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Interview   

Tranquillou Billou avec les Descendents


Bill Stevenson est le genre de gars qui a toujours été là au bon moment. En effet, l’homme peut s’enorgueillir d’avoir été le témoin de la première vague du punk rock des années 1970 à Los Angeles ainsi que l’un de ses acteurs les plus appliqués. À ce titre, il a tenu les baguettes et a été à la manœuvre de pas mal de groupes fondateurs du punk rock comme Descendents, Black Flag ou All, a officié un peu plus tard dans Only Crime et Flag, et a même fait un passage derrière les fûts de The Lemonheads. Parallèlement à ses différents engagements musicaux, Bill Stevenson a aussi créé son propre studio d’enregistrement en 1994, The Blasting Room, au sein duquel on se bouscule au portillon pour y être enregistré, produit et mixé par le maître. Depuis ces trente dernières années, c’est toute une foultitude de productions de punk rock à succès qui a été mise en boîte là-bas (NOFX, The Casulaties, Hot Water Music, Propaghandi, Rise Against et bien d’autres).

Profitant de son passage à Carmaux avec Descendents dans le cadre de l’Xtreme Fest, nous avons eu l’occasion de rencontrer Bill Stevenson pendant seulement dix petites minutes au travers d’une interview croisée avec nos confrères de La Dépêche du Midi et Wayback Punk Machine. A notre arrivée en salle de presse, c’est un Stevenson qui vient manifestement tout juste de sortir de son lit qui nous rejoint, encore tout ensommeillé. Après quelques petite minutes de flottement suivies d’une phase de réveil un peu difficile, l’homme se prête avec plaisir au jeu de l’interview au travers de questions resserrées pour coller aux impératifs éditoriaux des médias présents. L’occasion idéale pour faire le point sur l’immense carrière de ce batteur hors norme.

« Le punk rock a permis d’avoir des endroits où tout le monde pouvait se retrouver pour y exprimer son individualité. C’était presque dans le même esprit qu’une Pride Parade de la communauté gay, où tout le monde sort et se montre tel qu’il est. On y venait pour y montrer sa fierté en tant qu’individu. »

Comment tu te présenterais, toi et ton parcours dans le punk rock, pour ceux qui ne connaîtraient pas Bill Stevenson et les Descendents ?

Bill Stevenson (batterie) : Je suis Bill Stevenson. Je joue de la batterie dans un groupe qui s’appelle Descendents. Nous avons commencé à jouer en 1978 à Los Angeles. Nous faisions donc partie de la première vague du punk rock de L.A., comme il y en avait aussi une en Angleterre, à New York, et même ailleurs. C’était une époque où il se passait beaucoup de choses dans le rock n’ roll. En fait, je n’ai jamais réussi à tracer une ligne claire entre le rock n’ roll et le punk rock ou même entre le rock n’ roll et le heavy metal et tout ce genre de choses. Moi, j’ai toujours aimé la musique avec des guitares bien mises en avant. Je pense que j’aime la puissance des guitares. J’ai toujours adoré ça ! Quand le punk rock est arrivé, c’était en quelque sorte un mouvement qui voulait s’éloigner des groupes comme Styx, Supertramp, Boston, Kansas, Foreigner et des rock stars de l’époque. En ce temps-là, le punk rock était en quelque sorte destiné à être joué dans un garage. À ce titre, j’ai toujours aimé aller voir les concerts. J’allais voir des groupes à Los Angeles comme X, The Weirdos, The Screamers, Fear, Black Flag, The Go-Go’s. Ils jouaient toujours dans de très petites salles et c’était pour moi les plus grandes attractions du punk rock. C’était quelque chose qui se passait à un niveau très local, à une très petite échelle. Il y avait un véritable échange d’une personne à une autre. J’étais assez jeune, j’avais quinze ans, et pour moi cette époque était un peu magique.

C’est quoi le punk rock et être punk en 2024 pour toi ?

