En septembre 2020, en pleine pandémie, Anathema jetait l’éponge avec le message suivant : « Cette année ne ressemble à aucune autre. On a tous – chacun d’entre vous compris – fait face à des défis imprévisibles, qui ont affecté nos situations professionnelle et personnelle. Durant cette période des plus difficiles, des événements qui se sont produits cette année ne nous ont pas laissé d’autres choix que de faire une pause à durée indéterminée. » Un arrêt des activités sur fond de difficultés financières, mais pas seulement, et de spéculations au sein de la fan base du groupe. Pourtant, au moment où Anathema décide d’arrêter, un album était en cours de gestation, prévu pour une sortie chez Mascot Label Group grâce à un contrat fraîchement signé.
Quatre ans plus tard, c’est finalement sous le nom de projet Weather Systems que Daniel Cavanagh sort l’album Ocean Without A Shore, sous la forme d’une suite à l’album Weather Systerms d’Anathema. Nous avons ainsi échangé avec le principal intéressé à la fois sur ce qui ressemble à la fin du groupe qui a été sa vie pendant trente ans, sur le début de cette nouvelle aventure qui a tout d’un « spin-off » et sur ce disque qu’il s’est refusé de laisser aux oubliettes. Un entretien finalement très spirituel, comme la musique, où il est question d’amour, de dimension supérieure, de conscience qui survit à la mort, d’anges et d’un Jésus bouddhiste.
« C’était la décision de Vincent d’arrêter. Nous pensions qu’il changerait d’avis, mais ça n’a pas été le cas. Nous n’avons pas réussi à le convaincre. Il fallait donc que je fasse quelque chose, donc j’ai monté ce projet à la place, sachant que je ne pouvais pas faire cette musique sous le nom d’Anathema sans Vincent, car il était le cœur du groupe. Il m’a encouragé à faire cet album, il m’a toujours beaucoup soutenu par rapport à ce projet. »
Radio Metal : Tu as commencé à écrire Ocean Without A Shore en 2019. A ce moment-là, tu pensais que ce serait le prochain album d’Anathema, avant la mise en pause du groupe en septembre 2020. Quel était l’avancement de l’album à ce moment-là ?
Daniel Cavanagh (chant & guitare) : L’album a été créé dans le studio de Vincent [Cavanagh], sur son ordinateur, et il était bien avancé. Je crois que j’ai fait une chanson après la séparation du groupe, il s’agit d’« Untouchable Part 3 », mais toutes les autres étaient au moins à moitié écrites durant 2019. J’ai fini les paroles de « Are you There? Part 2 », « Synaesthesia », etc. et certains arrangements après, mais les idées de base étaient déjà toutes là, en dehors d’« Untouchable Part 3 » qui a été écrite plus tard.
Pourquoi Anathema a-t-il décidé de tout arrêter à ce moment-là, alors qu’il y avait clairement encore de l’activité créative ? Pourquoi ne pas au moins terminer l’album ensemble ?
Ce n’était pas ma décision. Vincent a décidé qu’il ne pouvait plus faire ça. Il avait beaucoup de pression. Il voulait passer à autre chose. C’était une période difficile pour lui – pour tout le monde. Je suis encore très proche de Vincent, il n’y a aucun problème, il ne vit pas loin de chez moi et je l’adore. Nous n’avons pas communiqué auprès de tout le monde sur la raison et le fait que c’était la décision de Vincent d’arrêter, parce que nous pensions qu’il changerait d’avis, mais ça n’a pas été le cas. Nous n’avons pas réussi à le convaincre. Il fallait donc que je fasse quelque chose, donc j’ai monté ce projet à la place, sachant que je ne pouvais pas faire cette musique sous le nom d’Anathema sans Vincent, car il était le cœur du groupe. Il m’a encouragé à faire cet album, il m’a toujours beaucoup soutenu par rapport à ce projet. Il a dit que Weather Systems était un super nom et que je devais le faire. Ça a été fait complètement avec sa bénédiction. Il n’y a pas eu de grandes disputes ou de grands désaccords. Et je l’ai moi-même encouragé. Je crois aussi en lui, en sa musique et en ce qu’il est en train de faire. Il est en train de devenir un bon compositeur, il a de beaux accords… Je pense que je pourrais encore l’aider à écrire ses chansons, mais il fait ça de son côté et c’est bien comme ça. Il aime écrire sa propre musique et il n’a jamais eu l’occasion de le faire avec Anathema parce que John [Douglas] et moi écrivions tellement, tout le temps. C’était ça ses raisons : le stress et la volonté d’écrire sa propre musique. Nous sommes frères au bout du compte, c’est plus important que tout. Je le vois et lui parle toujours. Pas aussi souvent qu’avant, bien sûr, mais c’est toujours le cas. Tant que nous avons ce lien, ça va.
