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Chronique   

Soen – Reliance


La dépendance. C’est autour de cette notion que Soen a choisi de nommer son septième opus. Avec Reliance, le groupe suédois poursuit un voyage qu’il maîtrise désormais avec assurance, quelque part entre lumière et obscurité, tension et apaisement, illustrant une dualité profondément humaine. Les Scandinaves affinent encore leur metal progressif introspectif tout en accentuant légèrement son versant heavy, livrant un disque dense, cohérent et porté par une ambition émotionnelle intacte.

« Primal » frappe fort. Riffs massifs, énergie brute et refrain porteur d’espoir traduisent une colère sourde face à un monde fragmenté. Fidèles à la tradition, les titres sont réduits à un mot unique, chacun véhiculant un message clair, sans détour ni superflu. « Mercenary » enchaîne dans le même registre, quasi hymnique, dominé par des guitares appelant à la révolte. Le ton est donné pour un album frontal, mais est révélée aussi une tendance à s’installer dans une formule désormais bien connue. Car si Reliance séduit par sa fluidité et sa continuité d’écoute, il souffre d’une uniformité persistante. Chercher l’inspiration dans son propre répertoire a ses limites. Les structures vocales, souvent murmurées ou chantées avec retenue, associées à une lourdeur instrumentale omniprésente, finissent par se ressembler. Presque tout semble construit autour de la voix de Joel Ekelöf, ce qui fonctionne nettement mieux sur les développements atmosphériques, comme dans « Discordia » (le court passage djent n’en est, d’ailleurs, que plus percutant) ou « Huntress ». Le chant s’y fait plus naturel, vulnérable, bien plus convaincant que lorsqu’il force une agressivité. « Indifferent », malgré son titre, s’impose comme un sommet de sensibilité, épuré et touchant. À l’inverse, « Unbound » ou « Drifter » peinent à marquer sur la durée. La conclusion, « Vellichor », sombre et élégante, apporte enfin une audace tardive, laissant l’impression que certaines pistes créatives auraient mérité d’être davantage explorées plus tôt. Soen ne surprend sans doute plus, mais Reliance confirme un groupe arrivé à maturité, capable de maintenir un niveau élevé. Soen sonne toujours comme Soen et l’album, sincère et à fleur de peau, parfois trop sage, demande simplement du temps pour révéler toute sa portée.

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Kreator – Krushers Of The World


Pilier du thrash allemand depuis 1982, Kreator ne montre aucun signe de ralentissement avec Krushers Of The World, son seizième album. Une agressivité et une maîtrise technique intactes, auréolées par la production de Jens Bogren, massive et claire, qui met en valeur la précision de jeu sans jamais diluer la puissance. Dès « Seven Serpents », une énergie immédiate et brutale est mise avant, rappelant que le temps n’a pas émoussé la rage des Teutons. Mille Petrozza impose sa voix comme le pivot central et le moteur de chaque morceau, tandis que ses compères happent l’auditeur de leurs rythmiques implacables. « Satanic Anarchy » et « Krushers Of The World » illustrent ainsi leur capacité à créer des hymnes instantanés – l’un très mélodique, l’autre plus dans une lourdeur à se briser la nuque. De même pour « Tränenpalast » qui se distingue par son atmosphère sombre et théâtrale, inspirée des films de Dario Argento. Ici, le growl de Britta Görtz (Cripper), invitée pour l’occasion, apporte un supplément d’âme et démontre que Kreator sait surprendre et enrichir sa musique de textures modernes.

Pourtant, le disque reste profondément ancré dans ses fondations, notamment à travers des titres tels que « Barbarian », « Deathscream » (et ses sonorités à la Slayer) ou « Psychotic Imperator » qui renouent avec les racines old school. Riffs affûtés, changements de rythme percutants et solos inspirés s’y enchaînent avec efficacité, tandis que Frédéric Leclercq et Jürgen « Ventor » Reil assurent entre groove solide et martèlements d’une redoutable vigueur. Si l’album respecte les codes du genre et ne lésine pas sur la férocité, il dissémine aussi un surcroît de mélodie et de chœurs. De quoi renforcer les composantes dramatique et fédératrice, notamment sur les refrains (« Loyal To The Grave »). Krushers Of The World ne prétend rien réinventer, mais démontre une nouvelle fois la maîtrise totale de la bande à Petrozza. Un thrash musclé, varié, dynamique, mélodique et impeccablement exécuté, qui impose le respect et maintient Kreator comme une force incontournable du paysage metallique, toutes générations confondues.

