, ceci est ce que je veux. » Et on a le droit aussi d’avoir ce genre de pensée, car nombre d’entre nous se sentent coupables de les avoir, mais au bout du compte, on est dans une position beaucoup plus favorable quand on est honnête avec soi-même et avec les autres sur qui on est.

Acle raconte lui-même qu’il ne comprend toujours pas tout le concept… Mais penses-tu que ce soit justement ce que les fans de Tesseract attendent de votre part : quelque chose dans lequel ils doivent se plonger et qu’ils doivent déchiffrer ?

Oui. En fait, j’apprécie vraiment entendre l’interprétation de chacun. J’adorerais me poser et demander à Acle : « Ok mec, à ton avis, qu’est-ce que c’est réellement ? » Car connaissant Acle, je le soupçonne de chercher les détails, genre : « Ça parle de ces personnes et elles font ce truc. » Et il ne se dit peut-être pas : « Oh, en fait, ça parle d’une idée beaucoup plus simple et humaine. » Car Acle est merveilleusement doué et peut-être qu’il passe à côté de l’évidence, qui est que ça parle de deux personnes qui souffrent ou une personne avec des conflits et des souffrances intérieurs. Ce n’est rien de plus. Ça parle d’avoir perdu le contact avec soi-même. Donc peut-être qu’il s’est dit que c’était trop simple et qu’il cherchait plus ! Je commence déjà à découvrir l’interprétation que les gens font du concept, et j’ai déjà vu des trucs absolument fous que je n’aurais jamais imaginés. Je ne savais pas du tout que certains noms de personnages signifiaient quelque chose dans je ne sais quelle théologie. C’était complètement dingue de penser ça, car si quelqu’un aborde la question avec cette compréhension, il aura une idée complètement différente de la mienne. C’était vraiment merveilleux d’entendre leur histoire, leur façon de voir ce qui se passe là-dedans. Ça m’a fait réfléchir un peu : « Eh bien, il pourrait y avoir un peu de ça. » Je ne vais pas dire que c’est le cas, mais… Car la nature même de ce concept, c’est de ne pas vraiment se connaître soi-même. Peut-être que j’ai écrit et que le processus d’écriture consistait à essayer de me comprendre, et il pourrait y avoir beaucoup de choses là-dedans sans que je réalise encore totalement que c’est à ce sujet que j’ai écrit. Ça m’intéresse donc beaucoup de voir ce que les prochaines années amèneront, ne serait-ce par rapport à ce que ça dira sur moi-même.

Au fait, quelles ont été tes références en matière d’albums conceptuels ?

Ça va être une réponse étrange, car je ne suis généralement pas un fan d’albums conceptuels [rires]. Principalement parce que j’ai l’impression que, par le passé, ça a été fait de manière très restrictive. J’avais vraiment envie de ne pas raconter une histoire linéaire. Je ne voulais pas dire : « Frodon Sacquet quitte la Comté et s’en va vers le Mordor », et les chansons décriraient ça. Pour moi, c’est horrible ! Je ne voulais pas que les paroles racontent une histoire, j’avais très envie que Dan capture des instantanés émotionnels, presque comme si c’était un tableau, et qu’il explore ce que ressentent ces personnages plutôt que ce qu’ils font, car pour moi, c’est de loin plus important à explorer en tant que musicien ; autrement, autant lire un journal intime. En ce qui concerne ceux que j’aime, il y a Dark Side Of The Moon de Pink Floyd qui est fantastique. Là encore, il explore des idées presque abstraites, mais sous forme de moments, avec ce qui s’y passe. Si tu prends, par exemple, le morceau « Breathe », on y trouve les paroles les plus poignantes qui soient sur le vieillissement et les moments manqués de sa vie, et sur le fait d’avoir été tellement concentré sur son travail qu’on en a oublié de vivre. Ce n’est pas une histoire à proprement parler, mais c’est une histoire universelle que beaucoup d’entre nous connaissent, je pense, quand on atteint un certain âge ou quand on a bousillé une relation et oublié de vivre à force d’avoir été absorbé par son travail. Je voulais vraiment trouver un concept de ce type pour un album, où nous explorerions la condition humaine plutôt qu’une histoire classique, car ça ne m’aurait vraiment pas plu.

« J’avais très envie que Dan capture des instantanés émotionnels, presque comme si c’était un tableau, et qu’il explore ce que ressentent ces personnages plutôt que ce qu’ils font, car pour moi, c’est de loin plus important à explorer en tant que musicien. »

Tu as mentionné Dan : sa prestation sur cet album est assez impressionnante, très émotionnelle et presque théâtrale, surtout dans la partie centrale de « Legion » où il donne vraiment la chair de poule. Penses-tu que le concept a poussé sa performance vocale à être encore plus expressive, presque comme celle d’un acteur ?

Oui. Beaucoup de travail a été fait sur le chant sur cet album, bien plus que sur les albums précédents. Dan a toujours eu peur d’être très littéral ou très abstrait – je sais que c’est étrange à dire [rires]. Parfois il est trop abstrait, parfois il est trop littéral. Il a toutes ces idées merveilleuses et je pense qu’il avait besoin de prendre confiance pour suivre ces idées, et je crois qu’il a acquis cette confiance en ayant la structure d’une vision à suivre. La productrice vocale Kat [Katherine Marsh] et moi-même créions des tableaux d’humeur et des visuels de développement de personnages pour qu’il puisse vraiment se plonger dedans. Donc quand Dan et Kat travaillaient ensemble dans le studio, il n’y avait aucun malentendu par rapport à ce qu’ils essayaient de faire. C’est comme s’ils déambulaient dans une galerie d’art représentant l’histoire de War Of Being, car ils avaient tous ces personnages qui suscitaient des émotions en eux et ils pouvaient en parler, puis regarder les paroles et essayer de représenter ces personnages. Et donc, oui, c’est devenu théâtral et ça a presque transformé le rôle de Dan en celui d’acteur, surtout, comme tu le dis, avec le morceau « Legion ». Oui, ce dernier est un vrai moment fort pour moi, en raison de sa performance vocale. Ça l’a vraiment poussé à bout. Il était extrêmement brut et émotionnel, et on l’entend. Même si on ne peut pas faire ça sur chaque chanson, car autrement ça deviendrait ennuyeux, je suis tellement content qu’il ait atteint ce niveau, car ça signifie qu’il a maintenant un point de référence en lui. Non seulement il peut se dire : « D’accord, si je veux faire quelque chose comme ça, je dois me pousser et me briser de cette façon », mais il sait aussi ce que ça fait en termes de mécanique émotionnelle.

