La relation des frères Chris et Rich Robinson est réputée pour son explosivité, autant sur le plan créatif que personnel. C’est donc ce qui fait à la fois la force et la faiblesse de The Black Crowes, et malheureusement, c’est bien ce qui a mené à sa dissolution, actée officiellement en 2015, avec quelques coups de gueule par médias interposés. Mais finalement, cet éloignement était peut-être un mal pour un bien, pour que chacun prenne ses distances avec l’autre – eux qui ont été élevés ensemble, ont monté un groupe ensemble et ont connu le succès ensemble –, prenne du recul grâce à d’autres expériences et reprenne conscience de la valeur de leur collaboration artistique et de leur lien fraternel.
Ça paraissait loin d’être gagné d’avance, mais force est de constater qu’ils ont su mettre leurs différends de côté, revenant sur le devant de la scène en 2019, notamment pour une tournée à l’occasion des trente ans du premier album Shake Your Money Maker, un EP de reprise en 2022 et désormais un nouvel album, baptisé avec humour Happiness Bastards, en clin d’œil à l’instabilité de leur relation, tout en faisant amende honorable. Cela a tout l’air d’un retour durable, qui se veut être pour de bonnes raisons et épuré des éléments néfastes du passé. Nous discutons de tout ceci avec Rich dans l’entretien qui suit.
« Il a fallu que nous reconstituions notre confiance, mais je crois que nous avons aussi beaucoup mûri durant ces neuf années. Nous sommes devenus plus adultes et conscients de notre propre contribution à notre discorde [rires]. »
Radio Metal : Vous avez reformé The Black Crowes en 2019. Depuis, vous avez effectué plus de cent cinquante concerts dans vingt pays, vous avez célébré les trente ans de l’album Shake Your Money Maker, et vous sortez désormais un nouvel album, Happiness Bastards. Cette réconciliation avec ton frère était assez inespérée, vu la façon dont ça s’était terminé en 2015. En y repensant, quel a été le déclencheur ayant permis cette réconciliation ?
Rich Robinson (guitare) : C’est difficile à expliquer. J’ai toujours composé des chansons pour mon frère, avec sa voix en tête, donc au bout d’un moment, après la séparation, ça te pèse. Nous avons des enfants, et chacun d’entre eux s’intéressait à leurs oncles respectifs, ils étaient là : « Comment se fait-il qu’on ne voie jamais l’oncle Chris ? » « Comment se fait-il qu’on ne voie jamais l’oncle Rich ? » Ça fait pas mal relativiser. Puis j’avais écrit une poignée de chansons et sur un coup de tête, j’ai mentionné à l’un de nos amis : « Bon sang, j’adorerais entendre ce que Chris ferait avec ces chansons », simplement parce qu’en plus d’être son frère, je suis également fan de lui. Notre ami a dit : « Chris m’a dit exactement la même chose l’autre jour ! » C’était ce petit truc qui a entrouvert la porte. Deux ou trois mois sont passés et nous nous sommes croisés dans un hôtel à New York. Mes enfants étaient là, il a pu les rencontrer. Une chose a mené à une autre qui en a mené à une autre… Nous avons décidé de tenter le coup et de le faire à l’occasion des trente ans de Shake Your Money Maker pour voir comment ça se passait. Et nous voilà maintenant, nous avons fait un album de reprises et ensuite un nouvel album de musique inédite.
Quelles leçons pensez-vous avoir apprises de cette période de séparation ?