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The Ruins Of Beverast – Tempelschlaf


Depuis la sortie de The Thule Grimoire début 2021, The Ruins Of Beverast avait concentré ses efforts sur le live. C’est pour Tempelschlaf, son septième album, qu’il a repris le chemin du studio. À la fois fiable – on retrouve à chaque fois un black/doom très atmosphérique – et imprévisible – de la noirceur corrosive de Rain Upon The Impure à l’étrange psychédélisme tribal d’Exuvia, le territoire arpenté est vaste –, riche d’une vingtaine années de carrière et toujours prêt à explorer de nouveaux horizons, The Ruins Of Beverast continue sur ce nouvel opus ses mutations.

Et ces mutations, cette fois-ci, ont l’allure d’une synthèse. Au fil de l’heure de Tempelschlaf, on retrouve de nombreux paysages entraperçus dans les sorties précédentes du projet, le metal incisif des premiers albums (« Day Of The Poacher », « Alpha Fluids ») comme les longs passages hallucinatoires du milieu des années 2010 (« Tempelschlaf »), la religiosité tourmentée de Blood Vaults (« Cathedral Of Bleeding Statues ») ou encore le chant clair des sorties récentes. Ce qui fait la suture entre ces éléments différents, c’est le riffing très reconnaissable d’Alexander von Meilenwald, la tête pensante du projet, mais aussi les rythmiques tribales qui hantent sa musique depuis quelques albums maintenant et qui lui donnent une assise à la fois viscérale et hypnotique : la batterie, dont la production souligne le naturel, pulse et propulse l’auditeur dans ce qui tient moins du sommeil suggéré par le titre que du rêve, du cauchemar, ou d’un état ambigu de semi-éveil. Des solos inventifs et singuliers (au centre de « Babel, You Scarlet Queen! », au début « Last Theatre Of The Sea ») en émergent avec éclat, tout comme certains intermèdes, le rock gothique et les arpèges lumineux qui ponctuent le traditionnel final monumental (« The Carrion Cocoon »), par exemple. Pas aussi nébuleux et narcotique que ses prédécesseurs, plus direct, Tempelschlaf gagne de l’épaisseur à chaque écoute : on n’en attendait pas moins de Meilenwald, qui s’impose une fois de plus comme une valeur sûre.

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Lionheart – Valley Of Death II


Retour sous le soleil brulant de Californie. Lionheart poursuit son travail de façonnage d’un hardcore beatdown dont il a très tôt esquissé les contours, formule qu’il reproduit désormais sans réelle volonté de renouvellement mais à laquelle il parvient à injecter une énergie intacte. Conceptuellement inscrit dans la continuité de Valley Of Death, initialement sorti en 2019, leur huitième album en reprend les ingrédients fondamentaux : précision du riffing, vélocité des tempos et gimmicks gangsta hip-hop.

Les Américains de Lionheart ont fait le choix d’adopter une position de puristes. Le son du groupe s’est certes affiné et légèrement gonflé, adoptant ci et là quelques contours metalcore, mais il est resté profondément ancré dans la mouvance HxC, genre par essence codifié auquel le quintet ne déroge jamais véritablement. Lionheart se démarque plus volontiers par un line-up d’une solidité à toute épreuve et d’une rigueur quasi stakhanoviste dans ses sorties. Valley Of Death II s’inscrit à ce titre dans une forme de tradition pour partie héritée des parrains de Hatebreed. Les structures sont limpides, sans fioritures. Lionheart enquille les riffs punk acérés, mosh-parts et autres passages 2-step alignés consciencieusement sur des lignes de basse amples à souhait. L’ensemble est comme souvent extrêmement concis – vingt-trois minutes pour dix titres – et extrêmement fédérateur. S’il ne dévie pas de sa ligne artistique originelle, Lionheart s’amuse à établir des connexions entre les concepts de ses albums, reprenant le principe de numérotation propre au rap US. Le frontman Rob Watson et sa bande imposent ici l’ambiance étouffante d’un Los Angeles caniculaire. Un paysage urbain, sale et poisseux, abandonné aux ballets des low-riders ainsi qu’aux rassemblements nocturnes improvisés. Les sirènes retentissent, les clébards donnent de la voix (le refrain de « Chewing Through The Leash ») et la camaraderie s’impose naturellement. En témoignent les featurings qui ponctuent judicieusement ce huitième album aussi authentique qu’efficace.

