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Interview   

The Night Flight Orchestra décroche la lune


Fondateur du projet avec Björn « Speed » Strid, David Andersson faisait beaucoup pour The Night Flight Orchestra. Son âme était partout, dans la musique, les textes et même les communiqués de presse qu’il ponctuait de descriptions imagées savoureuses. Seulement, David Andersson n’est plus, emporté le 14 septembre 2022 par « l’alcool et la maladie mentale ». L’astronaute s’en est allé vers les étoiles. Privé d’un de ses deux pilotes, l’aéronef allait-il pouvoir redécoller un jour ? La réponse nous est parvenue aujourd’hui avec Give Us The Moon et elle est positive.

Fort de la détermination de Björn Strid, mais aussi de la volonté du groupe de faire perdurer l’héritage de leur ami, l’album est une magnifique célébration de la vie, tant NFO se montre plus vivant que jamais. Dans l’interview qui suit, le chanteur nous raconte comment, après l’épreuve de la mort, il a réussi à relever la tête et à retrouver la joie, suffisamment pour replonger dans cet univers exalté et plein d’optimisme. L’occasion de revenir sur les fondements de The Night Flight Orchestra et de les réaffirmer.

« J’ai eu des conversations avec David quand il était, en gros, sur son lit de mort. J’ai dit : ‘Ce sera très dur de continuer le groupe sans toi. J’ai besoin de ta bénédiction pour y arriver.’ Il disait : ‘Bien sûr, vous devez continuer.' »

Radio Metal : Give Us the Moon est le premier album de NFO sans David Andersson, qui nous a malheureusement quittés il y a deux ans. Il était une part importante de l’âme de ce groupe, puisqu’il a écrit une bonne partie de la musique, des paroles et même des communiqués de presse. Vous êtes-vous demandé si vous deviez continuer sans lui ou arrêter ?

Björn « Speed » Strid (chant) : Evidemment, la question s’est posée. J’ai fondé le groupe avec David. Il ne jouait plus vraiment avec le groupe en live les trois dernières années et Rasmus [Ehrnborn] intervenait déjà à ce moment-là pour le remplacer. Il était sur une voie très sombre et tu te sens impuissant quand tu es témoin de ça, quand tu vois un ami très proche en train de disparaître. J’ai eu des conversations avec David quand il était, en gros, sur son lit de mort. J’ai dit : « Ce sera très dur de continuer le groupe sans toi. J’ai besoin de ta bénédiction pour y arriver. » Pas que nous en avions vraiment besoin, mais c’était important pour nous de sentir que nous pouvions poursuivre avec son héritage qui est loin d’être terminé. Il disait : « Bien sûr, vous devez continuer. » Nous avons plein de super compositeurs dans le groupe qui ont apporté beaucoup de musique au fil des années, mais David avait une manière spéciale d’écrire et je pense que se l’approprier était le plus grand défi à relever. Il m’a toujours inspiré ; David et moi nous inspirions mutuellement, musicalement, avec les paroles, tout. C’était donc très important pour nous de ne pas juste copier la manière de composer de David, mais de la trouver en nous-mêmes, et je pense qu’elle était là. Nous avons dû creuser très profondément et donner le meilleur de nous-mêmes pour faire le meilleur album possible. Ça a été une sacrée aventure et je pense que le résultat est vraiment spécial. Au final, nous voulions aussi montrer à tous les sceptiques que nous pouvions y arriver. Nous voulions nous rendre fiers et rendre David fier. Oui, David était une part très importante de ce groupe, mais il fallait [que nous continuions]. Sebastian [Forslund] et moi avons écrit beaucoup de musique au fil des années, et maintenant nous avons aussi Rasmus qui a assuré sur cet album. Je peux seulement espérer que David peut, d’une façon ou d’une autre, écouter ces musiques, qu’il est là quelque part en train regarder ce que nous faisons, parce qu’il s’agit vraiment de faire vivre son héritage. J’espère qu’il est fier, car nous n’aurions pas pu faire mieux que ce que nous avons là.

Il y a deux ans, tu avais mentionné que c’était « l’alcool et la maladie mentale » qui l’ont emporté. Pour avoir discuté avec lui à l’époque, j’ai l’impression qu’il avait très mal vécu la pandémie. Dirais-tu que c’est à ce moment-là que sa santé mentale s’est détériorée ?

J’ai clairement vu une tendance bien avant ça, mais il est certain que ça n’a rien facilité. Il était docteur. Je crois qu’il n’a pas travaillé les deux dernières années de sa vie. Beaucoup de gens s’évadent quand ils partent en tournée, mais il n’était pas le genre de gars à dire : « Allez, on part en tournée ! On y va ! » Il avait une sorte de relation d’amour-haine avec les tournées. Je ne sais pas si c’est l’absence de concerts pendant le Covid-19 qui y a contribué, mais peut-être qu’il s’est senti très seul. Nous étions en contact, mais d’un autre côté, il était très réservé. Il n’était pas quelqu’un de très sociable. Donc c’est très dur à dire, si c’est lié ou pas. Peut-être que, d’une certaine manière, ça a accéléré les choses, mais les signes étaient déjà là depuis longtemps.

As-tu parfois redouté cette issue ?

