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Live Report   

Warm-up Roazhon Rage : marathon de bruit et de fureur


Enragés Production / Rage Tour souffle sa trentième bougie. Initialement née sous la forme d’un label à l’activité du groupe de punk hardcore Tagada Jones, la structure aura rapidement diversifié ses activités et se profile aujourd’hui comme l’une des agences majeures de booking en matière de metal et de punk. Une grande partie des groupes qui ont marqué la scène française ces dernières années ont à un moment intégré leur roaster, qui regorge de références underground comme plus reconnues. Afin de marquer ce jalon important, Rage s’est donc approprié le complexe constitué du Liberté et de l’Etage, en plein cœur de Rennes. Pour cette soirée d’ouverture, le rez-de-chaussée est intégralement dédié aux stands de merchandising, aux disquaires et à la restauration. Un bel espace pour déambuler entre les concerts, qui s’enchaînent dans la salle du dessus.

La grosse soirée du lendemain verra les groupes occuper les deux espaces concerts – avec notamment Ultra Vomit et Tagada Jones en haut de l’affiche. Ce premier soir propose pour sa part un florilège de formations ancrées de longue date dans le milieu alternatif. L’ensemble des formations sont placées sur un pied d’égalité, avec un temps de jeu de quarante minutes. Rendez-vous était pris à 19 heures pétantes pour une date à guichets fermés.

Artistes : Les Tambours Du BronxBlack Bomb ADagobaDarcyOutrage
Date : 3 octobre 2025
Salle : L’Etage
Ville : Rennes [35]

Charge à Outrage d’ouvrir le copieux programme de la soirée. Les musiciens font leur entrée sur une intro swing complètement décalée devant un parterre encore clairsemé. En provenance du Mans, la formation opère depuis près d’une vingtaine d’années dans un registre punk aux enluminures ska. Teintée de world music et baignée dans les envolées de cuivres, leur musique témoigne d’un sens du métissage qui n’adoucit en rien sa virulence. Qu’il s’agisse du guitariste Jib’s, ou du binôme trompette / saxophone constitué par La Bert et Gniak, tout le monde sautille à droite et à gauche dans une ambiance de fête foraine anarcho-punk. Le bassiste-chanteur Fouancis ne ménage pas ses efforts pour chauffer le public qui se masse timidement devant la scène. Leur musique se prête plutôt bien à la fête, et regorge de « wow-wow » qui ne nécessitent aucune connaissance préalable pour être repris en chœur. Le premier (petit) circle pit se lance gaiement dès 19h10 sur un morceau qualifié de « pirate » – probablement extrait de leur album Pavillon Noir.

Forcément très politisé, le groupe appelle inlassablement à tout envoyer en l’air, ce soir comme au quotidien. L’ambiance est chaleureuse à souhait, le son excellent, et le frontman de Darcy, Irvin, vient apporter sa contribution sur l’explosif « Carnage en Stéréo ». Outrage fait littéralement chanter toute la salle sur sa dernière compo et rend les micros avec le probable sentiment du travail bien fait. Leur musique rappelle inévitablement le rock métissé des 90’s et a fortiori Tagada Jones. Le groupe a donc trouvé une place légitime dans le catalogue Rage Tour, qu’il a intégré depuis trois ans.

Bien échauffé par son intervention avec Outrage, Irvin prend d’assaut la scène de l’Etage avec ses comparses de Darcy. Le groupe joue à domicile et ne manque pas de souligner « qu’ils sont venus faire la fête avec la famille ». Avec deux albums au compteur – et une cote de notoriété qui grimpe tranquillement –, les Bretons ont préparé un set si copieux qu’il ne tiendra pas dans le temps imparti. Il leur sera donc nécessaire de faire sauter « Enragés » en fin de course afin de ne pas occasionner un retard dans le programme. Il faut dire que le frontman est visiblement très heureux de fouler les planches de l’Etage et par conséquent assez bavard. Dans une ambiance de franche camaraderie, Darcy balance un punk survolté. La musique est aussi engagée que leurs prédécesseurs, mais plus brute et directe. Les titres sont d’ailleurs sans équivoque : « Pour La Rage », « Tout Est À Nous » ou encore « Poings En L’air », Darcy signe de l’hymne de rébellion et de révolution en série, et exécute le tout à toute berzingue.