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Unprocessed – Angel


Qu’est-ce que le metal « moderne » ? Dans la surenchère de ces dernières années, le metalcore et ses dérivés ne sont pas en reste : toujours plus de vitesse, de brutalité et d’idées folles. Le risque est de lasser le chaland, si cette course n’a d’autre finalité que d’impressionner. Fort heureusement, des projets préservent et développent une personnalité, comme Unprocessed, dont la réputation se nourrit d’un gros régime de tournées et des prouesses du chanteur-guitariste Manuel Gardner Fernandes, devenu incontournable dans le cercle des « gratteux ».

Les accents pop ne sont pas pour Unprocessed un complexe, et ce chant clair aurait toute sa place dans de la synthwave. Même certains élans furieux recèlent une dose d’émotion qui confère un charme certain à la formation. On pense parfois sur l’album au screamo voire à Birds In Row, avec des zigzags à la frontière de la saturation. Le côté « lave-linge » de certaines séquences où les instruments se changent en couteaux à émincer tranche assurément avec le caractère plutôt intimiste du disque. Les collaborations hip-hop ou deathcore, loin de vulgaires parachutages, rebattent les cartes et bouleversent notre vision du projet. Les affleurements néo (« Solara ») peuvent faire voir en Unprocessed la collusion de Slipknot et Polyphia (peut-être avec un peu de Linkin Park ?). À propos de Polyphia : deux de leur membres avaient donné un coup de main sur l’album précédent, et on retrouve ici avec plaisir une grande variété de sons de guitares. Entre les timbres de bol tibétain et les aussi impitoyables qu’incontournables « tchonk tchonk », toutes les onomatopées du dictionnaire ne suffiraient pas à couvrir les émanations de ces cordes. Malgré l’âcreté qui prévaut dans le mode d’expression et le propos lui-même, la joie de composer et d’interpréter est plus que palpable en Angel. Pour revenir à nos histoires de modernité : le mieux reste de ne rien supposer et de laisser l’auditeur juge et maître.

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Yellow Eyes – Confusion Gates


Les New-Yorkais de Yellow Eyes ne perdent pas de temps : avec sept albums en quinze ans, ils semblent déterminés à tracer leur propre route, parallèle à celle des grands noms du black atmosphérique à l’américaine, mais plus obscure, plus souterraine, plus tortueuse. L’expérimental et finalement assez peu metal Master’s Murmur, sorti en 2023, faisait figure de parenthèse dans leur discographie ; avec la sortie de Confusion Gates, il prend tout son sens. Innervé de motifs, thématiques et processus créatifs déjà présents sur Master’s Murmur, Confusion Gates retourne au black metal inventif et mélodique qui a fait connaître Yellow Eyes, avec quelque chose en plus…

Car l’ouverture presque pastorale qui ouvre les deux premiers morceaux ne dure qu’un temps : elle laisse rapidement place à des riffs à la Krallice, particulièrement intenses sur la fin de « The Thought Of Death », servis par une production brute et chaude qui permet à la basse de prendre toute la place qu’elle mérite. Sur la bonne heure que dure l’album, les idées fusent, créant un black metal aux facettes multiples – extatique sur « A Forgotten Corridor », à l’ampleur quasi symphonique sur « The Scent Of Black Mud », intense et va-t-en guerre sur « Confusion Gate » – entrecoupé d’interludes ambient à la fois bucoliques et chargés d’une menace diffuse (« I. Nocturne »). Comme ses paroles, version quasi surréaliste des histoires de quêtes dans une nature hostile qui abondent dans le vieux black norvégien, la musique de Confusion Gate est toujours légèrement à côté de ce qu’on en attend, hantée lorsqu’elle semble lumineuse, chaleureuse à son plus hostile, dessinant un entre-deux à la fois inquiétant et familier. Confusion Gate porte bien son nom (« portail de la confusion ») : avec son mélange ingénieux de l’approche décloisonnée du post-black metal et d’aspects plus traditionnels, il charme à la première écoute (on pense au lead vénéneux du début de « Suspension Moon » par exemple), apparaît ensuite déstabilisant à force de revirements et d’intrications, pour finir au fil des écoutes par se révéler dans toute sa splendeur, riche, atmosphérique et liminal à souhait.

