Début des hostilités à 19h, une demi-heure après l’ouverture officielle des portes, à l’agora de Bonneville en Haute-Savoie, pour le WinteRock Fest, un festival local monté par des amis depuis maintenant neuf ans et qui s’étend sur deux soirées. Le festival avait commencé la veille avec une soirée punk affichant complet, et c’est donc pour celle de rock/metal que nous nous sommes déplacés avec enthousiasme.
Dès l’entrée, un premier coup d’œil permet de voir qu’après neuf ans, l’édition 2024 est la première à proposer du merch avec la vente de t-shirts (dont la bonne qualité fait beaucoup parler). Au sous-sol, une friperie, un atelier de sérigraphie de la programmation, de la vente d’accessoires et un Photomaton gratuit sont proposés aux festivaliers. Au-dessus du bar, un panneau annonce la couleur : « Hier les punks ont bu six cent vingt litres de bière », ce qui, pour une jauge pleine de six cent cinquante personnes, est un chiffre assez intéressant ! La salle est grande, tellement que le merch artistes y est entreposé sur le côté de la scène. Lors d’une discussion avec l’un des membres de la direction, il apparaît que cette soirée n’est pas sold out, avec cependant une belle estimation de cinq cents festivaliers. Pourtant, l’affiche n’est pas en reste : ce qui tient à cœur à l’organisation, c’est de programmer des groupes français et/ou francophones, si possible même locaux, afin de mettre en avant la scène grandissante. Affiche qui parvient même à convaincre un ami de se joindre à nous en dernière minute. L’organisation a su réagir rapidement suite à une pénurie de bouchons d’oreilles et ils ont bien fait, car ce soir sont programmés quatre groupes qui promettent de ne pas s’ennuyer : Lifeboats, Lòdz, Kassogtha et Dagoba.
Artistes : Dagoba – Kassogtha – Lòdz – Lifeboats
Date : 24 février 2024
Salle : L’Agora
Ville : Bonneville [74]
Il est 19h32 lorsque les Lyonnais de Lifeboats montent sur scène. Immédiatement, un code vestimentaire peu commun au genre metal assez monochrome saute aux yeux : chemisettes à motifs colorés, shorts et ambiance festive sont au rendez-vous. Le merch proposé suit d’ailleurs la même direction artistique, de quoi ramener un peu d’été dans cette soirée de février en vallée alpine. L’énergie entre le groupe et le public (qui n’est pas encore au complet) est au rendez-vous, entraînée par Lucas Seurre, chanteur de la formation qui interagit de manière très régulière avec celui-ci et ne manque pas de sauter partout. Des petits circle pits sont lancés en fin de chansons puis, après quelques dizaines de minutes, on voit monter sur scène un nouveau chanteur – visiblement un ami des musiciens, lui aussi paré de sa plus belle chemisette – pour se joindre comme seconde voix sur quelques chansons, avant de redescendre se poser au merchandising. En milieu de set, Lucas Seurre reprend la parole et annonce : « Ok les amis, vous aimez un petit peu le hardcore ? Parce qu’à partir de ce moment-là du set ça va, comment dire… bouger un peu plus ! » pour le plus grand plaisir du public qui acclame la déclaration et semble amateur du style. Les cinquante minutes de concert sont passées à une vitesse éclair, le public sort en direction du bar le sourire aux lèvres, content également de recroiser plus tard dans la soirée les Lyonnais dans la foule.
Setlist :
Confessions
Till The End
Misery Business (Paramore cover)
Distress
Cut From The Same Cloth
Old Habits
Tears Me Up
Way Out
La salle et le public sont plongés dans le noir, une bande enregistrée passe dans les enceintes, et c’est dans cette ambiance presque mystique que le deuxième groupe lyonnais de la soirée entre en scène. Très rapidement, le ton est donné : le hardcore a laissé place au post-metal atmosphérique. Le début du set reste assez sombre, avec un jeu de lumières plutôt diffus et laissant toute sa place à l’obscurité. Eric Tulpa, au chant et à la guitare, prend vite possession de son micro pour remercier le public d’être là, le qualifiant de très beau et remerciant l’organisation pour un super accueil. Il ajoute : « Vous avez reconnu notre bassiste ? » En effet, Julien Mailland est également le bassiste de Lifeboats ; il aura donc enchaîné les deux premiers concerts de la soirée, prenant tout de même le temps de revêtir des vêtements et une casquette plus sobres pour son concert avec Lodz. Pour cette deuxième apparition sur scène, il appuiera Eric sur le chant screamé, apportant une profondeur que l’on apprécie dans le style. « Pyramids », un titre cent pour cent instrumental, est joué en milieu de set, allouant un joli pont et une belle transition à la chanson « Ghosts Of Confusion », issue du même album. Après un énième remerciement au public, et rappelant le plaisir qu’a le groupe d’être là, celui-ci joue « The Sound Of Deceit » et quitte la scène, sous les applaudissements d’un public visiblement satisfait.
