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Chronique Focus   

Weather Systems – Ocean Without A Shore


La séparation d’Anathema, il y a quatre ans presque jour pour jour, s’apparentait pour beaucoup à un cataclysme. Alors que le travail avait débuté pour offrir un successeur à The Optimist, ce qui émergea fut un hiatus en forme de trépas qui n’ose dire son nom. S’il est clair qu’une tournée révoquée par le Covid-19 n’a rien arrangé, il subsistera toujours des zones d’ombre. Des braises allaient cependant émerger, portées par Daniel « Danny » Cavanagh (principal compositeur du défunt), Weather Systems – du nom de son album d’Anathema favori. Cette genèse comporte elle aussi des éléments dignes de légendes urbaines, comme une campagne de financement lancée par un fan qui, dévasté en voyant Danny vendre ses instruments, lui aurait acheté une guitare pour la lui retourner. En parallèle, des reprises et titres originaux étaient postés, balises d’espoir dans une longue et noire vallée.

Reprendre le flambeau, certes, mais aussi faire en sorte qu’il ne s’éteigne pas dès la première foulée. Même le label choisi est celui chez qui Anathema avait migré sur son lit de mort. Alors, « on prend les mêmes et on recommence » ? Pas vraiment… On retrouve surtout Daniel Cardoso à la batterie, et quelques artistes comme Petter Carlsen qui avaient gravité autour d’Anathema. Vincent Cavanagh a de son côté formé The Radicant, avec un EP auquel Daniel Cardoso – trait d’union ténu entre les deux frères – a participé.

La majeure partie d’Ocean Without A Shore trouve sa source dans des sessions d’écriture antérieures à la séparation, avec toutefois de la place pour quelques libertés. Weather Systems n’hésite pas à être heavy si nécessaire, avec une honnêteté projetée par Danny comme un sacerdoce. « Synaesthesia », avec ses signatures rythmiques « tronquées », fait l’effet d’un saut du lit avec une idée précise en tête : « Assez déconné ! » On trouve aussi bien des guitares très saturées que des sonorités astrales exhumées de Judgement ou Eternity. Danny continue d’exercer sa magie, et nous renvoie parfois à une ambiance de concert orchestral. « Do Angels Sing Like Rain? » reprend clairement les anciens codes, même si Danny pousse davantage sur sa voix, qui, ailleurs, prend tant de pincettes. Un thème peut changer de couleur au fil d’un morceau malgré une évolution restreinte, allant d’une mélancolie traînante vers une course de fond dans la fraîcheur du matin (le très A Natural Disaster « Untouchable (Part 3) »). Danny s’attelle une fois de plus à nous démontrer que, malgré les distances et les barrières, les gens ne sont pas si éloignés ou différents. Les vieux de la vieille feront le plein de nostalgie au son des « tu me manques chaque jour » et autres « la vie ne sera jamais plus comme avant » (« Ghost In The Machine »). À cela s’ajoute la suite offerte à « Are You There? », moins solitaire que son aïeule.

Ne se limitant pas aux classiques duos mixtes, l’album voit intervenir cinq voix. Là où Lee Douglas officiait au crépuscule d’Anathema se trouvent maintenant Oliwia Krettek (qui signait des reprises d’Anathema, dont certaines en polonais) et surtout Soraia Silva. On frôle le « syndrome Scar Symmetry », avec une voix unique (à plus d’un titre) remplacée par deux personnes tandis que, tourmenté par le souvenir des mélodies d’un temps révolu, on reste un peu sur sa faim, mais l’illusion demeure frappante. Ce beau monde s’assemble en un Mégazord vocal à l’arsenal fourni et nuancé, en dialogue comme à l’unisson. « Still Lake » fait la part belle aux claviers et à l’orchestration. Les guitares y prennent quelque distance, rendant paradoxalement leurs invocations d’autant plus adéquates. « Take Me With You » peut sembler pop mais s’amuse également avec la rythmique. La chanson-titre extirpe le vocoder du placard, quoique moins frontalement que sur le classique « Closer ». Une sorte de chiptune y surgit, pour un résultat dansant et original. Enfin, les cinq vocalistes forment sur « The Space Between Us » un chœur radieux qui aurait fonctionné sur le dernier Alcest. Votre humble chroniqueur avoue avoir, à la première écoute, noté « Yannick Noah » dans un coin – c’est dire le taux d’ensoleillement de cet épilogue. Danny y apparaît confiant, serein ; les contrariétés ont pris le large, ce qui n’empêche pas de rester stoïque pour mieux négocier l’avenir.

Dans ce contexte particulier, Ocean Without A Shore apparaît comme la mise en pratique de cet optimisme qu’Anathema s’était mis à prêcher – à la surprise quasi générale – sur ses derniers albums. Difficile de peser aux côtés du monument qu’était l’album Weather Systems, véritable presse-agrume affectif anti-dépression, mais si Weather Systems sonne parfois comme un groupe hommage, après tout, pourquoi pas ? Ce projet est néanmoins loin de la parodie et se fraie une route neuve, poursuivant un objectif émotionnel universel. À propos : Weather Systems comprenait « The Storm Before The Calm » ; peut-être tenons-nous là ce prophétisé calme, après la tempête que constituèrent, pour Anathema et son héritage, ces quatre dernières années ?

Lyric vidéo de la chanson « Do Angels Sing Like Rain? » :

Album Ocean Without A Shore, sortie le 27 septembre 2024 via Music Theories Recordings. Disponible à l’achat ici



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