S’il y a une valeur sûre dans le thrash, c’est bien Testament. Outre la constance dans la qualité délivrée, en fin de compte, n’est-ce pas aussi en partie parce qu’il ne se limite pas purement à sa famille musicale ? Car la tambouille Testament est devenue au fil du temps un vaste mélange d’influences : death metal, black metal, hard rock, New Wave Of Britsh Heavy Metal… Le tout façonné et modelé par un son, une patte et une voix bien reconnaissables. Para Bellum, quatorzième album de la formation californienne en est le plus bel exemple, s’imposant comme l’un des « voyages » les plus variés qu’elle aura offerts depuis ses débuts discographiques en 1987.
Nous en avons longuement discuté avec Eric Peterson, guitariste, compositeur principal et désormais quasi second chanteur, puisque depuis Titans Of Creation (2020) il officie, à quelques moments opportuns, de sa voix black, en duo avec Chuck Billy. Celui qui dit être influencé autant par de vieux morceaux de Saxon que par certains fleurons du metal moderne, tels que Lorna Shore, nous parle de son nouveau compère de composition, le jeune batteur Chris Dovas qui a remplacé récemment Gene Hoglan et Dave Lombardo, mais aussi de ses méthodes et inspirations, d’IA, de black metal, de son projet Dragonlord, etc.
« Parfois, l’univers m’envoie des choses. Il y a tant de fois où je joue les mêmes vieux trucs, mais il faut continuer à chercher. On ne peut pas gagner au loto si on n’achète pas un billet. »
Radio Metal : Une fois de plus, vous avez pris votre temps pour réaliser un nouvel album, alors que la plupart des groupes actuels en sortent un tous les deux ou trois ans. Est-ce parce que vous avez besoin de temps pour sentir que vous avez vraiment quelque chose à exprimer musicalement ?
Eric Peterson (guitare) : Oui et non. Le timing est étrange à cause du Covid-19. Notre précédent album, Titans Of Creation, est sorti tout juste au début de la pandémie. En y repensant, il y avait une année et demie où j’aurais probablement pu composer un nouvel album, mais à l’époque, on disait qu’en deux semaines, ça reviendrait à la normale, puis c’était un mois, puis un an… Je crois que beaucoup de gens ont fini par faire une remise à zéro sur eux-mêmes. Ça craignait, mais je pense que les gens ont en fait aimé être à la maison, qu’il n’y ait pas tout le temps toute cette agitation. Cela étant, nous nous y sommes remis fin 2022 et nous avons commencé à promouvoir l’album comme s’il venait de sortir. Nous avons tourné pour Titans Of Creation pendant un an et demi. Les plans de Gene Hoglan ont été bousculés ; ça aurait fonctionné sans le Covid-19, il serait encore dans le groupe, mais le fait est qu’on ne peut pas être à deux endroits en même temps. Il y a donc eu toute cette histoire de changement de batteur, qui, selon moi, a fini par être en notre faveur. C’est bizarre la façon dont les choses ont été chamboulées, mais nous voilà avec le nouvel album. Peut-être qu’il aurait pu sortir plus tôt, que ça aurait été très différent sans tout ça, mais je suis très content du résultat et des gens qui jouent dessus.
Il s’agit donc du premier album depuis le départ de Gene Hoglan. Vous avez décidé de vous séparer à l’amiable en raison de conflits d’emploi du temps. Dave Lombardo a rejoint le groupe, laissant espérer une intégration définitive, mais ça ne s’est pas concrétisé, toujours à cause de problèmes d’emploi du temps. Un membre de Testament doit-il faire passer le groupe avant tout ? Est-ce une sorte de « contrat » interne ?
Oui. Pour moi et, je crois, pour tous les autres aussi, Testament est prioritaire. Si ça n’était pas le cas, nous ne pourrions pas caler de tournées ou nous engager sur quoi que ce soit. Ce serait plus un groupe de musiciens du dimanche. Depuis que Testament a repris ses activités au début des années 2000, nous avons travaillé très dur. Nous nous sommes reconstruits, nous avons trouvé un peu comme un second souffle. Maintenant, il nous faut un groupe auquel tout le monde est dévoué. Même s’il y a encore des membres qui ont d’autres projets, nous regardons toujours ce qui arrive, nous essayons de garder une longueur d’avance sur notre planning, car il se passe beaucoup de choses.
Chris Dovas a rejoint le groupe en 2023. Il n’a que vingt-sept ans, il est donc beaucoup plus jeune que les autres membres du groupe. Ressens-tu une différence, tant au niveau de l’énergie qu’il apporte qu’au niveau de sa mentalité ?
Pas vraiment, parce que c’est du metal, c’est la musique qui compte ! Il est vraiment motivé et a un esprit jeune et dynamique. A la fois, dans sa personnalité, il a une âme plus âgée. Ça me correspond bien, parce qu’autant je suis plus vieux que lui, autant je suis encore très juvénile dans ma manière de penser, et toujours excité à l’idée de composer de la musique et de faire des chansons que j’ai envie d’entendre. C’est génial d’avoir avec moi, dans la pièce, quelqu’un qui est excité de faire ce que je fais et qui a son niveau de compétence. Si je dis : « Eh, est-ce qu’on peut essayer ça ? » Il est là : « Ouais ! », il envoie la sauce et c’est fait. Par le passé, c’était plus : « Hmmm, et si on faisait comme ça ? » ou « Laisse-moi y réfléchir. On essaiera demain » [petits rires]. Il y a donc plein de choses qui se font dans l’instant présent, il n’y a pas d’attente. Ça fait qu’on compose plus vite et on ne perd pas l’élan de l’idée initiale. C’est important, car quand on compose sur place, il faut s’y tenir. Si on s’arrête, qu’on doit réarranger, qu’on hésite, « je ne sais pas si je peux jouer ça », « et si on faisait comme ça ? », etc., on perd son cap et on fait des compromis. Ça fonctionne aussi, mais on n’obtient pas la brutalité de certaines parties que nous avons sur cet album.