Penses-tu que le travail en solo qu’il a réalisé ces dernières années, après Sonder, l’a aidé pour acquérir cette confiance que tu as mentionnée ?

Oui, parce que tout ceci, c’est de la pratique. Quand tu es un musicien de nature progressive, tu n’es jamais satisfait de quoi que ce soit, donc à chaque fois que tu joues ou crées quelque chose, tu apprends, tu avances petit à petit, étape par étape, vers un objectif qui, avec un peu de chance, est une amélioration. Je nous encourage tous à constamment faire plus que Tesseract parce que ça améliore ou grandit notre expérience de vie. On vit plus de choses dont on peut ensuite tirer profit en tant que musiciens, interprètes et êtres humains.

Evidemment, Dan chante tous ces textes : comment as-tu travaillé avec lui là-dessus ?

Ça s’est fait entre trois personnes. La majorité des proto-paroles, donc le point de départ, venaient de Dan. Ensuite, durant l’année précédant la session d’enregistrement, nous avons passé pas mal de temps à examiner certaines de ces idées et j’essayais de suggérer qu’il y aurait peut-être moyen pour lui de les intégrer à la narration avec des choses plus simples, comme en y ajoutant des descriptions de ce qu’il ressent ou, disons, en changeant le temps, en parlant au passé ou au futur, ce genre de chose. Puis quand nous sommes entrés en studio, il a travaillé avec Kat Marsh en parcourant chaque phrase et en disant : « Qu’essayes-tu de dire ici ? » Encore une fois, je pense que c’est grâce à ça qu’il y a un côté théâtral, car ils ont construit une merveille relation ensemble. Ils ont pu être parfaitement honnêtes l’un avec l’autre et dire : « J’aime vraiment ce que je suis en train de dire ici » ou « Ecoute, ce mot est faible ou prête à confusion dans cette phrase ». Je dirais donc qu’il y a presque un triple narrateur dans l’album. Il y a trois personnes assez complexes émotionnellement qui mettent sur la table leurs conflits internes, et nous avons tous des forces différentes. L’incroyable force de Dan est qu’il est probablement, selon moi, l’un des meilleurs chanteurs du circuit, point barre. C’est un chanteur extraordinaire et les choses qu’il est capable de faire aujourd’hui sont tout simplement insensées. Pour ma part, j’ai l’impression d’avoir pu amener une complexité émotionnelle, tandis que Kat a apporté presque un accès à ce vaste monde d’idées, d’inspirations et d’émotions. C’était merveilleux de voir tout ceci bien fonctionner et s’imbriquer. C’est ainsi qu’on se retrouve avec des choses comme « Legion » qui est, actuellement, l’un de mes morceaux préférés de toute ma carrière.

Qu’est-ce que le morceau éponyme, « War Of Being », représente en tant qu’énorme pièce centrale de onze minutes ?

C’est une sorte de truc global. C’est presque le subconscient du Strangeland, donc le personnage nommé Knowledge, qui est un peu la voix, l’écho du Strangeland, son autoréalisation, qui voit cette histoire de ses propres yeux. Il voit ce qui se passe, il veut aider ou changer les choses, et dans bien des cas, il juge également. C’est presque la voix dans ta tête qui est la dernière que tu écoutes. C’est le personnage qui parle presque tout au long de War Of Being.

« Je nous encourage tous à constamment faire plus que Tesseract parce que ça améliore ou grandit notre expérience de vie. On vit plus de choses dont on peut ensuite tirer profit en tant que musiciens, interprètes et êtres humains. […] Si tu ne vis pas la vie, tu n’auras rien à dire. »

C’est aussi une chanson très typique de Tesseract. Elle est très englobante, autant en termes de concept que musicalement…

Oui ! Nous n’avons pas cherché à créer un morceau qui sonnerait comme nous tous en même temps [rires]. Nous n’avions absolument pas conscience que c’était ce que nous étions en train de faire. Mais maintenant que j’y réfléchis, je me dis que c’est peut-être ce qui se produit lorsque Tesseract travaille avec un producteur. Nous avons travaillé avec Peter Miles et Kat Marsh sur cet album et je me dis qu’ils ont vu ce qu’ils considéraient être le meilleur en nous, et donc ils nous ont un peu encouragés à faire ça sans que nous nous en rendions vraiment compte, car de notre côté, nous faisons notre truc. Après une année de réflexion sur le sujet et quelques mois où les gens n’ont cessé de dire que cet album sonnait comme un résumé du meilleur de Tesseract, je peux comprendre pourquoi ils en sont venus à cette conclusion, et je crois comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là.

Ça peut paraître assez osé dans l’industrie musicale d’avoir choisi cette chanson en tant que premier single, mais penses-tu que les règles d’hier ne s’appliquent plus aujourd’hui, ou bien sont-ce les règles de cette industrie qui ne s’appliquent tout simplement pas à Tesseract ?

