Après une séparation et une période mélancolico-nostalgique, Destinity décide de prendre un peu de recul. Plus exactement, de la hauteur, afin d’analyser ses propres erreurs et d’apprendre. Il en résulte ce que le groupe décrit, non sans une pointe d’humour, comme un « album de darons ». Pour autant, contrairement à beaucoup de ses pairs dans le foisonnant style du death metal mélodique, il ne s’assagit pas. Ascension est un album qui accélère le tempo, avec un côté plus incisif revendiqué par ses musiciens. En cela, il rend hommage à ses propres racines et à ce qu’il a toujours su faire : une musique entraînante et épique. Mais l’élévation évoquée ne s’est pas faite sans quelques bouleversements et nouveautés, avec une équipe élargie et des changements de postes stratégiques.
Nous ne pouvions pas espérer meilleur cadre pour nous entretenir avec le groupe que lors de la dernière édition du Lions Metal Fest. Son organisateur étant Mick Caesare lui-même, le chanteur en a profité pour inviter à nouveau ses camarades de groupe pour jouer à domicile. Quelques heures à peine après leur performance sur scène, nous avons décidé de battre le fer tant qu’il était encore chaud. Juste le temps de récupérer, le bassiste David Richer est venu avec le vocaliste de la formation pour évoquer avec nous ce nouveau disque. Nous avons ainsi parlé du contexte particulier dans lequel il est sorti, au milieu d’une montagne immense d’autres albums apparentés à la scène, mais également de la dualité qui est centrale dans Ascension, ou encore des nouvelles collaborations qui ont permis au groupe d’atteindre de nouveaux sommets.
« Aujourd’hui, avec les outils disponibles, n’importe qui peut faire un album dans sa chambre. »
Radio Metal : Vous avez sorti votre nouvel album au moment d’un magma de sorties en avril 2025 : sept cents albums répertoriés, deux cents dans le death metal, quarante avec l’étiquette melodic death metal. Comment fait-on pour sortir son épingle du jeu dans ces conditions ?
Mick Caesare (chant) : Tu as complètement raison, il y avait énormément de sorties – je ne sais pas trop pourquoi. Dans un sens, ça veut dire que la scène se porte bien. De notre côté, nous ne nous sommes pas trop posé de questions. Finalement, tu n’auras jamais la bonne date, il y aura toujours quelque chose. Nous nous sommes donc fixé cette date du 11 avril plusieurs mois en amont et c’est tombé comme ça, dans une période avec énormément de sorties. Pour l’instant les retours sont excellents, les ventes sont plutôt bonnes. Nous sommes très contents. Nous avons reçu énormément de très belles chroniques d’un peu de partout à travers le monde. L’album a été bien accueilli, il est beaucoup streamé. C’est super, parce qu’aujourd’hui, c’est quand même un point important. Avant, on regardait les ventes de disques, alors que maintenant, elles ne sont pas très significatives. C’est beaucoup les streams qui comptent. Le monde musical a énormément changé – je ne vous apprends rien. En tout cas, les fans sont très contents : c’est notre motivation première, que ça leur plaise. Nous, il nous plaît, donc c’est bien aussi.
David Richer (basse) : Pour ce qui est de la quantité de sorties, je pense que de toutes façons, il faut maintenant s’y attendre à n’importe quelle période de l’année. Il y a énormément de groupes si on compare à il y a quinze ou vingt ans, mais il y a surtout qu’aujourd’hui, produire, mixer et sortir un disque, c’est beaucoup plus accessible qu’il y a vingt ans. Aujourd’hui, avec les outils disponibles, n’importe qui peut faire un album dans sa chambre. Pour notre part, nous faisons toujours confiance en notre fanbase qui est assez solide. Peu importe quand nous sortons l’album, nous savons que nous aurons ce socle solide que nous avons depuis quelques années. Après, l’idée est aussi de conquérir de nouvelles oreilles. C’est ce qui est le plus compliqué. Aujourd’hui, si tu n’es pas sur les réseaux sociaux, c’est fini, mais l’avantage de ces derniers est qu’on peut toucher un autre public, de nouvelles personnes qui ne nous connaissaient pas. Nous avons reçu beaucoup de messages – y compris sur YouTube – de personnes qui disaient : « Les gars, c’est quoi ce délire ? Je ne connaissais pas du tout, je viens juste de découvrir et je viens de voir que vous avez cet album, c’est excellent ! » C’est justement notre but. Ça veut dire que ce que nous cherchons à faire est réussi.
