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Interview   

Volbeat : « Il faut suivre son cœur et ne pas trop réfléchir »


Quand on débute dans la musique, on est jeune et naïf, on n’est pas forcément au courant qu’il existe des « règles », on fait des choses improbables, et parfois ça marche. Avec le temps, on gagne en maturité, en savoir-faire, en connaissance, mais on perd en spontanéité. C’est un peu le constat auquel est arrivé Michael Poulsen, vraisemblablement aidé par son nouveau groupe Asinhell qui l’a renvoyé à ses premières années death metal. C’est ainsi qu’il s’est mis en tête d’essayer de retrouver l’innocence des débuts et de la combiner avec l’expérience actuelle. Ainsi est né God Of Angels Trust, composé et enregistré en un temps record, sans trop réfléchir, en faisant confiance à son instinct et en osant ne pas toujours suivre les structures traditionnelles.

C’est notamment ce que le musicien développe dans l’entretien qui suit. Et s’il s’amuse dans l’album avec des sujets horrifiques et fait parfois preuve d’humour, il aborde également des sujets plus intimes qu’il évoque avec nous, comme son idée du diable et sa spiritualité, ou son père et la dépression qui a suivi sa disparition, en expliquant comment il a pu en sortir.

« Je suis toujours tout aussi dévoué, obsédé et possédé que je l’ai toujours été lorsque je compose pour Volbeat, mais nous en sommes arrivés à un point où nous avions l’impression de tourner en rond et de nous mordre la queue. »

Radio Metal : Tu as subi une opération de la gorge en octobre 2023. Comment se porte ta gorge aujourd’hui ? Es-tu complètement rétabli ? Ça doit être effrayant pour un chanteur de vivre ça…

Michael Poulsen (chant & guitare) : Oui. Ma voix est un peu bizarre car je viens tout juste de sortir de la salle de répétition, mais je vais vraiment bien. Je viens juste de traverser un sale rhume pendant quelques semaines. Je commence à reprendre le dessus sur tout, mais la troisième opération s’est très bien passée. C’était une opération au laser bleu qui a très bien fonctionné. Récupérer et retravailler sa voix pour qu’elle se remette – même pour parler – prend du temps, mais je suis en forme. Il faut juste que je me débarrasse de ce sale rhume et je pense que je serai à cent pour cent prêt lorsque la tournée débutera. Je suis très optimiste.

Plus tôt la même année, vous aviez annoncé vous être séparés de Rob Caggiano. Il semble que vous aviez une bonne alchimie avec lui, mais de ton côté, comment l’as-tu vécu ?

Il arrive qu’on pense qu’un certain type de mariage est censé durer pour toujours, mais parfois, c’est inévitable. Je ne peux pas trop en dire. C’est arrivé et c’était malheureusement une décision que nous devions prendre. Tout le monde s’entend toujours bien, mais il devait en être ainsi. Nous avons essayé de faire tout ce que nous pouvions et Rob a essayé de faire tout ce qu’il pouvait. Au final, ça n’a juste pas marché.

Flemming C. Lund l’a remplacé, mais a priori seulement en tant que musicien de tournée – même s’il a enregistré des solos sur l’album. Est-ce que vous comptez garder le noyau du groupe comme un trio ?

Le groupe est actuellement un quatuor. Flemming C. Lund joue la guitare lead et la guitare rythmique. Il a enregistré ses solos sur l’album et il est engagé avec Volbeat pour cette année de tournée. Pour l’instant, nous voulons juste avancer pas à pas. La scène musicale est devenue un endroit dingue, un environnement fou. C’est devenu extrêmement cher d’être un groupe et de partir en tournée. Tout a triplé, et oui, nous voulons juste prendre un jour à la fois, nous concentrer sur le nouvel album et cette année de tournée. Pour l’instant, Flemming est tout autant un membre de Volbeat que moi. C’est juste que les temps ont changé. Comme je l’ai dit, la scène est un peu trop dingue. Donc qui sait ce que l’avenir nous réserve ? Nous aimons juste avancer au jour le jour.

