ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview    Ta Page Nocturne   

Pure Fucking People 4 : la seconde vie des festivaliers


Pour beaucoup, festival est synonyme d’échappée belle. La routine, les convenances, les problèmes, on laisse tout derrière, on lâche prise, la place est au plaisir sous toutes ses formes et au diable le reste. A l’instar des trois précédents tomes, ce nouveau Pure Fucking People a pour but de replonger son lecteur dans cette ambiance toute particulière, souvent excessive mais tellement authentique, des grands rassemblements metal. Tantôt drôles, tantôt touchants, souvent les deux, les dessins de Will Argunas constituent une galerie de souvenirs qui, au delà d’être agréables à regarder, offrent une vision simple et sincère de moments de vie captés sur le vif.

En réalisant ses croquis sur la base de photos, souvent les siennes mais pas seulement, le dessinateur fait passer ses sujets de festivaliers à personnages, renforçant ainsi noir sur blanc le caractère symbolique et intemporel de l’instant capturé. Fin et sans artifices, le trait retranscrit bien l’humanité qui se dégage des scènes, aussi décalées et coquasses puissent-elles être parfois. Si ces dernières se révèlent souvent familières de celles vues dans les volumes antérieurs, elles n’en restent pas moins uniques et très personnelles. Jesus, Alien, Mr Bricolage, le recueil n’est pas avare en pépites et se renouvelle suffisamment pour éviter la redite. En plus des textes qui avaient fait leur apparition sur le troisième tome et un plus grand espace donné aux dessins sur les doubles pages, Will Argunas met désormais quelques mots dans la bouche de certains des personnages pour donner encore davantage vie à son recueil, mettant un pied dans l’autre univers de l’auteur, celui de la bande dessinée, et faisant définitivement de Pure Fucking People un recueil hybride libre et atypique.

Ce nouvel ouvrage, bien qu’intéressant en tant que tel, parlera bien sûr beaucoup plus aux amoureux de festivals qu’aux non-initiés. A l’image d’un album de photos de famille, Pure Fucking People s’adresse en premier lieu aux principaux concernés, ceux qui sous la canicule ou sous la pluie s’élancent dans le mosh-pit avec fracas, ceux qui savent qu’ils boiront plus qu’ils ne dormiront au camping, ceux qui passeront deux heures dans le merch à chercher un nouveau patch pour leur veste en jean, et accessoirement mêmes ceux qui iront tranquillement et simplement voir leurs concerts ! Du Hellfest au Motocultor en passant par le Sylak et les Arts Bourrins, la nouvelle ballade de Will Argunas est belle.

Mais laissons désormais l’auteur lui même nous parler de ce quatrième volume.

Radio Metal : Pure Fucking People 4 a encore été financé par le biais d’une campagne de financement participatif via le site Ulule. N’as-tu toujours pas d’éditeur intéressé par le projet ?

Will Argunas : Cette fois je n’ai même pas essayé de les contacter, j’ai un peu fait une croix dessus pour tout dire. Pure Fucking People est mon bébé, mon univers, que j’essaye de développer depuis six ans maintenant. D’ailleurs, c’est assez jouissif d’être le seul patron à bord, de le faire quand je le veux, avec la forme que je veux. Bien sûr, je suis un peu limité au niveau commercialisation car je n’ai ni distributeur, ni diffuseur. Donc, je n’ai que ma boutik, les festivals et concerts pour les vendre. Et c’est quand je les vends que j’arrive à rémunérer tout le travail fait dessus. A l’inverse de quand tu as un éditeur (comme pour mon travail en bd) : quand tu signes un contrat pour un album, on te donne une avance sur droit qui te permets plus ou moins de vivre le temps de faire le livre. Là, ce sont les ventes. Il y a plus de risque, du coup, car si je ne vends rien, ça veut dire que j’ai bossé pour rien. Avec Ulule, je n’ai pas les frais d’impression à avancer. C’est ma troisième campagne Ulule. Grâce à Facebook, ça me permets de faire de la pub pendant un mois, d’avoir de la visibilité, et de voir que l’intérêt ne faiblit pas, malgré les années. Donc je continue.

Les dessins dans le livre sont encore en noir et blanc or tu avais semble-t-il prévu de le réaliser en couleur si la campagne atteignait les 160%, ce qui ne s’est pas produit. Est-ce que l’ajout de couleurs est un objectif que tu garderas à l’avenir ?