Pour Titans Of Creation, tu avais travaillé plus étroitement avec Gene. Maintenant, c’est avec Chris, qui contribue à façonner la structure des chansons. Le batteur a-t-il une grande influence sur ton inspiration ? As-tu besoin de cette interaction rythmique ou d’un partenaire pour composer ?
Les batteurs ont un rôle important dans tout. Pourrais-je le faire avec une boîte à rythmes ? Oui. Ça me prendrait probablement cent fois plus de temps [rires]. C’est donc plus simple d’avoir quelqu’un comme Chris ou Gene pour lui dire de jouer tel rythme ou telle séquence, puis d’avoir son retour, genre : « Ça tue ! Il faut que ce soit dans l’album. On pourrait aussi faire comme ça. Etc. » Avec ce genre d’interaction, ça avance un peu plus vite. Et souvent, j’ai une idée dans ma tête, je me mets à chanter… Par exemple, avec Chris, beaucoup de choses se faisaient très rapidement, car il jouait la partie tellement bien que ça me donnait d’autres idées. C’est mieux comme ça.
« Dans la plupart des chansons de Testament, il y a quatre accords que nous utilisons beaucoup – vraiment beaucoup ! D’un autre côté, tout dépend comment ils sont utilisés. Certaines des meilleures chansons de Black Sabbath ne contiennent que trois accords, ou AC/DC : comment font-ils pour que ça sonne à chaque fois différent dans le phrasé ? »
La chanson « Infanticide A.I. » a été écrite à minuit, après le visionnage d’Evil Dead Rise avec Chris. Est-ce souvent ainsi que fonctionne ton inspiration ? Les films et les images t’inspirent-ils souvent de la musique ?
Ça arrive, oui ! Enfin, je ne dirais pas que c’est ainsi que nous fonctionnons de manière générale, parce qu’alors, nous serions en train de regarder un film et nous serions là : « Je ne ressens rien, mec, mettons un autre film ! » En fait, ce coup-là, nous avions jammé toute la journée. Nous avions des trucs, mais peut-être que ça n’allait nulle part ou je ne sais quoi, et nous avons dit : « Faisons une pause et regardons un film. » Du fait de certains bruits et images du film, peut-être parce que nous avons bu quelques verres, je ne sais pas exactement pourquoi, mais à un moment donné, nous avons eu envie de retourner en bas et j’avais des idées de sons en tête. Souvent, je dis : « Joue un blast-beat » ou « Joue ce rythme », il commence à jouer et j’envoie mon idée. Puis nous écoutons et nous sommes là : « Ouais, c’est génial ! » Et je dis : « Là, joue ces pêches ! » Ce qui est cool dans le fait d’enregistrer à la maison est que nous avons un petit kit de batterie. Souvent, je mets un clic et je joue un tas de riffs et de séquences, et il joue en même temps, mais il peut revenir dessus et faire des corrections en MIDI. Par exemple, je peux dire : « Sur cette partie, faisons des allers-retours entre thrash et blastbeats. » Ce n’est pas présentable pour le public, mais c’est suffisant pour saisir l’idée, si bien que le lendemain, nous sommes là : « Ouah, qu’est-ce qu’on a fait ?! » [Rires]
Comment la composition fonctionne-t-elle généralement chez toi ?
Pour plus de la moitié des parties sur lesquelles nous jammons, j’ai déjà les riffs, mais il y a des fois où, s’il joue, je remplis en faisant autre chose. Nous sommes tout le temps en train de nous enregistrer, donc je peux réécouter, isoler une partie et la répéter. C’est pareil quand j’écris un riff tout seul : je mets mon téléphone en mode enregistrement, je le place devant l’ampli et je joue pendant une demi-heure. C’est généralement de la branlette de manche [petits rires]. Puis je réécoute et, en dehors de tous les solos et riffs qui ont déjà été faits un million de fois, il y a toujours une petite partie qui sort du lot, qui me fait dire : « Ouah, c’était quoi ça ? » Et ça devient probablement un riff principal. Je ne sais même pas ce que j’ai fait, alors il faut que je déchiffre, puis je peux construire une chanson sur cette base. Idem quand nous commençons à jammer avec la batterie et la guitare.
Parfois, l’univers m’envoie des choses. Il y a tant de fois où je joue les mêmes vieux trucs, mais il faut continuer à chercher. On ne peut pas gagner au loto si on n’achète pas un billet. Donc quand ça vient à moi, je le prends et je me l’approprie. Souvent, je laisse l’inspiration me guider, je laisse faire pour voir ce qui se produit – si ça a du sens, spirituellement parlant. Enfin, évidemment, je dois me mettre au travail et essayer des choses, mais je pense que certaines des meilleures parties sont celles qui s’écrivent toutes seules. Ça peut paraître fou, mais parfois tes mains font toutes seules ce qu’il faut faire. Puis il y a d’autres parties où tu dois vraiment cravacher. Par exemple, « Meant To Be » a été arrangée plein de fois en essayant plein de choses différentes. Je ne sais pas si nous réfléchissions trop… Nous ne savions pas trop quoi en faire, tous les riffs étaient supers, mais ça s’enchaînait mal.