Vous sortez votre nouvel album intitulé God Of Angels Trust. Concernant votre approche, tu as déclaré que, par le passé, tu mettais beaucoup de temps à écrire, en faisant une fixation sur tout un tas d’éléments des chansons avant de les terminer. Cette fois, tu as voulu faire un disque de Volbeat sans trop y réfléchir. N’as-tu pas eu du mal à te libérer de ce côté obsessionnel ?

Non. Je pense que, parfois, c’est bien d’abandonner quelque chose qui te semble confortable afin de sortir de ta zone de confort. Durant l’année où j’ai subi l’opération – ma troisième opération de la gorge –, je suis parti en tournée avec Asinhell, mon second groupe. J’ai joué du death metal old school et ça m’a fait énormément de bien. J’ai pu, en quelque sorte, enlever la casquette Volbeat et me concentrer sur autre chose. Lorsque j’ai repris la guitare à la maison après la tournée, c’était avec une nouvelle énergie retrouvée et beaucoup d’inspiration. Je suis toujours tout aussi dévoué, obsédé et possédé que je l’ai toujours été lorsque je compose pour Volbeat, mais nous en sommes arrivés à un point où nous avions l’impression de tourner en rond et de nous mordre la queue. Nous nous sommes demandé : « À quoi devrait ressembler ce nouvel album de Volbeat après tant de sorties ? » Il y avait quelque chose de rafraîchissant dans le fait de tout recommencer, en combinant l’innocence des premiers albums avec l’expérience que nous avons maintenant en tant que compositeurs et musiciens, sans trop réfléchir, sans passer trop de temps, parce que nous connaissons notre métier, nous savons comment exécuter un plan.

« Nous en sommes venus à nous dire : ‘Et si nous gardions tout ça très, très frais, avec une approche innocente comme à l’époque où nous ne savions pas trop ce qu’était une structure, un pré-refrain, une accroche, même un refrain ?' »

À nos débuts, nous écrivions et enregistrions toujours très vite. À cause des tournées incessantes et parce que nous étions tout le temps sur la route, ça prenait du temps d’écrire toute la musique sur certains des albums plus récents. Nous écrivions peut-être la moitié des morceaux, puis nous repartions en tournée. À notre retour, cette première moitié ne nous convenait plus, et nous devions recommencer à zéro. C’était un long processus, avec beaucoup d’écriture, où nous devions passer par vingt-cinq à trente morceaux pour en choisir treize pour un album. Nous nous sommes également mis à enregistrer plus de couches. Il y avait tous ces invités… Ce qui était génial. Il n’y a rien que nous ayons fait par le passé que je regrette. Je ne veux rien changer. Cependant, nous en sommes venus à nous dire : « Et si nous gardions tout ça très, très frais, avec une approche innocente comme à l’époque où nous ne savions pas trop ce qu’était une structure, un pré-refrain, une accroche, même un refrain ? » C’était surtout une question de riffs, de mettre de la bonne énergie dans la musique et de poser les voix par-dessus. Et ça marchait, car nous jouons encore certains de ces morceaux en live.

Nous nous sommes mis d’accord pour ne pas écrire vingt-cinq ou trente morceaux, mais juste dix et ne rien jeter. Au lieu d’écrire des morceaux en attendant que le refrain arrive, je me suis dit : « Et si nous faisions quelque chose où les gens n’attendent pas forcément le refrain et que ce soit autre chose ? » C’est là que j’ai eu l’idée de « In The Barn Of The Goat Giving Birth To Satan’s Spawn In A Dying World Of Doom ». Lorsque les autres ont entendu ce titre, ils ont dit : « Mais c’est quoi ce bordel ? » Ce à quoi j’ai répondu : « Laissez-moi vous jouer le morceau. » J’ai donc commencé à le jouer. Lorsque j’ai arrêté de jouer, Kaspar [Boye Larsen] a dit : « Mais où est le refrain ? » « Exactement ! C’est ça, le truc : il n’y a pas de refrain. Désormais, les gens vont attendre cette longue et stupide phrase horrifique – ‘In The Barn Of The Goat Giving Birth To Satan’s Spawn In A Dying World Of Doom’. Ce sera l’essence et le point culminant de la chanson. » Ils ont dit : « C’est brillant. C’est une approche très intéressante. » C’est ainsi que nous avons commencé à travailler sur la première moitié des morceaux. Comme lorsque nous avons écrit « By a Monster’s Hand » : quand on arrive à la fin du second couplet, où je chante « And it goes on and on and on… », on s’attend à ce que ce soit un pré-refrain, puis qu’un refrain arrive, mais non. Ce qui arrive, c’est un riff de guitare rapide avec trois solos par-dessus. Là encore, nous apportons quelque chose que les gens ne s’attendent pas à entendre à ce moment du morceau. Nous avons fait ça avec les quatre ou cinq premiers morceaux, puis la seconde moitié de mon cerveau a commencé à me dire : « Et moi alors ? Je connais les structures. Je sais comment construire un morceau. » C’est ainsi que nous avons composé « Devils Are Awake », « Lonely Fields », « Acid Rain », « Time Will Heal »… ces chansons avec les refrains typiques de Volbeat.