En effet, pour ce tome 4, j’avais envie de proposer autre chose, de faire évoluer encore le concept PURE FUCKING PEOPLE, et donc, je m’étais dit qu’en couleur, ça lui donnait une vraie raison d’être. En fait, tout le livre n’aurait pas été en couleur, seulement un quart des dessins. Les dessins qui sont en couleur, marchent bien quand je les vends en poster A3. Et je constate que quand les gens feuillettent mes artbooks, beaucoup les referment parce qu’ils sont en N/B. Or imprimer en couleur coûte plus cher. Du coup, j’ai demandé un financement en N/B pour être sûr de réunir les fonds à l’impression. Et quand, à une semaine de la fin de la campagne, j’ai vu qu’on avait passé la barre des 100 %, j’ai proposé que si on allait à 160 % du financement initial, je pourrais le faire imprimer en couleur. Au final, le projet a atteint 115 %, et j’en suis ravi. Ça m’a permis de faire imprimer mes ex-libris pour les contreparties à 30 et 40 euros. Je ne désespère pas d’en avoir un en couleur un jour en tout cas.

Sur le troisième volet tu parlais d’artbook alors que cette fois-ci tu qualifies ce quatrième opus de « hard-book ». Quelle différence ça fait et qu’est-ce que tu mets derrière ce terme ?

La seule différence est un jeu de mot. « Artbook » est un terme pour désigner les recueils de beaux dessins d’un artiste, ou d’un collectif. Vu que pour le troisième opus j’ai ajouté des textes, ce n’ai plus à proprement parler un artbook. Du coup, pour le 4, vu qu’il y a encore des textes, j’ai voulu jouer sur la sonorité du mot, et le double sens : un bouquin (book) sur le « hard » (rock). J’ai essayé d’ajouter un peu d’humour dans mes textes et certaines situations. Dès que les festivaliers l’ont en main et pouffent, sourient ou rient, ça rompt la glace et c’est un peu plus facile à vendre. Donc « hard-book » donne le ton dès la couverture, avec le petit logo « beer metal and cigarettes ».

En plus des textes qui sont apparus sur le troisième volet, cette fois-ci tu fais parler quelques-uns des personnages. Est-ce quelque chose que tu aimerais développer ? Comme, pourquoi pas, réaliser de petites histoires que t’auraient inspirées certaines personnes rencontrées, aller vers un format presque bande dessinée ?

Je fais de la bd depuis 2001. Mais PURE FUCKING PEOPLE, je considère cela à part. Je n’ai pas envie de systématiser le truc des bulles. Venant du monde de la bd, j’avais une vraie légitimité à faire ça, et l’idée est venue lors d’une conversation avec un galeriste l’année dernière, qui présentait mon travail, et qui disait qu’ils étaient tellement vivants, tellement vrais qu’il ne leur manquait plus que la parole. Donc acte. Mais mettre des bulles à toutes les pages, ça peut vite devenir systématique. Vouloir les faire parler si on n’a rien à leur faire dire, ça peut être casse gueule. Donc je l’ai fait dans ce livre, et je le referais mais que quand c’est justifié. Donc faire une bd à partir de ces situations, non… non.

A la fin du livre tu expliques que pour ce quatrième opus tu voulais un peu de nouveauté et c’est ainsi que tu as proposé un cahier graphique avec la participation d’amis à toi. De manière générale, est-ce que tu ressens un besoin de te renouveler et est-ce compliqué d’y parvenir sur un tel concept ?

En effet, pour ce quatrième opus, j’avais peur d’une redite que j’avais un peu sentie chez certaines personnes entre le tome 1 et le tome 2. Du coup, les textes sont apparus dans le 3. Et là, j’ai ajouté des bulles, ce cahier graphique, des mises en pages plus pensées, réfléchies. Les dessins sont quasiment tous organisés en double page, par thème. Une autre nouveauté. Et j’ai aussi fait évoluer la mise en page des textes, des pages de garde. De petits changements dans la continuité. Faire ce genre de livre, ça peut vite devenir chiant, je parle d’abattre les dessins les uns après les autres, jour après jour pour en faire un livre. Quand je faisais de la pub tous les jours, la bd était ma soupape (2000-2010). Depuis que je fais uniquement de la bd, PURE FUCKING PEOPLE est devenu ma soupape. Donc je ne veux pas m’ennuyer, ou répéter une formule qui serait gagnante. J’aime me renouveler, mettre des trucs que j’ai découverts lors d’un boulot sur un autre. Faire des passerelles, décloisonner les choses. Et en effet, y parvenir sur ce type de concept n’est pas facile. Et je pense que si je ne le fais pas, je me lasserais, et les gens aussi. Donc il faut faire attention.