Oui. Absolument. C’était presque comme s’il était en mission et avait pris sa décision. J’ai essayé tout ce que je pouvais pour qu’il comprenne qu’il ne pouvait pas se faire ça et continuer sur cette voie, mais, je ne sais pas, ça ne semblait pas l’effrayer. C’était dur d’y assister. On pouvait aussi voir que ses textes et ses chansons devenaient parfois un peu plus sombres et mélancoliques, y compris avec The Night Flight Orchestra. J’avais le sentiment de devoir écrire des chansons encore plus exaltantes pour compenser et le sortir de ça. S’est alors créée cette sorte d’équilibre qui, au final, était assez intéressante, il y avait une sorte de dynamique. The Night Flight Orchestre se doit d’être un groupe très encourageant et exaltant, mais il y a quand même un côté mélancolique. Nous appelons ça la mélancolie d’ABBA et c’est très difficile de mettre le doigt exactement sur ce que c’est, car c’est mélancolique mais, à la fois, c’est entraînant et ça donne envie de danser. C’est très multicouche. C’est aussi quelque chose à quoi David contribuait beaucoup.

Au final, quel souvenir garderas-tu de lui ? Quelle image de lui gardes-tu en tête ?

J’étais tellement furieux et déçu les dernières années. Je pense que ça arrive à quiconque est proche de quelqu’un qui abuse de quelque chose ou souffre d’une forme d’addiction. C’est très dur à voir et ça te déçoit. Au bout d’un moment, tu repousses, mais à la fois, tu ne veux pas laisser tomber, tu fais tout ce que tu peux et tu te sens impuissant. Il m’a donc fallu un peu de temps pour commencer à me souvenir des moments passés avec lui. Désormais, il est avec moi tous les jours et son sourire me manque énormément. J’adorais son humour qui me manque tellement. Il était tellement génial à tant d’égards, y compris, bien sûr, en tant que musicien. Il était super drôle, son visage me manque, son rire me manque… Parfois, quand j’y pense, ça me fait physiquement mal de me dire que je ne pourrai plus jamais le revoir. C’est dur, mais j’ai le sentiment qu’il était présent quand j’étais en train de composer ce nouvel album. C’était une expérience positive, pas dans le sens où il me hantait. Il était simplement là. C’est juste bien de penser aux bons moments maintenant et c’est les souvenirs que j’aimerais garder de lui, parce qu’il était tellement brillant. Nous avons perdu quelqu’un de très spécial.

« Parfois, quand j’y pense, ça me fait physiquement mal de me dire que je ne pourrai plus jamais le revoir. C’est dur, mais j’ai le sentiment qu’il était présent quand j’étais en train de composer ce nouvel album. »

En avril 2023, The Night Flight Orchestra a sorti la chanson « The Sensation ». À ce propos, le groupe a déclaré que « les paroles sont également un hommage au regretté David Andersson et aux nombreux voyages que Björn a partagés avec lui ». Est-ce que ça t’a apaisé d’écrire cette chanson hommage ? En avais-tu même besoin ?

Oui, je crois que j’avais vraiment besoin de faire cette chanson, parce que les émotions étaient très fortes à ce moment-là. Quand il est décédé, je me sentais tellement vide, je ne ressentais rien. Evidemment, je suis allé à ses funérailles, j’étais absolument dévasté et j’ai pleuré, mais d’une certaine façon, je me sentais vide et je n’arrivais pas vraiment à comprendre. Au moment où j’ai écrit « The Sensation », c’est là que ça m’a frappé : « Il est parti. Il n’est plus là. » Il fallait que je l’exprime. C’est ainsi que cette chanson est venue. C’est vraiment un hommage à la raison pour laquelle nous avons fondé ce groupe, c’est-à-dire pour créer la BO d’une personne en mouvement, en tournée, etc. J’avais besoin d’écrire quelque chose qui résume le voyage que nous avons fait ensemble.

L’artwork lui-même a été inspiré par une note que David a laissée. Ça disait : « Je veux que vous sachiez que je suis désormais astronaute. Je suis en route, quelque part dans l’espace, avec pour objectif de me transformer un jour en boule de glace, avec une queue de feu. » Était-ce son rêve de devenir astronaute ?

[Rires] Je ne sais pas s’il rêvait forcément de devenir un astronaute, mais c’était un homme qui aimait l’évasion. Il lisait tant de romans de fantasy urbaine. Il lisait, je ne sais pas, dix livres par semaine. Il avait un cerveau très actif, il lisait énormément, et la majeure partie, c’était de la fantasy. Je pense que ça l’a beaucoup inspiré. Si on regarde bien, il est sur l’artwork de Give Us The Moon aussi ; il y a un astronaute. L’artwork a été réalisé par ma femme et j’ai travaillé de manière rapprochée avec elle. Je voulais une image avec une énorme lune, un avion devant et les contours des silhouettes du groupe, sans qu’on sache de qui il s’agit, ainsi que le signal d’un pouls pour dire que le groupe, l’héritage continue à vivre. Et je voulais que David fasse également partie de la pochette, dans le fond. Le résultat est vraiment magnifique. C’est devenu le témoignage de ce que nous avons traversé jusqu’à présent et ça montre que le voyage se poursuit.