Musicalement, Ascension semble s’inscrire dans la continuité de In Continuum et Resolve In Crimson. En faisant un mauvais jeu de mots avec le nom de ce disque, est-ce qu’Ascension est arrivé au point culminant de ce qui ressemble à une trilogie ?
David : A titre personnel – et puis nous en discutons aussi beaucoup dans le groupe –, Ascension a plus la même vibe que Resolve In Crimson. Nous voulions revenir à des formats de chansons plus directes, un peu moins longs. Il faut savoir qu’In Continuum est un album sur lequel nous voulions un petit peu plus explorer, avec des morceaux un petit peu plus longs, des choses un peu plus construites, etc. Surtout, il a été sorti dans un contexte un peu bizarre. C’était l’époque du Covid-19, nous étions tous chez nous, tout le monde était un peu déprimé, et ça se ressent sur cet album. Je ne pense pas que ça fasse une trilogie, mais oui, Ascension est dans la continuité directe de Resolve In Crimson.
Mick : David a très bien résumé. J’ai la même pensée que lui. C’est plus « in your face ». D’ailleurs, dès le début des compos, c’était clairement l’objectif.
In Continuum avait un côté mélancolique. J’ai l’impression qu’Ascension prend un peu le contrepied de ce mouvement-là, avec un côté plus positif voire joyeux qui colle bien au nom de l’album. C’était une approche délibérée ?
Mick : En effet, In Continuum est beaucoup plus mélancolique et dark. Le côté joyeux sur les mélodies du nouvel album n’était pas spécialement conscient. En fait, je dirais que le terme approprié serait plus « épique », mais je vois ce que tu veux dire et je pense que tu as raison. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais on ne va pas se mentir, nous sommes un groupe death mélo, nous n’allons rien inventer, nous faisons notre death mélo comme nous savons le faire.
David : Un album, ça reflète vraiment l’humeur d’un groupe. Par exemple, dans In Continuum, « Shadows » est un morceau assez long, lent, avec des mélodies très mélancoliques, et c’était vraiment notre mood à ce moment-là. Nous étions tous un peu dans l’esprit de faire un truc lent, aérien. Pour Ascension, nous voulions faire quelque chose de plus fédérateur au niveau des mélodies, avec ces dernières qui restent plus facilement en tête, etc. Ascension est plus vénère, dans ta face, et ça vient du fait que nous sommes nous-mêmes un peu plus vénères qu’à l’époque d’In Continuum qui était un peu plus tristounet.
« Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais on ne va pas se mentir, nous sommes un groupe death mélo, nous n’allons rien inventer, nous faisons notre death mélo comme nous savons le faire. »
Autant vous êtes beaucoup comparés à un groupe comme Dark Tranquillit, autant avec le côté plus lumineux et épique d’Ascension, on retrouve un peu d’Insomnium ou de Wolfheart. On parle souvent de la scène suédoise quand on évoque Destinity, mais j’ai envie de vous parler aussi de la scène finlandaise…
Mick : Nous sommes quand même inspirés de ces deux scènes. Je pense que niveau riffing, c’est plus Göteborg, mais effectivement, dans les ambiances et tout, il y a beaucoup de choses que nous aimons bien qui viennent de Finlande. Ils ont des groupes incroyables ! C’est vrai qu’il y a une patte finlandaise ; je sens vraiment la différence entre ces deux death mélo et je suis assez d’accord avec toi. Après, je trouve que ça dépend des titres. Il y en a qui sonnent un peu plus suédois et d’autres qui tirent plus sur la Finlande. C’est marrant – et pour te dire la vérité, nous avons été étonnés –, parce que nous avons eu énormément de chroniques qui nous comparaient à Dark Tranquillity sur cet album. Je ne comprends pas trop, car déjà, nous allons deux fois plus vite [rires]. En fait, peut-être que nous faisons du Dark Tranquillity qu’eux ne font plus, car c’est très années 2000. Je dis ça en plaisantant, mais je te garantis que les tempos ne sont pas les mêmes. Cela dit, je ne vais pas te mentir, je préfère qu’on nous compare à Dark Tranquillity qu’à un vieux groupe tout schlagos de la Lozère – je n’ai rien contre les gens de la Lozère, mais vous avez compris ce que je veux dire [rires]. C’est quand même plus sympa d’être comparé aux cadors du genre.