Qu’est-ce que tu envisagerais pour les futures éditions de Pure Fucking People ? A un moment donné tu parlais d’augmenter le format en nombre de page…

Augmenter le nombre de pages n’est plus à l’ordre du jour. Trop chronophage. Ou alors, il me faudrait vraiment un éditeur derrière moi. Mais en ce moment, le monde de l’édition est morose, les avances sur droits fondent comme neige au soleil, et les droits d’auteur, il ne faut même pas y compter à moins d’un succès en librairie. Ou alors, augmenter le nombre de page pourrait venir d’un best of de la série, d’une compilation des meilleurs dessins, avec bien sûr des inédits, le jour où certains des quatre livres seraient épuisés, ce qui n’est pas encore le cas (500 exemplaires à chaque tirage).

Pure Fucking People 3 dépeignait des festivaliers du Hellfest, du Sonisphere et du Raismes Fest. Pour cette quatrième édition tu as été au Hellfest, au Motocultor, au Sylak Open Air, au MFest et aux Arts Bourrins. Est-ce important pour toi désormais de couvrir un maximum de festivals et ne plus te contenter du Hellfest ?

Disons que le problème vient du fait que je vends les livres en festivals, donc je bosse, je dédicace, et donc j’ai moins de temps qu’en 2009 et 2010 où je n’étais que festivalier, pour me mêler aux festivaliers, et prendre des photos d’eux. Donc pour être sûr d’avoir le matériau nécessaire à un nouveau livre, l’année dernière j’ai tourné sur 6 festoches. J’étais épuisé à la fin de l’été. Et ailleurs au Hellfest, ça n’a pas bien marché, je parle des ventes. Donc cette année je ne ferai que le Hellfest, le Motocultor et le Mfest.

Est-ce que tu vois des différences entre les festivaliers et les ambiances d’un festival à l’autre ?

Il est clair que le Hellfest a vraiment une ambiance à part, familiale, parce que les gens y vont en groupe et s’y retrouvent chaque année, et artistique grâce à tout le boulot fait sur les décors. Chaque festival a une ambiance propre (à part le Sonisphère, très froid). J’ai bien aimé le Sylak, l’année dernière. Le Motocultor serait le plus proche en termes d’ambiance, je pense.

L’année dernière tu avais décoré le Leclerc de Clisson avec des kakemonos, cette année l’espace culturel te consacre une exposition qui a commencé le 31 mai jusqu’au 23 juin. Comment s’est construite ta relation avec l’enseigne ?

Disons que l’année dernière, ils ont changé de PDG, et que tout ça a tout changé pour moi. C’est la quatrième année que j’expose chez eux. Le responsable de l’espace culturel, Nicolas Gilbert est super. Mes dessins leur plaisent beaucoup. L’année dernière, ils m’ont contacté pour faire ses kakemonos et décorer tout le magasin. Ça m’a fait un beau coup de projecteur. En plus, ils avaient mis mes bouquins en tête de caisse pendant le festival, ce qui a boosté mes ventes. Cette année, je leur fait 6 nouveaux kakemonos. Qu’ils vont ajouter aux autres. Ils m’ont fait une grosse commande livre cette année, et ils m’envoient les photos au fur et à mesure qu’ils accrochent. Ils commencent aujourd’hui, lundi. Hâte de voir ça !

Peux-tu nous parler de ton projet d’album de jeux de coloriage, d’où t’es venu cette idée et à quel public s’adresse-t-il du coup ?

Le livre de coloriage a été imprimé en 50 exemplaires. C’est un test, un essai, pour voir, et me marrer. Je l’aurai avec moi au Hellfest bien sûr. L’idée est venue très récemment à force de côtoyer des créateurs en boutique éphémère. C’est un réseau auquel j’ai accès depuis que j’imprime tout moi-même (badge, affiches de concert, T-Shirt, sweat, besace). Là encore, c’est une façon de faire évoluer mon travail, de jouer la carte humour potache du festivalier, et de recycler certains dessins pour pérenniser tout mon travail et vivre de tout ça. Et puis j’ai 42 ans, et des enfants de l’âge de ma « cible ». Du coup, je me suis dit que tous les parents metalleux que je croise au Hellfest pourraient ramener un petit truc pour les kids restés à la maison, en même temps qu’ils prendront le tome 4, d’où la couverture qui se ressemble.

As-tu d’autres projets à venir ?

Actuellement je travaille sur mon dix-neuvième livre, une bd sur la vie de la folk singer Joan Baez, la reine du protest song, pour les éditions BDJAZZ. 30 pages de bd, avec 2 CDs à la fin. C’est une collection de livres que j’aime bien, pour qui j’avais déjà travaillé en 2011, sur la vie de Memphis Slim, le pianiste de Blues.

Interview par email réalisée en juin 2014 par Spaceman.
Préambule : Le Phasme.
Fiche de questions : Spaceman.

Site Internet de Pure Fucking People : Alittlemarket.com



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Rival Sons + MNNQNS @ Cenon
    Slider
  • 1/3