Si Therion, fondé il y a trente-cinq ans, à travers les multiples changements de line-up et les réinventions musicales, a toujours été le bébé et la vision de Christofer Johnsson, il y en a tout de même un qui, depuis son implication dans le groupe à partir de 2007, n’a cessé de prendre de l’importance : le frontman Thomas Vikström, devenu avec le temps un véritable partenaire pour le maestro, participant lui-même à la composition.
A l’occasion de la sortie de la troisième partie de la trilogie Leviathan, en attendant la (encore une fois) longue interview de Johnsson, nous avons donné la parole à Vikström qui nous en dit plus sur son histoire personnelle qui a toujours été liée à la musique. Il revient également sur sa relation avec le « patron » de Therion et la manière dont ils travaillent ensemble.
« Mon père étant chanteur d’opéra, je dormais dans sa loge et j’adorais être là. J’allais m’asseoir avec les membres de l’orchestre et ils me montraient comment essayer leurs instruments. Cette passion a toujours été là. »
« La musique a toujours été partie prenante de ma vie, et ce dès ma naissance ! Car il y avait toujours de la musique autour de moi. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé la musique. Et je viens même de trouver une cassette où je chantais à l’âge de trois ans ! Mon père étant chanteur d’opéra, je dormais dans sa loge et j’adorais être là. Dans les faits, j’étais fasciné par ce style de vie, pas seulement par la musique, mais aussi par les choses qui l’entourent. J’allais m’asseoir avec les membres de l’orchestre et ils me montraient comment essayer leurs instruments. Cette passion a toujours été là.
Je ne pense pas avoir découvert que c’était un métier avant l’âge de neuf ou dix ans, mais je me souviens que la première fois où j’ai vraiment envisagé que c’était ce que je voulais faire, c’est quand j’ai vu une photo de Kiss dans un magazine. Je pensais que mes parents seraient choqués par cette nouvelle, mais ils ne l’étaient pas. Ça a un peu cassé l’effet que je voulais produire ! Kiss a été ma première introduction au rock et au metal à l’âge de sept ans. Le groupe donnait un concert à Stockholm en 1976 et ma mère m’a demandé si je voulais y aller, mais j’étais si timide que je n’ai pas osé ! En fait, j’avais lu que les gens s’évanouissaient pendant les concerts, alors j’ai eu peur que ça m’arrive ! Forcément, aujourd’hui je le regrette énormément car ils jouaient sur une petite scène où ils ne pourraient pas jouer aujourd’hui. J’aurais aimé voir ça à l’époque, c’est sûr !
Ensuite, lorsque j’ai eu onze ans, j’ai rejoint mon premier groupe et j’ai pu jouer avec des musiciens plus âgés. Je jouais de la batterie et nous avons donné notre premier concert dans l’auditorium de l’école, et ce devant toute l’école. Nous nous appelions The Power Dogs et nous avons changé de nom pour devenir… Ghost ! Ce qui n’est évidemment pas le même groupe que le projet de Tobias Forge devenu célèbre aujourd’hui. D’une certaine manière, c’est comme un message de la vie pour dire que la musique est aussi un divertissement car Kiss ou Ghost sont vraiment là-dedans. C’est d’ailleurs pour ça qu’on dit qu’on va voir un groupe sur scène d’ailleurs. On ne dit pas « je vais écouter un groupe » mais on dit « je vais voir un groupe », même si, bien sûr, cela va de pair.
Pour Kiss, j’ai d’abord été attiré par l’image, mais quand l’un de mes amis m’a fait écouter l’album Alive, la musique m’a clairement attiré et je n’ai jamais lâché Kiss. Idem pour Alice Cooper parce que j’aime le côté théâtral. Au début, je l’avais juste vu sur des photos et c’était effrayant et cool. A Noël, j’avais reçu mon premier album d’Alice Cooper, Welcome To My Nightmare, que je considère aujourd’hui comme l’un des meilleurs albums du genre, voire de l’histoire du rock. Il a été produit par Bob Ezrin, quelqu’un avec qui j’aimerais beaucoup travailler un jour. Par le passé, nous avions d’ailleurs composé avec Christofer des chansons pour Alice Cooper. Elles n’avaient finalement pas été validées, donc elles avaient terminé sur l’album de Therion en étant retouchées.