Il me semble qu’il y avait aussi des problématiques financières, avec l’annulation d’une tournée, etc. ?
Oui, je pense que ça a joué aussi sur la décision, mais il faudrait que tu lui demandes. C’était un moment difficile, mais pas seulement pour nous. C’était dur pour tout le monde. J’écoutais une émission de radio hier sur ce que les personnels de santé à l’hôpital ont vécu durant la pandémie. Ils ont tous des troubles de stress post-traumatique. C’était terrifiant. Ce qui nous est arrivé n’est rien comparé à ce qui est arrivé à ces gens. C’était vraiment moche. Rien qu’hier, j’ai entendu un médecin pleurer à la radio pendant qu’il essayait de raconter l’histoire, d’expliquer ce que ses collègues ont enduré. J’étais là : « Oh, mon Dieu… » Je pense que chacun a géré la pandémie à sa façon. Personnellement, je suis tout le temps à l’intérieur, mais beaucoup de gens ont perdu des parents et des êtres chers, et, encore une fois, ce qu’ont vécu les personnels de santé était vraiment dur. Donc quand tu prends du recul, ce qui nous est arrivé, ce n’est pas grand-chose.
« Je ne suis peut-être pas aussi bon chanteur que Vincent, mais je sonne très honnête. J’écris les mots et les chansons, et ça sonne authentique, ça donne le sentiment que je crois en ce que je chante. C’est le plus important. »
Sur une campagne GoFundMe il y a deux ans, un fan a dit avoir été dévasté quand il t’a vu vendre certains de tes instruments, et a acheté une guitare pour te la rendre. C’est une histoire très touchante. Peux-tu nous en parler ?
Je ne veux pas trop en parler, si ce n’est dire que ce gars est devenu un très bon ami. Sa famille est très gentille et je l’aime beaucoup. Je lui parle encore, ce mec est génial. Ce que j’ai fait avec cette campagne est que j’ai acheté le matériel et construit un studio pour faire la démo complète de l’album, et j’ai payé une thérapie avec un très bon et onéreux thérapeute. Il m’a permis d’avancer durant cette période difficile et de continuer à croire. Voilà à quoi l’argent a été dépensé. C’était beaucoup, la thérapie était chère, mais c’était nécessaire et ça m’a vraiment aidé. La santé n’a pas de prix, c’est plus important que tout.
Pour finir et sortir l’album, tu as donc monté un nouveau groupe baptisé Weather Systems. Tu as monté ça avec le batteur d’Anathema Daniel Cardoso. Qu’est-ce qui vous a motivés à continuer à travailler ensemble ?
Il est tellement fiable et talentueux ! C’est un professionnel et il est extrêmement doué. Il a aussi produit la voix de Soraia [Silva], la chanteuse qu’on entend sur l’album. Elle vient du Portugal et elle s’est rendue au studio de Daniel pendant au moins quelques jours pour tout chanter et enregistrer. Ils ont fait ensemble des harmonies que je n’avais même pas écrites. Il a donc eu un gros impact sur l’album par la façon dont il a produit la voix de Soraia. Daniel connaissait bien les chansons, et c’était son idée d’impliquer Soraia, car il avait déjà travaillé avec elle avant. Il m’a dit : « Cette fille est vraiment douée. » Et elle l’est ! Et c’est grâce à Daniel si elle sonne si bien sur l’album. Nous ne pouvions pas les faire venir en Ecosse, où le producteur [Tony Doogan] et moi faisions l’album. Nous n’avions pas les moyens de payer un billet d’avion pour l’Ecosse au groupe, donc le mieux était d’envoyer Soraia au studio de Daniel pour qu’il nous envoie ensuite les fichiers par internet. Nous avons intégré les fichiers aux chansons et ça sonnait super. Je trouve qu’elle sonne un petit peu comme Kate Bush, en particulier sur la chanson numéro quatre, quand elle commence à chanter « Love made me wonder ». J’ai lu quelques chroniqueurs disant que cet album aurait été meilleur avec Vincent et Lee [Douglas]. Ils peuvent dire et penser ce qu’ils veulent, ça n’a pas vraiment d’importance. J’ai fait l’album et c’est tout. Je l’aime encore. Je trouve que je chante plutôt bien. Je ne suis peut-être pas aussi bon chanteur que Vincent, mais je sonne très honnête. J’écris les mots et les chansons, et ça sonne authentique, ça donne le sentiment que je crois en ce que je chante. C’est le plus important. Et Soraia chante bien, Petter [Carlsen] est également bon… J’aurais juste aimé que nous les fassions tous venir au studio avec le producteur. J’espèce que la prochaine fois, ce sera possible, car faire les choses sur internet, ce n’est pas pareil que de travailler dans une pièce ensemble.