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FauxX – Anteroom


Tapi dans le noir, FauxX serpente sournoisement loin des projecteurs. Né de la rencontre entre Joachim Blanchet de Hoa Queen et « Job » Tronel des bondissants Tagada Jones, le projet évolue dans une dimension parallèle, un univers sombre et glaçant dont les portes ne s’ouvrent qu’aux initiés. Avec Anteroom, son second album, le duo offre le choix entre pilule bleue et pilule rouge. Rester dans l’ignorance de la réalité, ou ouvrir son esprit vers des horizons décharnés et hypnotiques. Une déconnexion aussi soudaine que violente.

FauxX efface tous les repères. Sa musique est entière et viscérale, sans demi-mesure. Elle rebute en quelques mesures, ou happe en à peine plus d’un gimmick. Le combo livre avec ce second opus des peintures sonores. On sombre dans les tréfonds sales et grinçants d’un metal industriel sans concession, déshumanisé et nihiliste – le chant de Blanchet est tendu et écrasant. Quelques points d’accroche freinent occasionnellement la chute dans cet abîme sans fond de noirceur vénéneuse. Un refrain (« Sun Of Despair », « Dig »), un semblant d’accalmie (l’introduction de « Poison Life ») ou une mélodie de guitare nette parviennent occasionnellement à prendre le dessus sur le fracas des machines, signe de résilience émergeant d’un maelstrom de désespoir. FauxX ne laisse jamais la lumière se propager véritablement. Le groupe matraque, écrase, sur-tapisse ses structures. Anteroom est froid jusqu’à l’horreur, rappelant aussi bien les étendues cauchemardesques d’un Matrix que celles du monde d’Hellraiser (« Latch On », morceau lourd et poisseux). Les guitares imposent les motifs, mais l’électronique tourne inlassablement autour. La répétition des boucles vrombissantes et des samples, renforcée par un jeu de batterie robotique, confère au disque un aspect aliénant. L’apocalypse techno-dystopique de FauxX est aussi effrayante qu’attirante, à la fois belle et douloureuse. Elle rappelle brutalement ce que doit être la musique dans sa forme la plus passionnante : une expérience, et non un simple divertissement.

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Blut Aus Nord – Ethereal Horizons


Ces dernières années, c’était à l’exploration des abysses que s’étaient consacrés Vindsval et ses comparses de Blut Aus Nord, ceux de l’univers des œuvres de Lovecraft et des replis de l’inconscient, aboutissant aux deux monumentales et angoissantes déclinaisons de Disharmonium (Undreamable Abysses en 2022, Nahab en 2023). Mais en trente ans de carrière, le groupe nous a habitués aux métamorphoses, aux va-et-vient entre black metal relativement mélodique et traditionnel et expérimentations industrielles ou psychédélisantes. Dès son titre, Ethereal Horizons, seizième opus des Français, annonce un retour de balancier, et en effet : après les ténèbres, ils nous plongent dans un monde vaste et ouvert, où pénètre enfin la lumière…

Ce monde, c’est un peu celui d’Hallucinogen, sorti en 2019 : riche, chatoyant, respirant comme un organisme grâce à une production très naturelle, notamment pour la batterie. Là où Disharmonium semblait introverti, centré sur la dissonance et les tourments intérieurs, Ethereal Horizons est résolument tourné vers l’extérieur, l’harmonie, et suit un mouvement ascensionnel qui mène à la grâce (« The End Becomes Grace ») – rien que ça. Des chœurs en voix claire aux arpèges enchanteurs au cœur de « The Fall Opens The Sky » en passant par des passages très kosmische voire presque new age (« Twin Suns Reverie »), l’atmosphère est rêveuse, céleste, mais on ne perd jamais pied grâce à des riffs purement black metal poignants (« Seclusion »). Blut Aus Nord n’oublie jamais ses racines, et ce cosmos dans lequel sa musique se meut avec aisance, c’est peut-être sa discographie, dont on retrouve des traces tout au long de l’album, des sonorités industrielles de la trilogie 777 aux synthés de Memoria Vetusta. On pense parfois au dernier Dødheimsgard pour la manière de se réapproprier son passé pour aller de l’avant et d’élargir son territoire en y faisant entrer de la lumière, lumière que Blut Aus Nord diffracte comme un prisme ou un kaléidoscope, entre post-black, black, et touches d’indus, de krautrock ou d’ambient. Ceux qui s’attendaient à la suite de la série Disharmonium seront peut-être désarçonnés par le changement d’ambiance, mais pour ceux qui sont prêts au voyage, Blut Aus Nord offre une fois de plus un périple unique loin des chemins balisés.