Dans « The Sensation », tu dis : « Tu es toujours là par l’esprit, si réel, si vrai. » Je ne sais pas si tu es quelqu’un de spirituel, mais tu as effectivement dit tout à l’heure avoir eu « le sentiment qu’il était présent quand [tu] étais en train de composer ce nouvel album »…

Oui, je ne suis pas sûr de croire aux dimensions parallèles, mais qui suis-je pour dire [que ça n’existe pas] ?. Je dois dire que, quand nous étions en studio, le même où nous sommes toujours allés pour enregistrer avec ce groupe, j’ai ressenti sa présence. Surtout quand j’ai décidé qu’il fallait que je poursuivre l’héritage des chansons épiques… Je n’avais jamais vraiment fait ça avant. En temps normal, j’écris, non pas forcément des chansons directes, mais plus courtes, de façon générale. Je me suis dit : « Je vais prouver que je suis capable d’écrire une chanson épique » et je voulais en écrire une qui ferait exactement sept minutes et quarante-sept secondes. J’ai donc décidé de faire ça, je me suis posé et j’ai écrit la chanson « Stewardess, Empress, Hot Mess (And The Captain Of Pain) », je crois, en deux jours. Je ne sais pas exactement comment c’est arrivé. C’est le sentiment le plus bizarre qui soit. J’avais tout dans ma tête, mais comment c’est arrivé et comment un riff a commencé à me venir, puis un autre, puis un refrain, puis une transition, puis un pont… C’était incessant. Je me demandais : « Comment cette chanson s’est-elle faite ? C’est moi qui viens de faire ça ? Comment j’ai fait ça ? » Peut-être que je ne devrais pas me sous-estimer, mais il me semblait très présent à ce moment-là, dans le sens où j’avais l’impression de composer au-delà de mes capacités ou, en tout cas, de ce que je savais faire jusqu’à présent. Ça m’a vraiment amené à un autre niveau que je ne me savais pas capable d’atteindre. C’était une expérience vraiment cool. Je suppose donc qu’il était là, à coécrire cette chanson avec moi [rires].

David et toi étiez les deux forces créatives principales du groupe. Comment l’équilibre créatif et la dynamique ont-ils changé ou évolué au sein du groupe ?

Je pense que c’est plus ou moins pareil avec l’ajout de Rasmus, mais c’est principalement Sebastian et moi. Il a juste fallu que nous puisions davantage dans l’univers de David et prenions ça avec nous. Le défi était donc plus important que d’habitude, mais autrement, c’était plus ou moins la même situation qu’avant. Nous composons toujours des chansons, mais il y a des éléments dans la manière que David avait de composer que nous devions nous approprier et ajouter à notre palette. Ce n’était pas simple, mais je pense que nous y sommes parvenus. Pour une fois, nous avons aussi pris notre temps. Nous avons été une unité extrêmement créative et nous avons écrit et enregistré énormément de musique. Cette fois, nous avons fait de nombreuses sessions et nous avions beaucoup de temps pour produire et mixer l’album. A un moment donné, j’étais même inquiet que nous ayons trop de temps ! Car je me disais que ce n’était peut-être pas ainsi que nous devrions procéder, que nous tirions peut-être trop sur la corde, mais en fin de compte, c’est exactement ce dont nous avions besoin, parce que prendre notre temps faisait partie du deuil. Il a fallu du temps pour replonger dans la musique et retrouver de la joie avec elle. Mais pour ce qui est du processus en soi, il n’a pas tellement changé.

« Nous sommes en mission avec ce groupe pour proposer quelque chose qui manque, quelque chose de très encourageant et exaltant, sans non plus être stupide, creux ou superficiel. »

Tu as mentionné Rasmus, le bassiste de Soilwork qui a intégré The Night Flight Orchestra en tant que guitariste. Est-il autant à fond dans les années 70 et 80 que toi ?

Oui, absolument. C’est globalement un fan de musique avec de très bons goûts [rires]. Il a tellement de connaissances, et il a un super jeu et un fantastique son. Il était aussi inquiet par rapport à ce que les fans allaient penser. Prendre la place de David était intimidant, il avait un son très spécial, mais je pense que Rasmus avait lui-même aussi cette tradition. Il ne sonne pas exactement comme David, mais il parle à peu près le même langage mélodique et a un magnifique son. Je trouve donc que ça a créé une bonne transition vers ce qu’on pourrait appeler une nouvelle ère pour le groupe. J’imagine que c’est ce que les groupes disent toujours, mais c’est le cas. Mentalement, c’est aussi une nouvelle ère. C’est un nouveau départ. Nous nous amusons de nouveau avec la musique et je pense que c’est ce qui est important, et ce que David aurait aussi voulu. Nous devons voler de nos propres ailes et montrer que nous pouvons répondre aux attentes. La preuve est juste là, avec la musique, et Rasmus y a clairement participé. Je crois qu’il a apporté deux chansons dans l’album. Tout est là, et il n’y a pas vraiment de limites à ce que Rasmus peut faire avec sa guitare. Il a joué de la basse dans The Night Flight Orchestra et aujourd’hui, il joue de la guitare, mais il a aussi joué du clavier sur un de nos concerts, et c’est aussi un très bon batteur. Il peut tout faire !

Give Us The Moon est un album dans la pure tradition de The Night Flight Orchestra, très enjoué et insouciant. Comment peut-on être aussi enjoué et insouciant après non seulement avoir perdu un tel ami, mais aussi quand on voit toutes les tragédies qui se produisent actuellement dans le monde ? Comment parvenez-vous à ignorer tout ça pour adopter une humeur aussi positive et créer et jouer ce type de musique ?