Tout le monde apprend sur tout. La vie est un apprentissage. Nous avons commencé très jeunes. J’avais dix-sept ans quand j’ai commencé à composer Shake Your Money Maker, et « She Talks To Angels » était la première chanson. J’ai fait l’album quand j’avais dix-neuf ans, puis je suis parti en tournée pendant trente ans ! Ça signifie que nous n’avons jamais vraiment eu le temps de réfléchir. Le succès a été si grand et si rapide que nous nous sommes cramponnés de toutes nos forces. Nous avons vu cette énorme opportunité et nous avons sauté dessus. Nous n’avons pas réfléchi à notre relation en tant que frères. Nous essayions juste de rester dans ce train, de faire en sorte que ça marche et d’exister dans ce monde. Parfois, il peut arriver que ça dysfonctionne. Il y a neuf ans, nous nous sommes éloignés et avons fait nos propres carrières. Nous avons fait des albums solos, produit d’autres groupes, écrit des chansons pour d’autres gens. Ce genre de chose m’a vraiment donné un autre point de vue, si bien que lorsque nous sommes revenus, c’était pour les bonnes raisons et pas juste pour faire une tournée. On nous a fait une proposition de tournée pratiquement chaque année depuis notre split ; des gens nous contactaient et nous offraient de grosses tournées, et nous refusions parce que nous ne voulions pas et nous n’étions pas prêts.
Être frères est une relation assez spéciale. Dirais-tu que ça rend les émotions qui vous lient encore plus intenses, que ce soit dans l’amour ou dans la haine ? Et penses-tu qu’on retrouve cette intensité dans votre musique quand vous en faites ensemble ?
Nous sommes frères, donc c’est ce que nous connaissons ; je ne sais pas ce que ça fait d’avoir une sœur ou des sœurs. C’est nous, tout simplement, et il n’y a que nous deux. Il n’y a pas de frère ou de sœur entre nous deux ou de plus jeune. A cause de ça, il y a un petit peu un côté extrême, mais au final, c’est ce que j’ai connu toute ma vie et ce qu’il a connu toute sa vie. C’est ce que c’est. Je crois que c’est peut-être plus intense pour les gens autour de nous, mais pour nous, c’est ce à quoi nous sommes habitués.
Happiness Bastards est votre premier album en quinze ans. Comment était-ce de relancer la machine créative après toutes ces années ? Etiez-vous un peu rouillés ou bien, au contraire, penses-tu que vous aviez encore plus à exprimer ?
Chris et moi avons quoi qu’il en soit écrit des chansons pendant tout ce temps, l’un sans l’autre. J’ai fait quatre albums solos, deux EP, j’ai écrit des chansons pour dix autres artistes et j’ai fait trois albums de The Magpie Salute. Chris a fait un tas d’albums pour son groupe et a produit d’autres albums pour d’autres gens. Nous avons tous les deux passé un paquet de temps en studio à faire ce genre de choses, et nous avons tous les deux constamment écrit. Du coup, écrire n’a jamais été un problème pour nous. Puis quelqu’un nous a offert une année et demie [rires]. Le Covid-19 est arrivé et tout d’un coup, une année et demie nous est tombée dessus ! Nous étions prêts à partir en 2020. Nous sommes venus en Europe en février, je crois, pour la tournée Brothers Of A Feather, nous avons fait quelques concerts ici et là, puis nous sommes partis aux Etats-Unis et nous nous préparions à repartir cet été-là, mais le Covid-19 a frappé. Au lieu de me tourner les pouces, je me suis tout de suite dit que j’allais commencer à composer. Ce n’était pas forcément spécifiquement pour un album, mais c’était quelque chose qui m’a permis de me tenir occupé pendant longtemps. J’avais un studio à la maison, donc j’ai commencé à écrire des chansons et à les envoyer à Chris. Il écrivait par-dessus et me les renvoyait. J’ai composé plus de quarante chansons et je les ai envoyées à Chris. Il a passé en revue ce sur quoi il voulait travailler, et nous avons peaufiné. Puis nous sommes partis sur la tournée de Shake Your Money Maker, donc nous avons mis ces morceaux de côté. Quand le moment est venu, nous sommes revenus dessus et nous avons écrit de nouvelles chansons. C’était très détendu. Nous ne croyons pas au fait de forcer les choses. Tout s’est fait naturellement.