Nous avons pratiquement tout écrit en un mois. J’écrivais un morceau le lundi, nous le répétions le mardi. Puis j’en écrivais un nouveau le mercredi, et nous le répétions le jeudi. Ensuite, nous prenions le week-end. Nous avons fait ça jusqu’à avoir dix chansons, sans rien changer. Lorsque nous sommes entrés en studio, nous avons dit à Jacob Hansen : « On ne veut pas faire trop de prises. S’il y a quelques erreurs, si quelque chose est un peu faux, ou si ma voix est un peu à côté, garde-le. On veut que ça reste frais. » Finalement, nous n’avons passé que treize jours en studio. Au total, en combinant l’écriture et l’enregistrement, ça a pris environ six semaines. C’était super rafraîchissant une fois terminé, parce que nous nous sommes dit : « On sait encore faire ça, même après toutes ces années. » Et si c’est le cas, c’est grâce à l’expérience. C’était une super sensation de faire quelque chose d’aussi spontané et que ça fonctionne.

Le fait que l’album ait été fait aussi rapidement est étonnant. Malgré tout, il ne semble manquer de rien – bien au contraire. Ça vous a-t-il fait réfléchir à la pertinence de consacrer plus de temps à la réalisation d’un album ?

J’étais super inspiré. J’étais à bloc. Nous avions fait notre première vraie pause avec le groupe. Nous avons pris une année sans tournée à cause de mon opération et j’en avais besoin. Le marché était saturé de groupes qui jouaient constamment en même temps les uns que les autres. C’était donc le moment parfait pour Volbeat de faire une pause d’une année, pour la toute première fois. Lorsque le temps est venu de retravailler sur Volbeat, j’étais juste en feu. J’étais super inspiré et j’étais dans un super état d’esprit, si bien que lorsque j’ai proposé le plan, j’avais un bon pressentiment : je sentais que nous étions en capacité de l’exécuter et le concrétiser. Auparavant, quand Rob faisait partie du groupe, il adorait être en studio pendant des jours à peaufiner de petits détails. Ce n’était pas vraiment notre manière d’aborder le studio avant, mais nous l’avons quand même fait, parce que nous étions un groupe uni. Tu fais des compromis et tu trouves une manière de travailler ensemble. Sur certains albums, nous avons senti que nous avions utilisé trop de temps alors que ce n’était pas nécessaire. Ça, ce sont juste des façons différentes de travailler en studio et il n’y a rien de mal à y passer énormément de temps, mais honnêtement, ce n’est pas comme ça que nous avons commencé à travailler dans le groupe.

« Le vrai diable, ce sont les êtres humains qui dissimulent leur mauvais comportement sous des masques ou des voiles, ou qui se servent de boucs émissaires. Je ne crois pas au diable sous la forme d’un bouc, d’un monstre ou quoi que ce soit. »

Nous explorions vraiment plein de façons différentes d’écrire et d’enregistrer, et tout ça te fait gagner en expérience, mais quand tu te rends compte que tu n’as pas… C’est comme lorsque t’achètes un téléphone : combien d’applications utilises-tu réellement ? Finalement, tu en as probablement besoin que de deux ou trois, mais certains pensent qu’ils en ont besoin de trente-cinq. Ce n’est pas nécessaire. C’est une perte de temps. Nous sommes revenus à l’essentiel et nous nous sommes dit : « On savait déjà faire ça à l’époque, au tout début, on peut donc encore le faire. » C’était juste un sentiment que nous avons eu en commençant à écrire et enregistrer cet album. Cela dit, ça n’a rien à voir avec le fait que Rob ne soit plus dans le groupe ; le fait qu’il aimait passer énormément de temps en studio n’a rien à voir avec les raisons de son départ. J’essaie juste d’expliquer comment nous avons travaillé. Il y a plein de façons différentes de bosser en studio. Tu dois juste trouver ta propre méthode.