[Rires] J’adorerais pouvoir dire qu’elles ne s’appliquent pas à nous, mais malheureusement, aucun groupe n’est une île. Nous n’avons clairement pas un statut qui nous permet de faire ce que nous voulons, mais je me demande effectivement si on n’est pas dans une période de transition où les choses doivent changer. Il y a une niche pour tout le monde aujourd’hui et autant c’est super, autant ça veut aussi dire que c’est très difficile d’être entendu au milieu du brouhaha, de la cacophonie, de la multitude de groupes de niche qui existent actuellement, car tout le monde est une niche désormais. Même les pop stars ont leur niche aujourd’hui, ce qui est très intéressant. Nous avons fait ce choix parce que… Initialement, ça semblait être une idée absurde, nous nous disions : « Ah, on ne peut pas faire ça ! » Mais c’est aussi le genre d’idée qui nous fait dire : « Hmm, en fait, je crois qu’on peut le faire… » Et avec tous les efforts déployés, non seulement dans le récit et le concept, mais également dans la réalisation du film… Car ça a pris quatre mois, du début à la fin, pour le produire, puis trois semaines supplémentaires de montage. C’était une sacrée aventure et ça n’a pas été simple. Ce niveau d’investissement et d’intention a engendré quelque chose que nous ne savions pas… En fait, pour être honnête, nous ne savons toujours pas si c’est bon ou mauvais, mais ça montre certainement ce dont nous sommes capables et le genre de musique que nous voulons sortir au travers de l’exemple le plus extrême. Par « extrême », je ne veux pas dire extrêmement heavy, je veux dire que c’est le truc le plus Tesseract que nous pourrions jamais faire. C’est absurde, c’est excessif, c’est mélodique, c’est émotionnel, c’est heavy, c’est tout ce que nous voulons que ce soit. Ça pourrait donc être décrit comme une définition couvrant toute la carrière du groupe en onze minutes ; c’est court, finalement, si ça ne fait que onze minutes, n’est-ce pas ? [Rires]

Vous avez donc commencé par sortir un clip spectaculaire pour cette énorme chanson, tout en annonçant une grosse tournée mondiale… Penses-tu que vous aviez besoin de revenir en grand pour rattraper les cinq années d’attente depuis Sonder ?

Oui, je pense qu’il y a un peu de ça, un niveau de surcompensation. Mais ce que tout cela met vraiment en évidence, c’est que les gens autour de nous croient autant que nous en cet album. Ils sont donc aussi en mesure de mettre en place toutes ces choses, comme une tournée mondiale qui est même encore plus longue que celle que nous avons annoncée – il reste d’autres dates à annoncer bientôt –, une production à gros budget pour le premier clip promotionnel et une campagne de publicité aussi intéressante et variée. S’ils n’avaient pas cru en cet album, ils n’auraient pas pu y consacrer le temps et les efforts, car ça n’aurait tout simplement pas fonctionné. Je crois que ça fonctionne et que les gens apprécient vraiment tous les efforts déployés, mais aussi la diversité.

Je pense qu’ils comprennent aussi que quelque chose ne va pas dans l’industrie musicale actuellement. C’est-à-dire que tu dois enregistrer un album, le sortir, tourner, et c’est un cycle de dix-huit mois à deux ans, et durant ce cycle, il est attendu que tu écrives un autre album, puis que tu l’enregistres, le sortes, tournes… Tu es donc dans la roue de hamster de cette machine qu’est l’industrie, or ça ne marchera pas avec Tesseract, et ceci est presque une preuve empirique qu’on peut nous donner quatre ou cinq ans, et que nous vous offrirons en retour quelque chose qui vous percutera en plein visage. Peut-être que vous n’aimerez pas, mais ce sera le truc le plus Tesseract que nous puissions vous offrir, au lieu de quelque chose qui… n’est juste pas là parce que nous n’avons pas eu le temps de, d’une part, ne rien nous refuser et, d’autre part, être introspectifs, et aussi de vivre, car il faut vivre de nouvelles choses pour pouvoir s’exprimer. Il nous faut une vie qui se déroule en parallèle du groupe, or on ne peut pas faire ça si on est constamment pris dans ce cycle d’écriture-enregistrement-sortie-tournée. Si tu ne vis pas la vie, tu n’auras rien à dire, n’est-ce pas ? Si ce n’est le nombre de notes que tu es capable de jouer… Voilà la preuve empirique : si vous voulez un tel album à chaque fois, il faudra peut-être nous accorder cinq années.

« Ceci est presque une preuve empirique qu’on peut nous donner quatre ou cinq ans, et que nous vous offrirons en retour quelque chose qui vous percutera en plein visage. Peut-être que vous n’aimerez pas, mais ce sera le truc le plus Tesseract que nous puissions vous offrir. Si vous voulez un tel album à chaque fois, il faudra peut-être nous accorder cinq années. »

Comme nous en avons discuté, War Of Being est un album qui montre toutes les facettes de Tesseract : est-ce ce qui a fait de lui un album parfait pour un concept ou est-ce le concept qui a amené – peut-être inconsciemment – à cette diversité musicale et émotionnelle ?

Je crois vraiment qu’Acle a atteint un autre niveau avec le don qu’il a de taper dans le mille pour que ce soit encore plus grand et émotionnel. En ayant un cadre dans lequel travailler, c’est-à-dire le concept, je pense que ça lui a donné… C’est presque la même chose que Dan, ça leur a offert un aperçu de l’émotion qu’ils devaient exprimer ou ressentir. Même si je n’ai aucun doute sur le fait que, sans ça, Acle aurait écrit des démos tout aussi excellentes, elles n’auraient peut-être pas eu l’élément de caractérisation qui a sans doute été bien plus réussi sur cet album que les albums précédents de Tesseract. Je veux dire qu’il y a sur chaque album des chansons qui tapent dans le mille, mais j’ai l’impression que cet album en contient neuf au lieu d’une seule. Donc je pense que le concept a donné à chacun une grandeur à imaginer. Plutôt que de fermer les yeux et d’être incapable d’imaginer la taille de la pièce, ils avaient le concept de la scène en tête et ils pouvaient se dire : « Ouah, ça doit être plus grand » ou « Ça doit être plus délicat ». C’est pourquoi il y a beaucoup de contrastes et nous sommes allés bien plus loin qu’auparavant. Ceci étant dit, peut-être que tout cela est entremêlé et que les deux aspects se sont nourris mutuellement, et que l’un aurait même pu exister sans l’autre au départ, si ça a du sens. Ça fait quinze ou vingt ans que nous faisons cette aventure qui nous permet aujourd’hui de savoir ce que nous attendons de notre son, car Tesseract existait avant que nous ayons l’idée d’ajouter un tel récit à l’un nos albums.

Acle reste celui qui a la vision musicale pendant le processus de composition et il a enregistré lui-même tous les riffs de l’album – James Monteith a appris les parties plus tard. Penses-tu que ça altèrerait la pureté du style et de l’identité de Tesseract si ça n’était pas le cas ?