Tu as déclaré que vous n’aviez pas « à réparer [v]otre relation en tant que compositeurs, car ça n’a jamais été un problème ». Dirais-tu que la relation personnelle et la relation artistique sont deux choses très différentes ? Penses-tu que, comme ton frère l’a lui-même dit, la musique « est toujours là où [v]ous trouvez une harmonie ensemble » ?
Oui, je dirais que le studio a toujours été un endroit sûr pour nous, ensemble, car nous y mettons toujours tout de côté pour nous concentrer uniquement sur l’écriture. La relation personnelle a pris un peu de temps. Nous avions été séparés, il a fallu que nous reconstituions notre confiance, mais je crois que nous avons aussi beaucoup mûri durant ces neuf années. Nous sommes devenus plus adultes et conscients de notre propre contribution à notre discorde [rires]. Ces choses se font un peu en parallèle, mais l’écriture de la musique et le côté artistique, ça a toujours été là où nous mettions les conneries de côté et où nous nous entendions.
« Une grande partie des groupes de hair metal était presque trop futée à essayer de jouer à un jeu. Nous nous contentions de faire des albums avec la musique que nous voulions faire. Je pense que cette sincérité se voyait sur Shake Your Money Maker. Cet album montrait quelque chose de différent et les gens seront toujours plus touchés par la sincérité que par des conneries à la mode. »
Comme je l’ai mentionné, vous avez célébré les trente ans de Shake Your Money Maker, l’album qui vous a fait connaître. Penses-tu que le fait de revisiter ces vieilles chansons et la nostalgie qu’implique, je suppose, une tournée anniversaire ont eu la moindre influence sur votre approche de Happiness Bastards ? Vous êtes-vous reconnectés à vos racines grâce à ça ?
Pas vraiment. J’ai toujours composé en fonction de ce qui me venait et de ce qui sonnait bien à mes oreilles. Le focus sur Shake Your Money Maker était super, rien que pour le fait de pouvoir faire quelque chose que nous n’avions jamais fait, c’est-à-dire avoir la discipline de jouer un album dans son intégralité, dans l’ordre dans lequel il a été enregistré. Et le public était génial, les réactions étaient super. Nous nous sommes éclatés. C’était aussi génial de voir tant de jeunes gens aux concerts. Ça, c’était vraiment cool, mais en fin de compte, la majorité de l’écriture a été faite avant que nous partions en tournée. Ce que j’aime dans Shake Your Money Maker, c’est sa concision, on y trouve des chansons de trois minutes, tout est très concentré, tout est dégraissé, etc. C’était donc très sympa de se focaliser sur cet album, et c’est l’une des choses que nous avons apportées à ce nouvel album.
Tu penses que c’est en partie ça qui a contribué à rendre Shake Your Money Maker si spécial ?
Peut-être. Si tu remets ça dans un contexte historique, toutes les merdes de hair metal s’essoufflaient et devenaient un peu absurdes. Enfin, il y avait des groupes sérieux, comme Guns N’ Roses, mais il y avait aussi un tas de chansons idiotes, kitch et caricaturales. C’est toujours le produit dérivé d’un système qui se soucie plus de l’argent que de l’aspect créatif. L’industrie musicale passe par des fluctuations comme ça. Le truc concernant The Black Crowes est que nous ne nous sommes jamais forcés ; nous avons toujours fait les albums que nous voulions faire. Nous avons grandi en Géorgie, nous ne faisions pas partie de l’industrie musicale, alors qu’une grande partie de ces groupes de hair metal venaient de Los Angeles, New York ou peu importe où, et était presque trop futée à essayer de jouer à un jeu. Nous nous contentions de faire des albums avec la musique que nous voulions faire. Je pense que cette sincérité se voyait sur cet album. Il montrait quelque chose de différent et les gens seront toujours plus touchés par la sincérité que par des conneries à la mode. Et c’était deux ans avant le grunge, donc nous avons en quelque sorte déclenché la chute de ces trucs hair metal ridicules. Je pense que c’est la raison pour laquelle ça a parlé aux gens, et je pense que c’est la raison pour laquelle cet album était pur.