Il y a pas mal de gens qui chantent dans l’album. Tu as mentionné Petter Carlsen et Soraia Silva, mais on retrouve aussi Paul Kearns et Oliwia Kretter sur la dernière chanson « The Space Between Us »…
Paul est un vieil ami. Avec Oliwia, ils chantent le chœur dans la dernière chanson, mais le reste, c’est Soraia, Petter et moi.
Comment as-tu impliqué toutes ces personnes ? Est-ce important pour toi d’avoir des partenaires vocaux ?
Oui, Anathema a toujours eu des harmonies et j’aime ce style de composition, où on retrouve plusieurs chanteurs. Tu te souviens du groupe Fleetwood Mac dans les années 70 ? Ils avaient trois chanteurs et, même si les gens ne s’y attendent pas, ça a toujours été une influence pour Anathema. C’est comme ça que j’ai toujours écrit des chansons, donc j’ai continué. Ça semble avoir du sens de faire les choses naturellement.
« Il n’y avait aucun désaccord musical cette fois, il n’y avait que le producteur et moi. J’ai pu faire des riffs de metal, sans que tout le monde s’en plaigne [rires]. J’ai encore en moi les influences de Pink Floyd, Tool, Metallica, etc. »
Une autre collaboration qui avait été annoncée via Facebook en décembre 2021 était celle de John Douglas, mais il n’apparaît pas dans les crédits. Peux-tu nous éclairer là-dessus ?
Je suis encore très ami avec lui et je l’aime encore énormément, mais sa santé n’était pas terrible et il m’a dit que ça l’empêchait de vraiment s’engager dans le projet. J’espère encore qu’un jour il le pourra. C’était donc pour des raisons de santé. Je ne veux pas trop en dire, car ce n’est pas mes affaires et c’est quelqu’un de très secret, mais ça reste l’une de mes personnes préférées au monde. Je l’ai d’ailleurs vu récemment. Vincent, lui et moi avons passé une journée ensemble pour un événement familial. Il est venu, nous avons eu un échange très sympa, c’était très drôle, nous avons beaucoup ri. Le lien avec Vincent et John n’est pas rompu, et je pense que je ne connaîtrais jamais un tel lien avec qui que ce soit d’autre. C’est le genre de lien qu’on ne trouve qu’une fois dans une vie et qui a été façonné sur des décennies. Je ne m’attends pas à retrouver ça un jour avec d’autres personnes. Ils me manquent ! C’était facile et sympa de faire cet album, il n’y avait aucun désaccord musical cette fois, il n’y avait que le producteur et moi. J’ai pu faire des riffs de metal, sans que tout le monde s’en plaigne [rires]. Pour autant, ce n’était pas mieux que de travailler avec Anathema. Anathema, c’est plus amusant et ils me manqueront toujours ; je les aime et je les aimerai toujours. Il fallait bien que je fasse quelque chose, donc j’ai fait ça.
Weather Systems est clairement dans la lignée de ce que tu faisais avec Anathema…
Oui, mais je trouve que c’est un peu plus heavy ! Si tu écoutes la première chanson, « Synaesthesia », il est clair qu’Anathema n’allait pas l’enregistrer. Vincent l’a refusée ! Il ne voulait pas la faire. Il n’aime plus la musique trop centrée sur la guitare. Il ne joue même plus de guitare depuis trois ans. Il s’investit dans l’informatique et c’est ainsi qu’il compose. Je le respecte, mais je joue encore de la guitare et je suis encore un guitariste de blues/rock, j’ai encore en moi les influences de Pink Floyd, Tool, Metallica, etc. Donc cette fois j’ai pu faire un morceau comme « Synaesthesia » et le mettre en premier dans l’album, car il n’y avait personne pour me dire que ça ne lui plaisait pas [rires].
Tu as même rejoint Mascot Label Group, le label sur lequel Anathema avait signé avant de s’arrêter.