C’est un sujet intéressant, parce que nous faisons des choses telles que des versions live en studio de certaines chansons, et celles-ci conservent ce style et cette identité. Ça semble être le cas chez plupart des groupes : tu as un guitariste qui joue toutes les parties de guitare, parfois même les parties de basse, simplement parce que – surtout avec Tesseract – c’est assez difficile de communiquer certaines subtilités. Acle ne comprend peut-être pas lui-même qu’il fait certaines choses qui sont naturellement lui et qui rendent son expression à la guitare unique, de la même façon que je fais des choses à la basse dont je ne me rends pas compte et qui correspondent à mon expression sur cet instrument. Acle a une façon de pivoter sa main qui provoque le tiré typique de Tesseract qui est très difficile à reproduire, ou du moins de dire à quelqu’un : « Le tiré se fait comme ça. » C’est en ayant étudié ce gars pendant dix ans que j’ai pu dire : « Ah, tu fais quelque chose qui, je pense, te rend extrêmement unique en tant que musicien. » Ce n’est ni mal, ni bien, c’est juste Acle. Et James ne fait pas ça. James est bâti très différemment. Il est deux fois plus grand qu’Acle ! Ses mains sont deux fois plus grandes que celles d’Acle ! Donc il joue très différemment. Quand tu regardes son projet solo Cage Fight, on peut voir que ce qu’il y fait n’a rien à voir avec Tesseract. Si Acle était dans Cage Fight, ce serait l’inverse : James ferait tous les riffs et Acle jouerait par-dessus.

Je vois bien ce que tu veux dire, et je soupçonne qu’il y a une raison là-derrière, et le plus souvent, c’est aussi juste une question de temps. Nous avons eu beaucoup de temps pour cet album, mais malgré tout, pas beaucoup ensemble. C’était Jay, Acle et moi en studio pendant sept semaines, et ensuite Dan était là pendant quatre semaines, mais James n’était là que peu de temps. C’est comme ça. Je soupçonne que ce qu’il apporterait, non pas que ça rendrait la musique moins pure, mais je comprends ce que tu veux dire, ce serait tout d’un coup différent. Je pense que ce serait un peu plus brut, moins cristallin, car l’une des qualités que James apporte, c’est le chaos, et c’est merveilleux. C’est en partie ce qui, selon moi, rend ce que nous faisons en concert excitant, car nous avons cette part de chaos ou ces différences par rapport à l’approche d’Acle en studio.

D’un autre côté, ce n’est pas frustrant pour James ?

Bien sûr ! Et je pense que c’est l’une des raisons qui l’ont amené à monter un autre groupe qui contribue à célébrer ce qu’il a très envie de faire. C’est excellent, car c’est un peu de ça que parle cet album : s’assurer que sa voix est entendue. Nous savons tous, assurément, qu’en conséquence, c’est plus dur sur le plan créatif pour lui et nous en parlons de temps en temps, mais ça ne pose pas de problèmes en soi. C’est quelqu’un de pragmatique qui dit : « Je pense que c’est la meilleure façon de procéder pour toi. Je veux participer aux enregistrements, donc je vais leur apporter ce que je peux. » Son approche des leads est très cool quand nous emmenons les morceaux sur scène, donc il en a fait par le passé sur des albums, et c’est l’une de ses forces. C’est intéressant, parce qu’il y a des parties de basse qu’Acle a enregistrées et, vice versa, il y a des parties de guitare que j’ai enregistrées que nous avons fini par utiliser. Jusqu’à présent, ça semble fonctionner ainsi. Acle est aussi très pointilleux par rapport à ce qui sonne le mieux, quitte à réenregistrer une partie que j’ai déjà enregistrée ou à accepter le fait qu’il ne peut pas reproduire la partie que j’ai créée. C’est un cas de figure très intéressant, mais il essaye toujours d’atteindre ce qu’il voit au travers de son prisme, et aucun de nous ne remettra jamais ceci en cause car c’est ce qui marche le mieux pour Tesseract.

« Je trouve parfois que les motifs rythmiques de Meshuggah sont trop rigides et qu’ils manquent de groove dans leur déroulé – je sais que dire ça fera chier tous les fanas de djent, mais c’est ainsi. »

Ce qui est drôle, c’est qu’Acle a dit qu’il aurait détesté War Of Being quand il a fondé le groupe, car à l’époque, tout ce qu’il voulait, c’est plagier Meshuggah. Selon toi, quelle part de Meshuggah reste-t-il dans le Tesseract de 2023 ?

Le côté sans compromis de Meshuggah est là. Pour être honnête, il y a une partie instrumentale qui dure toute une minute dans le morceau « War Of Being », ce n’est pas un plagiat de Meshuggah, mais les techniques utilisées par Jay, quand il fait le motif en triolet à la grosse caisse, ça vient directement de Thomas Haake. Et on ne peut nier que ce que nous faisons là vient du « djent pour les nuls », qui est, en gros, l’université de Meshuggah. C’est donc quelque chose que nous reconnaissons volontiers et que nous ne cacherons jamais, c’est certain, mais nous nous en sommes clairement éloignés en introduisant un côté mélodique à cette sphère que Meshuggah n’a tout simplement pas. Même au tout début, nous avons toujours été là : « Ouais, c’est vraiment cool, mais personne ne peut rivaliser avec Meshuggah et ça ne nous intéresse pas d’essayer, mais on a des influences mélodiques qu’on veut marier à ce style de musique. » Je trouve parfois que les motifs rythmiques de Meshuggah sont trop rigides et qu’ils manquent de groove dans leur déroulé – je sais que dire ça fera chier tous les fanas de djent, mais c’est ainsi. Du coup, nous jouons souvent avec la longueur des motifs parce que ça donne du groove ou alors parce que nous avons l’impression que ça disait quelque chose mais qu’il n’y avait plus besoin d’en dire plus à ce moment-là. C’est pourquoi nous avons souvent des boucles ou des cycles de mesures irréguliers, au lieu de nous forcer à finir un cycle de, disons, seize ou vingt mesures.

Acle a dit que vous aviez clairement « pris la décision d’être tous dans la même pièce et d’enregistrer en studio avec une batterie live » et que vous avez pris « quasi un mois rien que pour vous focaliser sur les jams, l’enregistrement et les expérimentations ». Trouves-tu que le côté humain dans le fait d’être ensemble et de partager l’expérience fait une grande différence pour un album comme War Of Being ?