Je n’ai jamais vraiment compris ce que signifiait être punk, même en 1978. Et je ne le sais toujours pas maintenant… Je pense que ça se définit tout seul. Ce que ça signifiait pour moi à l’époque ? C’était juste que ça permettait à des gens un peu quelconques de se réunir alors qu’ils n’avaient pas vraiment d’autre endroit pour s’intégrer, que ce soit en termes de goûts musicaux mais aussi pour s’intégrer de manière générale. Tout le monde pouvait s’habiller de façon bizarre ou bien n’y accordait aucune importance, comme je suis habillé en ce moment (il est en t-shirt, short et baskets, NDLR), en gros sans style particulier. Certains avaient des coiffures folles, d’autres n’avaient pas grand-chose sur la tête et il y avait aussi des gens avec des crêtes bleues taillées en pointe. Le punk rock a permis d’avoir des endroits où tout le monde pouvait se retrouver pour y exprimer son individualité. C’était presque dans le même esprit qu’une Pride Parade de la communauté gay, où tout le monde sort et se montre tel qu’il est. On y venait pour y montrer sa fierté en tant qu’individu. C’était le sentiment que j’avais dans les concerts de punk rock.

Je pense que ce n’est pas tellement différent maintenant. Aujourd’hui, c’est juste que le punk rock est devenu tellement énorme, tellement populaire qu’il y a maintenant plusieurs sortes de factions de punk et différentes sous-catégories. Mais pour moi, ça n’a pas vraiment changé. Ce que le punk rock signifie pour moi peut aussi signifier autre chose pour d’autres personnes aujourd’hui. Je pense que c’est devenu tellement populaire que quand certains forment des groupes maintenant, ils pensent peut-être devenir riches et célèbres. Lorsque nous avons commencé notre groupe en 1978, nous ne pensions pas que nous pouvions devenir riches et célèbres. C’était impossible ! Ce n’était pas possible et ce n’était pas non plus un objectif.

« Lorsque nous avons commencé notre groupe en 1978, nous ne pensions pas que nous pouvions devenir riches et célèbres. C’était impossible ! Ce n’était pas possible et ce n’était pas non plus un objectif. »

Quelles sont les différences entre le Descendents de 1978 et le Descendents de 2024 en termes de business et de musique ?

Eh bien, en ce qui concerne la partie business, nous n’y avons jamais vraiment prêté attention. Nous ne savons pas vraiment comment ça se passe, en fait. Nous n’avons jamais eu de manager ou quoi que ce soit. Nous nous contentons de jouer des concerts et de faire des albums. C’est un processus assez naturel pour nous… Pour ce qui est de la musique, j’imagine que tu apprends en vieillissant. Quand nous avons commencé à jouer… il y a quarante-six ans… Ça ne paraît pas possible ! J’avais quinze ans et j’en ai soixante maintenant… Nous avons tous évolué en tant que personnes. Ces petits changements personnels se perçoivent peut-être dans l’écriture des chansons, dans les thèmes abordés, les paroles, dans la complexité des structures d’accords, le vocabulaire des accords ou des rythmiques… Ou peut-être que ces changements ne se reflètent pas du tout dans notre musique ! Il est en effet bien possible que j’écrive une chanson aussi stupide que « I Like Food » ou « I Want To Be A Bear », parce que ce sont mes titres préférés depuis toujours et ça n’a jamais changé alors même que je suis devenu plus vieux…

L’année dernière, le chanteur Milo Aukerman a fait une crise cardiaque, ce qui vous a contraints à annuler plusieurs dates dont votre participation à l’Xtreme Fest 2023. Est-ce que ce souci cardiaque a changé quelque chose pour vous dans vos concerts ?

En fait, c’était un petit pépin de santé. Milo a effectivement eu un petit problème cardiaque mais il s’est vite rétabli en seulement un mois. Du coup, cette année nous ne jouons pas moins de concerts qu’avant. Nous en jouons même plus ! Je ne pense pas que son accident cardiaque ait changé quoi que ce soit pour nous… Tu sais, Carl [le bassiste] a eu une crise cardiaque il y a quinze ans. De mon côté, j’ai eu une tumeur au cerveau ainsi qu’une embolie pulmonaire. Nous avons tous traversé des soucis de santé, mais ça n’a véritablement rien changé pour le groupe. Je pense que tout ça nous a rendus plus forts. Nous faisons tous beaucoup d’exercice maintenant, même si nous en avons toujours fait, Milo y compris. Il a toujours été très actif depuis l’école primaire où il faisait de l’athlétisme. Il courait beaucoup. C’est quelqu’un qui a toujours été en bonne santé. En ce moment, il est en meilleure forme qu’il ne l’a été depuis trente ans ! Et je pourrais dire la même chose pour moi. Nous mettons beaucoup d’efforts à ne pas nous sentir vieux… Je me sens bien. Je me sens super bien.