Tu disais que ça t’avait rappelé vos débuts. Dirais-tu que trop réfléchir et devenir peut-être moins instinctif ou spontané est une conséquence de l’expérience et du succès ?

Je pense juste qu’il faut suivre son cœur et ne pas trop réfléchir. Avec le temps, tu gagnes tellement d’expérience… Je me souviens, je crois que c’était Phil Campbell de Motörhead qui disait dans une interview qu’ils allaient quasiment toujours en studio sans aucun morceau. Ils écrivaient pratiquement tout sur place. Je me disais : « Allez, c’est des conneries, ce n’est pas possible ! » Mais finalement, Motörhead procédait ainsi. Il y a plein d’albums qui sont nés comme ça, juste parce qu’ils avaient l’expérience et qu’ils savaient exactement comment Motörhead devait sonner. C’était dans leur ADN, ils étaient en capacité de le faire. Maintenant, je comprends totalement. Lorsque tu as des années d’expérience à écrire de la musique et que tu as trouvé ton son signature il y a des années, que tu es inspiré et que tu crois en ce que tu fais, tu peux y arriver. Parfois, tu es dans une phase où tu fais les choses et tu te demandes après coup : « Comment a-t-on réussi à faire ça ? » Mais grâce à l’expérience, nous y sommes parvenus.

Tu as mentionné ton autre groupe, Asinhell. Il se trouve que tu as commencé dans le death metal avec le groupe Dominus. Vois-tu un lien entre ça et Volbeat, même si ça n’a pas grand-chose à voir musicalement ?

À l’époque, je faisais du death metal parce que je viens de cette scène-là, au début des années 90. Nous avons sorti notre première démo avec Dominus en 1992 ou quelque chose comme ça. J’ai toujours été dans cette scène depuis très jeune. J’ai découvert la musique extrême à dix ans. J’ai donc commencé dans le death metal, et c’est juste arrivé à un point où nous ne pouvions plus vraiment intégrer la musique que j’écrivais dans un groupe de death metal. Comme j’ai aussi grandi avec beaucoup de musique des années 50, il fallait que je sorte ça de moi. Par conséquent, j’ai commencé à faire de la musique avec plein de styles différents et ça a donné naissance à Volbeat. Je suis devenu extrêmement occupé avec Volbeat, au point qu’il n’y avait jamais de temps pour un second projet death metal. Mais je savais, au fond de moi, que c’était quelque chose vers quoi je reviendrais quand le moment serait venu. Bien sûr, lorsque j’ai écrit l’album d’Asinhell et que nous sommes partis en tournée, ça m’a fait remonter plein de bons souvenirs de mes débuts, à l’époque où il n’y avait pas d’internet. C’était les démos sur cassette, le tape trading, l’underground, les échanges de flyers, les fanzines, les petites salles, etc. Lorsque je suis reparti en tournée avec Asinhell, en jouant de nouveau dans certaines de ces salles, ça m’a beaucoup inspiré. Lorsque j’ai commencé à écrire les morceaux de Volbeat, il y avait une partie de cette inspiration qui s’est retrouvée dedans, sans que ce soit du death metal. Volbeat a toujours eu des éléments plus thrash dans sa facette metal. Mais oui, je peux toujours puiser là-dedans comme source d’inspiration.

Sur la pochette de l’album, on peut apercevoir ce bouc qui représente le diable qui rôde. À propos de la chanson « Devils Are Awake », tu as souligné le fait que « le diable nous est parfois imperceptible parce qu’il est camouflé en humain », ce qui rappelle le morceau « The Devil Rages On » figurant sur l’album précédent qui abordait cette idée. Crois-tu au diable, d’une manière ou d’une autre ?