Oui, parce que ça devient vraiment plus humain, justement, moins préconçu, plus chaotique parce que tu as le temps de réfléchir non seulement à ton idée initiale, mais aussi à ta seconde idée, puis à l’idée que cette seconde idée a donnée à un autre membre du groupe avec qui tu en as parlé. Puis, après le dîner et une bouteille de vin, vous vous y êtes remis et vous avez expérimenté avec tout ça. Ce n’est pas le genre de chose qu’on peut vraiment faire à moins d’être ensemble dans ce type de contexte. Ça n’aurait pas été possible autrement. C’était merveilleux d’être ainsi isolés dans ces studios, au milieu de nulle part, et d’être là : « Eh bien, on peut essayer ça ou on peut se poser pour regarder la télé. Que fait-on ? » Donc nous y allons et nous essayons, et c’est fantastique. Ceci étant dit, nous avons aussi pas mal regardé la télé, mais on en revient à ce que je disais : il faut vivre. Tu te lèves et tu travailles peut-être de dix heures du matin à dix heures du soir, ce qui est ridicule, on ne devrait pas faire ça six ou sept jours par semaine. Nous nous prenions donc des weekends, par exemple, et ça nous permettait de respirer et de vivre pour ensuite ramener ça en studio et rendre le tout un peu plus humain.

D’un autre côté, la musique de Tesseract paraît très réfléchie, précise et technique. Quelle marge y a-t-il pour faire des jams et de l’expérimentation pendant ceux-ci ?

Si nous sommes en train de jouer avec le séquenceur – car les changements de patch de nos unités d’effets sont automatisés –, tout ce que nous pouvons réellement changer, ce sont les parties que nous jouons et pas le moment où elles interviennent, par exemple. Il n’y a donc pas beaucoup d’opportunités pour faire ça, mais nous avons remarqué que pendant les balances en tournée, de temps en temps, nous laissions certaines choses se produire. C’était la véritable motivation, nous assurant que nous pouvions expérimenter. L’un de mes grooves préférés dans l’album vient juste de Jay et moi en train de déconner, démolissant une partie, la faisant tourner pendant vingt minutes et explorant. C’est ainsi que nous avons trouvé cette rythmique qui est, selon nous, l’une des plus groovy que Tesseract a jamais faites. Ça ne se serait jamais fait autrement, si nous n’avions pas été comme des gamins jouant dans un bac à sable.

On dirait que pas mal de gens ont été impliqués dans la production de cet album : Peter Miles et Katherine Marsh en tant que coproducteurs, Randy Slaugh qui a contribué à la programmation et à de la production additionnelle, et Forrester Savell pour de l’ingénierie supplémentaire. Pourquoi aviez-vous besoin d’autant de gens pour vous assister ?

C’était plus pour nous décharger de façon à ce que nous puissions moins nous concentrer sur l’aspect technique et plus sur l’aspect créatif. Ceci étant dit, nous avons aussi choisi de travailler avec des gens qui sont extrêmement créatifs. C’était très intrigant. Ce n’était pas juste un ingénieur qui était avec nous dans la pièce, mais quelqu’un qui était tout aussi passionné par les choses que nous et tout aussi créatif, si ce n’est plus dans bien des cas. Ça s’est avéré être une chance. Nous étions très amis avec toutes les personnes impliquées dans l’album, donc c’était merveilleux d’avoir cette camaraderie. Au sein de Tesseract, nous nous sentons souvent assez isolés en tant que groupe, nous avons l’impression d’être relativement insulaires, repliés sur nous-mêmes, et c’est toujours merveilleux de trouver des personnes avec qui partager notre expérience. Nous avons tendance à les faire venir et, encore une fois, nous nous amusons. Evidemment, il y a ce que nous faisons, et nous avons un chemin à suivre, mais c’est vraiment cool de partager des idées et des expérimentations, et de s’inspirer les uns des autres. C’était génial d’avoir autant de personnes impliquées dans cet album.

« Star Wars, c’est une immense scène sur laquelle, pour moi, il se passe très peu de choses. Star Trek, c’est une scène plus petite, mais il s’y passe énormément de choses entre les personnages, et c’est si réel et si humain. »

Vous ne vous êtes pas arrêtés à un album conceptuel : vous avez créé un jeu vidéo sur Steam basé sur celui-ci. Dan en était le concepteur et développeur principal, aux côtés d’Adam Boyt (programmeur/développeur) et Kirsty Harvey (conceptrice 3D). D’après toi, qu’est-ce qui faisait que ce concept se prêtait bien à un jeu vidéo ?

Je crois que, parce que nous travaillions dès le début de manière très visuelle, Dan a pu dire : « Ok, c’est vraiment cool… » Il faut savoir, qu’il travaillait déjà sur une sorte de métavers pour Tesseract pour essayer d’emmener la communauté en ligne sur Twitch et Discord dans un forum pour fans en réalité virtuelle. Il était donc en quelque sorte en train de concevoir ça, et quand il a montré à Kirtsty et Adam les choses sur lesquelles nous étions en train de travailler, ça leur a fait dire : « Pourquoi ne pas simplement créer ça ? On peut bâtir cet univers, car c’est très visuel et très intrigant pour nous, alors faisons-le ! » Ensuite, respect à lui, car il a passé la dernière année à apprendre des trucs sur le moteur de jeu Unreal Engine. Au stade où nous en sommes aujourd’hui… Je veux dire, je m’intéresse moi-même à la 3D depuis quinze ans, alors maintenant, nous avons dans le groupe deux personnes instruites dans ce domaine qui peuvent peut-être commencer à élaborer une production scénique pour le live, peut-être du contenu vidéo, ou peut-être que nous développerons l’histoire avec la production virtuelle que nous avons créée avec le jeu et sortirons ça dans le futur. Mais oui, c’est génial, et dans les prochaines semaines, nous allons mettre en place une campagne Kickstart pour que tout l’album soit intégré au jeu. Pour l’instant, c’est à l’état de démonstration de faisabilité et nous allons étendre les cinq niveaux que vous connaissez pour en faire neuf, peut-être dix. J’ai d’ailleurs déjà vu le premier nouveau niveau et c’est fantastique, c’est vraiment cool. Ce sera très excitant de voir où ça va nous emmener durant les deux prochaines années.