La dernière fois, Alex Skolnick nous disait : « J’essaye d’innover et Eric reste fidèle aux bases, mais quand on rassemble le tout, c’est probablement ce qui rend ces différentes approches intéressantes. » Partages-tu cette vision ? Vous considérez-vous comme complémentaires ?
Assurément. Cela dit, sur cet album, j’ai composé quatre-vingt-quinze pour cent des chansons. Alex a fait des suggestions sur des changements de tonalités pour ses solos. Mais ça marche dans les deux sens. Ce qu’il dit était encore plus vrai sur les plus vieux albums, car nous échangeons beaucoup nos rôles maintenant. Je ne me contente pas de penser d’une seule façon. Je suis très ouvert aux suggestions. Comme je l’ai dit, j’ai composé la majorité de cet album, donc avant que tout soit gravé dans le marbre, tout le groupe se met dessus et, la plupart du temps, ils disent : « Cool. Est-ce qu’on peut essayer ça ? » Souvent, pour ses solos, Alex est là : « Est-ce que je peux essayer avec ce même riff mais dans une autre tonalité ? » La plupart du temps, nous le faisons et ça fonctionne. Ça donne une autre couleur à la chanson. Un bon exemple serait « Havana Syndrome ». Avant j’allais sur du Mi pour monter sur du Ré, ou quelque chose comme ça. Maintenant, je commence en Do dièse. Il a demandé : « Tu crois que tu peux changer de tonalité ? » Je me suis exécuté et il était là : « Ouais, exactement, c’est ça ! »
« Plus c’est simple plus c’est dur à composer, parce que ça peut être tellement simple que c’est nul. Pour moi, les ballades font partie des choses les plus compliquées à écrire. »
J’ai l’impression que vous diversifiez de plus en plus vos albums ; Para Bellum est certainement l’un des plus variés que vous ayez sortis : on y trouve du thrash metal, du black et du death metal, du hard rock, une ballade… Testament est-il destiné à devenir le réceptacle où convergent toutes vos influences ?
Absolument, même si je ne crois pas que, du jour au lendemain, nous dirons : « Ok, nous faisons du black et death metal. » Il y a tous styles de metal mais il faut que tout sonne comme Testament. Nous n’essayons pas de redéfinir notre son. C’est juste que par le passé nous avons touché à certains genres musicaux et maintenant, nous perfectionnons ce mélange et en faisons du Testament. Ça fait partie de notre son désormais. On ne peut pas faire « Electric Crown », « Return To Serenity » ou « Over The Wall » sans avoir toutes ces influences et les rassembler. Nos disques de Testament préférés sont souvent les plus variés. The Gathering est l’un de mes favoris parmi tous ceux que nous avons enregistrés. J’aime beaucoup aussi ce que nous avons fait sur Ritual, même si à l’époque, c’était probablement l’un de ceux que j’aimais le moins, parce que c’était à une époque où beaucoup de groupes vraiment heavy émergeaient et j’avais très envie que nous soyons nous-mêmes heavy, mais à l’inverse, nous nous sommes adoucis. Peut-être qu’il n’était pas très en phase avec son époque, mais je remarque maintenant, plus que jamais, que beaucoup de gens parlent de cet album. C’est très étrange. Quand nous jouons « Return To Serenity », que nous ne jouions jamais jusqu’à présent, il y a un public pour ça ! Nous sommes là : « Hein ?! » [Rires]
À quel point un album comme celui-ci offre-t-il un formidable terrain de jeu à Chuck Billy ? Car il y explore vraiment toute la palette de ses capacités vocales…
Il est la plus grande surprise. A chaque fois que nous enregistrons, il est toujours le dernier à passer, et parfois, les idées viennent très tard. Il y a toujours des choses très prometteuses mais qui ne sont pas tout à fait abouties. Mais je me dis toujours que ce sera génial, parce que c’est comme ça qu’il travaille. Quand les chansons étaient terminées, j’étais là : « Ouah ! » Chuck finit toujours par sortir des as de son jeu. Il est vraiment doué. Je suis très content de ce qu’il a fait. C’est juste qu’avant d’en arriver là, parfois, tu as dû mal à voir où ça va. Quelqu’un qui n’a pas l’habitude de ce processus dirait : « On ne va jamais y arriver ! » Mais moi, je fais : « Ooooommm… On va y arriver » [rires].
L’une des critiques les plus fréquentes adressées au metal aujourd’hui est que les groupes ont tendance à appliquer une formule et à s’y tenir. Ce n’est manifestement pas le cas de Testament, comme le prouve cet album, mais as-tu toi-même constaté cette tendance ?