Je ne pense pas que nous l’ignorons, mais comme nous l’avons dit il y a de ça des années : nous sommes en mission avec ce groupe pour proposer quelque chose qui manque, quelque chose de très encourageant et exaltant, sans non plus être stupide, creux ou superficiel. Cette musique présente effectivement plusieurs dimensions. Ce que nous faisons est aussi une réaction à ce que nous avons vécu. Nous avions besoin de renverser la situation, il nous fallait de nouveau quelque chose d’encourageant et d’exaltant. Nous nous sommes réunis en tant que groupe et avons essayé de nous souvenir de David pour les bons moments. Il fallait que nous continuions à faire ce qu’il aimait mais aussi que nous suivions notre propre chemin et montrions la voie. Cet album est une réaction à tout ce que nous avons traversé ; il montre beaucoup de force et, avec un peu de chance, il inspirera les gens et les aidera dans leur quotidien. Il ne s’agit pas d’ignorer l’actualité parce que qu’elle n’est pas très positive, mais ceci est ce que nous pouvons faire. Si nous pouvons faire la différence pour nous-mêmes et nos auditeurs, ce sera une belle chose. Ça paraît toujours très prétentieux de parler du « pouvoir le musique », mais c’est tellement vrai. Il faut qu’il y ait une réaction à ce qui se passe en ce moment, on ne peut pas juste se tourner les pouces en attendant la mort. Il y a des gens qui pensent que la musique doit parler de la réalité, mais je pense qu’on a aussi besoin de prendre du recul et de se donner de la force avec la musique pour gérer tout ça.

J’imagine que cette musique était nécessaire pour vous pour célébrer la vie…

Oui, c’était important. Nous avions vraiment besoin de faire ça, parce que ces dernières années… Je ne vais pas dire que ce groupe était le Depressive Orchestra, pas du tout, nous nous sommes beaucoup amusés, mais… Nous sommes très fiers de Aeromantic I et II, David écrivait toujours de super chansons, mais nous avions aussi l’impression qu’il s’engageait sur une voie vraiment sombre et ses paroles pour The Night Flight Orchestra et Soilwork devenaient de plus en plus similaires, elles reflétaient ce sombre cheminement qui était le sien. Or pour moi, ces deux groupes ont toujours été très différents. Je veux vraiment les séparer. A la fois, c’est devenu une réaction : nous voulions célébrer la vie sans non plus être superficiels. Il a fallu que nous creusions profondément et célébrions ce que nous avions maintenant, et avec un peu de chance, nous pouvions créer quelque chose de durable.

Où puises-tu ton inspiration quand tu ne peux pas la puiser dans la vie réelle qui peut être si déprimante ?

Je pense qu’il y a toujours quelque chose pour lequel être reconnaissant ou heureux. Peut-être que c’est facile pour moi de dire ça. On vit en Occident. On ne peut pas dire ça à quelqu’un qui vit au milieu d’une guerre. J’imagine que tout est relatif. Mais personne ne fera rien de bon en se focalisant sur le négatif. Si tu peux trouver quelque chose qui t’exalte, pour lequel être reconnaissant, tu dois t’y accrocher comme si ta vie en dépendait. Ça peut paraître un peu moralisateur, mais que peut-on faire d’autre ? On doit trouver une sorte de force dans tout ça. Ce n’est pas simple. Parfois, je n’ai pas envie de sortir du lit le matin ; ne jamais lire les infos de se lever [rires]. J’essaye de suivre cette règle, mais c’est dur, car on devient accro au chaos qu’on voit à la télévision et dans les infos. C’est une situation bizarre. Mais j’ai quand même l’impression que nous remplissons un objectif avec ce groupe et que nous ne sommes pas que des disco-rockeurs ignorants qui font comme si la vie était fantastique [rires]. Elle est fantastique à bien des égards, mais il faut creuser de plus en plus loin pour trouver le positif, car sans ça, on n’est rien.

« Parfois, je regarde un film et je me rends compte que, par moments, la BO n’est pas très bonne. Je me dis : ‘Bon sang, ç’aurait dû être The Night Flight Orchestra, ça aurait été tellement mieux !’ C’est un sentiment qui peut être cool mais aussi frustrant. »

David avait apporté une grande partie des thèmes principaux qui faisaient l’identité de The Night Flight Orchestra, que ce soit le féminisme qui lui était cher ou la science-fiction dont il était fan. On peut clairement voir que ces thèmes sont toujours présents dans le nouvel album. Tout d’abord, t’es-tu chargé de tous les textes cette fois ? Et si oui, comment les as-tu abordés ?

J’ai écrit une bonne partie de l’album, au niveau de la musique comme des textes. J’ai aussi écrit beaucoup de musique et de textes dans le passé, mais évidemment, cette fois c’était particulier au regard de ce dont nous avons déjà parlé, c’est-à-dire le fait d’avoir dû puiser dans l’univers de David et élargir notre palette personnelle. C’était clairement un défi là aussi. Pour moi, c’est toujours une question d’équilibre. Je veux aussi revenir à l’idée de voyage romantisé qui était très présente au début du groupe. On peut de nouveau entendre parler d’un tas de villes, de noms de rues, de noms féminins, etc. Tout ça était une part importante de l’identité de The Night Flight Orchestra et je trouvais qu’Aeromantic I et II étaient légèrement plus sombres ou plus aussi romantiques, malgré l’intitulé de ces albums. Peut-être que je donne l’impression de parler d’Aeromantic I et II comme des albums tristes, mais ce n’est pas le cas, c’est juste que l’équilibre était différent. C’est peut-être à cause de ma proximité avec David et du fait que je l’ai vu sombrer que j’ai ce lien avec ces albums. Peut-être que les gens qui les écoutent ne le ressentent pas de la même manière. Mais je voulais conserver le côté mélancolique, l’ironie, l’aspect classique, l’idée de voyage romantisé, etc. Et aussi avoir davantage d’histoires réelles. Il y en a un certain nombre dans l’album.