J’avais dix-neuf ans, j’ai eu mon diplôme d’études secondaires un an avant de faire l’album, je vivais avec mes parents. Nous avons fait cet album, nous sommes partis en tournée et il s’est vendu en sept millions d’exemplaires ! C’est beaucoup de succès à gérer quand on n’a pas encore vingt-et-un ans. Nous avons joué trois cent cinquante concerts en dix-huit mois. Tout d’un coup, tu vis des expériences. Nous avons tourné avec des groupes comme AC/DC, Aerosmith, Robert Plant, ZZ Top, pour n’en citer que quelques-uns, et nous avons voyagé dans le monde entier. Nous avons commencé en jouant face à douze personnes dans un club et l’un des derniers concerts que nous avons faits, c’était à Moscou face à huit cent mille personnes. Nous avons couvert tout le spectre. Puis nous sommes rentrés à la maison et avons tout de suite fait The Southern Harmony, et je trouve que c’est avec cet album que nous sommes devenus nous-mêmes, c’était ça The Black Crowes, c’était notre son, car quand on est gamin et qu’on n’a pas vécu beaucoup d’expériences, on a tendance à davantage montrer ses influences, même s’il y avait toujours cette approche sincère, à cause de notre amour de la musique, de la composition et de ces groupes. Donc je pense qu’au final, c’est ça qui s’est passé.
Chris a dit que « Happiness Bastards est [v]otre lettre d’amour au rock n’ roll », mais on dirait que vous avez toujours eu une définition élargie du rock n’ roll, puisque vous avez aussi parfois un peu un pied dans la folk, le jazz ou le funk. Du coup, que représente l’étiquette « rock n’ roll » pour vous ?
Le rock n’ roll était l’un des genres musicaux les plus vastes, si ce n’est le plus vaste de tous. Le rock n’ roll que nous adorons et vers lequel nous nous tournons n’était pas enlisé dans la vision typiquement commerciale consistant à définir un son, à catégoriser et à séparer les choses. C’était plutôt Joni Mitchell versus Led Zeppelin, ou les Doors, ou Jimi Hendrix, ou Bob Dylan… Ils étaient tous diffusés en même temps sur les mêmes radios. Je pourrais même citer Miles Davis qui a joué au festival d’Isle Of Wight ! Le rock n’ roll n’avait aucune frontière et c’est ce que j’adorais ! Quand nous composons et que nous puisons dans nos inspirations, dans ce que nous écoutions étant gamins, ça couvre ce large éventail de ce qu’était la musique. Mon père avait un tas d’albums, que ce soit de Crosby, Stills And Nash, Mose Allison, Bob Dylan, Muddy Waters, Sly Stone, Joe Cocker, et tout ce qu’il y a entre. Nous avons grandi avec une riche base de ce que la musique pouvait être et nous ne nous sommes jamais enlisés à penser en termes de formats ou de styles.
« Les bons artistes viennent d’en marge de la société et ils ont la capacité de voir des choses qu’une personne normale ne peut peut-être pas voir, et de les mettre en lumière, de faire un focus dessus et de montrer un point de vue extérieur. Et ceci peut faire avancer la conscience humaine, notre compréhension en tant qu’espèce humaine et nous faire aller de l’avant dans le bon sens. »
Cet album, c’est du Black Crowes typique et vous n’avez pas cherché à moderniser votre expression. Penses-tu que ce soit le secret pour sonner intemporel : ne pas se soucier de sonner « actuel » ?
Je crois que forcer quoi que ce soit est idiot. Et au final, quand on le fait, ça ne sonne pas sincère. Si nous avions un DJ sur notre album parce que quelqu’un nous avait dit de le faire, ce serait au mieux hypocrite. Je crois toujours que l’expression vient de l’artiste et que les bons artistes sont les outsiders ; les bons artistes viennent d’en marge de la société et ils ont la capacité de voir des choses qu’une personne normale ne peut peut-être pas voir, et de les mettre en lumière, de faire un focus dessus et de montrer un point de vue extérieur, mais d’une façon qui peut plaire à tout le monde et faire dire : « Hey, regarde ce truc, car c’est vraiment cool ! » Et ceci peut faire avancer la conscience humaine, notre compréhension en tant qu’espèce humaine et nous faire aller de l’avant dans le bon sens.