Oui, c’est la première fois que je travaille avec cette maison de disques et je la trouve très bien. Ils ont été super, à tous les niveaux. Je les ai rencontrés récemment. Ils travaillent très bien, ils savent ce qu’ils font. Ils ont de la force et une certaine portée. Les clips qu’ils ont réalisés sont super. Leur plan pour l’album est très bon. L’artiste qui a fait l’artwork est super. Le manageur du label est super. Le patron est super. La fille qui gère les réseaux sociaux est super. Je suis très impressionné.
Ocean Without A Shore est fait pour être une suite à l’album Weather Systems, que tu as qualifié de meilleur album d’Anathema. On retrouve même le morceau « Untouchable Part 3 ». C’était le plan initial ?
Non, c’est venu plus tard. C’est quand j’ai décidé du nom du groupe que j’ai commencé à faire en sorte de donner un peu l’impression d’une suite. Au départ, c’était juste un recueil de chansons, puis ça a commencé à devenir ce que c’est aujourd’hui. Weather Systems était un album très émotionnel et personnel, par rapport à The Optimist qui était étrange et différent. Ce dernier était écrit comme une histoire et n’avait pas la même profondeur. Voilà pourquoi, cette fois, je suis revenu naturellement vers le style classique, émotionnel d’Anathema. Si tu écoutes les paroles de « Are You There Part 2 » ou « Untouchable Part 3 », c’est exactement ça. La raison pour laquelle j’ai baptisé une chanson « Untouchable Part 3 », c’est parce que le texte collait bien à ce nom. Ça parle de quelque chose qu’on aime et qui est hors de portée. Cette troisième partie est d’ailleurs bien plus réelle et personnelle que les deux premières. Je ne suis pas en train de dire que c’est mieux, car « Untouchable Part 2 » est l’un des meilleurs morceaux que nous ayons jamais faits, mais c’est plus personnel. Et c’est dans la même tonalité, donc si vous allez sur Spotify et faites une playlist réunissant les trois parties, elles s’enchaînent parfaitement. C’est ce que nous allons faire quand nous jouerons live, ce sera sympa !
« Il fallait que j’écrive de la musique positive, parce que j’étais dans une très mauvaise passe, à titre personnel. J’étais très triste et perdu. Je suis assez fier qu’il n’y ait pas de négativité, d’amertume, de jugement d’autrui ou de trucs horribles sur cet album. »
Sur l’artwork de Weather Systems, l’image était en plein jour et ça représentait la campagne, cette fois, sur l’artwork d’Ocean Without A Shore, c’est le soir et ça représente une ville. Vois-tu une sorte de relation yin et yang entre ces deux albums ?
Oui, probablement, parce que c’est émotionnel comme l’était l’album Weather Systems. Weather Systems est un super album par la façon dont il commence et dont il se termine. On ne peut pas répéter ça, et ça n’a aucun intérêt de le faire, mais je pense que celui-ci est assez bon également. « Internal Landscapes » est probablement une meilleure chanson que « The Space Between Us », mais seulement parce que cette dernière a dû changer à cause de problématiques de droits. Elle était basée sur un chant, une magnifique mélodie du film Rencontre Du Troisième Type de Steven Spielberg, écrite par John Williams. J’ai recréé ce chant, que mon ami Paul et Oliwia ont chanté avec moi, mais il a fallu que nous le changions, donc nous l’avons inversé et découpé. Cette chanson n’est donc pas aussi bonne qu’elle l’était en studio. Si je le pouvais, je remixerais cette chanson. C’est la seule qui, je pense, aurait pu être meilleure. Elle reste correcte, mais ce n’est pas pareil qu’avant, car elle était géniale. En revanche, je trouve que le morceau éponyme est l’un des meilleurs que j’ai faits. « Ocean Without A Shore » est un peu le nouveau « Closer ». J’ai entendu des gens dire qu’il n’était pas très bon, et j’étais là : « Je ne sais pas ce que vous écoutez… », car je le trouve super.
Pour revenir à l’artwork, c’était totalement délibéré. Pour être honnête, j’adore la nuit, j’adore le crépuscule, j’adore les étoiles, la lune… La journée, c’est super, mais j’aime quand la lumière change. J’aime aussi l’automne, quand la Terre se met à se refroidir, que le soleil se tamise un peu. Je trouve ça très inspirant. Une chose que nous avons faite… Tu vois la pochette de We’re Here Because We’re Here ? C’était un homme qui regardait le soleil. Cette fois, il y a un homme qui regarde les étoiles : ça aussi c’était une référence délibérée. J’écris les chansons et je travaille mieux durant la journée, mais j’adore le soir, quand le soleil se couche. Je trouve ça très atmosphérique. J’aime aussi la météo, j’adore les orages, le vent, la lumière, etc. Tout ça fait aussi partie de l’atmosphère de l’album, et j’aime l’artwork parce qu’il reflète ce sentiment spirituel lié au crépuscule, à la nuit et à l’automne.