Oui et non. Il y a toujours eu… Je me souviens avoir entendu des groupes, avant d’être moi-même dans un groupe, en me disant : « Qu’est-ce qu’ils font ? C’est nul ! Ça a déjà été fait ! » [Rires] Et à côté, il y a des groupes qui innovent. Je pense qu’il y a toujours des groupes qui innovent, mais plus que jamais, à notre époque, il y a des groupes qui font des trucs vraiment cool mais qui ont déjà été faits. Dans une bonne partie du deathcore ou du metalcore, j’entends des influences black metal, puis tu les regardes, ils ne portent pas de corpsepaint et ils n’ont pas des airs de vampires, ce sont juste des gosses. Ils emmènent ça à un autre niveau, pour le rendre meilleur, mais j’entends les influences. Et, à juste titre, certaines choses que j’ai faites, comme « For The Love Of Pain » : c’est innovant pour Testament, mais ça a clairement déjà été fait. Dans la plupart des chansons de Testament, il y a quatre accords que nous utilisons beaucoup – vraiment beaucoup ! D’un autre côté, tout dépend comment ils sont utilisés. Certaines des meilleures chansons de Black Sabbath ne contiennent que trois accords, ou AC/DC : comment font-ils pour que ça sonne à chaque fois différent dans le phrasé ?
Les influences black metal déjà présentes sur Titans Of Creation (« Curse Of Osiris » et « Night Of The Witch ») sont encore plus exploitées sur cet album, avec des titres comme « Infanticide A.I. » et « For The Love Of Pain ». Tu avais déjà assouvi tes envies de black metal au sein de Dragonlord. Comment expliques-tu alors que ce style déborde désormais davantage dans Testament ?
Je n’ai pas eu le temps de travailler sur Dragonlord. De plus, j’ai ce nouveau jeune batteur et le black metal fait partie de son parcours. Dès qu’il s’est assis derrière son kit de batterie, il était là [mime un jeu de batterie brutal et complexe]. Je me souviens de son audition, quand il est venu jammer avec nous. Il a joué et Chuck était là : « Oh super, Eric va t’adorer ! » [Rires]. Il peut tout faire en termes de metal et ça me correspond bien. Je suppose que ça fait partie de moi, des styles que je pratique. Cela dit, encore une fois, je ne cherche pas à transformer Testament en groupe de black / death metal. C’est juste l’un des atouts que nous avons dans notre manche et qui fonctionne. A la fois, c’est mélodique, et c’est heavy, et c’est dans l’air du temps.
« On a fait beaucoup de progrès et la situation s’est nettement améliorée, mais on continue de se faire du mal. Si on veut la paix, il faut se préparer à la guerre. Ça fait peur, mais c’est le mieux qu’on puisse faire. »
Comment ton duo vocal avec Chuck fonctionne-t-il sur ce genre de chansons ?
La première fois que nous avons essayé, c’était sur Titans Of Creation, dans « Night Of The Witch » et « Curse Of Osiris », où nous faisons des échanges. Ce n’était pas juste un morceau de second plan, c’était des chansons majeures pour certains fans. Je ne le fais pas tant que ça sur ce nouvel album, mais dans le morceau d’ouverture, « For The Love Of Pain », et dans « High Noon », je fais pas mal de réponses ou mon propre truc. Et ça fonctionne bien avec Chuck, surtout quand il fait sa voix death ou ses parties plus méchantes. Je trouve que ça va très bien ensemble, les deux se complètent, et ça donne une nouvelle direction. Comme il va déjà dans ce sens, moi j’appuie pour aller encore plus loin.
Comment l’idée de t’impliquer vocalement est-elle venue initialement ?
Ça, encore, n’était pas prévu. C’est juste qu’il y avait des parties où j’ai spontanément dit : « Il faut que je chante ici ! » Tandis que lui était là : « Je n’entends rien du tout ici. » Alors j’ai dit : « D’accord, je vais essayer un truc, pour voir si ça fonctionne. » Puis quand je l’ai fait, tout le monde était là : « Putain, ça déchire ! » Parfois j’entends des gens dire que c’est comme Dragonlord. Je ne veux pas que Testament sonne comme Dragonlord. A la fois, c’est moi. Quand Chuck fait sa voix death et moi la voix de sorcière, ça fonctionne. Quand la chanson a cette atmosphère plus sombre et hors de contrôle, pourquoi se retenir ? Pourquoi censurer la chanson ? Censurer la musique est la dernière chose que nous voulons, genre : « Non, c’est trop heavy » [rires]. Non, soyons extra-heavy ! Car nous avons « Meant To Be », « Nature Of The Beast », « Room 117 » qui sont des morceaux qui sonnent comme du Testament classique. Je ne veux pas dire qu’elles sont « faciles », mais si tu les mets avec « For The Love Of Pain », « Infanticide A.I. » et « High Noon », ensemble, ça crée un voyage, car juste après s’être fait tabasser, on peut souffler un peu, puis ça explose à nouveau, etc.
A l’autre bout du spectre, l’album comprend une ballade intitulée « Meant To Be », avec de beaux arrangements orchestraux. Testament s’essaie rarement aux ballades ; on peut les compter sur les doigts d’une main (« The Ballad », « The Legacy », « Return To Serenity », « Trail Of Tears », « Cold Embrace »). Est-ce un exercice que vous appréhendez, d’une certaine manière, ou que vous trouvez plus difficile ?