Il y a quelque temps, tu as commencé à jouer avec Russ Rankin de Good Riddance et vous avez créé un projet parallèle, Only Crime. C’était donc un moyen pour toi de te sentir plus jeune ?

Je ne veux pas devenir un vieux mec qui s’ennuie. Je suis en forme. Je peux encore faire des trucs, je suis capable de jouer de la batterie assez bien maintenant, par rapport à il y a trois ou quatre ans. Je joue mieux maintenant qu’à l’époque…

Plus tu joues, plus tu t’améliores sur ton instrument ?

Oui, mais pas seulement ça. Je fais aussi très attention maintenant à ce que je mange et à tout ce genre de trucs. Mais c’est un peu ennuyeux comme sujet…

« En cours d’économie à la fac, on nous disait que le meilleur moyen de faire du business, c’était d’être sur le point de fermer l’entreprise. Tu vois, pour un groupe, c’est pareil : annoncer sa séparation, c’est le meilleur moyen possible pour faire du business. »

Est-ce que tu prends le même plaisir à jouer sur scène aujourd’hui qu’au début du groupe ?

Beaucoup plus maintenant. J’apprécie bien plus de jouer en live aujourd’hui qu’auparavant. Avant, j’avais l’impression que c’était ma mission de montrer au monde entier à quel point notre groupe était génial ou bien de prouver que j’étais un bon batteur pour attirer l’attention sur moi. Ça, je ne le ressens plus maintenant. Je prends juste du plaisir. Je trouve que quand tu es sur scène avec tes trois meilleurs amis au monde, c’est un sentiment incroyable. C’est un sentiment unique, et il n’y a rien de comparable à ça. C’est vraiment quelque chose de très spécial…

En octobre, Descendents jouera en Californie pour le tout dernier concert de NOFX. Ça fait quoi de jouer pour le dernier concert d’un groupe qui s’est formé bien après vous ?

Ils se séparent toujours ? J’ai l’impression que ça fait cinq ans qu’ils splittent… En cours d’économie à la fac, il y avait une semaine entière consacrée à un chapitre intitulé « Going Out Of Business » (fermeture d’entreprise, NdT). On nous disait que le meilleur moyen de faire du business, c’était d’être sur le point de fermer l’entreprise. Tu vois, pour un groupe, c’est pareil : annoncer sa séparation, c’est le meilleur moyen possible pour faire du business.

Vous ne comptez pas vous séparer… ?

Nous avons fait des pauses. Il y a eu des périodes où nous jouions et d’autres où nous ne jouions pas. Mais nous n’en avons jamais fait tout un plat. Si nous faisons une pause, alors nous faisons juste une pause.

C’est un travail de jouer dans Descendents ?

Je pense que tout ce que tu fais dans la vie, même si c’est arracher des mauvaises herbes dans ton jardin ou faire la vaisselle, peut être un travail ou pas, selon la façon dont tu l’abordes. Je pense que beaucoup de choses, même les travaux difficiles, peuvent être très méditatifs. Par exemple, peindre un bâtiment, c’est très méditatif. Tu peux rester là et réfléchir à des choses. En ce qui nous concerne dans Descendents, nous travaillons. Nous faisons des concerts et nous sommes payés pour ça. Mais je ne le perçois pas comme un véritable travail. Je le perçois comme du plaisir.

Quelle est ta priorité aujourd’hui ? Descendents ou ton studio The Blasting Room?

Ça peut changer d’une année à l’autre. Certaines années, je produis plus de disques, d’autres années, j’écris plus de chansons. Certaines années, nous jouons plus de concerts, d’autres années, je mixe plus de disques, mais je n’en produis pas autant. Ça dépend vraiment. Ça change tout le temps.

Interview réalisée en face à face le 27 juillet 2024 par Vincent BN (Radio Metal), Sébastien Olland (La Dépêche du Midi) et Jérôme Bosc (Wayback Punk Machine).
Photos : Vincent BN (1, 3) & Fred Moocher (2, 4)

Site officiel de Descendents : https://www.facebook.com/thedescendents



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