Justement, dans certains textes on retrouve pas mal le lexique de la météo ou des éléments naturels, comme le clair de lune, la lumière du soleil, la pluie chaude d’été, le violent tonnerre, le ciel, l’océan… En tant qu’artiste, ton humeur est-elle profondément affectée par tout ça ?
Ça m’inspire ! C’est juste quelque chose que j’ai choisi de faire et qui m’a paru naturel. Ce n’est pas la première fois et si tu regardes le nom du groupe, c’est assez évident que ça allait arriver. C’était pareil avec l’album Weather Systems, avec « The Storm Before The Calm » écrit par John Douglas, « The Gatheting Of The Clouds », « Lightning Song », etc. Tous ces morceaux sont des métaphores, faisant des parallèles entre les paysages intérieurs, les systèmes émotionnels, et la nature.
Tu as parlé de la troisième partie d’« Untouchable », mais on retrouve aussi une seconde partie de « Are You There? », ce qui est un peu plus surprenant, vu que rien ne semblait prédestiner cette chanson à avoir une suite.
Je sais ! Ça a été écrit en 2009 et c’était prévu qu’elle apparaisse sur un album d’Anathema. Vincent l’aimait beaucoup. Je trouve que c’est une bonne mélodie. Ça me rappelle un peu Mark Knopfler. Le son de guitare est peut-être un peu trop saturé, mais ça reste bon. J’aime les paroles de cette chanson. Mais la mélodie a effectivement été écrite en 2009 et c’était basé sur « Are You There? ». J’étais en train de jouer sur une guitare acoustique et j’ai trouvé cette mélodie. Il fallait que ce soit « Are You There? Part 2 », parce que c’était exactement les mêmes accords.
« Je respecte la plupart des religions du monde, mais je n’adhère pas à une religion particulière. Je crois en l’amour, et c’est la même chose que croire en Dieu. On n’est pas obligé de croire en Dieu ; il suffit de croire en l’amour, c’est pareil. »
C’est intéressant, car cette seconde partie sonne un peu plus optimiste et positive que la première…
Je pense que tout l’album est assez positif. Il le fallait. Il fallait que j’écrive de la musique positive, parce que j’étais dans une très mauvaise passe, à titre personnel. J’étais très triste et perdu pendant un moment, donc écrire de la musique positive était nécessaire. C’était comme une thérapie. Pour être honnête avec toi, je suis assez fier qu’il n’y ait pas de négativité, d’amertume, de jugement d’autrui ou de trucs horribles sur cet album. Tout est positif et spirituel, même si ça reste triste. Il y a de la tristesse, mais il n’y a pas de véritable négativité. C’est au-dessus de ça ; c’est au-dessus des conneries personnelles. Les paroles dans cet album sont probablement les meilleures que j’ai jamais écrites. Je le crois sincèrement. Et, encore une fois, elles sont positives car il fallait qu’elles le soient, mais c’est aussi honnête.
On peut remarquer des liens, dans les paroles, entre certaines chansons, comme « Do Angels Sing Like Rain? » et « Are You There? Part 2 » ou « Synaesthesia » et « Ocean Without A Shore ». Est-ce qu’écrire cet album était un peu comme écrire une histoire, où il y a des liens entre les chapitres ?
Non, pas vraiment, mais j’aime la façon dont les chansons sont liées. Le titre de « Do Angels Sing Like Rain? » est dans les paroles de « Are You There? Part 2 ». J’ai eu l’idée du titre seulement après avoir écrit cette dernière, parce que j’ai vu cette phrase et je l’ai trouvée super, donc ça m’a donné envie de l’utiliser pour nommer une chanson. De même pour « Synaesthesia » et « Ocean Without A Shore » qui sont liées. Ce n’est donc pas une histoire, mais ça donne le sentiment que ces chansons vont ensemble, elles se suggèrent mutuellement. Il y a un thème commun, et ce thème, c’est l’amour universel, l’amour de l’humanité, le respect de la vie.
L’album démarre sur la chanson « Synaesthesia ». Ça renvoie à un phénomène perceptif où, par exemple, la personne a l’impression de voir des couleurs en écoutant de la musique. On retrouve d’ailleurs cette idée dans le morceau éponyme, dans les mots « in the colour of sound ». Es-tu synesthétique ?