Par exemple, « Paloma » parle d’une bonne amie à ma femme et moi qui est une vraie hôtesse de l’air et qui s’est mise à sortir avec un pilote. Il s’est avéré être un très mauvais petit ami qui ne l’a pas bien traité du tout, mais elle ne cessait de revenir vers lui. Ça nous a énormément frustrés d’en être témoins. En rentrant d’Alicante l’année dernière, où nous avions joué dans un festival avec The Night Flight Orchestra, il y avait une hôtesse de l’air nommée Paloma sur le vol du retour. Je me suis dit qu’il y avait un truc avec ce prénom. Je me suis posé et j’ai commencé à écrire l’histoire pour « Paloma » et c’est devenu la chanson de libération de notre amie. Je la lui ai envoyée, ça l’a beaucoup touchée, et je suis heureux de dire qu’ils ne sont plus en couple [rires]. Je ne dis pas que c’est grâce à la chanson, mais peut-être qu’elle a planté une petite graine dans sa tête, qui sait ? Car c’est tellement frustrant de voir une personne revenir vers quelqu’un qui la traite vraiment mal. J’avais le sentiment d’avoir une mission à accomplir. Nous avons parlé de « Stewardess, Empress, Hot Mess (And The Captain Of Pain) », or ça, c’est justement l’histoire d’un pilote ; j’essaye de rentrer dans sa tête et de m’imaginer sa vie. Ce sont un peu des chansons jumelles basées sur une forme de réalité. Il y a aussi « Runaways » qui parle du temps où j’étais à Toronto ; j’y ai vécu pendant quatre ans. Je n’y suis pas retourné depuis 2015. J’ai ressenti le besoin d’y retourner et de me réconcilier avec Toronto, car c’est une ville que j’adore, mais les choses avaient mal fini là-bas. Il y a donc plein d’histoires vraies mêlées à de l’évasion pure et à des moments de mélancolie. Là aussi, il y a de multiples facettes et c’est voulu ainsi. Dans ma manière d’aborder la composition et les textes, j’ai besoin qu’il y ait un peu de tout, mais de façon générale, il faut que ça véhicule un message qui donne de la force.

L’album s’intitule Give Us The Moon. La lune est généralement le symbole de quelque chose impossible à atteindre. Comme je l’ai dit, la musique de The Night Flight Orchestra est très positive : penses-tu que tout soit possible, qu’on puisse décrocher la lune, si on garde un état d’esprit positif ?

[Rires] Qui sait ? Comme tu l’as dit, c’est surtout un symbole. Pour nous, après tout ce que nous avions traversé, ce titre est là pour dire que nous avons accompli l’impossible. Maintenant que nous avons cet album, nous sommes là : « Comment diable c’est arrivé ?! » Et c’est presque comme si nous disions : « Maintenant, donnez-nous la lune, voulez-vous ? » Si nous avons pu réussir à faire ça, alors nous devrions pouvoir aussi décrocher la lune ! [Rires] C’est un titre très explicite mais qui peut être vu sous plein d’angles différents, j’imagine.

Es-tu quelqu’un d’optimiste, en général ?

Je pense être un peu des deux. Quand il s’agit de musique, il n’y a pas de limites, je suis très optimiste. Je trouverai toujours le moyen que les choses se fassent et je suis toujours enthousiaste à l’idée de jouer. J’ai beaucoup confiance en moi dans ce domaine, même si, bien sûr, j’ai des doutes, comme n’importe qui. En revanche, pour ce qui est de l’avenir, c’est parfois difficile d’être positif et optimiste.

Tu as mentionné le côté voyage qui est vraiment au cœur de The Night Flight Orchestra. D’ailleurs, l’album s’ouvre sur des bruits d’aéroport. Beaucoup de musiciens nous ont dit que les aéroports étaient les lieux les plus ennuyeux qui soient quand ils sont en tournée, mais qu’en est-il de toi ? En as-tu une appréciation différente ?

Pas vraiment. Nous romantisons le voyage et faisons comme si c’était merveilleux [rires]. Peut-être que ça l’était à une autre époque, mais aujourd’hui, c’est dur. C’est assurément une relation d’amour-haine. Quand tu es dans l’avion, dans les airs, et que tu es en train de siroter un bon cocktail en écoutant de la bonne musique avec tes amis, c’est une autre histoire, mais l’enregistrement à l’aéroport, les files d’attente, tout le bordel, le stress, c’est assez désagréable. Mais nous faisons de notre mieux pour romantiser tout ça ou, en tout cas, montrer comment ça devrait être selon notre idéal [rires].

« Dans les années 70 et 80, il y avait une tradition qui faisait que les groupes pouvaient naviguer entre différents genres musicaux sur un même album et écrire des choses assez sophistiquées. Puis à un moment donné, c’est devenu peut-être trop prétentieux de faire ça, mais nous croyons que c’est la voie à suivre. »

Vous avez une chanson sur Melbourne mais aussi une sur Paris. Evidemment, Paris est connu pour être la ville romantique par excellence, donc ça coïncide parfaitement avec le concept du groupe, mais, selon toi, qu’est-ce qu’un « point de vue parisien » ?

Cette chanson a été écrite par Sebastian, même si j’y ai également mis quelques mots ici et là. L’idée que je m’en fais est celle d’un mari ou d’un petit ami désespéré qui essaye de sauver sa relation en emmenant sa femme ou sa copine à Paris. Au fond, il sait que c’est déjà fichu, mais il veut se donner une dernière chance dans la ville de l’amour, et ça devient un énorme échec, rien ne se passe comme prévu. J’imagine qu’il y a une part d’humour noir dans cette chanson. Il y a la phrase : « Chateaus and concrete was something you needed ». Evidemment, en français, au pluriel, vous ne dites pas « chateaus » [rires], mais « châteaux » avec un « x ». C’est fait exprès pour avoir une version américanisée. Je voulais donner l’impression d’un ignare qui s’attendait à ce que la ville répare d’elle-même sa relation, mais ce n’est pas vraiment ce qui s’est passé.