Darcy joue donc sur les barricades, jusqu’à la victoire. Les poings sont levés et les hymnes repris massivement. Les refrains sont simples et immédiatement mémorisables, les punchlines efficaces pullulent (« majeur en l’air pour Macron, pour ton patron ») et l’énergie déborde. Le groupe s’amuse du temps limité pour leur prestation, et s’excuse par conséquent d’avoir dégagé les ballades de son répertoire. Entre deux bastos sonores, Irvin prend le temps d’évoquer des souvenirs de la scène rennaise des vingt dernières années, citant au passage les excellents et injustement méconnus Shane Cough. Une référence qui ne manque pas de faire son petit effet parmi les nostalgiques d’une époque révolue. « La Bagarre » se prolonge à la surprise du groupe par une reprise de son refrain dans la salle. Le bruit et les revendications de Darcy circulent, définitivement. Une belle preuve de l’adhésion du public. L’intégralité des membres d’Outrage vient rejoindre le quartet pour un ultime « Solution » en forme de joyeux bordel final.

Changement de ton et d’ambiance. Les Marseillais de Dagoba avaient déjà fait une halte en périphérie de Rennes au mois d’avril dernier, mais sont malgré tout très attendus. Le groupe est actuellement dans la dernière série de dates pour la promotion de Different Breed, et déroule une prestation aussi millimétrée que bien rodée. L’ambiance se teinte d’un noir d’encre dès l’introduction, enchaînée avec le redoutable « Inner Sun ». Le morceau, qui est à classer parmi les plus gros hits du groupe, fait état de toute la puissance de frappe scénique du quartet. L’effectif a connu plusieurs changements ces dernières années, ce qui ne l’empêche pas de rester une redoutable machine de guerre. Le son de batterie est gigantesque, poussé bien en avant dans un mix compact et écrasant. Théo Gendron est impérial derrière son kit et construit son tapis de double pédale avec une frénésie nerveuse. Dagoba est impitoyable. En quarante minutes, le quartet phocéen prend soin de revisiter une grande partie de sa conséquente discographie, passant du classique « It’s About Time » ou plus récent « Minotaur » avec une fureur qui ne redescend jamais d’un iota.

Le frontman Pierre « Shawter » Maille se donne sans compter, se vide l’intégralité d’une bouteille d’eau sur la tête à peine quelques minutes après le début du set et enchaîne les gorgées de Jack Daniel’s. Il s’amuse certes de l’âge désormais important de son groupe, mais sans jamais laisser transparaître un quelconque signe de fatigue. Dagoba fait dans le metal buriné et entend bien que le public réagisse en conséquence. Inutile donc d’espérer se ménager : le frontman exige du wall of death jusqu’au tout dernier rang de la salle, des circle pits autour de la console et du headbanging XXL. Mission accomplie. « Degree Zero » et « When Winter… » font office de lessiveuse des corps et des esprits. On en ressort éreinté. Si le groupe a pris le temps d’installer un light show très personnel avec de beaux pylônes de lumière, il est à noter que ce dernier fait désormais totalement l’impasse sur By Night, un disque un peu à part dans leur carrière mais regorgeant de morceaux extrêmement travaillés. Un petit regret, néanmoins compensé par la folie furieuse déballée sur scène.

Les gars de Black Bomb A montent rapidement leur matériel et se lancent dans un rapide line-check. Arno enchaîne les cigarettes qui font rire – le chanteur doit possiblement faire signer une dérogation aux salles dans lesquelles il se produit – et le dynamique Poun en profite pour déconner. Il balance un « Merci l’Etage, c’était une putain de soirée, bon anniversaire à Rage Tour » à l’issue de ses tests micro, puis enchaîne directement dans le dur. Même sentence que pour les autres groupes, il faut jouer vite et bien. Une exigence qui convient à ces désormais vétérans de la scène metal hardcore française, qui enquillent les morceaux bondissants. « The Fraud » et « Crashboys » ouvrent le bal dansant 2-step et slams à gogo, laissant Arno évoquer après avoir constaté le chaos ambiant que « Black Bomb A n’est pas venu là pour enfiler des perles ». Le larron est particulièrement communicant, et enchaîne les provocations humoristiques sur des tirades plus engagées, voire un tantinet casse-gueule – notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer le conflit israélo-palestinien. « The Point Of No Return » donne lieu au premier circle pit du set alors que « Civil War » sera dédié à la jeunesse et à ceux qui se bougent le derrière.