Oui. La musique sonne comme des couleurs pour moi. Je crois que la musique est mon seul véritable don, et ce don c’est celui de la mélodie. Les mélodies me viennent tellement naturellement. Honnêtement, je ne sais pas d’où elles viennent. Elles tombent sur moi comme la pluie, constamment. Dans cet album, pour moi, la musique sonne comme du bleu crépuscule.
Justement, tu as déclaré que ces chansons venaient d’un « lieu supérieur ». As-tu parfois l’impression que la musique est un portail vers un autre monde ?
Oui. Je pense que c’est peut-être vrai. Je sais que Thom York et Paul McCartney – deux des plus grands compositeurs dans l’univers rock que le monde a jamais connus – pensent que la musique leur est donnée depuis une origine supérieure. Einstein a aussi dit ça au sujet de Mozart ; il a dit que la musique de Mozart existait dans une dimension supérieure et qu’ils attendaient juste que le maître la découvre. C’est donc un peu comme de la découverte, plus que de la créativité. Je crois que je suis d’accord avec ça. C’est magnifique, n’est-ce pas ? Quand je trouve des mélodies, c’est le sentiment que j’ai, comme si je canalisais quelque chose, car ça n’arrête pas de venir et je ne sais pas d’où ça vient. J’ai cinquante-deux ans et ça arrive toujours. Donc peut-être que c’est un don d’une dimension supérieure.
Tu as évoqué le côté spirituel de cet album. Verrais-tu un parallèle entre la musique religieuse, comme la musique liturgique ou le gospel, et celle que tu crées ?
Je la qualifierais plutôt de musique dévotionnelle. C’est une bonne manière de la décrire, comme la musique indienne, c’est très méditatif. J’aime le gospel aussi, mais j’aime surtout la musique dévotionnelle, la musique qui a un côté spirituel. Et j’entends ça aussi dans des groupes tels que Sigur Rós. Je ne sais pas s’ils le font intentionnellement et s’ils ont une spiritualité, mais j’en entends dans leur musique. J’aime ce genre de chose. J’ai toujours trouvé que les meilleures œuvres d’art semblaient venir d’une dimension supérieure et que l’essence de cette dernière était accrochée à l’œuvre comme un parfum. Quand tu regardes Vincent Van Gogh – un des meilleurs artistes ayant jamais vécu –, on a l’impression qu’il a capturé cette dimension supérieure sur la toile, on peut la voir au travers de la texture, la lumière, les coups de pinceau. Quelque chose bourdonne et bourgeonne quand on regarde.
« Quand la mort arrivera, je serai un peu effrayé, mais ça ne me terrorise pas. Beaucoup de gens le sont, pas moi, parce que ce sera un soulagement et parce que ce ne sera peut-être pas la fin. »
Je respecte la plupart des religions du monde, mais je n’adhère pas à une religion particulière. Je crois en l’amour, et c’est la même chose que croire en Dieu. On n’est pas obligé de croire en Dieu ; il suffit de croire en l’amour, c’est pareil. C’est ce que je crois. Ceci dit, je crois probablement en Dieu, mais c’est à cause des recherches que je fais depuis des années sur les expériences de mort imminente. Certaines d’entre elles paraissent très réelles. Si elles sont réelles, ça signifie que la conscience survit à la mort, et alors les implications sont énormes. Je ne sais pas avec certitude si c’est vrai, mais d’après les indices des expériences de mort imminente et les expériences spirituelles que j’ai moi-même vécues – j’en ai eu deux ou trois qui étaient profondes –, je dirais qu’il y a de fortes chances que ça le soit, que la conscience survive à la mort, qu’il y ait une dimension supérieure faite de conscience, ce qui, au final, signifie que tout ira bien.
Te questionnes-tu souvent sur la mort et l’au-delà ?
Oui. J’y pense souvent, simplement parce que ça fait partie de mon caractère. Je suis quelqu’un qui veut des réponses aux grandes questions.
Tu en obtiens parfois ?
Pas à cent pour cent, non [rires]. Peut-être à quatre-vingt-dix ou quatre-vingt-quinze pour cent. Je ne dirais jamais que je suis certain de savoir. Je fais très attention à ne pas dire ça. Je crois que la plupart des gens qui se disent certains de savoir veulent juste être certains de savoir. Je pense qu’il existe des gens qui savent avec certitude, des gens qui l’ont vécu, comme Pam Reynolds qui a eu une profonde expérience de mort imminente, mais pour beaucoup de gens, quand ils disent « je sais que Dieu existe », ce qu’ils disent réellement, c’est : « Je veux savoir. » Je ne parle pas comme ça. Je ne parle pas en termes d’absolu sur ces questions, parce qu’il y a toujours une chance que j’aie faux.