« Lorsque nous avons commencé à enregistrer Leviathan, j’avais demandé à Christofer la direction qu’il voulait prendre. La seule chose qu’il a dite, c’est : ‘Le but est que ce soit bien.’ Forcément, avec de telles instructions, on obtient des types de chansons qui peuvent être très différents ! «
Jouer devant des gens a toujours été un rêve pour moi. Je voulais être devant ce grand public que je voyais dans les magazines et ce genre de choses. Evidemment, j’avais déjà connu ça à de nombreuses reprises avec mon père, mais ce n’était pas la même chose. Je voulais voir les filles devenir hystériques, ce qui a été le cas pour nous à une époque… même si c’est difficile à croire aujourd’hui ! Mais oui, cela a toujours été un rêve pour moi. Pour l’anecdote : à dix-huit ans j’ai sorti un album avec un groupe dans lequel je jouais qui s’appelait Talk Of The Town. Nous avons sorti une chanson intitulée « Free Like An Eagle » en 1988 qui a été classée dans le top 10 en Suède. Pour moi, cela a fait office de ticket d’entrée dans la scène. Tu sais, s’il n’y avait pas eu cette chanson, peut-être que nous ne serions pas assis ici, en ce moment, à discuter toi et moi.
Je ne sais pas si on peut dire que je me sentais impressionné par la scène parce que c’était une chose presque quotidienne pour moi. Quand j’étais jeune, je pouvais aller à tous les spectacles que je voulais avec mon père, voir de l’opéra ou des comédies musicales qu’il faisait aussi. Je trouvais que la musique qu’ils faisaient était géniale. Il y avait de tout : de Wagner à Debussy. Mais, en y réfléchissant, je pense que j’étais comme une éponge. J’absorbais la manière de travailler de mon père et de ses collègues. Je me souviens qu’ils étaient vraiment très respectueux de ce qu’est la scène et de leur métier. Même si c’était une comédie, avec des rires et des nez rouges de clowns, cela devait être fait pour de vrai, avec authenticité. Leur public était plutôt chic.
Avec Therion, nous avons un public formidable partout dans le monde mais il y a une spécificité avec l’Amérique latine. Là-bas, les fans sont vraiment hystériques. C’est comme la Beatlemania lorsque nous descendons d’un avion… et je ne sais pas pourquoi ! Si j’avais la réponse à cette question, je serais probablement multimillionnaire, mais je ne sais pas. Peut-être que nous sommes plus exotiques pour eux que pour d’autres pays. En janvier, nous allons d’ailleurs au Mexique pour jouer avec un grand orchestre symphonique et une chorale. Et ce dans une très grande arène. Les billets marchent fort et je suis très excité à l’idée de faire ça parce que la seule chose que je sais pour l’instant, ce sont les chansons que nous allons jouer. Après avoir fait ce concert symphonique, nous prévoyons de faire une tournée européenne et peut-être aussi d’aller en Chine.
Concernant le public, on a l’impression que la France est un bon pays pour nous. Même si nous ne jouons pas dans les plus grandes salles, le public est très dévoué. D’ailleurs, je pense qu’il s’est passé quelque chose de très positif lorsque nous avons fait Les Fleurs Du Mal, cet album français. Nous l’avons fait en 2012 et je m’en souviens très bien ! Comme tu le sais, je ne parle pas français, donc j’avais constamment avec moi une interprète française en studio qui m’a appris à prononcer les choses correctement. Et franchement, c’est difficile ! C’est une langue difficile lorsqu’on n’y est pas habitué, surtout pour la chanter. Souvent elle me disait que ma prononciation était bonne, mais que l’intonation n’était pas terrible. Cela a donc pris beaucoup de temps. Mais personnellement, j’aime beaucoup cet album. En ce qui concerne les publics, la Pologne et la Turquie sont de très bons pays pour Therion également. En fait, j’ai l’impression que plus on va vers le sud-est et mieux c’est.
Pour la composition de Leviathan III, le fait est que faire une trilogie n’était pas l’idée de départ. Nous avions commencé à écrire de nouvelles chansons pour ce qui était censé être un nouvel album. Mais la pandémie a commencé et il y a eu un blocage total ici en Espagne, où je vis. Idem à Malte où se trouve Christofer. Donc nous n’avons pas pu nous réunir. Mais avec la technologie dont on dispose aujourd’hui, c’est tout à fait possible d’avancer sur des compositions. Nous avons donc commencé à écrire des chansons car, au final, c’était la seule chose que nous pouvions faire à l’époque ! Et d’un coup, nous nous sommes retrouvés avec une cinquantaine de morceaux.