Pour moi, plus c’est simple, plus c’est dur à composer, parce que ça peut être tellement simple que c’est nul. Pour moi, les ballades font partie des choses les plus compliquées à écrire, même si c’est simple. Simple signifie que ce n’est pas dur à jouer, qu’il n’y a que deux accords, mais ce qui compte, c’est la façon dont on le fait. Nous avions « Meant To Be » déjà à l’époque de Titans Of Creation, mais elle n’était pas prête. C’était un vrai foutoir. Il y avait beaucoup trop de riffs dedans, nous n’avions pas certains des passages clés que nous avons maintenant et qui accrochent vraiment l’auditeur avec leur mélodie. Nous avions donc décidé d’attendre de voir ce que nous en ferions pour l’album suivant. Quand nous nous sommes remis dessus et qu’Alex et moi l’avons réécoutée, ce que nous devions en faire était devenu évident : « Virons ci, virons ça. Concentrons-nous sur ces riffs principaux. J’ai un nouveau riff, rajoutons-le à la fin. » Nous adorons jouer ce genre de chanson, c’est juste que, comme c’est long et simple, il faut donner l’impression que c’est court. On ne peut pas se retrouver avec un morceau de sept minutes qui fait dire : « Oh mon Dieu, ce n’est toujours pas fini ? » [Rires]
Ce morceau présente une nouveauté : des parties de cordes. Comment s’est passée votre expérience avec cet élément ?
Avec Dragonlord, j’ai fait beaucoup de parties de ce genre avec mon claviériste. La moitié est basée sur des parties de synthé très orchestrées, accompagnées de chœurs, et je joue avec. Donc pour moi, c’est une évidence, mais pour Testament, les riffs sont un petit peu différents. Le musicien qui a fait tout ça a un quintet, c’est un violoncelliste qui s’appelle Dave Eggar. Il a vraiment fait du bon boulot. Je crois même que c’est Chuck qui a dit que nous devrions avoir des cordes sur ce morceau. J’étais là : « Wow, d’accord… » Alex a dit qu’il avait le mec parfait pour ça, il avait travaillé avec lui avant sur certains trucs. Je me suis retrouvé à lui parler et à lui expliquer, d’après mon expérience, où ses parties pourraient aller, quelles seraient les bonnes mélodies par rapport aux parties de guitare, etc. Quand j’ai entendu ce qu’il a fait, j’ai trouvé que c’était parfait. Il l’avait fait pour seulement une partie et il était là : « Ok, je t’envoie le fichier de la piste. » J’ai répondu : « Attends une seconde, il faut que ce soit partout ! » [Petits rires] C’était amusant. Est-ce que nous pouvons la jouer live sans ? Je crois que oui. Mais en tant qu’auditeur, sur un album, je trouve que ça fonctionne vraiment bien, j’adore.
« J’estime qu’on obtient parfois les meilleurs résultats lorsqu’on doit se battre pour les obtenir. Il n’y a rien de tel qu’un problème avec un cadeau à la clé. Alors que désormais, il n’y a aucune conséquence et aucun problème, et tout nous est offert sur un plateau. »
« Nature Of The Beast » sonne assez rock : de nombreux groupes de thrash ont flirté avec le hard rock. Dirais-tu que les thrashers sont avant tout des rockeurs dans l’âme ?
Oui. Enfin, je ne dirais pas que c’est rock n’ roll. Je dirais que c’est plus heavy metal traditionnel, genre la New Wave Of British Heavy Metal. Pour moi, il y a un côté Judas Priest, peut-être Def Leppard des débuts, mais peut-être plus encore Saxon. Il y a une chanson qui s’intitule « Stand Up And Be Counted » et je me souviens avoir voulu écrire un morceau comme ça. Même dans « Havana Syndrome », on retrouve un côté Thin Lizzy. Il y a donc toutes ces vieilles influences datant de notre jeunesse, qui nous tiennent toujours à cœur et que nous essayons d’intégrer dans ce que nous faisons aujourd’hui. Mais même quand j’écoute Lorna Shore, ça m’inspire… Ça part dans tous les sens [rires]. La musique, c’est fun !
Thématiquement, le premier single dévoilé, « Infanticide A.I. », est une critique de l’intelligence artificielle. L’album est décrit comme « une observation de l’alliance fragile entre l’humanité et ses propres créations » et « le reflet du chaos moderne ». Penses-tu que nos créations technologiques nous échappent désormais ?
Je ne suis pas trop politique, mais ce type de technologie, surtout l’IA, est nouveau pour nous et peut faire tellement de choses, notamment créer une conscience qui – c’est prouvé – pense déjà par elle-même. Ça fait peur ! On plonge dans l’inconnu. Aujourd’hui, l’IA est plutôt cool, dans le sens où elle peut nous aider, ayant emmagasiné tous nos souvenirs, tout ce que nous avons fait, les plans de toutes choses, etc. qui peuvent être ressortis d’un claquement de doigts. Nous, en tant qu’êtres humains, on ne peut pas faire ça, genre fermer les yeux et dire en une seconde : « C’est bon, j’ai toutes les informations du monde. » Non, on doit étudier. Reste qu’on est ceux qui ont tout créé. C’est là plutôt l’aspect scientifique, et dans la chanson nous en observons peut-être plus la face sombre.
L’IA te fait-elle peur en tant que musicien et compositeur ?
Oui. D’un côté, l’IA se base uniquement sur ce qui a été fait et non sur la créativité d’un être humain. D’un autre côté, elle peut développer sa propre conscience, avoir dans sa base de données tous les genres musicaux, tous les rythmes de batterie, tous les riffs, toutes les idées, etc. qu’on a enregistrés, toutes les interviews qu’on a faites, et ainsi de suite, et rassembler le tout pour créer sans limites. Ça oui, ça fait peur. En ce sens, on pourrait être remplacés. En allant des dieux, aux demi-dieux, aux humains, aux humains qui ont créé une intelligence… On crée presque quelque chose qui est à notre image, mais en mieux. C’est l’idée : comment peut-elle penser comme nous et nous aider, en étant meilleure que nous ? C’est fou. Mais gardez en tête que je suis juste dans un groupe de heavy metal ! [Rires]
N’as-tu jamais essayé, par curiosité, pour voir quel genre de chanson de Testament elle créerait ?
