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Live Report   

Volbeat, Bush & Witch Fever : trois visages du rock contemporain


Un dimanche soir post-Halloween, le Zénith de Paris troque les citrouilles contre les amplis. Dans l’air flotte encore cette fatigue de fin de week-end, mais la promesse d’une soirée rock suffit à rallumer les esprits. Au programme : Witch Fever, Bush et Volbeat, qui défendent tous les trois leur nouvel album, respectivement Fevereaten (sorti à peine deux jours plus tôt), I Beat Loneliness et God Of Angels Trust.

Une affiche un peu improbable sur le papier, entre colère féminine venue de Manchester, retour grunge tout en sensualité et rock’n’roll danois aussi costaud qu’un shot de schnaps. Trois univers, trois énergies, et au final une même envie, celle de partager un vrai moment de scène.

Artiste : VolbeatBushWitch Fever
Date : 2 novembre 2025
Salle : Zénith
Ville : Paris [75]

Ouvrir une telle affiche n’a rien d’une sinécure, et Witch Fever s’y est attaqué sans détour. Le quatuor anglais, composé majoritairement de femmes, s’est forgé un nom sur la scène britannique grâce à un mélange de punk, de sludge et de post-hardcore trempé dans la colère. Sur scène, c’est la chanteuse Amy Walpole qui attire tous les regards. Présente, engagée, elle occupe l’avancée de scène, cherche constamment le contact visuel avec le public. Lorsque la basse gronde et que la batterie s’emballe, le groupe trouve son équilibre : les morceaux gagnent en densité, la tension monte et le son se fait massif. En revanche, les passages plus mélodiques révèlent quelques fragilités : un chant clair hésitant, des transitions parfois brouillonnes.

Entre deux titres, Walpole s’adresse au public, un peu nerveuse, parfois maladroite. Lorsqu’elle évoque la mort récente de sa mère avant un morceau, le moment est bouleversant, mais aussi inconfortable tant le discours semble hasardeux. Un set hétérogène, sincère et à fleur de peau, mais qui laisse la sensation d’un groupe encore en quête de sa pleine maîtrise scénique.

Changement total d’atmosphère quand Bush prend le relais. Le rideau de lumière s’allume, une lignée de néons brillante et violette, et l’effet visuel suffit pour comprendre que le vrai show commence. Véritable événement tant les apparitions du groupe en France sont rares, cette date avait valeur de retrouvailles. Et le quatuor londonien, mené par Gavin Rossdale, n’a pas déçu. La setlist fait la part belle aux albums récents, ne cédant que deux incursions aux années 90. Un choix audacieux, mais payant puisque l’équilibre entre les morceaux modernes, plus électro et ciselés, et la patine grunge des débuts fonctionne à merveille. Le son est puissant, traversé d’une basse tonitruante et d’une voix toujours aussi magnétique. Rossdale, lui, fascine. Tantôt félin, tantôt désarticulé, il incarne chaque morceau avec une intensité rare.

La reprise de « Come Together » des Beatles, surprenante mais d’une justesse incroyable, achève de conquérir la salle. L’instant intime avec « Swallowed » fonctionne bien. Et même si certains tubes manquent à l’appel, la cohérence de ce set moderne et élégant prouve que Bush n’est pas qu’un vestige du grunge. Bien au contraire, c’est un groupe vivant, en perpétuelle évolution. Sur « Flowers On Your Grave », Gavin s’aventure dans la fosse, gravit les gradins, enlace des fans, distribue des sourires et des baisers avant de revenir sur scène dans un tonnerre d’applaudissements. À ce stade, beaucoup ont le sentiment d’avoir déjà assisté au point culminant de la soirée. Mais c’était sans compter sur la tornade danoise à venir.

Quand les lumières s’éteignent à nouveau et que le logo Volbeat s’affiche, la salle se transforme. Pas d’effets pyrotechniques, pas de grande mise en scène. Juste quatre musiciens, une avancée de scène, et un public prêt à s’enflammer. Dès les premières notes, Michael Poulsen prend la parole. Quelques blagues, un accent danois prononcé, et déjà la glace est brisée. Le chanteur-guitariste a ce don rare de faire rire, détendre, avant de frapper fort. Lorsqu’il entonne « Ring Of Fire » de Johnny Cash pour tester la salle, le public reste muet, incapable d’enchaîner les paroles. Poulsen éclate de rire et se vante d’avoir volé le prochain morceau à Johnny Cash. Le groupe enchaîne effectivement sur « Sad Man’s Tongue », hommage évident au Man in Black. Cette autodérision constante est la clé de Volbeat. Tout repose sur le plaisir. Leur rock’n’roll métissé – entre riffs à la Metallica, swing rockabilly et refrains fédérateurs – n’a rien de prétentieux. C’est un concentré de fun et d’efficacité. Chaque titre devient un prétexte à danser, headbanguer, sourire. Et quand viennent les gros riffs, la fosse vibre à l’unisson.

Visuellement, le show reste sobre. Quelques backdrops interchangeables, un jeu de lumières minimaliste, pas de lasers ni de flammes. Pourtant, la dynamique du groupe suffit à tout remplir. Poulsen, accompagné de ses camarades font le job. À partir de « Die To Live », le tempo s’accélère, la setlist s’enchaîne sans temps mort. Les interludes humoristiques s’effacent au profit d’un déferlement de morceaux impeccablement exécutés. Les refrains s’enchaînent, les solos s’envolent, et la salle entière se met debout – au grand dam de la sécurité, obligée d’intervenir dans les gradins pour faire redescendre les spectateurs trop enthousiastes. Le contraste avec Bush saute aux yeux, là où Rossdale jouait la sophistication et la tension, Poulsen joue la camaraderie et le lâcher-prise. Pas de posture, pas d’artifice. Juste un groupe qui s’amuse, qui joue fort, et qui partage ce plaisir sans filtre. Le final, « Still Counting » et « A Warrior’s Call / Pool Of Booze, Booze, Booza », provoque une explosion collective : des centaines de voix qui s’élèvent, des bras en l’air, et ce sentiment rare d’un moment simple, joyeux, fédérateur. Pas de rappel, pas de chichis. Du riff, du riff et du riff !

Cette soirée aura montré trois visages du rock contemporain avec la vibe hésitante de Witch Fever, la grâce intemporelle de Bush et la chaleur humaine de Volbeat. Si les Britanniques ont impressionné par leur élégance et leur force scénique, les Danois ont conquis par la joie et la communion. Peu de groupes parviennent encore à faire danser et rire une salle entière tout en envoyant des riffs heavy, et c’est précisément là que réside la magie de Volbeat. Un rock qui rend heureux. Pas besoin de lasers ni de feux d’artifice. Ce soir, la musique suffisait. Et c’était amplement assez.

Setlist (source setlist.fm) :

The Devil’s Bleeding Crown
Lola Montez
Sad Man’s Tongue (with Johnny Cash’s « Ring Of Fire » intro)
Demonic Depression
Fallen
Shotgun Blues
In The Barn Of The Goat Giving Birth To Satan’s Spawn In A Dying World Of Doom
By A Monster’s Hand
Heaven Nor Hell
The Devil Rages On
Die To Live
Time Will Heal
Black Rose
Seal the Deal
For Evigt
Still Counting
A Warrior’s Call / Pool Of Booze, Booze, Booza

Photos : Emilie Bardalou.



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