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The Old Dead Tree – London Sessions


Malgré d’épisodiques phases de résurrection suite à sa dissolution, The Old Dead Tree avait pris le temps de s’assurer de la pertinence d’un nouvel album avant de mettre en boîte le chef-d’œuvre d’orfèvrerie noire Second Thoughts. Désormais conforté dans ses ambitions artistiques, le groupe semble définitivement propulsé dans sa seconde partie de carrière. Il offre avec l’EP London Sessions un prolongement intéressant et inentendu à ses récents travaux.

Les studios d’Abbey Road font partie de l’histoire. Exilé outre-Manche le temps d’une courte visite au sein de ce studio légendaire, The Old Dead Tree en profite pour laisser exploser toute sa sombre créativité, capturant quasiment sur le vif quatre morceaux superbement ciselés. Ce témoignage résonne presque comme un morceau de vie, un instantané intense d’un moment d’accomplissement hors du temps. The Old Dead Tree enregistre live, avec spontanéité, finesse, en maîtrise totale de son art et de ses émotions. Deux nouveaux morceaux, deux relectures, et une certaine forme de perfection dans l’écriture autant que dans la compréhension entre musiciens. Le groupe témoigne d’une profondeur du son presque abyssale, d’une subtilité artistique bluffante. Il suffit de superposer les relectures de « By The Way » et « What Else Could We’ve Said » avec leurs modèles pour constater tout le chemin parcouru par le groupe depuis près de deux décennies. Les musiciens en rebrodent les enluminures, dépouillent certains passages, et insufflent à ces compos surgies du passé une épaisseur nouvelle. Il n’est de fait pas surprenant de voir The Old Dead Tree aborder ses nouveaux morceaux avec une sensibilité rock prog prononcée. Le groupe y fait preuve d’un souci des détails et contrastes qui amène ces compositions vers un équilibre absolu. Puissants sans être chargés, les titres sont fluides, à la fois légers et riches. Le groupe invite à un onirisme enivrant, à un voyage court mais passionnant. S’il se profile en petit cadeau de mi-tournée, cet EP semble tout aussi essentiel que l’album qui le précède.

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Kauan – Wayhome


Entre un Kaiho cotonneux et sans chant guttural, un Ice Fleet étrangement lo-fi, une flopée d’enregistrements live et une réimagination d’un ancien album, les plus aigris diront que cela faisait bien dix ans qu’on n’avait pas eu un album « normal » de Kauan. Il faut dire que Sorni Nai (2015) avait fait forte impression, exposant avec élégance, sur un concept original (cherchez donc « Affaire du col Dyatlov »…), les codes du groupe. Une combinaison de post-rock, de doom et de folk plus aisée à manier sur le papier qu’en pratique. Le « retour à la maison » évoqué par Wayhome brosse des concepts allant de la mort à la renaissance. Les visuels – coton et tissu se désagrégeant – reflètent cette ambiguïté. Il en va de même côté musique : Kauan est chaleureux sous sa couche de glace. Ses arpèges, le chant clair, et à plus grand titre les chœurs, ont quelque chose d’une figure parentale qui nous enveloppe de son aile. Le finnois, langue de niche s’il en est, ajoute à l’atmosphère de mystère. Les claviers ornementent ce travail et osent, cette fois, davantage rouler des mécaniques.

Moins frontal, Wayhome exploite quelques leitmotivs plus bruitistes que mélodiques : des sons façon musique concrète jalonnent l’album. Le batteur lui-même, traité de manière particulière, donne parfois l’air de tester la résonance d’une porte de cave. Le doom ménage ses effets, comme s’il lui fallait remonter un torrent à contre-courant. Les guitares saturées font peu à peu leur nid, de même que le chant guttural, dont la nature et la fonction suggèrent du papier de verre. Wayhome sonne comme la recherche d’une certaine harmonie, une association complexe entre enfermement et grands espaces immaculés, ou la réconciliation entre le domaine psychique et le monde tangible. Les plus pressés ne verront là qu’une compilation d’intros et d’outros, mais un alignement de planètes peut révéler des nuances et une narration hors pair. Il s’agit précisément du type d’album qui se montre sous un nouveau jour au casque, allié à une ballade en pleine nature.

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  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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