Setlist :
You’ll Become A Memory
Chimeras
Play Dead
This Mistake Again
Pyramids
Ghosts Of Confusion
Time Doesn’t Heal Anything
The Sound Of Deceit
Après avoir mangé pour reprendre des forces, c’est collés à la scène que nous attendons l’arrivée du groupe suisse, découvert lors d’une date en première partie d’Avatar il y a environ un an. Les musiciens entrent un à un et Stephany Hugnin, frontwoman de la formation, apparaît en dernier, cheveux teints de bleu, prestance scénique impressionnante et sourire aux lèvres – telle une digne héritière d’une chanteuse, elle aussi francophone, bien connue de la scène death metal. Dès que le premier scream est lancé, le public est averti : Kassogtha est ici pour retourner la soirée. Appuyée de son bassiste Mortimer Baud au chant screamé lui aussi, la chanteuse montre qu’elle maîtrise parfaitement les alternances scream/voix claire tout au long de la quasi-heure qui leur est donnée. Le premier circle pit est lancé sur « The Call » et les pogos ne s’arrêteront qu’en même temps que les musiciens cinquante minutes plus tard, entraînant quelques écrasements de cages thoraciques sur la scène pour les plus proches de celle-ci. On note aussi l’apparition de slams inversés : faute de crash barrières, à quatre reprises des slammers ont atterri sur scène, attisant l’énergie du public, avant de se jeter de nouveau dans la foule qui les a portés cette fois-ci jusqu’à leur point de départ. Un jeu entre le guitariste dansant Martin Burger et le batteur (aussi souriant qu’on le connaît sur scène) Dylan Watson – qui est aussi batteur pour Can Bardd – est relevé, montrant que les Genevois sont bien soudés. Le titre fraîchement dévoilé, « Rise », lance un second circle pit, encore plus gros que le premier. Ses ponts instrumentaux permettent aux musiciens une mise en avant de leur technicité bien appréciée. Le concert se termine avec « Complacency », point final d’un show qui ne nous a pas laissé voir le temps passer. Le groupe annonce qu’il sera présent pour rencontrer le public au stand de merchandising, et certaines conversations laissent entendre qu’il s’agissait d’une « très belle découverte ».
Setlist :
The Infinite
Drown
Kassogtha (The Call)
Venom
Rise
Pale Horizon
Before I Vanish
Complacency
Après une dizaine de minutes de remerciements de l’organisation à leurs équipes et au public – chose plutôt appréciable ! – le changement de plateau pour le concert de clôture de la soirée et du festival laisse penser que Dagoba est légitime à sa place en tête d’affiche : en effet, c’est le premier concert qui présente une scénographie vraiment travaillée. Dès les premières notes de « Dracula », le groupe semble avoir toute l’attention du public. Le lancement de la chanson « Inner Sun » et l’engouement reçu pour celle-ci font dire au leader Shawter, qui est en très grande forme vocale et physique à en juger par ses headbangs puissants, que ça leur fait du bien de rejouer des vieux morceaux. La mise en scène est calée, les musiciens sont techniques et raccord, voilà un groupe maintenant bien rodé. Shawter reprend la parole : « Celle-là, je pense que vous la connaissez, quasiment toute la population française l’a vue sur YouTube alors, écartez-moi cette foule ! » – référence au wall of death mythique lancé par le groupe lors de leur passage au Hellfest Open Air 2014 – et les premières notes d’« It’s All About Time » sont accompagnées de la création d’une fosse au cœur du public, heureux d’attendre les quelques secondes précédant ce gros câlin brutal géant. L’organisation nous permet de prendre de la hauteur alors que les notes bien reconnaissables de l’intro de « When Winter » sont jouées, afin de nous rendre compte que l’entièreté du public, qui occupe une grosse partie de la salle, bouge à l’unisson avec le groupe, il est d’ailleurs noté un nombre important de slammers !
Shawter et les autres membres prennent beaucoup de fois la parole lors de ce concert, usant souvent de l’humour et n’hésitant pas à rappeler leurs origines marseillaises, afin de remercier le public et l’organisation. C’est un échange chaleureux qui se produit : à la barrière, on entend des gens s’adresser au duo fonctionnel Ritch De Mello/Kawa Koshigero pour les féliciter, un autre monte sur scène pour chanter quelques couplets avec le groupe… Si on ne compte plus les circle pits, pogos et wall of death lancés via des phrases telles que « je veux voir les ingés au fond, là je ne vois rien ! » qui sont sans fin durant ce concert, reste en mémoire l’image de cet enfant, monté sur les épaules du chanteur, qui fait se séparer la foule en deux de manière plus que coopérative. Le concert se termine par les iconiques « The Great Wonder » et « The Things Within », puis le groupe annonce qu’il y aura du lourd à venir bientôt, et invite tout le monde à les rejoindre boire une bière au stand de merchandising. Les lumières se rallument et « Jump » de Van Halen retentit, de quoi décrocher quelques rires au sein du public.
Setlist :
Dracula
Inner Sun
White Gun
It’s All About Time
Black Smokers
Nightfall
Degree Zero
When Winter
Epilogue
Sunset Curse
Stone Ocean
From Torture
Maniak
The Great Wonder
The Things Within
Photos : Mathilde Beylacq.

