David : Comme tu dis, dans toutes les chroniques de l’album que nous voyons, au moins une sur deux cite Dark Tranquillity. Oui, effectivement, c’est un groupe que nous écoutons tous, que nous apprécions énormément, mais personnellement, je n’arrive pas à voir le lien. Certes, nous sommes très influencés par cette grande scène scandinave qui va de la Finlande à la Suède, mais comme disait Mike, nous allons quand même un petit peu plus vite et c’est un petit peu plus bourrin que Dark Tranquillity, car depuis des années, ils se sont calmés au niveau des tempos, ils font des morceaux plus lents, plus aériens. Pour moi, ça ne ressemble pas du tout à ce que nous avons fait sur Ascension.
Une nouveauté est qu’aujourd’hui, vous êtes six, avec Morteüs qui est passé aux claviers et Zaimar qui a été recruté à la batterie. L’album a-t-il été pensé à six ?
Mick : C’est très intéressant comme question, car justement, c’est un facteur. L’album va vite et ça vient aussi de l’arrivée de Zaimar à la batterie. Nous pouvions nous permettre de monter sur des tempos plus élevés. Ça allait donc dans la démarche de faire un album plus direct. Ça nous a bien tentés, car il a quand même un sacré niveau. Son arrivée a motivé ce choix. C’est un ancien d’In Arkadia et il a tourné avec nous pendant quasi trois ans en session. Flo [Barboni, alias Morteüs], qui était l’ancien batteur, en avait un petit peu marre de la batterie, ça demande énormément de travail, ça le stressait presque. Il voulait se reconcentrer sur les arrangements, les claviers, etc. car il adore ça. Du coup, nous nous sommes dit que c’était le bon compromis. Nous avons demandé à Zaimar qui a été chaud pour nous rejoindre. En plus, c’est quelqu’un que nous connaissons depuis très longtemps, donc ce n’est pas comme si tu avais un nouveau gars qu’on ne connaît absolument pas qui arrivait dans le groupe, car ça, ça peut poser problème parfois – tu commences à être confronté à des caractères qui ne te plaisent pas trop. Lui, c’est un pote depuis vingt ans, donc c’était très simple. Il y a aussi que Flo en avait marre de voyager, de prendre l’avion, ça le fatigue un peu. C’est donc la bonne solution : quand il ne peut pas, c’est très simple, nous samplons et quand il est là, il vient. C’est marrant, parce que depuis qu’il est au clavier, il ne rate plus trop de concerts ! Car il est vraiment à un poste qu’il adore. Donc tout le monde est content. Ça a fait un bel upgrade au niveau de la batterie et ça upgrade aussi au clavier – je trouve que ça donne vraiment une ambiance plus lourde et en live c’est vraiment excellent.
Le fait d’avoir recréé une nouvelle dynamique vous a fait tous progresser individuellement ?
Mick : Enormément. Après, il y a plein d’aspects techniques que nous n’allons pas forcément aborder en profondeur, mais il y a des nouveautés dans le groupe, nous sommes passés sur des systèmes in-ears, nous avons mis plein de choses en place, nous nous sommes beaucoup remis en question et ça nous a vraiment fait évoluer. Je pense que c’est pour ça que nos shows sont beaucoup plus puissants que ce que nous pouvions proposer il y a des années en arrière. Je pense que ce n’est plus le même groupe à ce niveau-là.
David : Zaimar a apporté sa touche, car il vient d’une autre scène. Il ne vient absolument pas de la scène death metal et encore moins death mélo. Lui, adore tout ce qui est deathcore, hardcore, etc. C’est ce qui était intéressant dans son jeu. Il amène un nouveau groove particulier, ce qui nous a fait réfléchir sur notre façon de jouer. C’est intéressant parce que tu te dis que tu as un nouveau batteur, qu’il va apporter sa patte et que vous allez essayer de nouvelles choses. Ça a remotivé tout le monde, parce que, forcément, quand pendant longtemps tu es sur le même système, au bout d’un moment, c’est un peu chiant. Là, ça permet de relancer un peu le truc.