Absolument pas. Dans Volbeat, nous ne sommes pas des personnes religieuses. Nous ne soutenons aucune religion. Nous sommes des êtres humains spirituels. Ce que je crois, c’est que le diable prend forme humaine. Le vrai diable, ce sont les êtres humains. Ce n’est pas une seule personne. C’est plein d’humains qui dissimulent leur mauvais comportement sous des masques ou des voiles, ou qui se servent de boucs émissaires. Donc non, je ne crois pas au diable sous la forme d’un bouc, d’un monstre ou quoi que ce soit, et je ne soutiens aucune forme de croyance religieuse. Les gens peuvent croire en ce qu’ils veulent, tant qu’ils ne blessent personne et qu’ils ne se blessent pas eux-mêmes. Mais nous avons tant de fois vu qu’un grand nombre de règles, de lois et de directives religieuses ont été brisées par leurs propres créateurs. Ça signifie que lorsqu’on se lève chaque jour, on doit accorder beaucoup de confiance à plein de choses – comme je l’ai dit : des règles, des lois, des croyances religieuses – et on fait beaucoup confiance à l’humanité, pour finalement voir toutes ces règles, lois et croyances être brisées par leurs créateurs qui cachent leurs mauvais comportements.

« Il y a clairement eu des moments dans ma vie où j’ai eu des connexions spirituelles avec des personnes que je connais ou que je ne connais pas, et je suis toujours quelqu’un de très spirituel qui recherche ce genre d’expériences. »

C’est aussi ce que la pochette exprime, ce n’est pas vraiment Satan assis dans l’embrasure de la porte. Et on retrouve l’idée dans le titre de l’album, God Of Angels Trust : on met tellement de choses au-dessus de soi parce qu’on a besoin de croire en quelque chose, mais lorsqu’on couche ses enfants le soir, ils ne savent pas qu’à l’extérieur, il y a plein d’humains maléfiques que je symboliserais comme les vrais démons. Les enfants sont innocents, ils sont censés croire que tout est crème glacée et licornes, mais dehors, dans la vraie vie, un monde démoniaque guette. On doit juste assumer la responsabilité d’élever ses enfants en leur faisant comprendre que le monde réel n’est pas toujours parfait et beau. C’est très triste. On vit dans un monde très intéressant et sur une planète divinement belle, mais il y a tant d’êtres humains extrêmes et primitifs qui détruisent le monde et l’humanité, et qui se cachent à cause de leur mauvais comportement.

La chanson « Acid Rain » parle d’avoir une sorte d’expérience hors du corps et de rencontrer des individus du passé. Crois-tu au paranormal et à la communication avec les morts ? Il me semble que c’était sur « Shotgun Blues » de votre précédent album que tu parlais d’événements fantomatiques.

Comme je l’ai dit plus tôt, je suis quelqu’un de très spirituel, donc je crois totalement au monde spirituel, dont celui des fantômes. De l’enfance à l’âge adulte, j’ai vécu des expériences où j’ai vu et ressenti des choses. Par conséquent, « Acid Rain » est un texte où j’espère vivre cette expérience extra-corporelle et voir mon propre corps depuis les airs. Je développe ensuite cette idée où j’aimerais voir mon propre esprit s’envoler et rencontrer l’esprit de mon père dans l’optique de me connecter avec lui. Il y a donc clairement eu des moments dans ma vie où j’ai eu des connexions spirituelles avec des personnes que je connais ou que je ne connais pas, et je suis toujours quelqu’un de très spirituel qui recherche ce genre d’expériences. C’est quelque chose que je peux vraiment utiliser quand j’écris des paroles pour Volbeat.

Il semblerait que plusieurs chansons de l’album sont directement ou indirectement inspirées par ton père et sa perte – en particulier « Acid Rain » et « Lonely Fields ». Que représentait ton père pour toi ?