Il y a une chanson intitulée « Way To Spend The Night ». Quelle est ta façon préférée de passer la nuit ?

Ce que vous voyez dans ce clip vidéo, c’est la vérité, c’est exactement à quoi ça ressemble avec The Night Flight Orchestra. On peut sentir l’alchimie au sein du groupe quand on le regarde. C’est difficile de surpasser une soirée avec The Night Flight Orchestra. Autrement, j’aime simplement me boire quelques bières et regarder le foot comme un vieux. Je peux apprécier ça aussi, si je veux passer une soirée plus tranquille, mais si je vais en ville, ce sera avec les gars et les filles du groupe, exactement comme dans le clip.

La chanson « Runaway » démarre comme un dialogue de cinéma et aurait elle-même pu faire partie de la BO d’un film des années 80. Imagines-tu des films quand tu écris ou écoutes ce type de musique ?

Je dirais que oui. Ça génère des images. J’aime les road-movies, or ceux-ci créent des atmosphères très particulières et c’est très inspirant. J’imagine que c’est un autre mot clé pour cet album : il est plus cinématographique que jamais. Ça continue de m’inspirer, ainsi que tous les autres membres du groupe. Parfois, je regarde un film et je me rends compte que, par moments, la BO n’est pas très bonne. Je me dis : « Bon sang, ç’aurait dû être The Night Flight Orchestra, ça aurait été tellement mieux ! » Je m’imagine en train d’entendre mes propres chansons dans certaines scènes. C’est un sentiment qui peut être cool mais aussi frustrant, surtout si la BO est très mal faite. J’espère que dans le futur nous aurons la possibilité d’inclure une de nos chansons dans un film voire d’écrire une BO. Être embauché, en tant que groupe, pour écrire la BO d’un film, ce serait fantastique !

The as parlé de la chanson « Stewardess, Empress, Hot Mess (And The Captain Of Pain) » qui est également très cinématographique. Elle fait près de huit minutes et est assez sophistiquée, et pourtant elle reste très accrocheuse et pop. Ça renvoie à une discussion que nous avons eue avec Steven Wilson qui regrette qu’on ait perdu dans la pop la sophistication qui existait dans les années 70 et 80. Quel est ton sentiment par rapport à ça ?

Dans les années 70 et 80, il y avait une tradition qui faisait que les groupes pouvaient naviguer entre différents genres musicaux sur un même album, avec des transitions fluides entre ceux-ci – ce qui demande beaucoup de compétences –, et écrire des choses assez sophistiquées. Puis à un moment donné, c’est devenu – je ne sais pas – peut-être trop prétentieux de faire ça, mais nous croyons que c’est la voie à suivre. C’est une tradition de composition qui s’est perdue, mais que nous voulons ramener. Nous avons aussi nos gimmicks, mais je pense que c’est très équilibré en ce sens. Steven a certainement raison à ce sujet. Je serais d’ailleurs curieux de savoir s’il aime The Night Flight Orchestra. Il a tendance à partir dans tous les sens. J’écoute ses podcasts The Album Years et c’est très intéressant.

Ecoutes-tu de la pop actuelle ?

J’écoute de la musique, bien sûr, et j’essaye de suivre ce qui se fait de nouveau, mais c’est presque impossible de tout suivre. Il y a tellement de musique qui sort ! Le dernier album que j’ai entendu d’un nouvel artiste, c’était celui de Jessie Ware. A mon sens, c’est sophistiqué. C’est de l’énorme pop avec de vrais groupes et orchestres qui jouent, des cuivres, des musiciens fantastiques, du groove, un son très fin des années 70, début des 80, mais une production actuelle. Ce genre de chose est super inspirant, mais très souvent, ça fait penser à quelque chose de vieux [petits rires]. J’essaye d’être vraiment objectif avec la musique, mais parfois – et c’est peut-être dû à l’âge –, c’est très dur quand tu vas dans une boîte et que tout ce qu’ils diffusent, c’est de la trap. Je ne supporte pas cette musique [rires]. Je ne sais pas si vous avez des boîtes qui ne jouent que de la musique des années 70 et 80, mais ce serait génial. Si ça existait, un genre de Studio 44, j’irais là-bas tous les weekends ! Je vis à Stockholm, qui est plutôt une grande ville, mais de ce que je sais, il n’y en a pas. C’est donc dur pour moi d’avoir un regard objectif sur la pop d’aujourd’hui. J’essaye vraiment de trouver des choses, mais j’ai du mal. Ça sonne toujours très trafiqué, or j’aime quand ça sonne comme un vrai groupe qui joue. Mais il y a aussi plein d’exemples de ce type : Jessie Ware, en l’occurrence, a mon vote pour le meilleur album depuis quelques années dans la catégorie musique populaire.