Au final, l’expression de la personne qui voit ces choses doit être sincère et presque comme un conduit, comme si quelque chose passait à travers elle, et elle le laisse faire, elle ne se prend pas la tête avec, elle n’interfère pas avec, parce que quand on le fait, c’est juste l’égo qui parle et on essaye juste de gagner de l’argent. Je veux dire, c’est super de gagner de l’argent, mais ce ne devrait pas être la motivation derrière ce qu’on fait et la raison pour laquelle on le fait. J’ai donc toujours pensé que tout devait être naturel, et le naturel, pour moi, c’est ma forme d’expression et celle de Chris. Et notre quête de meilleures chansons et du reste découle d’une myriade d’éléments créatifs : de quoi va parler la chanson, comment ça va sonner, comment le groupe va jouer, comment ce sera produit, l’ordre des chansons de l’album, même le fait de faire un album au lieu d’un EP ou ce qui est plus pratique pour une maison de disques qui ne veut pas payer, parce qu’ils croient que plus personne n’écoute. Nous croyons aux albums car nous croyons que c’est toujours viable. Nous croyons que l’album reste une manière de créer une œuvre. C’est une œuvre, c’est un voyage. On peut écouter une chanson et partir ailleurs, et si on suit l’ordre des chansons, ça nous emmène ailleurs. Toutes ces petites choses s’imbriquent dans cette création. Ça a toujours été ma vision.
La chanteuse-compositrice de country Lainey Wilson chante sur la ballade « Wilted Rose ». C’est assez nouveau pour The Black Crowes. Comment ça s’est fait ?
Nous avons joué aux CMT Awards à Austin l’an dernier et nous avons eu l’occasion de la rencontrer. Elle était tellement sympa et avait une voix si cool que nous avons pensé : « Ouah, ce serait super d’entendre sa voix sur cette chanson ! »
Vous avez fait appel au producteur Jay Joyce pour cet album. Vous n’aviez jamais travaillé avec lui par le passé, mais le fait est que vous n’avez jamais travaillé avec le même producteur sur plus de deux albums. Et tu as dit que vous aviez « consciemment décidé de le laisser [vous] dire un peu quoi faire ». Penses-tu qu’une part d’inconnu et peut-être d’inconfort est nécessaire ou profitable lorsque qu’on fait ce genre de musique ?
Faire quelque chose une seule fois n’est pas forcément la façon dont nous ferons les choses à l’avenir. Mais pour cette fois, pour faire cet album, Chris et moi avons voulu avoir un producteur. Comme je l’ai dit plus tôt, Chris a produit de nombreux albums en dehors de son groupe, j’ai produit tous mes albums solos, tous les albums de The Magpie Salute, j’ai produit d’autres groupes, j’ai composé pour d’autres groupes, etc. Donc Chris et moi avons de nombreuses heures de studio et de production à notre actif. Ça peut être cool, globalement, parce que nous avons tous les deux des idées, mais quelqu’un d’extérieur, qui est nouveau et n’a pas été impliqué dans le passé du groupe ou dans je ne sais quelle connerie émotionnelle, peut avoir les idées beaucoup plus claires par rapport aux décisions, aux suggestions, etc. Et ça s’est avéré être le cas, parce que Jay était super. Il a vraiment pris ce qu’il voulait, changé ceci, conservé cela, et avec Chris, nous tenions à permettre cela et à le laisser apporter son expertise. Donc pour cet album, ça a vraiment bien fonctionné pour nous.