Hyperactif comme à son habitude, le chanteur aigu Poun vocifère non-stop et exécute l’intégralité du déboulonnant « Blowing Up » en slam. Il termine littéralement debout sur le public, porté à bout de bras par une grosse poignée de courageux. Le temps file comme une balle, le quintette ayant opéré une sélection drastique parmi ses morceaux aux riffs punk tranchants, articulant sa prestation majoritairement sur son répertoire récent. On aurait volontiers pris une rasade supplémentaire de Speech Of Freedom – « Double », « Burn » ou « Look At The Pain » – voire un gros classique de la trempe de « Human Circus », mais il était nécessaire de faire des choix. Il faut reconnaître au groupe le courage de ne jamais se reposer sur ses acquis et de toujours mettre en avant son répertoire actuel. Le run final a cependant de quoi rassasier pleinement les aficionados de la première heure : « Police Stopped Da Way », plus que jamais d’actualité, et « Mary », qui ferme le bal dans ses traditionnelles lumières verdâtres. BBA intercale sa reprise « Beds Are Burning » entre ces deux gros morceaux de son histoire. Si la reprise est fédératrice au possible et fait son petit effet, on ne peut s’empêcher de penser qu’un titre totalement original aurait pu être un choix plus judicieux. Mais ce n’est qu’un détail. Comme depuis plus de deux décennies, Black Bomb A tartine sur scène avec un engagement physique total et une belle précision d’exécution… Avant de refermer le concert sur « La Danse Des Canards ». Pourquoi pas.

Les corps et les esprits commencent à dangereusement fléchir lorsque les mythiques Tambours Du Bronx prennent possession de l’espace à minuit passé. Une partie de la salle s’est vidée en raison de l’horaire tardif, tendance qui va malheureusement se poursuivre au cours de la prestation du collectif de Nevers. Ce dernier peut cependant compter sur une très grosse poignée de fidèles pour l’accompagner jusqu’au bout dans un fracas tribal et industriel de percussions épileptiques. Le collectif prend de la place et propose un spectacle visuellement impressionnant : neuf énervés des bidons, un bassiste, deux guitaristes, un chanteur, un musicien en charge de l’électronique. Franky Constanza trône au dessus de la meute derrière sa batterie gigantesque et impose le rythme général. Les Tambours se produisent ce soir en formation Weapons Of Mass Percussion, visage metal de leur identité artistique qui devient désormais fortement majoritaire sur les dates de concert. Surprise cependant pour cette première date post-The Wild Pack, nouvel EP chargé de jouer les prolongations de l’excellent album Evilution : aucun chanteur habituel n’est présent. C’est donc à Vincent que revient la lourde tâche de remplacer Reuno Wangermez, Stéphane Buriez et Renato Di Falco. Un défi de taille.

Les différents chanteurs des Tambours présentent des timbres de voix et des personnalités bien différentes. Il est donc difficile pour Vincent d’égaler de telles pointures de la scène française, mais ce dernier fait preuve d’une certaine polyvalence vocale. Le chant clair est occasionnellement un peu hésitant, la prestance scénique est forcément encore à travailler, mais le bougre a le courage de se lancer dans ce multi-remplacement complexe. D’autant plus que, bien que la scène soit surpeuplée, il se trouve souvent seul devant l’arc de cercle des bidons. Les guitaristes et le bassiste viendront cependant occasionnellement se faufiler entre les percus pour venir lui prêter main-forte et assurer le show devant les premiers rangs. Côté set-list, le gang de ferrailleurs ouvre sur « Le Début De La Fin » avant de mettre en lumière « We Need Godz », pièce maîtresse d’indus épileptique issue de leur nouvel EP. Le son est efficace et extrêmement puissant, une ampleur grandiose qui résonne dans le fond des tripes lorsque les Tambours s’embarquent dans un triptyque musical dédié à Sepultura. « Refuse / Resist », « Roots Bloody Roots » et « Territory » réveillent un peu l’assistance, qui accuse clairement le coup de cette longue soirée et attaque un énième circle pit un peu mollement. « Am I Dead Enough » sonne donc comme un amusant constat de l’état du public, à qui il reste cependant quelques grosses embardées à savourer avant le traditionnel « Dragula » de clôture. Une reprise de l’un des meilleurs morceaux de Rob Zombie exécutée à la perfection, et littéralement sublimée par son fond de percus furibondes. 1H15, extinction des feux. Rage Tour a mis les petits plats dans les grands pour cet excellent plateau. Un seul et unique regret : alors que la salle avait annoncé une fin des hostilités à 2h du matin, les stands de merchandising sont déjà tous démontés au moment de sortir du sauna instauré par Les Tambours Du Bronx. Dommage pour celles et ceux qui avaient programmé une petite séance shopping nocturne.

Photographies : Caroline Vannier.



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