« Les années 90 étaient une époque bizarre pour moi. Je jouais dans un groupe de black metal, mais j’écoutais aussi beaucoup de disco. J’ai ensuite fini par jouer de la guitare dans un groupe reggae/ska et je me suis beaucoup intéressé à la scène britannique. Je suis vraiment parti dans tous les sens [rires]. »

La chanson « A Paris Point Of View » est très disco, comme « Paralyzed » sur Sometimes The World Ain’t Enough. Dans notre première interview au sujet de The Night Flight Orchestra il y a dix ans, tu nous avais dit que tu t’étais mis à écouter du funk et du disco des années 70 au milieu des années 90, mais qu’est-ce que cette musique représente pour toi ? Car les gens voient souvent ça comme quelque chose de kitsch…

Je sais ! J’ai collectionné les vinyles de disco, déjà parce que les années 90, en Suède, étaient une décennie vraiment… ironique, mais j’aimais beaucoup ce que j’écoutais. Evidemment, les photos me faisaient marrer, parce que c’était tellement exagéré, avec les pantalons à pattes d’eph, les grandes tignasses, etc. mais j’adorais le jeu des musiciens, surtout la section rythmique, avec la basse et la batterie. J’ai réalisé plus tard à quel point ça avait influencé d’autres styles de musique à la fin des années 70. J’adorais la base disco, le jeu, les grooves, même quand on les mettait dans un autre type de chanson, comme l’a fait Kiss quand ils faisaient du « kissco ». C’était une période particulière et ce n’est certainement pas pour tout le monde. Certains l’ont détesté ; moi, j’ai adoré. Mais j’aime aussi tout ce qu’a fait Kiss ; peut-être pas tous les albums, mais j’aime toutes leurs périodes. A bien des égards, les gens voient le disco comme de la musique superficielle. Dans les années 70, tout le monde devait se mettre au disco, parce que c’est qu’ils jouaient dans les boîtes de nuit et ils n’allaient pas fouiller très loin, ils balançaient juste des trucs qui sonnaient disco. Oui, bien sûr, il y avait beaucoup de ça, mais il y avait aussi plein de choses authentiques qui perdurent et restent intemporelles. Nous avons aussi été très influencés par ça.

Mais les années 90 étaient une époque bizarre pour moi. Je jouais dans un groupe de black metal, j’étais à fond dans le black metal, mais j’écoutais aussi beaucoup de disco et faisais la collection de vinyles disco. J’ai ensuite fini par jouer de la guitare dans un groupe reggae/ska et je me suis beaucoup intéressé à la scène britannique. Je suis vraiment parti dans tous les sens [rires]. Je canalise toutes ces influences dans The Night Flight Orchestra. C’est aussi pourquoi ce groupe était un tel kiff quand nous l’avons créé, car c’était difficile de canaliser ces influences dans Soilwork, mais crois-moi, j’ai essayé ! [Rires] Il y a des parties qui passent inaperçues, on ne peut pas vraiment deviner que ça venait d’un univers totalement différent, mais c’est bien là, dans une forme métallisée. Dans The Night Flight Orchestra, c’est plus libre en matière d’expression, on peut lui apporter toutes ces influences. C’est un groupe où tout est permis. Il y a eu tellement de situations où nous nous sommes dit : « On peut vraiment faire ça ? » Et la réponse, c’est : « Oui, on peut ! On est The Night Flight Orchestra ! » Ça fait vraiment plaisir.

Quand tu officiais dans un groupe de black metal, est-ce que tes collègues savaient que tu écoutais du disco ?

Oui, c’est ça le truc. Je n’en ai jamais eu honte. Ça n’a jamais été un tabou dans mes cercles d’amis. Nous traînions avec tout le monde ; les metalleux traînaient avec les punks qui traînaient avec des gosses qui écoutaient du reggae. J’ai aussi joué dans un groupe d’indie pop, sachant que la scène indie pop suédoise était très importante. Et tout le monde se côtoyait. C’est pourquoi je suis toujours tellement déconcerté quand les gens parlent de plaisirs coupables. Genre, ils te demandent : « Est-ce qu’il y a une chanson que tu as honte d’aimer ? » Non, pas vraiment ! [Rires]

Par le passé, David nous a dit que, dans les années 70 et 80, « on avait le droit d’aller trop loin et d’exagérer. A un moment donné, dans les années 90, tout s’est arrêté et il fallait être discret et déprimé. Donc [v]ous voul[iez] ramener ce côté exagéré dans la musique. [V]ous voul[iez] faire preuve de bon goût, être bons, mais en allant un peu trop loin. » Comment parvenez-vous à exagérer tout en faisant preuve de bon goût ? Quelle est votre limite ?

[Rires] Je ne sais pas ! C’est une très bonne question. C’est dur de te répondre. Je pense que ça vient de la dynamique qui existait entre David et moi, car il était tellement excessif dans tout ce qu’il faisait et, parfois, je me disais : « Ok, ça va un peu trop loin, ça n’a aucun intérêt de faire ça. » Il était là : « Ça n’a pas d’importance, il ne doit pas forcément y avoir un intérêt ! » « Ouais, mais est-ce que cette chanson a vraiment besoin de ça ? » « Je m’en fiche ! N’ayons pas peur d’aller trop loin ! » J’ai été inspiré par ça aussi, parce que ce groupe est très excessif et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous l’avons créé : nous voulions faire quelque chose de très exubérant et que nous trouvions manquer à la scène musicale. Je pense que nous nous challengions un peu, ainsi que l’auditeur, pour arriver là où nous voulions nous retrouver. C’est clairement un élément qui est toujours présent et ça vient avec ce côté, comme je l’ai mentionné : « Est-ce qu’on peut vraiment faire ça ? Oui, on peut ! » C’est très libérateur.

« Parfois, il faut se reconnecter à son enfant intérieur ou, de façon générale, à son enfance. Je pense que c’est ce qui se passe avec ce groupe quand les gens l’écoutent, mais c’est important pour moi que nous ne devenions pas juste un groupe nostalgique. »

La nostalgie est partout dans The Night Flight Orchestra, tout du moins musicalement. La nostalgie est souvent ce qui fait que les gens restent coincés dans le passé, mais penses-tu qu’elle puisse aussi jouer un rôle moteur ?