C’était une personnalité forte, un père fort. Il a eu une éducation très dure étant enfant, donc il s’occupait très bien de sa famille – tout comme ma mère. Mes deux parents se sont rencontrés lorsqu’ils avaient environ seize ans. Ils sont restés ensemble jusqu’à la mort de mon père. Il a eu une enfance vraiment difficile, il a même vécu dans la rue dès l’âge de douze ans. Il a traversé des périodes dures, donc lorsqu’il a eu sa propre famille, il était très protecteur. C’était un homme bien et travailleur. Il nous a appris, à nous les enfants, la valeur de la vie, du travail, du comportement et du respect. C’est quelque chose que j’essaie aujourd’hui de transmettre à mes propres enfants. Il avait une grande passion pour la musique des années 50, la boxe, le Speedway, la Formule 1, des choses dont je suis moi-même passionné aujourd’hui. C’était donc un homme très important. Bien sûr, c’était mon père, mais la manière dont il protégeait sa famille est très inspirante.

La chanson « Demonic Depression » a une thématique assez évidente et tu as dit que tu as connu ton lot de problèmes mentaux au cours de ta vie. Comment les as-tu gérés ?

Les problèmes mentaux auxquels j’ai dû faire face ont commencé lorsque j’ai perdu mon père. Il y a ensuite eu l’alcool qui est arrivé à cause de la dépression liée à sa perte. Ce n’était donc pas seulement la dépression due à la perte de mon père, mais aussi la dépression de devenir alcoolique. Lutter à la fois contre la perte de mon père et contre les démons qui s’installent lorsque tu bois trop, c’est un fardeau très lourd. Le meilleur moyen que j’ai trouvé pour chercher de l’aide, c’était d’en parler avec mes meilleurs amis, de leur dire ce que je vivais. Ça m’a permis de réaliser que j’avais des amis qui avaient les mêmes problèmes, mais qui n’osaient ou ne voulaient pas en parler. Lorsque tu t’ouvres à de vrais amis, de bonnes personnes, tu te rends vite compte qu’eux aussi traversent des périodes difficiles dans leur vie. La meilleure clé pour moi a été d’en parler.

« Ce n’est pas vraiment Volbeat qu’il faut craindre lorsque nous sortons un titre comme ‘In The Barn Of The Goat…’, mais plutôt les gens qui prennent ça au sérieux [rires]. Ceux qui prennent un tel titre au premier degré, c’est d’eux qu’il faut avoir peur ! »

Finalement, j’ai eu un bon ami, une légende de la boxe nommée Mikkel Kessler, qui a vu à quel point je buvais. Il m’a dit : « Tu dois te remettre en forme. » Comme mon père était un immense fan de boxe et que Mikkel m’a tendu la main, je me suis dit : « Maintenant, je vais me prouver à moi-même que je peux arrêter l’alcool, me remettre en forme et redevenir un gars heureux. » J’ai donc commencé à faire de nombreuses séances d’entraînement avec Mikkel Kessler, notamment pour prouver à mon père, s’il était là en esprit à me regarder, que je pouvais revenir et aller bien à nouveau. Il faut se souvenir que la dernière chose que nos parents veulent voir quand ils meurent – disons qu’en tant qu’esprits, ils peuvent te regarder chaque jour et voir ce que tu fais – c’est que tu vas mal. Je pense qu’on doit à ses parents de faire absolument de son mieux. Noyer son chagrin dans l’alcool n’est pas la bonne solution. J’ai donc essayé de prouver à mon père, à moi-même et à Mikkel Kessler que je pouvais redevenir fort.