« Children Of The Sun » est l’un des titres mid-tempo du disque. Il voit la participation de la chanteuse Steva de Deathless Legacy, qui a une voix assez atypique. Pourquoi vous souhaitiez le mettre en lumière ?
Mick : C’est David qui a composé ce titre. Nous aimons bien mettre des mid-tempo, nous en plaçons dans tous nos albums – « Only Way » sur Resolve In Crimson, par exemple, qui fonctionne super bien en live. Ça fait respirer un peu l’album. Comment sommes-nous arrivés sur Steva ? Nous l’avons rencontrée lors d’un festival, au Leymfest. Déjà, elle a sur-kiffé notre groupe, elle a tout acheté au merch. Nous avons halluciné ! Elle n’a rien dit à personne, elle a tout acheté. Ils ont fait un super concert et nous avons été dingues de sa voix, nous avons adoré, avec un côté gothique, un peu horreur, etc.
« Ascension est plus vénère, dans ta face, et ça vient du fait que nous sommes nous-mêmes un peu plus vénères qu’à l’époque d’In Continuum qui était un peu plus tristounet. »
David : C’est rafraîchissant de voir un groupe dans un autre délire. Nous nous sommes donc kiffés mutuellement, c’est vraiment chouette.
Mick : Nous avons bien sympathisé là-bas et quand David a sorti ce morceau, il y a eu un flash direct : « On va demander à Steva ! » Il y a un côté dualité dans cet album. Il y a beaucoup de connotations entre le jour, la nuit, le mal, le bien. Nous n’avions jamais travaillé avec des femmes. C’est bizarre, je m’en suis rendu compte. Nous nous sommes alors dit que c’était l’album pour le faire. Il y avait tout qui coïncidait, avec ce côté dualité. C’est d’ailleurs aussi comme ça que nous avons travaillé avec Camille [Murgue] qui nous a fait la pochette. Nous nous sommes dit que les planètes étaient alignées, c’est juste parfait ! Pour Steva, nous lui avons envoyé un mail et elle a dit oui direct. Elle a été en studio, elle a fait un truc béton. J’espère un jour la croiser sur un fest et peut-être même faire la chanson pour le fun, car ça pourrait être un bon souvenir à garder en vidéo. C’est une belle rencontre.
Qu’y a-t-il derrière le nom d’Ascension ? Qu’est-ce que ça représente ? Je sais que tu aimes les doubles sens, Mick, donc j’imagine qu’il y a plusieurs réponses…
Mick : Oui, il y a beaucoup de choses là-dedans.
David : Il y a eu plusieurs noms. Tu sais comment ça se passe, nous faisons un brainstorming, nous nous demandons comment nous allons l’appeler, ce qui nous parle, etc. Forcément, Mick est celui qui écrit les textes, donc c’est lui qui nous dit les thèmes de ses paroles. Il y a deux titres qui nous ont tous mis d’accord et, au final, nous avons opté pour Ascension parce que c’est celui qui nous paraissait le plus cohérent avec ses paroles.
Mick : Il y a énormément de dualité et – pour rigoler – c’est peut-être un peu un album de darons [rires]. Il y a beaucoup de choses personnelles et d’erreurs que tu as pu faire dans la vie. Il s’agit de regarder ça de plus haut, avec analyse. Il y a beaucoup de ça dans cet album.
Je parlais de musique lumineuse, mais ce rapport à la lumière – ou à son manque – revient beaucoup, que ce soit avec « Light Up Your Sky », « Dying Light » ou « Everdark ». C’est un peu le fil conducteur de ce disque. Est-on sans arrêt en recherche d’une lumière vitale ?
Mick : Très honnêtement, In Continuum est vraiment dark. Quand je relis les textes, je me dis que j’étais vraiment au bout de ma vie. Mais j’aime bien écrire comme ça quand je suis dans un certain mood. Là, dans ma vie, il y avait beaucoup de choses qui ont changé. Déjà, je suis devenu papa et je pense que ça m’a ouvert les yeux sur plein d’aspects de la vie. Clairement, ça en fait partie. Ça t’influence. C’est tellement énorme d’avoir la vie d’un enfant qui dépend totalement de toi. C’est pour ça que je disais en rigolant que c’est peut-être l’album du daron [rires].