Cet album s’intitule donc Happiness Bastards. C’est une référence évidente aux nombreuses années de turbulence entre toi et ton frère, et Chris a dit que c’était représentatif de votre relation tout en signifiant où vous en êtes aujourd’hui. J’imagine que c’est une manière de reconnaître vos torts mutuels et de dédramatiser votre histoire avec un peu d’humour, mais dirais-tu que vous avez toujours été des « connards » l’un avec l’autre, y compris en remontant à l’enfance ?
Comme des frères typiques, nous avons toujours eu nos bons et mauvais moments. C’est le cas de n’importe quelle relation dans n’importe quel milieu. La relation parfaite n’existe pas. Mais le fait d’être dans un groupe ensemble, d’être partenaires de business, partenaires créatifs, frères, toutes ces choses différentes, peut mettre à rude épreuve n’importe quelle relation. Je pense que ce titre est assez explicite. C’est impertinent, c’est un peu drôle. Ce que Chris a dit est vrai, comme lorsqu’il a parlé de lettre d’amour au rock n’ roll. Oui, nous avons eu nos hauts et nos bas. C’est un petit clin d’œil à notre passé, à qui nous sommes en tant que personnes. Tout est compris dedans.
« Il est clair que je suis plus réservé et réfléchi, et Chris est plus explosif et dans la réaction, mais ces deux personnalités ont besoin un peu de l’opposé. C’est ce qui fait qu’ensemble, nous sommes des êtres humains plus complets [rires]. »
Tu es le plus jeune des deux frères, mais qui serait le plus sage de vous deux ? Et comment comparerais-tu vos personnalités respectives ?
Je ne sais pas qui serait ou ne serait pas sage. Je suis sûr qu’il dirait être sage et je dirais que je suis sage [rires]. Je ne sais pas comment répondre à ça, mais il est clair que je suis plus réservé et réfléchi, et lui est plus explosif et dans la réaction, mais ces deux personnalités ont besoin un peu de l’opposé. Il peut profiter un peu de mon bon sens et de ma réflexion, et je peux profiter un peu de son explosivité. C’est ce qui fait qu’ensemble, nous sommes des êtres humains plus complets [rires].
Dirais-tu qu’il était fait pour être frontman, du fait de sa personnalité ?
Bien sûr, absolument ! Il est né pour ça. Il est génial en tant que tel. Je ne suis pas quelqu’un qui a besoin d’attention, je n’aime pas trop ça. Et il est très bon là-dedans, alors que moi pas. J’aime jouer de ma guitare et composer mes chansons, donc je me contente de ça.
Au moment où tu as fondé The Magpie Salute, tu as dit que The Black Crowes « était plein de négativité en provenance des personnalités présentes dans le groupe ». Vous êtes-vous assurés que toute cette négativité avait disparu pour de bon ?
Oui. Quand nous sommes revenus, nous avons dit que nous ne voulions pas nous reformer, retomber dans les mêmes pièges et nous séparer de nouveau. Nous voulions faire les choses aussi bien que possible. Il fallait que nous nous débarrassions de la négativité que les gens… Tu sais, il y avait beaucoup de gens négatifs autour de Chris et moi qui utilisaient notre instabilité contre nous-mêmes. Ils creusaient un fossé entre nous, en lui disant de la merde sur moi, en me disant de la merde sur lui, en essayant de nous diviser, en mentant, etc. C’était des gens qui travaillaient pour le groupe et des gens qui étaient dans le groupe. Du coup, quand nous nous sommes remis ensemble, nous avons dit que nous ne voulions pas que cette reformation soit ponctuelle, nous ne voulions pas que ce soit juste une tournée pour amasser de l’argent, nous voulions le faire comme il faut. Nous voulions que les gens qui nous entourent puissent soutenir et nourrir notre relation, y voir le positif au lieu de la démolir et la détruire pour de petits gains mesquins, égoïstes et temporaires. Nous avons donc consciemment pris la décision d’avoir un nouveau management et de nouveaux membres du groupe – à l’exception de Sven [Pipen] que nous connaissons depuis presque quarante ans, c’est notre bassiste et il est extraordinaire. Nous voulions vraiment que ce soit comme il faut. Ça nous a pris un peu de temps mais nous avons trouvé les bonnes personnes, et maintenant ce groupe est super, nous sonnons super, nous allons de l’avant et tout va vraiment bien.