Est-ce que faire de la musique est ta façon de réfléchir et d’essayer de trouver des réponses aux grandes questions ?
Je fais juste des commentaires et je pose des questions dans la musique, mais je pense que le seul moment où j’aurai de véritables réponses, c’est lorsque je mourrai. Je n’ai pas vraiment peur de la mort. Enfin, j’en ai un petit peu peur, quand ça arrivera, je serai un peu effrayé, mais ça ne me terrorise pas. Beaucoup de gens le sont, pas moi, parce que ce sera un soulagement et parce que ce ne sera peut-être pas la fin. Mais encore une fois, j’insiste, je ne suis pas certain. Je me suis construit une opinion sur la base d’indices et d’expériences personnelles. C’est tout. Je ne crois pas à cent pour cent à la Bible. Je crois aux ovnis, ceci dit [rires].
Les anges sont mentionnés dans plusieurs chansons. Crois-tu aux anges ?
Oui, mais je ne suis pas sûr de ce qu’ils sont exactement. Vous pouvez lire un livre [La Preuve Du Paradis] de docteur Eben Alexander, il parle des anges, et il y a un passage extraordinaire. C’est là que j’ai eu l’idée de faire « Do Angels Sing Like Rain? ». J’ai oublié le nom du chapitre, je crois que c’est The Core, mais il y disait qu’il pouvait voir des globes voler très haut, il posait des questions et les réponses lui tombaient dessus comme la pluie, et des chants émanaient de ces globes. Quand il est revenu à la vie, il a dit : « Je pense que c’était des anges. » C’est magnifique la façon dont c’est écrit. Encore une fois, je ne sais pas ce que sont les anges, mais j’aime chanter à leur sujet, car j’aime le mot [rires]. J’aime l’idée qu’il existe un royaume spirituel qui nous observe et nous aide un petit peu. Peut-être que c’est faux et je m’en fiche si les gens croient que c’est faux. Je m’en fiche si les gens pensent que je me fais des illusions. Ce qu’ils pensent n’a pas d’importance à mes yeux ; ça n’a d’importance que pour eux. Et comme je l’ai dit, je n’ai pas de problème avec la plupart des religions. Il y en a certaines que je n’aime pas trop, parce qu’elles sont trop intégristes, mais toute religion qui t’emmène vers la tolérance, l’amour de tes semblables, le pardon, la compassion, etc. fonctionne. Je n’ai pas besoin d’une religion pour avoir ces choses, mais certaines personnes en ont besoin. Ça les aide et ça ne me pose pas de problème, et je pense que Jésus était une belle personne.
« Jésus était plus bouddhiste que chrétien ! Il a été mal interprété [rires]. Le bouddhisme, c’est l’idée que l’état intérieur, la présence, la conscience qu’on est fait partie de Dieu, et c’est exactement ce que disait Jésus. »
On comprend, dans la chanson « Synaesthesia », que le titre de l’album, Ocean Without A Shore fait en fait référence à l’amour.
En effet, l’océan sans rivage, c’est l’amour universel. J’ai vu un gars dire que l’océan sans rivage était le plus grand symbole de dépression qu’il avait jamais vu, mais j’étais là : « Non, mec, c’est tout l’inverse. C’est un océan d’amour. » C’est à ça que ressemble le paradis. Je ne sais pas comment ça fonctionne, mais ce que j’ai lu sur le paradis, c’est qu’il est fait d’amour de la même façon que ce monde est fait d’atomes. C’est dingue. L’amour universel, que de nombreuses personnes religieuses ont ressenti, que ce soit Dalaï-Lama, un sans-abri dans la rue, un évêque en Angleterre… Il y a certaines personnes qui ressentent cette connexion avec l’humanité, cet amour de l’humanité, de la nature, de la vie et de la création, et ce respect pour l’univers. C’est ça l’océan sans rivage. C’est vraiment universel et c’est ce que dit l’album : cet océan est en vous. C’est ce qu’a dit Jésus : « Le royaume de Dieu est en vous. » Ce qu’il dit véritablement, c’est que l’océan d’amour et de conscience est profondément ancré dans votre psyché, en vous, et c’est un lien qui existe dans toute l’humanité, toute vie, tout. Jésus était plus bouddhiste que chrétien ! Il a été mal interprété [rires]. Le bouddhisme, c’est l’idée que l’état intérieur, la présence, la conscience qu’on est fait partie de Dieu, et c’est exactement ce que disait Jésus.