Non. Je suis un peu superstitieux, donc je ne veux pas essayer. Il y en a une qui s’appelle Grok, je lui ai demandé : « On a une chanson baptisée ‘Hatred’s Rise’, peux-tu l’analyser et rédiger une nouvelle narrant ce qu’elle raconte ? » En trente secondes, elle m’a donné tout un texte, c’était très bon ! Il y avait tous les personnages, les métaphores, etc. et elle l’a emmenée à un tout autre niveau.
« Parfois, je ne sais même pas ce que je joue ! Ça sonne super et tout le monde est là : ‘Oh, c’est génial !’ Et moi je suis là : ‘Je ne sais pas ce que j’ai fait !’ [Rires] »
L’album s’intitule Para Bellum, en référence à la locution latine qui signifie « Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Irais-tu jusqu’à dire qu’une guerre avec la technologie est en train de se préparer ou est-ce plus général ?
Possiblement, mais ça pourrait aller dans les deux sens. Avec cet album, nous utilisons juste « para bellum », c’est-à-dire la partie de la phrase disant juste « prépare la guerre ». Nous l’utilisons en entier dans le contexte de l’album et d’autres parties du visuel, mais nous n’avons pas appelé l’album Si Vis Pacem, Para Bellum pour une raison. Cette phrase a beaucoup été utilisée dans d’autres choses, mais ça colle tellement bien à ce tout ce qui se passe aujourd’hui. On vit notamment à une époque de mensonges. On nous présente plein de choses fausses de façon à nous faire croire qu’elles sont vraies. Ce qu’on pense être la vérité sur la base de ce que nous racontent les officiels n’est pas la vérité. Je n’en dirais pas plus [rires]. Mais nous parlons de ce genre de sujet depuis The New Order. C’était nos prophéties sur ceux qui prophétisent l’avenir, la Bible, l’Apocalypse, la Genèse et tout ça. Quand on voit ce qui s’est passé depuis et la situation actuelle dans le monde… Cette expression signifie instaurer et maintenir la paix. Vu la nature humaine à travers l’histoire, c’est ce qu’il y a de mieux à faire… On a fait beaucoup de progrès et la situation s’est nettement améliorée, mais on continue de se faire du mal. Si on veut la paix, il faut se préparer à la guerre. Ça fait peur, mais c’est le mieux qu’on puisse faire.
L’artwork a été créée à la main : penses-tu qu’à notre époque, avoir une pochette dessinée ou peinte par un être humain devient une prise de position en soi, voire un acte de résistance ?
Je suis sûr qu’on peut le voir ainsi, mais je ne crois pas. Sur les réseaux sociaux, les gens peuvent dire ce qu’ils veulent et avoir toutes sortes d’idées, mais en réalité, non. Depuis la nuit des temps, on dessine des images de soi-même et d’autres choses, et maintenant tout tourne autour de l’IA et de toutes ces applications capables de plein de choses. C’est juste une autre forme d’art. Nos pochettes d’albums sont dessinées de façon classique, mais je crois qu’Eliran [Kantor] le fait avec un ordinateur. Il n’est donc pas assis là avec un pinceau. Je pense que c’est la même formalité, mais c’est fait sur un ordinateur, donc c’est différent. En fait, j’aimerais demander à Eliran de faire une peinture sur une toile et des pinceaux, et voir ce que ça donnerait. C’est comme l’enregistrement. Pro Tools était un programme d’édition. Je me souviens quand nous avons utilisé Pro Tools pour l’album Low en 1993, il y avait un gars au fond de la pièce qui corrigeait ma guitare à coups de clics, faisant en sorte que tout soit plus en place. J’avais demandé au producteur : « Que fait ce gars ? » Il y avait tous ces graphiques d’ondes sonores. « Oh, ça s’appelle Pro Tools » et il m’a expliqué ce qu’il faisait. Pro Tools a fini par remplacer le studio, c’est avec ça qu’on enregistre maintenant, et on peut faire des modifications en même temps qu’on enregistre. Ça facilite et accélère le processus pour le musicien. Il y a donc des outils qui nous simplifient la vie, mais j’estime qu’on obtient parfois les meilleurs résultats lorsqu’on doit se battre pour les obtenir. Il n’y a rien de tel qu’un problème avec un cadeau à la clé. Alors que désormais, il n’y a aucune conséquence et aucun problème, et tout nous est offert sur un plateau, en un sens.
Je pourrais même aller plus loin dans la spirale infernale. Avant, dans les années 80, si tu voulais manger des ailes de poulet, il fallait aller à New York. Quand je suis rentré de New York après avoir enregistré un album, je disais à tout le monde : « Oh mon Dieu ! Ils ont des trucs qui s’appellent des buffalo wings (des ailes de poulet frit, NdT) ! » Et ils me demandaient : « C’est quoi les buffalo wings ? » Et on pouvait seulement en avoir là-bas. On pouvait aller manger des burgers dans un restaurant In-N-Out seulement à Los Angeles. Maintenant, ils sont franchisés. Je me souviens de la première fois où je suis allé dans un Starbucks. Il n’y en avait qu’à Seattle. Cinq ans plus tard, j’étais au Japon et il y avait un Starbucks ! [Rires] Ce que je veux dire, c’est qu’on évolue, on apprend, tout devient plus facile. Rien n’est sacré.