Est-ce que vous partagez tous dans le groupe la passion de Dan pour les jeux vidéo ?

Oui. Enfin, je dirais que nous n’avons pas autant de motivation que Dan pour jouer [rires]. Et en tournée, il est clair que Dan a différentes responsabilités, donc c’est sa façon de se détendre. Il passe beaucoup de temps à jouer à des jeux pour se relaxer. Mais le reste d’entre nous aiment beaucoup différents types de jeux. C’est juste une question de temps : où trouver le temps ? Lui a l’air d’en trouver plus que nous [rires].

Je sais que tu as aussi personnellement l’intention d’écrire un roman basé sur l’histoire de l’album. Quel est ton rapport à l’écriture et à la littérature ?

Quand j’étais très jeune, j’étais très passionné de littérature. J’ai étudié la littérature anglaise jusqu’à la fin de l’école et j’ai suivi les cours avancés que nous avons au Royaume-Uni. Ça a toujours été un merveilleux domaine à explorer pour moi, que ce soit la science-fiction ou le fantastique, ou des romans dramatiques comme ceux de Margaret Atwood et des choses pouvant montrer différentes visions de la réalité que je n’aurais jamais pu vivre, comme, disons, la littérature féministe – comment diable aurais-je jamais pu connaître un tel point de vue en étant un… mec ? [Rires] Mon imagination a des limites, donc c’est merveilleux de pouvoir vivre ces vies au travers des histoires d’autres gens. Je ne suis en aucun cas un auteur, et c’est pourquoi je ne peux pas dire que j’aurai terminé à telle date. J’ai étoffé un tiers de l’histoire – toute l’histoire est écrite, mais pour ce qui est des détails et de la causalité, j’ai un tiers de fait, ce qui fait à peu près douze mille mots. Ce sera donc une nouvelle, ce sera plus court, car je n’ai pas quatre-vingt-dix mille mots en moi, en tout cas d’après mon expérience. On verra comment ça se passera dans les prochaines années. Je ne vais certainement pas forcer les choses, mais de la même manière que ça s’est déjà produit, ça se reproduira. Il y aura une période d’environ six semaines pendant laquelle ça fera [fait un claquement de doigts], ce sera torrentiel et je ne pourrai pas l’arrêter.

Quelle est ta littérature de prédilection ?

La littérature moderne/contemporaine. J’ai beaucoup apprécié la série de livre The Expanse. C’est une version fantastique de… Ce n’est presque pas de la science-fiction, c’est presque un drame avec un décor de science-fiction, et c’est vraiment ce que je préfère. Je ne m’intéresse pas au scénario, je m’intéresse davantage à ce qui se passe entre les personnages. J’aime beaucoup les grandes relations dans le scénario, mais j’aime surtout quand on zoome sur l’humain en mettant de côté ce qui se passe. Je le dis souvent, mais c’est la différence entre Star Trek et Star Wars. Star Wars, c’est une immense scène sur laquelle, pour moi, il se passe très peu de choses. Star Trek, c’est une scène plus petite, mais il s’y passe énormément de choses entre les personnages, et c’est si réel et si humain. Il faudrait regarder les deux pour comprendre et dire : « Ah, maintenant, je vois ce que tu veux dire. » L’un s’intéresse davantage à l’infographie et l’autre davantage à l’humain. Enfin, j’aime les deux, mais Star Trek, c’est du sérieux, alors que Star Wars, c’est juste du fantastique. Voilà donc le genre de chose qui me plaît.

« Je pense qu’on peut utiliser l’IA quand on est créatif, qu’on peut gagner quelque chose grâce à cette technologie, qu’on n’a pas besoin de la laisser nous tuer. Qui sait ? Peut-être qu’à l’avenir on l’utilisera même pour la musique, par exemple pour surmonter le syndrome de la page blanche. »

J’ai aussi commencé à lire – en fait, je soupçonne que c’est devenu assez connu en Occident – Le Problème À Trois Corps quand je vivais pendant un temps en Chine. C’était fantastique parce que c’est de la science-fiction d’un point de vue non occidental, ce qui est complètement différent et aussi extrêmement imaginatif, au point que je ne suis pas sûr qu’un auteur occidental puisse penser qu’une idée aussi folle serait acceptable. Il dirait presque : « C’est trop dingue pour mon public. » Alors qu’un auteur chinois à succès peut le faire parce qu’il n’est pas soumis aux mêmes restrictions ou aux mêmes attentes que la science-fiction occidentale. J’ai vraiment hâte que ce roman soit produit dans une série télévisée et que ce genre de chose soit plus largement connu et accepté, car c’est absolument fou, mais en conséquence, très intéressant.

On dirait qu’il y a pas mal de talents extra-musicaux dans le groupe, entre toi qui écris et fais du graphisme, et Daniel en tant que concepteur de jeux vidéo. Penses-tu que ce soit ce qui fait de Tesseract un groupe si riche et multidimensionnel, car vous avez tous des compétences qui dépassent la musique ? Ou est-ce finalement votre ambition de transcender la musique qui vous pousse à apprendre de nouvelles compétences ?

Au final, je veux que nous soyons tous dans une position où nous sommes en mesure d’être pleinement créatifs. Ça peut être musicalement ou sous n’importe quelle forme. Et je pense que tout le monde au sein de Tesseract a cette ambition. C’est quelque chose qu’on voit beaucoup. Je pense que, particulièrement dans le domaine progressif, les gens ont souvent la volonté de faire d’autres choses en parallèle de la musique. Je sens vraiment qu’il y a beaucoup d’énergie et d’enthousiasme au sein de Tesseract pour y parvenir. Qui sait ? Peut-être que nous ne ferons rien de plus, mais ce serait vraiment cool de voir jusqu’où notre aventure créative pourra aller.

L’artwork de War Of Being a été créé en collaboration entre l’IA et l’homme. Tesseract a toujours été à la pointe de la technologie, comme l’a prouvé le livestream Portals. As-tu immédiatement sauté sur l’IA lorsqu’elle a commencé à prendre de l’ampleur ces dernières années ?

