Marduk a toujours passé une partie substantielle de son temps sur la route, et cette fois, c’est pour défendre son dernier opus, Memento Mori, sorti l’année dernière, qu’on l’y retrouve. Valeur sûre du style à l’efficacité de machine de guerre, les Suédois n’ont plus grand-chose à prouver, et leur fiabilité fait recette : lors d’un soir de semaine dans une petite bourgade du milieu des Pays-Bas, Helmond, c’est un public nombreux, mélange de fans de la première heure et de nouveaux convertis, qui les attendait.
Memento Mori avait déjà mené le groupe en Amérique du Sud et en Asie ; pour la trentaine de dates européennes de la tournée, il est accompagné d’Origin et Doodswens. De quoi élargir la palette de cette soirée résolument sombre, évidemment placée sous le signe de la Faucheuse…
Artistes : Marduk – Origin – Doodswens
Date : 11 avril 2024
Salle : De Cacaofabriek
Ville : Helmond, Pays-Bas
C’est aux Néerlandais de Doodswens qu’incombe la tâche d’ouvrir le bal. Comme ils jouent pratiquement à domicile, leur public s’est déplacé pour l’occasion et montre son soutien avec enthousiasme. Il faut dire que le groupe a traversé pas mal de bouleversements ces dernières années, dont une refonte complète. En effet, après le départ de sa chanteuse-guitariste Fraukje van Burg, la batteuse Inge van der Zon s’est entourée d’un bassiste et d’un guitariste, et a pris en charge le micro. Si la configuration est atypique, on demeure en terrain connu : entre les volutes d’encens et les crânes de bouc, le désormais trio propose en début de set un black metal froid et épuré à la Darkthrone, puis des compositions plus modernes et atmosphériques. L’apparition en guest de Faukje sur « Lichtvrees », à la fois nostalgie et passation de pouvoir, ajoute une touche d’émotion supplémentaire au set sobre et nuancé d’un groupe en pleine réinvention.
Après le black, c’est le death metal qui a la part belle avec Origin. Le changement d’ambiance est radical : technical death qui frôle le grindcore à l’occasion, musiciens souriants menés par un chanteur loquace qui n’hésite pas à tailler le bout de gras avec le public, bref, les Américains sont contents d’être là, et la foule, certes plus clairsemée, le leur rend bien. Avec huit albums derrière lui, dont Chaosmos, sorti en 2022, le groupe a de quoi donner à chaque musicien l’occasion de briller – le bassiste notamment s’en donne à cœur joie et son entrain est communicatif –, le tout à un rythme évidemment redoutable. Brutalité, technicité, moments d’accalmie histoire de pouvoir reprendre son souffle ou placer un long solo de guitare : le cahier des charges du style est scrupuleusement respecté, et à la fin du set, la fosse est à point pour accueillir les têtes d’affiche.
Pour leur entrée sur scène, les Suédois ne s’embarrassent pas de fioritures. C’est la première chanson, l’imparable classique « On Darkened Wings », qui annonce la couleur : hargne, puissance, énergie, bref, démonstration de force. Sans temps mort, le set mêle avec fluidité morceaux des derniers albums (« Equestrian Bloodlust », le très rock voire dansant (!) « The Blond Beast »), chansons du tournant des années 2000 (« Souls For Belial »), et plus anciennes (la glaciale « The Sun Has Failed », « Wolves ») ; de quoi satisfaire les fans de toutes générations, certes, mais aussi souligner la cohérence d’une discographie notoirement homogène. C’est que pour un groupe qui s’est donné pour mission de nous rappeler que nous allons mourir (le plombant « Shovel Beats Sceptre » et « Blood Of The Funeral » représentent Memento Mori ce soir), le temps ne semble pas avoir d’emprise sur Marduk. Grâce à son line-up rajeuni – Simon Schilling, brillant à la batterie, et Simon Wizén à la basse qui remplace Joel Lindholm, remercié pour cause de salut nazi intempestif l’année dernière – sans doute, grâce aussi à un Mortuus toujours aussi belliqueux et charismatique, qui n’hésite pas à interagir avec le public et aboie sur des premiers rangs à l’évidence ravis entre chaque chanson. Morgan Håkansson quant à lui mène sobrement la barque : le déferlement d’agressivité fait son effet, même en terrain de toute façon pratiquement déjà conquis.
Finalement, ce qui impressionne au milieu du déluge de blast beat et de riffs façon orage d’acier, de ces histoires de visions apocalyptiques, de bêtes blondes et de volonté de puissance, et fait la vraie force du groupe, c’est son côté rock, une sorte de souplesse et d’aisance qui huile la machine de guerre et qui fait que même après tout ce temps, le groupe garde quelque chose de rafraîchissant qui débarrasse le black metal de tout ce qu’il peut avoir de guindé et de pontifiant. De quoi lever le poing avec ferveur, donc, à défaut d’agitation plus manifeste – toute la soirée, le public se montre réceptif mais pas énervé pour autant. Après un peu plus d’une heure d’un set particulièrement compact (une bonne douzaine de chansons), le groupe s’éclipse brièvement, et revient sur scène pour un « Panzer Division Marduk » intense et repris en chœur par la foule, conclusion écrasante d’une série de concerts qui prouvent que la flamme du metal extrême ne semble pas près de s’éteindre…
Setlist :
On Darkened Wings
Equestrian Bloodlust
Shovel Beats Sceptre
Souls for Belial
The Funeral Seemed To Be Endless
With Satan And Victorious Weapons
Wartheland
Blood Of The Funeral
The Levelling Dust
The Sun Has Failed
The Blond Beast
Throne Of Rats
Wolves
Rappel :
Panzer Division Marduk
Source photos (Londres) : Artur Tarczewski sur le Facebook de Marduk.