« Il y a un groupe en particulier que j’aime beaucoup et qui n’a pas atteint le statut qu’il aurait pu avoir. Il est français : Anorexia Nervosa. Son album New Obscurantis Order a été une énorme influence pour moi. »
Ce titre d’album peut aussi être une sorte de cri de ralliement, pour motiver et donner du courage. Est-ce que la musique a souvent eu ce rôle pour toi ?
Oui. Le rock n’ roll est un peu ma religion. En écoutant Black Sabbath, Ozzy Osbourne et des groupes plus intellectuels comme Rush… J’ai été très inspiré par 2112, Hemispheres – mon album préféré de Rush, j’écoute en boucle la face une, super production – et d’autres albums du même genre. Je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui, mais la plupart de ces musiques parlent des problèmes du monde et ce n’est pas le discours d’un politicien. La musique est un excellent moyen de se recentrer. Surtout 2112, j’adore. Dans l’histoire, les anciens sont là : « Non, on n’a pas le temps pour ça. Arrête de nous embêter. » Et le type insiste : « Ouais, mais regardez ce que j’ai trouvé ! » (le protagoniste a trouvé une guitare, NDLR) « Oublie ça, c’est néfaste. » C’est un monde effrayant qu’ils décrivent là. D’ailleurs, quand j’étais plus jeune et que je rêvais d’être vraiment bon à la guitare – enfin, je ne le suis toujours pas [rires] –, je rêvais que je jouais « 2112 » en live. J’étais en quatrième et je me réveillais en disant : « Ouah, je jouais ça en concert ! », puis : « Merde, je vais être en retard à l’école ! » [Rires] Je trouve que la meilleure version de « 2112 » est celle d’All The World’s A Stage. Ils ont retiré quelques parties, mais il y a l’essentiel et cette version live m’a vraiment influencé pour être heavy, plus complexe dans les changements, etc.
Para Belum se termine paisiblement, sur une guitare classique…
Oh, oui, ça fait clairement partie des influences de Rush, justement, comme sur la fin d’Hemispheres : il y a du chant dessus, mais au milieu de la folie, ça s’achève sur une guitare paisible, tout en douceur.
J’ai lu que cette partie était un plan que tu utilisais pour t’échauffer les mains avant les concerts.
Oui, c’est quelque chose que je joue depuis toujours. Je ne savais jamais ce que je faisais exactement, et c’était différent à chaque fois. Je l’ai enregistré en démo, puis il a fallu que je le refasse pour l’album. C’est là que j’ai dû me dire : « Ok, qu’est-ce que je fais, en fait, quand je joue ça ? » et j’ai rajouté de nouvelles parties entre les phrases. Il m’a fallu une journée pour comprendre ce que je faisais. Parfois, je ne sais même pas ce que joue ! Ça sonne super et tout le monde est là : « Oh, c’est génial ! » Et moi je suis là : « Je ne sais pas ce que j’ai fait ! » [Rires]. Ça arrive parfois. Toujours sur le morceau éponyme de l’album, vers la fin, là où je fais un solo qui est une sorte d’arpège que j’harmonise. Ça aussi, c’est un échauffement que je fais, mais généralement ça fait [chante]. Puis quand nous l’avons enregistré avec le reste du morceau, je me souviens avoir dit : « Il faut que ce soit plus rapide ! » Alors nous l’avons accéléré. Et quand est venu le moment pour moi d’enregistrer cette partie [chante le même plan mais en accéléré]. Je n’arrivais même pas à jouer ! Il a fallu que je m’entraîne pendant deux jours complets et que je change ma manière de jouer, en faisant des pull-offs notamment, car autrement tout est attaqué en sautant des cordes. Que du fun !
On n’a plus de nouvelles de Dragonlord depuis 2019. Quel est le statut du groupe actuellement ?
Encore une fois, Chris est également un grand fan de ce type de musique. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles nous nous entendons si bien. Nous avons quelques idées que nous avons explorées. Nous avons parlé de faire un album studio avec Dragonlord, peut-être en 2026. Pendant que nous jammions sur de la musique pour Testament, si ça devenait un peu trop black, nous disions : « Gardons ça pour Dragonlord. » Et nous débâtions. Lui est là : « Non, ça serait génial pour Testament ! » Je suis là : « Ouais, mais c’est un petit peu trop black… » Il y a des trucs qui sont à la limite, surtout dans « For The Love Of Pain » : il y a des parties qui auraient pu être utilisées pour Dragonlord, mais ça fonctionnait et ça apportait autre chose. Bref, l’idée de Dragonlord et sa marque existent encore, et je compte bien faire un autre album de Dragonlord. Ça sortira peut-être en 2027. J’ai commencé à travailler sur des choses et j’ai des idées qui me viennent.
« Dans les groupes récents, je réalise de plus en plus que ce que j’aime ressemble souvent à Lorna Shore, qui lui-même ressemble à Cradle Of Filth. Tous ces groupes font du bon boulot, mais ils font aussi tous la même chose. »
Quand t’es-tu mis au black metal ?