Destinity se rend régulièrement un propre hommage. Je pense notamment à la couleur cramoisie, « crimson », qu’on retrouve sur la pochette et qui revient dans « Crimson Portrait »…
Mick : Oui, nous aimons jouer avec ça. En fait, ça représente énormément de choses pour nous, parce que nous avons aussi vécu des trucs de merde et cette couleur fait un peu partie de l’identité du groupe. C’est ce côté cancéreux que tu as envie de jeter.
David : A la base, nous étions partis sur un délire un peu doré, mais nous avons essayé plusieurs choses pour la pochette et nous nous sommes rendu compte que nous adorions cette couleur.
Mick : Il faut aussi rajouter que nous ne sommes pas foutus de faire même un petit dessin. Notre niveau est celui d’un enfant de quatre ans – tous ! Je me demande comment la pauvre Camille, qui nous a fait la pochette, n’a pas pété un câble. Nous lui avons envoyé des trucs totalement ridicules. Elle a envoyé les premiers jets et là… De toute façon, c’est un métier, et elle est brillante. Elle a un talent phénoménal. Made in Lyon en plus, donc nous sommes contents. Elle a capté direct ce que nous voulions.
Je ne vais pas vous demander comment s’est fait la prise de contact, car c’était chez nous au moment de la promo d’In Continuum, mais à part ces dessins d’enfants, quelles étaient vos exigences ?
Mick : En fait, je m’en rappelle bien, car nous étions complètement à la rue au début. Nous voulions ce côté dualité et c’est elle qui nous a dit : « Ce que je verrais bien, ce serait une chimère, une bestiole avec deux têtes. » Nous avons réfléchi sur la question. Ça nous a tous plu. Après, ce n’était plus que du décor : qu’est-ce qu’on mettait derrière ? Elle a fait des propositions. C’est bien comme elle travaille car elle avance par petites sections. Du coup, on valide et on ne revient pas en arrière. J’ai trouvé ça très bien parce que tu avances et que tu vas dans le bon sens.
David : Pour être tout à fait honnête avec toi, à la base, nous avions complètement autre chose en tête, même si nous avions tous chacun notre petite idée – c’est un peu compliqué, quand vous êtes six, que tout le monde accorde son violon. Nous ne l’avons pas aidée au début, car chacun voulait un truc un peu différent et allait de sa petite idée. Elle a finalement proposé les croquis de la pochette actuelle et nous nous sommes dit : « Ah, pourquoi pas ! Vas-y, feu ! »
« Il y a énormément de dualité et – pour rigoler – c’est peut-être un peu un album de darons [rires]. Il y a beaucoup de choses personnelles et d’erreurs que tu as pu faire dans la vie. Il s’agit de regarder ça de plus haut, avec analyse. »
Mick : Disons qu’elle a vite compris le concept.
David : Personnellement, je ne voyais pas ça du tout au début et au final, quand le projet a avancé, je me suis dit que ça claquait ! C’est assez cohérent avec ce que nous voulions faire sur cet album.
Mick : En tout cas, ce qui est sûr est que nous ne ferons jamais des pochettes en IA ! Etant artiste, je trouve ça un peu moche. Après, je peux comprendre des jeunes groupes qui n’ont pas trop de budget, c’est vrai que c’est difficile, mais je pense qu’à un certain moment dans la carrière d’un groupe assez ancien, c’est juste le respect de l’artiste. De toute façon, c’est mille fois mieux. Tu regardes les trucs en IA, parfois ça n’a aucun sens, tu vois direct que c’est de l’IA.
Ça marche toujours comme ça chez Destinity, les choses doivent beaucoup être discutées avant d’être validées ?
Mick : Oui, c’est très démocratique. Il n’y pas de : « On part là-dessus. Ça ne plaît pas à deux ou trois, on le fait quand même. » C’est pour ça que ça prend parfois du temps à prendre des décisions. Après, les pochettes c’est toujours le même problème. Sur le reste, nous sommes toujours tous d’accord, mais sur les pochettes c’est à chaque fois l’enfer. C’est toujours la galère. Là, je trouve que ça a été vite grâce à Camille.