C’est ce que j’ai fait : j’ai arrêté l’alcool, j’ai perdu vingt-cinq kilos et j’ai recommencé à profiter de la vie. J’ai appris à gérer la perte de mon père en écrivant des paroles et en lui parlant en esprit. C’est encore quelque chose qui m’aide aujourd’hui. Ça m’arrive de boire un bon verre de whisky, mais je ne bois plus tous les jours. Maintenant, je ne bois peut-être qu’une fois par mois. Donc je suis bien, spirituellement et mentalement. La meilleure chose qui me soit jamais arrivée, c’est d’avoir eu mes propres enfants. Ma fille a maintenant huit ans et mon fils quatre ans. C’est une grande responsabilité, mais il n’y a rien de plus grand que la vie. Ils ont eux aussi rendu ma vie bien meilleure. C’est eux qui décident de tout ce que papa doit faire maintenant. Je suis tout simplement dans une très bonne période de ma vie et j’essaie toujours d’aider mes amis du mieux que je peux avec leurs problèmes mentaux. J’ai été très surpris avec une chanson comme « Demonic Depression », parce que j’ai envoyé l’album à plein de mes amis avant même sa sortie et beaucoup d’entre eux m’ont demandé : « As-tu écrit cette chanson à mon sujet ? », alors que pas du tout. Je l’ai écrite pour un ami très proche, mais il y en a eu au moins six, sept, peut-être huit autres qui ont pensé qu’elle parlait d’eux. Ça montre juste que beaucoup de gens luttent avec leur santé mentale aujourd’hui et probablement depuis de nombreuses années. Je pense juste qu’on a acquis plus de connaissances qui nous permettent désormais de mieux détecter les problèmes de santé mentale. C’est quelque chose qu’il faut prendre au sérieux et on doit s’aider les uns les autres du mieux qu’on peut. Il faut écouter ses amis, les laisser s’exprimer, les laisser parler, parce que c’est déjà un bon début.

Nous avons parlé de pas mal de sujets sérieux, mais une chanson comme « In The Barn Of The Goat Giving Birth To Satan’s Spawn In A Dying World Of Doom » a une tonalité plus humoristique ; rien que ce long titre est très peu commercial, surtout pour un single. Selon toi, l’humour est-il une partie intégrante du metal ?

Absolument. Même si nous prenons ce que nous faisons très au sérieux, ça doit rester fun. Sur chaque album de Volbeat, il y a toujours eu une touche d’humour, de l’ironie et des moments marrants. C’est une façon pour nous de montrer que nous prenons plaisir à faire ce que nous faisons et que tout ne doit pas être pris au sérieux. Ce n’est pas vraiment Volbeat qu’il faut craindre lorsque nous sortons un titre comme ça, mais plutôt les gens qui prennent ça au sérieux [rires]. Soit dit en passant, on vit dans un monde très effrayant, mais de nos jours, il y a certaines choses qu’on ne peut pas dire. Il faut faire attention aux mots qu’on utilise ou à qui on fait référence. Cependant, allume juste la télé et regarde les infos. Les vrais tueurs en série, les gens vraiment barrés, ce sont eux qui te parlent directement depuis les infos, et personne n’ose rien faire. Lorsque nous sortons un titre façon film d’horreur comme celui-là, ce n’est pas nous qu’il faut craindre. C’est le monde réel. Encore une fois, ceux qui prennent un tel titre au premier degré, c’est d’eux qu’il faut avoir peur !

Tu as déclaré avoir l’impression de vivre une renaissance avec le groupe. Est-ce que ce nouvel album et ce moment dans ta carrière représentent un tournant ? Penses-tu qu’il y aura un avant et un après God Of Angels Trust ?

Je ne sais pas. Je sais juste que nous prenons énormément de plaisir dans ce que nous faisons. Comme je l’ai dit plus tôt, nous avançons un pas après l’autre. La scène musicale est devenue un endroit de fou. Tourner coûte extrêmement cher. Il y a beaucoup d’entreprises et de personnes qui doivent changer leur manière de faire du business si on veut que la scène musicale survive. De plus, je ne suis pas vraiment fan de la manière dont on est censé se promouvoir via les réseaux sociaux et toute cette merde, même si je suis bien conscient qu’on ne peut pas juste être un gars à l’ancienne qui sort des démos sur cassette [rires]. Tant que je suis inspiré et heureux de ce que je fais, nous continuerons, mais je ne veux pas trop penser à l’avenir. Je veux uniquement me concentrer sur la promotion de cet album et sur cette tournée. J’espère que ma voix va tenir et que la scène musicale ira mieux en devenant plus solide. On verra ce que l’avenir nous réserve pour la suite des événements.

Interview réalisée en visio le 13 mai 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Louhane Pellizzaro.
Photos : Brittany Bowman & Nicolas Gricourt (3).

Site officiel de Volbeat : www.volbeat.dk

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  • Bel entretien, première fois que je lis ce qu’il raconte en détail, je le trouve lucide, intelligent, pragmatique. J’en connais plein qui devraient lire cela et diraient peut être moins de conneries. C’est donc que c’est une bonne interview !

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