Je m’intéresse à toutes les formes d’apprentissage automatique depuis déjà un bon moment maintenant, car je trouve cette idée fascinante. Je trouve assez fascinant le fait que l’on essaye de reproduire ce que l’on est. J’avais donc connaissance de ces choses ces dernières années, et d’ailleurs, lorsque nous avons commencé en studio, j’ai mis en place un Google Colab Drive et j’ai utilisé leurs différents serveurs pour générer des illustrations. Le but étant de s’en servir comme des tableaux d’humeurs visuels et des guides de développement de personnages, et de s’en inspirer pour écrire la musique. C’est vraiment venu de là. Pour la première vidéo, celle « War Of Being », et les autres que nous avons sorties ensuite, nous avons travaillé avec les meilleures personnes que nous pouvions trouver, mais nous avons fini par être tellement attachés à ces visuels que nous avions générés en écrivant l’album que nous nous sommes dit que ce serait une erreur de faire autre chose, que nous devrions au moins essayer d’aller au bout de la démarche. C’est pourquoi nous avons continué. Je me suis mis à travailler avec ces images, parfois en les retouchant et en les modifiant, parfois en faisant juste un peu de correction des couleurs pour qu’elles s’intègrent mieux à la palette de globale. J’avais presque l’impression de ne pas avoir le choix, qu’il fallait que ce soit ça, autrement si nous avions fait intervenir une autre personne, elle n’aurait tout simplement pas saisi.

La technologie évolue tellement vite qu’au moment où tu as terminé un projet, il y a quelque chose d’encore meilleur qui sort, mais nous avons aussi constaté que ça commençait à devenir plutôt ennuyeux. Peut-être que l’on vit en ce moment une phase où la technologie IA se banalise. C’est-à-dire que c’est devenu vraiment cool, performant et facile à utiliser pour créer des visuels réalistes très précis, mais d’un autre côté, ceux-ci ont perdu quelque chose de chaotique, d’abstrait et d’artistique que, j’ai l’impression, on pouvait peut-être davantage capturer avec les premières générations de ces apprentissages automatiques. Je ne sais pas où ça ira. Je sais que c’est très controversé. Je pense qu’on peut utiliser l’IA quand on est créatif, qu’on peut gagner quelque chose grâce à cette technologie, qu’on n’a pas besoin de la laisser nous tuer. Qui sait ? Peut-être qu’à l’avenir on l’utilisera même pour la musique, par exemple pour surmonter le syndrome de la page blanche. On pourrait même l’alimenter avec tous nos albums précédents en disant : « Ok, je veux un riff de Tesseract » et la machine nous retournerait un riff basé sur notre propre style. Ce serait assez fascinant. J’aimerais voir quel chaos en résulterait. Ce serait assez fou de notre part, mais dans quelques années, j’imagine qu’on sera capable de faire à peu près n’importe quoi. J’espère que ça nous amènera à dépasser la banalité actuelle de cette technologie parce que, comme je l’ai dit, sa perfection fait stagner son potentiel artistique ; le désir des gens de la parfaire, au lieu d’y voir l’aspect artistique, a peut-être fait disparaître son essence créative, c’est-à-dire son caractère aléatoire, son étrangeté qui, pour moi, à titre personnel, la rendait fantastique. J’espère qu’on surmontera ça et qu’il y aura une renaissance de l’étrange dans quelques années.

« Le désir des gens de parfaire l’IA, au lieu d’y voir l’aspect artistique, a peut-être fait disparaître son essence créative, c’est-à-dire son caractère aléatoire, son étrangeté qui la rendait fantastique. J’espère qu’on surmontera ça et qu’il y aura une renaissance de l’étrange dans quelques années. »

Tu n’as donc pas forcément peur que ça remplace les êtres humains et dévalorise les artistes ?

C’est difficile à dire, car je ne sais pas vraiment. Je ne sais pas trop quoi en penser. Je ne pense pas non plus que ce soit pleinement développé. Je crois qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Je soupçonne que, peut-être, ça va ennuyer les gens avant que ça n’arrive à maturité. Et il y a déjà un retour de bâton. Il y a une volonté de mettre l’étiquette « humain » sur les choses, ce qui est intrigant, car plein de gens ont accueilli avec enthousiasme Photoshop, par exemple, ou la possibilité d’enregistrer de la vidéo avec un éditeur non linéaire, or tout ceci a été en partie conçu pour aller plus vite et rendre les choses plus excitantes et créatives, mais là aussi, ça a un peu stérilisé la création des gens, leur produit. C’est donc intéressant de voir qu’on a ce désir naturel de peaufiner les choses pour les parfaire et qu’elles deviennent plus propres, mais ça implique presque toujours qu’on apprenne à quasiment les casser pour finalement revenir à un aspect plus bizarre et peut-être créatif.

Mais je n’en ai pas forcément peur. Qui sait ? Peut-être que dans quelques années, ça aura complètement détruit l’industrie musicale, mais je ne crois vraiment pas, parce que je crois qu’il y a des aspects dans la musique que les gens voudront toujours ressentir. Je ne dis pas que l’IA ne sera pas capable de reproduit ça – je crois fermement qu’elle en sera capable –, mais je pense que, peut-être, la musique live deviendra beaucoup plus importante, le fait de vivre des choses comme des représentations de musique immersive ou un mélange entre la musique et le théâtre. Déjà dans l’EDM, on voit ces incroyables spectacles créés avec de la synchronisation, des lumières, de la vidéo, mais les personnes présentes – pas seulement l’artiste, mais aussi le public – ne peuvent vivre cette expérience qu’en étant là avec d’autres gens. Pour l’instant, je ne vois pas comment remplacer ça. C’est peut-être vers ceci que notre attention va se détourner. Tout ira vers la musique live, ce qui est super ! Et peut-être que la création deviendra de plus en plus facile, plus accessible et plus démocratisée. Tout le monde, y compris ceux qui n’ont pas la capacité d’immédiatement faire quelque chose mais qui ont une idée, une étincelle, pourra créer des choses. Tout dépendra de la manière dont ils le géreront et de leur intention.