Vous avez à nouveau investi dans deux clips pour ce nouveau disque, « Crimson Portrait » et « Silver Shades ». Il y avait aussi deux vidéos pour In Continuum. C’est pour appuyer votre esthétique ou il s’agit aussi un peu de la « norme actuelle » pour promouvoir sa musique ?
Mick : Tu es obligé. Tu ne peux pas sortir un album sans clip aujourd’hui.
David : Aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux, il faut du contenu. Sinon, tu fais pitié. Il faut se mettre à la page : tout se fait sur les réseaux sociaux, donc si tu ne propose pas de contenu, personne ne va savoir que tu as sorti un truc. Tu es donc obligé de faire du clip, du lyrics, des petits reels sur Insta, etc. Si tu ne fais pas ça, tu mets un coup d’épée dans l’eau avec ton album.
L’album a été mixé par Ricardo Borges et masterisé par Jens Bogren, une sommité dans les productions du metal moderne. C’était important pour vous d’avoir la patte des Fascination Street Studios sur ce disque ?
Mick : Ça faisait un moment que nous voulions bosser avec eux. Nous avions fait énormément de Jacob Hansen, nous adorons ce qu’il fait. Nous avions changé sur In Continuum, nous cherchions quelque chose de plus organique, donc nous avons fini chez Jonas Kjellgren en Suède. Là, nous pensions que c’était vraiment la prod pour cet album, et je pense que nous ne nous sommes pas trompés : beaucoup plus moderne et puissant.
David : Ça faisait un moment que nous pensions aux Fascination Street Studios avec Ricardo et Jens. Nous avions même demandé un devis pour Resolve In Crimson, mais à l’époque, ce n’était pas du tout abordable pour nous.
Mick : Aujourd’hui, les fans nous le rendent bien, car tout ça, c’est grâce eux.
David : Nous avons enfin pu faire un album avec ce studio. Tous les groupes que nous écoutons sortent de là-bas. Nous étions comme des dingues de pouvoir concrétiser un album chez eux.
Pour finir sur le Lions Metal Fest. Mick, es-tu satisfait de l’édition de cette année ?
Mick : Ça fait trois années de suite où nous sommes complets au moins sur la journée du samedi. C’est vraiment super. Il y a énormément d’habitués. C’est marrant, parce que souvent, les gens me disent – et je trouve ça assez vrai – que c’est un peu comme si tu prenais le Rock n’Eat et que tu le mettais là mais en beaucoup plus grand. Il y a une super bonne vibe. Déjà, dans le public, tout le monde se connaît. C’est la fête. Niveau technique et partie prod, ça roule. Nous avons une équipe de feu. Tout joue à l’heure, il y a un son de dingue, de pures lights, etc. C’est facile. Je suis content, mais je ne reviendrai pas sur les galères que nous avons eues dans les premières éditions. Forcément, l’équipe s’est étoffée, nous travaillons avec des gens plus pros, qui ont plus d’expérience, l’équipe elle-même a beaucoup plus d’expérience. Il y a une belle météo, de la bonne bière, du metal extrême toute la journée, tous les groupes sont adorables… C’est vraiment génial.
David, si tu avais une demande à faire à Mick pour la prochaine édition du Lions Metal Fest, ce serait quel groupe ?
David : Il faut être réaliste, je ne vais pas lui proposer un truc à un million d’euros, comme un Slayer. Je dis ça, mais c’est son rêve : faire jouer Hypocrisy, parce que c’est son groupe culte et je sais que ce serait son accomplissement ultime de le faire venir.
Mick : Ah oui, ça j’aimerais bien !
David : Ou même un The Halo Effect, quelque chose comme ça. En ce qui me concerne, ma demande officielle serait Dark Tranquillity.
Mick : Pourquoi pas, ça me plaît. Maintenant, il va falloir y réfléchir car ça coûte cher [rires]. Ça commence à être gros. Après, il y a plein de trucs que nous aimerions bien, des Obituary, Deicide, des groupes ricains…
Interview réalisée en face à face le 7 juin 2025 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Site officiel de Destinity : www.destinityofficial.com
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