Wedingoth propose avec Candlelight un disque très riche où le progressif côtoie, par exemple, des éléments de musique du monde. Steve (guitare) et Laure (chant) sont les deux têtes pensantes du groupe et c’est leur alchimie qui permet à l’auditeur de savourer l’éclectisme des compositions de Wedingoth. Laure a répondu aux questions de Radio Metal pour nous présenter le groupe et évoquer ce qui fait son identité. La formation sera d’ailleurs très prochainement sur les routes pour notre plus grand plaisir !
Radio Metal : Bonjour Laure. La première question est une règle pour les artistes qui démarrent et tu la connais probablement : peux-tu présenter à tous les béotiens qui nous lisent le groupe Wedingoth dont tu es la chanteuse ?!
Laure (chant) : Bonjour Radio Metal, tout d’abord merci de nous avoir concocté cette interview. Wedingoth est un groupe de rock metal progressif fondé en 2007 par Steve Segarra, guitariste, compositeur, arrangeur, producteur et par moi-même. Nous nous sommes rencontrés dans le cadre du groupe de metal sympho, Catharsys, dont nous étions membres actifs. L’évolution de cette formation ne nous satisfaisant plus, l’idée est venue de laisser libre cours à notre élan créatif dans le cadre d’un autre projet totalement personnel ayant pour vocation au départ à demeurer studio. Il s’agissait de composer ce que nous souhaitions tous les deux, une musique dans laquelle nous pensons avoir quelque chose à dire, sans aucune contrainte et c’est ainsi qu’est né notre tout premier titre « Utopia » à l’été 2007. A partir de là, les compositions se sont rapidement enchaînées et le statut de groupe s’est finalement concrétisé avec l’enregistrement de notre premier album, Candlelight, et l’arrivée de musiciens additionnels : Julien, à la guitare et aux claviers, Adrien à la batterie, Clément puis Robin, à la basse. Wedingoth est prêt aujourd’hui pour partir à l’aventure de la scène et promouvoir ses créations.
Comme tu le mentionnes, Candlelight est le nom de votre premier album sorti l’année dernière. Vous évoluez dans un metal aux influences multiples (metal à chanteuse, rock progressif, musique du monde etc.), avec Steve (guitare) aviez-vous exactement les mêmes goûts musicaux et si oui cela a-t-il facilité le processus de composition ?
Steve et moi avons une relation très fusionnelle dans de nombreux domaines et la musique en particulier. Notre culture et notre formation musicales sont très diverses, mais nous nous rencontrons sur la majorité de nos influences. Il ne s’agit à aucun moment de contrarier nos apports respectifs, mais de les intégrer et les mélanger. En fait nous nous enrichissons mutuellement et c’est ce que signifie pour une part le patronyme du groupe symbolisant principalement « le mariage des styles ». Steve a grandi dans un univers rock années 1970, mêlé à la musique classique, alors que j’ai moi-même bénéficié de ces domaines musicaux en complément du jazz, de musiques du monde et médiévales. D’un point de vue rock et metal, notre vision des choses est la même, ce qui est assez commode !
Pour toutes ces raisons, il est clair que le processus de composition est nettement facilité. Nous savons tous les deux exactement ce que nous souhaitons !
Pensez-vous que la musique progressive soit naturellement faite pour comporter des morceaux longs et épiques ? A l’écoute de Candlelight on a l’impression que vous rajoutez parfois des passages pour le plaisir !
La musique progressive se définit comme un style évolutif qui ne se contente pas forcément de schémas classiques couplet/refrain, mais apporte quelque chose, une réflexion sur le déroulement de la musique, avec des nuances d’écriture. Au départ le progressif s’épanouit dans le rock où l’idée est de créer des ambiances, à l’image de Pink Floyd évidemment ou de King Crimson. Le but n’était pas de faire de la technique, mais bien de plonger l’auditeur dans une atmosphère particulière. Le metal progressif a introduit la technique avec l’emblématique Dream Theater, sans pour autant délaisser l’ambition de créer un univers. Wedingoth, par sa volonté de transmettre ses propres ambiances et leur laisser toute la latitude d’évolution, aspire à faire la synthèse de ces concepts et se rapproche plus volontiers du rock progressif. Il n’est donc pas étonnant que les musiques soient longues. Nous ne faisons pas des singles ! La musique vient comme elle doit et nous ne réfléchissons pas d’emblée sur sa durée. Nous essayons d’élaborer des structures différentes, de surprendre l’auditeur comme dans « Twilight ». Aucun passage n’est laissé au hasard ni placé pour le plaisir. Seuls les interludes « Mirage » ou « Past to Present » pourraient être appréhendés ainsi, mais il se pourrait que ceux l’interprétant de cette façon n’aient en réalité pas bien compris le sens de l’album !
Un morceau comme « Eclectic Harmony », à la dimension progressive, comporte des éléments électroniques. Avec Candlelight votre pari était-il de mélanger différents styles ou cela s’est fait naturellement ? On note un vrai désir d’éclectisme avec par exemple une ballade « Oxygen », des morceaux de métal pur avec gros riffs et batterie rentre-dedans « Twilight » ou des éléments de musique du monde « Mirage »…
On peut dire en réalité que c’est un pari qui s’est matérialisé naturellement ! Ce qui est absolument certain, c’est que nous ne voulions pas nous enfermer dans un style précis mais véritablement explorer toutes les pistes qu’offre le rock-metal. En joignant nos influences, nous nous sommes rendu compte, au fur et à mesure, de l’intérêt qu’il y avait à mélanger les genres, pour proposer aux auditeurs un panel musical de ce que nous sommes. Il n’y a rien de plus lassant que des albums monocordes, non ? On est assez expansifs et bien dans notre peau, alors il fallait que notre musique nous ressemble et convainque le plus de monde possible !