A ce sujet, tu as déclaré avoir « opéré un changement spirituel dans [ta] vie personnelle ». Peux-tu nous en dire plus sur ce changement spirituel ? Quand a-t-il eu lieu ? Qu’est-ce qui l’a déclenché ?
C’est arrivé il y a des années. La première fois, c’était en 2005 et 2006. Puis ça s’est reproduit récemment. Il fallait que j’opère un changement spirituel, parce que, comme je l’ai dit, j’étais très triste après la séparation du groupe. C’est pourquoi, dans la chanson « Untouchable Part 3 », ça dit : « Build within my mind a cathedral made of light » (Construis dans mon esprit une cathédrale de lumière). C’est littéralement ce que j’ai fait pour essayer de reconstruire mon esprit et ma vie. Il fallait que je fasse appel à un côté spirituel parce que tout paraissait cassé. La seule solution était spirituelle. J’étais obligé. Mais mon premier changement spirituel s’est vraiment produit en 2005 – l’album We’re Here Becasue We’re Here en parlait. C’était un gros changement, et j’en ai toujours l’essence en moi. Parfois c’est enfoui pendant un moment, puis ça revient, mais c’est toujours là. C’était une longue histoire, mais j’ai vu une thérapeute qui m’a aidé à m’ouvrir l’esprit et mon subconscient via l’hypnothérapie. C’était un magnifique programme thérapeutique grâce auquel j’ai réalisé, après coup, que j’avais touché quelque chose de plus profond que mon esprit ; ça allait plus loin que mon esprit, c’était la conscience. J’ai ressenti beaucoup de chaleur. C’était magnifique. Je connais toujours cette thérapeute, je suis encore ami avec elle. Cette femme est incroyable.
Tu as qualifié Weather Systems de « groupe hériter d’Anathema ». Considères-tu l’avenir de ce projet comme la continuation directe de l’histoire que tu as écrite avec Anathema, ou bien nourris-tu au fond de toi l’espoir qu’Anathema renaisse un jour ?
Je ne sais pas. Ça ne dépend pas de moi. J’en doute, pour être honnête. Les choses sont peut-être ainsi maintenant, mais ça va. Comme je l’ai dit – et j’ai lu quelqu’un disant que c’était des conneries, mais non – c’est comme Game Of Thrones et House Of The Dragon. Ça fait partie du même univers, c’est connecté, mais c’est une autre histoire. C’est ainsi que je le vois. Oceans Without A Shore reste un bon album, j’y crois encore. Il y aura forcément des comparaisons avec Anathema, il fallait s’y attendre, et je l’accepte totalement, mais en termes de composition, je trouve que c’est un excellent album. Ce que les gens ne savent pas, c’est que peu importe l’album, quand il est terminé, je l’écoute tous les jours pendant au moins trois mois avant qu’il ne sorte. Je l’écris donc pour moi. Quand il sort, j’arrête de l’écouter, surtout quand nous commençons à tourner, mais les trois mois précédents, je l’écoute vraiment tous les jours. J’ai écouté cet album bien plus de cent fois, très fort, avec un fantastique casque, et je l’aime encore. C’est ainsi que je le juge. Je ne le juge pas en fonction de la réaction d’autre gens. C’est sympa si des gens l’aiment, mais moi, je sais que je l’aime, je trouve qu’il a de super chansons. C’est ce que je ressens qui compte dans mon jugement. Je n’ai pas vraiment d’attentes et je n’ai pas un gros ego par rapport à cet album. Je sais juste que je l’aime. Il est probablement meilleur que The Optimist – il est plus émotionnel, c’est certain – et je le trouve meilleur que Distant Satellites. Il n’y a pas beaucoup d’erreurs dans cet album.
Je crois que tu as aussi travaillé sur un album solo baptisé Cellar Door ?
Oui, mais j’ai mis ça en suspens, car il fallait que je fasse cet album. C’est lui qui comptait le plus, qui était important. Mais je vais probablement m’y remettre un jour.
Interview réalisée par téléphone le 30 septembre 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Caroline Traitler (1, 7), Nicolas Gricourt (3).
Facebook officiel de Weather Systems : www.facebook.com/p/Weather-Systems-61562089611433
Acheter l’album Ocean Without A Shore.
