C’est intéressant comme la pochette de l’album montre un graffiti par-dessus celle de The Southern Harmony. Quel en est le symbole ?
Je pense que c’est plus une sorte de renaissance. Il y a de nouveaux éléments et de vieux éléments. Il y a The Southern Harmony et il y a ce nouveau truc, c’est une renaissance pour devenir autre chose. Mais de toutes façons, on change toujours. Tout comme le groupe, nous bougeons et changeons, et c’est toujours cool, nous restons The Black Crowes. Je joue et compose comme moi-même, Chris chante et écrit comme lui-même, et ça a toujours été comme ça.
Vois-tu Happiness Bastards comme une continuation ou un nouveau départ ? Tu parlais de renaissance…
C’est toujours une continuation. Tu peux mettre cet album à côté de n’importe quel autre de nos albums. Il y a des éléments qui sont similaires, mais il y a aussi de nouvelles choses. Chaque album avait de nouvelles choses. Si on regarde notre voyage, de Shake Your Money Maker à The Southern Harmony, de The Southern Harmony à Armorica, d’Armorica à Three Snakes, By Your Side, Lions… Nous n’avons jamais été contraints par des attentes et la pression de qui que ce soit essayant de nous pousser à sonner comme quelque chose ou à faire quelque chose. Nous avons fait en sorte que ce soit comme ça. Donc je pense qu’il y a un peu des deux.
Cette année marque les quarante ans de la naissance de The Black Crowes. Quel est ton sentiment quand tu penses à vos origines ? Penses-tu que vous ayez conservé les mêmes idéaux avec ce groupe ?
Je crois, oui ! Pour ce qui est de notre façon de travailler et d’écrire, ce que nous faisons et ce que nous voulons faire, oui, absolument. Enfin, il peut y avoir des approches différentes parce que quand tu as quinze ans et que personne ne vient te voir quand tu es au lycée, comme c’était mon cas, c’est différent de quand tu as cinquante-quatre ans, que tu as une carrière de plus de quarante ans et que tu joues devant plein de gens. C’est un petit peu différent, mais l’essence est restée la même. Notre amour pour la musique et pour ce que nous faisons n’a jamais changé.
Comme tu l’as dit, The Black Crowes est un groupe qui a toujours fait son propre truc, indépendamment des modes, et tu as dit que ça a pu parfois être à votre détriment. D’un autre côté, on dirait qu’il y a eu une résurgence et une demande pour ce genre de rock n’ roll authentique. As-tu l’impression que le monde et The Black Crowes sont en phase en ce moment ?
C’est possible. Je ne sais pas ! [Rires] Nous faisons ce que nous faisons. J’espère toujours que les gens aiment et en retirent quelque chose, car la musique est là pour ça. Comme je l’ai dit, la musique est faite pour vous donner un point de vue un peu différent, pour vous aider à traverser des moments difficiles, pour renforcer les moments heureux, c’est pour tout, dans la perte comme dans l’amour. Avec un peu de chance, ce que nous faisons parle aux gens et leur apporte de la joie, car c’est tout le but.
Maintenant que The Black Crowes est de retour, y aura-t-il quand même un avenir pour The Magpie Salute ?
Je ne planifie rien. Aucun de nous ne le fait. Nous nous laissons porter par les événements. Là tout de suite, nous faisons The Black Crowes et c’est ce qui m’intéresse. Je ne pense pas que The Magpie Salute rejouera un jour, mais qui sait ? Je suis simplement content de faire ça.
Interview réalisée par téléphone le 15 février 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Site officiel de The Black Crowes : theblackcrowes.com
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