« Christofer et moi avons les mêmes valeurs fondamentales dans la vie, mais à part cela, nous ne nous ressemblons pas du tout. Je suis plus blagueur que lui car il est très sérieux et, surtout, plus pragmatique. Mais je pense que ce que nous avons est un privilège car nous nous complétons. «
Qu’allions nous faire de tout ça ? C’est là que Christofer a eu l’idée de ne pas faire un seul album, mais trois. Ok cool ! Pourquoi pas ? Nous avons donc commencé à enregistrer le premier et, comme c’était la pandémie, nous n’avons pas pu enregistrer ensemble. J’ai dû poser mes voix ici en Espagne. Christian Vidal a dû faire ses solos en Argentine, et ainsi de suite. Nous avons enregistré dans huit pays. Néanmoins, comme le processus a bien fonctionné, nous avons décidé de faire la même chose avec le deuxième album. Et pour le troisième volet, nous avons un disque qui amène de la cohérence, qui les maintient ensemble. Il y a un volet un peu plus commercial sur le premier album et une ambiance un peu plus sombre sur le deuxième disque. Pour ce troisième album, je pense que nous nous sommes un peu lâchés. Nous avons lâché la bride. Ça peut être un peu progressif sur certaines parties, avec des influences étranges sur d’autres, le tout sans règles précises !
Lorsque nous avons commencé à enregistrer le disque, j’avais demandé à Christofer la direction qu’il voulait prendre. La seule chose qu’il a dite, c’est : « Le but est que ce soit bien. » Ok, alors on y va ! Forcément, avec de telles instructions, on obtient des types de chansons qui peuvent être très différents ! Il a donc été assez simple de les classer en différentes petites piles. Voici les singles, les chansons à succès, les chansons plus progressives, etc. Quand nous avons fini d’enregistrer toutes les chansons, et que nous avons vu à quel point elles étaient différentes, nous nous sommes mis d’accord pour répartir les morceaux selon les disques.
En ce qui concerne notre organisation d’enregistrement, je dirais qu’il y a des bons et des mauvais côtés. Le bon côté, c’est que je suis très habitué à travailler seul. J’ai une forte éthique de travail et, comme je ne veux pas décevoir le patron, je donne tout. Je sais ce que veut Christofer. Je sais ce qu’il aime et n’aime pas. Et comme je n’ai pas de problème à travailler seul, on peut organiser les enregistrements. Après, beaucoup de choses nous manquent quand même. Les conversations spontanées et les échanges d’idées manquent bien sûr, car sans interactions spontanées, le travail se révèle être différent. L’inconvénient, c’est que tout cela coûte cher, donc j’ai une limite de temps en studio que je dois respecter.
Christofer est une personne très directe et pragmatique. Surtout, je dois dire que nous sommes une très bonne équipe lorsqu’il s’agit d’écrire et de travailler ensemble. Je pense qu’il ressent la même chose. Ce n’est pas lui qui va l’exprimer directement comme cela, mais je pense qu’il partage ma vision. S’il pense que c’est nul, il le dira. Après, je peux être surpris dans le sens inverse. C’est-à-dire que je vais écrire une chanson que je n’aime pas beaucoup et il va trouver qu’il y a quelque chose à faire dessus. C’est positif d’avoir deux paires d’oreilles parce que ton partenaire peut entendre des choses dont tu n’es pas conscient. Nous avons accompli un parcours dans la musique dont je suis très fier. Christofer n’a absolument aucun filtre. Je veux dire que lui et moi avons les mêmes valeurs fondamentales dans la vie, mais à part cela, nous ne nous ressemblons pas du tout. Je suis plus blagueur que lui car il est très sérieux et, surtout, plus pragmatique. Mais je pense que ce que nous avons est un privilège car nous nous complétons. En fait, ce que nous avons développé au cours des années, c’est que j’ai besoin de certains de ses traits de caractère, de sa personnalité, et il a besoin de certains des miens. Nous nous nourrissons donc l’un de l’autre d’une manière très positive. Je pense que c’est une bonne chose. »
Interview réalisée en visio le 7 novembre 2023 par Amaury Blanc.
Retranscription & traduction : Amaury Blanc.
Site officiel de Therion : www.therion.se

































Bonjour, je pense qu’il manque les questions…
Non, car ça a été délibérément arrangé en mode « tribune » :)