Oui, je pense que ça peut aussi être un élément qui nous fait avancer. Evidemment, nous sommes un groupe très nostalgique à bien des égards, mais c’est aussi important pour nous d’être pertinents aujourd’hui. Parfois, il faut se reconnecter à son enfant intérieur ou, de façon générale, à son enfance. Je pense que c’est ce qui se passe avec ce groupe quand les gens l’écoutent, mais ils disent aussi qu’il est très rafraîchissant. Ils ne sont pas juste là : « Oh, je me souviens en 82 ! Vous sonnez exactement comme telle chanson à l’époque ! Je m’en souviens comme si c’était hier ! » Il y a de ça, mais ils sont aussi là : « Je ne savais même pas que ça me manquait, mais c’est totalement pertinent ! » C’est donc aussi un outil qui permet aux gens d’avancer, d’une certaine façon. C’est important pour moi que nous ne devenions pas juste un groupe nostalgique. Il en existe plein qui jouent des reprises et qui le font très bien en ramenant tout le monde à leur enfance, mais ceci est de la musique originale qui doit avoir du sens aujourd’hui et ne pas être là juste pour se la jouer. J’ai parlé à Jon Zazula (un dirigeant de l’industrie musicale, fondateur de Megaforce Records, NDLR) avant qu’il ne décède, c’était un énorme fan de The Night Flight Orchestra, et il avait une manière particulière de décrire le groupe. Je n’ai plus sa citation exacte, mais, en gros, il disait que c’était nostalgique tout en allant de l’avant.

Tu fais parfois des cris très aigus, comme à la fin de « Cosmic Tide ». On a vu beaucoup de grands chanteurs des années 70 et 80 dont les capacités ont décliné avec l’âge. Tu as encore du temps, mais est-ce quelque chose qui t’inquiète ? En profites-tu maintenant, tant que tu en as encore les capacités ?

Bien sûr que ça m’inquiète, mais jusqu’ici, tout va bien. D’année en année, j’ai l’impression d’atteindre des notes de plus en plus hautes et ma palette vocale semble s’élargir. Je trouve constamment de nouvelles manières de m’exprimer vocalement. Pour autant que je sache, l’aventure continue. Je suis reconnaissant tant que ça dure, mais je pense que ça durera encore un moment. J’espère que je serai comme Paul Rodgers ou Glenn Hughes, que mes cordes vocales tiendront aussi bien qu’eux et que je continuerai à trouver de nouvelles manières de chanter. Je touche du bois. Je suis un homme très occupé et je chante beaucoup. Je fais pas mal de sessions dans différents styles de musique, ma voix est toujours échauffée, donc je pense que le muscle du chant est assez solide à ce stade et que j’ai une bonne endurance. Tant qu’on a un bon falsetto, je pense qu’on a globalement un bon chant, indépendamment du type de musique qu’on chante. C’est ce en quoi je crois : rester échauffé, continuer de s’entraîner, comme pour n’importe quel muscle. Donc avec un peu de chance, ça durera.

Quelles sont les nouvelles du côté de Soilwork ?

Nous approchons lentement de la composition d’un nouvel album. 2025 sera pas mal centré sur The Night Flight Orchestra, puis en 2026, ce sera un peu plus une année pour Soilwork, avec, espérons, un nouvel album au printemps. Il n’y pas de date fixée, mais c’est ce que je suppose. Nous ne savons pas encore comment ça va sonner. Nous avons sorti un nouveau single, je ne sais pas si c’est une indication de la manière dont le nouvel album sonnera. Je viens de m’acheter un nouveau studio pour l’écriture, donc j’ai hâte de m’y inspirer et de voir ce qui en ressortira. J’ai le présentiment que la musique pourrait être légèrement plus métallique – je ne sais pas si ça veut dire quelque chose. Je suis très fier des deux derniers albums, Verkligheten et Övergivenheten, mais je pense que nous rentrons peut-être dans une nouvelle ère où nous reviendrons vers les influences plus metal. Malgré tout, il faut que Soilwork reste lui aussi très multicouche.

Je crois savoir que tu as aussi produit le chant pour The Haunted dernièrement. Comment t’es-tu retrouvé impliqué avec eux ?

Ils m’ont simplement contacté. Normalement, c’est Jocke Skog, l’un des gars de Clawfinger, qui produit la voix de Marco [Aro], mais il a déménagé tout au nord de la Suède et m’a demandé si je voulais faire ce boulot. Je connais les gars de The Haunted depuis longtemps et j’étais très intrigué. J’ai déjà fait de la production par le passé, principalement quand je vivais à Toronto, mais pas vraiment comme ça. C’est clairement quelque chose que j’ai envie de continuer à faire, parce que j’ai adoré le faire. C’était super inspirant de la fermer, pour une fois, et de ne pas chanter [rires]. C’était sympa de me focaliser sur quelqu’un d’autre que je produisais. C’était une super expérience. J’espère qu’il y en aura d’autres !

Comment abordes-tu ce job ?

Il faut ressentir les choses. Parfois, les gens ont une idée très claire de ce qu’ils veulent faire. Marco chante depuis si longtemps et il sait ce qu’il veut, mais je veux aussi faire ressortir le meilleur de lui et puiser un peu dans ce qu’il a dans sa tête, pour voir ce qu’il essaye vraiment de dire avec ses paroles et sa manière de chanter, en jouant avec la dynamique, les articulations, etc. C’est très intéressant ! Je pense que ce sera un très bon album. J’en suis très content.

Interview réalisée en visio le 20 décembre 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Linda Florin (2 & 4).

Site officiel de The Night Flight Orchestra : thenightflightorchestra.com

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