En parlant de musique live, comment allez-vous mettre en scène la prochaine tournée en soutien de ce concept album ? Allez-vous vous inspirer de ce que vous avez fait avec le livestream Portals, en l’occurrence ?

J’adorerais, mais ça représentait une sacrée somme d’argent ! Donc il faudrait que ce que soit un concert spécial ponctuel. Ce genre de production, c’est pour les groupes d’un niveau que nous n’avons pas encore atteint. Malheureusement, rien qu’une version simplifiée de ce show nous demanderait énormément d’argent pour chaque concert. Mais nous réfléchissons et nous allons explorer durant les deux prochaines années comment nous pourrions rendre justice à cette idée et à ce thème. Il est certain que nous n’allons pas tourner en ne jouant que cet album ; nous allons en faire une grande partie, parce que nous y croyons vraiment et il bénéficie d’un très bon accueil, donc je pense qu’au moment où nous commencerons à tourner, les gens le connaîtront, ce qui est merveilleux, mais nous sommes tout à fait conscients que nous devrions également jouer d’autres morceaux issus de nos aventures précédentes. Nous apprécions également cela, donc tout ne sera pas centré sur le thème de War Of Being. Ce serait super d’avoir des samouraïs animatroniques qui se battent sur scène et toutes sortes de trucs dingues, mais ce genre de chose, c’est du niveau d’Iron Maiden ; pas du niveau de Tesseract.

Maintenant que vous avez fait un jeu vidéo, penses-tu que vous pourriez transporter cet élément interactif dans les concerts ?

Oui, c’est intéressant. Nous nous sommes interrogés à ce sujet, car nous pourrions faire des choses telles que de la réalité augmentée ou de la réalité étendue. Les gens adorent utiliser leur téléphone lors des concerts, alors pourquoi ne pas avoir une forme de déclencheur de géolocalisation, de façon à proposer aux gens quelque chose qui n’existe pas et qu’ils ne peuvent voir qu’à travers leur téléphone ? Nous avons un peu fait ça avec Portals, en utilisant des artefacts dans le mécanisme de la caméra pour modeler la façon dont les lasers étaient perçus à l’écran, car ce n’était clairement pas ainsi que ça apparaissait dans la réalité – c’était chaotique, c’était la folie dans le studio où nous étions en train de filmer, mais à l’écran c’est magnifique. Donc nous nous sommes demandé si nous pouvions faire quelque chose dans le genre [pour les concerts], et pour l’instant, nous ne savons pas. Nous sommes totalement partants pour faire des expériences et ça fait partie de notre identité. Nous aimons jouer avec les nouvelles technologies, et même si nous nous brûlons les ailes de temps en temps, je crois qu’on y gagne plus souvent qu’on y perd. J’aimerais donc beaucoup voir comment nous pourrions utiliser l’élément interactif.

« Nous aimons jouer avec les nouvelles technologies, et même si nous nous brûlons les ailes de temps en temps, je crois qu’on y gagne plus souvent qu’on y perd. »

Avec les deux producteurs dont nous avons parlé, Peter Miles et Kat Marsh, nous sommes allés voir The Burnt City, qui est une relecture d’une mythologie grecque dans un énorme entrepôt. Au lieu que ça se passe sur une scène, vous marchez au milieu des parties de l’histoire qui se croisent, les acteurs passent d’une partie à l’autre, ils vous conduisent d’une partie à l’autre… C’était extraordinaire. Je n’ai aucune idée comment nous pourrions mettre en pratique ce type de chose, mais ce serait amusant ! Et j’aime y réfléchir, donc qui sait ? Peut-être qu’on verra « Tesseract, l’expérience immersive » dans les deux ou trois prochaines années.

En 2022, vous avez sorti l’EP digital Regrowth « pour aider le The Disasters Emergency Committee (DEC) dans sa campagne visant à aider les personnes en Ukraine touchées par l’invasion de la Russie et dans les zones de guerre dans le monde entier ». Quelle importance est-ce que ça avait pour le groupe de faire ça ? Dans quelle mesure avez-vous été affectés par la guerre en Ukraine ?

Je crois que le dernier endroit où nous avons joué avant que la pandémie n’arrive était l’Ukraine, et l’une des dernières villes où nous avons joué était Kharkiv, qui était l’une des premières à vraiment recevoir le choc de l’invasion russe. Ça paraissait donc difficile de rester là à ne rien faire en regardant tout ça se dérouler. Nous nous sommes alors dit : « Ok, on a cette musique. On pourrait en faire quelque chose. » C’était aussi important que ce soit orienté vers quelque chose comme le DEC, dont le travail n’est pas centralisé au même endroit, car il y énormément de merdes qui ont lieu partout dans le monde. Même si nous avons clairement mis en valeur nos opinions sur ce qui se passait dans ce pays, avec l’illustration et l’idée de Regrowth (nouvelle croissance, NdT), nous voulions aussi nous associer à quelque chose comme le DEC qui va au-delà de ça. Au lieu de publier un message disant que nous les soutenions, nous pouvions offrir quelque chose. Mais c’est inquiétant, car tu te dis : « Qu’est-ce que tu as fait ? Tu ne pourrais plus jamais aller en Russie… » Mais finalement, peu importe. Parfois, il faut choisir son camp. Nous ne sommes pas un groupe politique, mais nous essayons d’aider des êtres humains dans cette affaire, car nous trouvons qu’il se passe quelque chose d’horrible. Tout ce que nous pouvons vraiment faire, c’est contribuer à la sensibilisation et donner de l’argent, car nous sommes privilégiés à cet égard.

Avez-vous des fans russes ?

Oui, nous avons souvent été en Russie ! C’était l’un des premiers pays où nous avons tourné. Et je me demande ce qu’ils ressentent, mais ce n’est plus aussi facile de communiquer. D’ailleurs, si je m’en souviens bien, nous étions allés en Russie plus tôt cette année-là. Je pense que nous sommes allés en Russie six ou sept fois, et nous avons à chaque fois joué à Saint-Pétersbourg et Moscou. C’est dommage qu’on nous ait enlevé ça, car ce ne sera certainement pas ouvert avant une génération.

Interview réalisée par téléphone le 11 septembre 2023 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Andy Ford.

Site officiel de Tesseract : www.tesseractband.co.uk



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