Probablement en 1995 ou 1996. Je connaissais déjà un peu les débuts de Cradle Of Filth, puis on m’a fait découvrir Anthems To The Welkin At Dusk d’Emperor que j’ai beaucoup écouté, puis j’ai découvert Dimmu Borgir et leur album Enthrone Darkness Triumphant. Je possédais déjà des albums de Mayhem mais je les ai redécouverts à ce moment-là. Je m’intéressais surtout au mouvement norvégien et scandinave en général. Dissection était probablement l’un des premiers groupes du genre à m’avoir branché. Je me souviens avoir fait écouter à certains membres de Testament et personne n’aimait ! C’est pourquoi j’ai fini par fonder Dragonlord, parce que je commençais à écrire beaucoup de musique dans ce style. On peut même en entendre un petit peu dans The Gathering. On retrouve ce type d’accords dans « D.N.R. (Do Not Resuscitate) ».
Dave Lombardo a été une grande inspiration pour que je monte le groupe. Je me souviens avoir enregistré une démo de la chanson « Legions Of The Dead » sur The Gathering, j’ai écrit les paroles et je l’ai chantée. Je lui ai fait écouter, en lui disant que c’était l’une de nos nouvelles chansons. Il était là : « C’est toi ? Oh mon Dieu, tu devrais faire un projet ! » « Ah, tu penses ? » A ce moment-là, Steve Di Giorgio venait d’intégrer le groupe, je lui ai aussi fait écouter le morceau et je lui ai parlé de ce que Dave avait suggéré, il m’a dit : « Je connais un claviériste. Tu viens de déménager à Sacramento et il vit dans la même ville que toi. Il fait partie d’un groupe baptisé Psypheria – un groupe de death/black metal. » J’ai jammé avec lui et c’était parti ; ça s’est écrit tout seul. C’était super marrant. Et c’est un peu ce que je ressens à propos du nouvel album de Testament avec Chris. J’ai retrouvé ce plaisir, c’était genre : « C’est l’éclate ! » Et non : « Oh, il faut que j’écrive ces chansons… » C’est le genre de réaction qu’on peut avoir dans un groupe qui existe depuis quarante ans : « On va faire un album et ensuite jouer nos vieux morceaux. » Aujourd’hui, j’aime jouer nos vieux morceaux, mais je veux aussi jouer les nouveaux, car c’est super amusant ! Puis il y a le groupe qui débat : « Et si on mettait ce morceau ? Et si… » C’est très dur de faire une setlist, car nous avons plein de superbes morceaux.
Les noms que tu as mentionnés sont bien connus. T’es-tu aussi intéressé à la scène plus underground ?
Oui. Il existe énormément de groupes maintenant, et aujourd’hui ce sont des noms bien connus, mais quand je les écoutais au début, ce n’était pas le cas. Quand For All Tid de Dimmu Borgir est sorti – et même en allant jusqu’à Enthrone Darkness Triumphant –, le groupe jouait à une heure de l’après-midi sur les festivals. C’était un nouveau groupe. Il était underground. Emperor était en train de prendre de l’ampleur, mais ce n’était pas comme aujourd’hui où ils ont marqué l’histoire et gagné le respect de la scène après avoir bossé comme des dingues. Mais oui, je m’intéresse aussi aux groupes plus underground. Il y en a un en particulier que j’aime beaucoup et qui n’a pas atteint le statut qu’il aurait pu avoir. Il est français : Anorexia Nervosa. Son album New Obscurantis Order a été une énorme influence pour moi. Je me souviens avoir rencontré le chanteur à un concert. Il était là : « Tu me connais ? » J’étais là : « Je suis un énorme fan ! » [Rires] J’ai aussi écouté Carpathian Forest et ce genre de choses. Il y a l’album Zwielicht du groupe allemand Mental Cruelty qui est vraiment cool et que j’écoute beaucoup en ce moment.
Cela dit, dans les groupes récents, je réalise de plus en plus que ce que j’aime ressemble souvent à Lorna Shore, qui lui-même ressemble à Cradle Of Filth. Tous ces groupes font du bon boulot, mais ils font aussi tous la même chose. J’ai grandi à une époque où il y avait Aerosmith – pas celui que tout le monde écoute aujourd’hui, mais celui de Rocks et Draw The Line –, AC/DC, UFO, Van Halen, Black Sabbath, Judas Priest, Iron Maiden… Aucun de ces groupes ne sonnait pareil. Chacun était un voyage à part. Alors que maintenant, quand j’aime quelque chose, souvent je me dis : « Attends une seconde, c’est Lorna Shore ? Ah non, c’est… Mental Cruelty » [rires]. Beaucoup de groupes ont tendance à s’influencer mutuellement. Ils sont là : « Ça, c’est cool, on devrait faire pareil ! » Ils devraient peut-être essayer de faire autre chose. Allez dans le désert, prenez P.O.D. et trouvez un truc [rires]. Je ne sais pas, je n’ai pas de réponse, je dis juste ce que je pense. Encore une fois, j’aime ce que j’entends, mais le revers de la médaille est que nombre de ces groupes ont le même son – à juste titre car c’est le genre qui veut ça. Peut-être que c’est ainsi que ça fonctionne aujourd’hui : il y a tel genre musical et tous les groupes qui lui appartiennent sonneront pareil.
Interview réalisée en visio les 23 & 24 septembre 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Fred Kowalo (2, 6), Nicolas Gricourt (live).
Site officiel de Testament : www.testamentlegions.com.
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