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« Nous ne faisons pas des singles ! La musique vient comme elle doit et nous ne réfléchissons pas d’emblée sur sa durée. Nous essayons d’élaborer des structures différentes, de surprendre l’auditeur… »[/center]
Steve et toi êtes tous les deux l’âme de Wedingoth car vous en êtes les créateurs et compositeurs. Peut-on parler de parfaite alchimie entre vous deux et peux-tu nous décrire la manière dont vous vous y prenez pour créer ?
Nous sommes effectivement les fondateurs de la formation qui s’étend, on peut le dire aujourd’hui, à nos musiciens actuels. Il n’y a en fait pas de règle établie pour la création, tout se fait au feeling, à la différence que la tâche difficile d’écriture des textes me revient ! (rires) Il arrive que Steve ait un riff que nous développons ensuite ensemble en fonction des paroles. Il se peut à d’autres moments, que j’ai une mélodie et un texte lui correspondant, comme pour « Reveries », et nous l’arrangeons. Parfois Steve écrit la musique intégralement, comme sur « From Hell » et je m’adapte. Vraiment c’est sans contrainte ! La seule constante reste que la musique doit toujours être en parfaite osmose avec le sens des paroles, ce qui est d’autant plus important dans un concept album comme le nôtre. Il est évident que tous ces moments sont extrêmement privilégiés où l’on peut vraiment parler d’alchimie. Tu as tout à fait raison. Mais nous sommes des rockeurs, et il serait utopique d’imaginer que ces instants de labeur sont exempts de quelques prises de nez ! (rires)
Ta voix se rapproche souvent de Simone Simons d’Epica. Cette dernière évolue souvent dans un registre haut perché ce qui est également ton cas. As-tu des modèles particuliers dans le domaine des chanteuses et considères-tu la voix de Simone comme une influence importante ?
Cette question est très intéressante, d’autant que c’est la toute première fois que j’y suis confrontée. J’ai beaucoup de respect pour le travail d’Epica et particulièrement sur leurs deux premiers albums que je trouve plus authentiques que l’image musicale qu’ils véhiculent actuellement. Pour autant je n’ai jamais considéré leur musique et a fortiori la voix de mezzo-soprane de Simone, comme un modèle auquel j’aurais pu adhérer. J’ai d’ailleurs du mal à imaginer une comparaison entre la technique de Simone et la mienne, dans le sens où la sienne se rattache à un registre lyrique que je n’affectionne pas dans « Candlelight » et ce, malgré nos voix « haut perchées » !
Il est certain que j’ai des modèles vocaux importants dans le metal à l’image de Tarja, Sharon de Within Temptation ou Amy Lee d’Evanescence que l’on a tendance à oublier ou médire ! Mais ma formation est avant tout jazz et je suis naturellement portée à m’intéresser aux voix phénoménales de Joan Baez, Norah Jones, Lisa Ekdahl, Billie Holiday ou Nina Simone dans le registre grave. J’ai également beaucoup appris d’un point de vue technique, des prouesses de nuances et de placement de voix dans les ambiances feutrées de Loreena McKennitt et je me berce aujourd’hui de chants baroques. Mes influences sont très nombreuses et justifient le fait que je n’aspire pas à tomber dans une image caricaturale du metal sympho à chanteuse lyrique parce que Wedingoth est aux antipodes de ces conceptions. J’assume tous mes apports musicaux et vocaux que je mets au service du rock metal prog comme le ferait James Labrie de Dream Theater ou Russell Allen de Symphony X. Considérez que je suis un homme ! (rires)
La production de Candleight est sujette à débat puisque certains l’adore et d’autre la déteste ! Comment peux-tu expliquer cet état de fait ? Il est vrai que l’auditeur a l’impression, par exemple, d’un léger retrait de ta voix dans le mix ce qui ne gêne toutefois pas l’écoute…
« Candlelight » est une autoproduction, faite à la maison dans le studio que monte Steve petit à petit, et dans lequel il fait ses armes d’ingénieur du son et de producteur. Partant de là, nous pouvons dire qu’à l’instant T où l’album a été enregistré, nous avons donné le meilleur de ce que pouvions faire avec nos moyens, aussi bien dans l’enregistrement que dans le mixage. On peut dire aujourd’hui, et heureusement d’ailleurs, que nous avons progressé dans notre façon de faire et que nous avons pleins de choses à améliorer. En tenant compte de tous ces paramètres, pour certains le travail accompli a été jugé plus qu’honorable et pour d’autres carrément inécoutable ! Cela ne nous pose en vérité aucun problème puisque nous reconnaissons et assumons la réalité de notre production. Si les gens aiment c’est super et si d’autres moins, on peut d’emblée leur dire que l’on se rattrapera sur le prochain ! C’est ainsi que l’on avance ! Je reviens sur ton analyse concernant le retrait de la voix, parce que tu es le premier à soulever cette problématique. Celle-ci me surprend d’ailleurs puisque nous avons au contraire cherché à ce qu’elle soit le plus en avant possible ! Les critiques revenant le plus souvent étaient en général opposées, considérant que la voix était trop mise en valeur ! On va dire que cela dépend des goûts ! (rires)
Sur votre MySpace, vous évoquez Candlelight comme un concept-album. Peux-tu éclairer la lanterne de nos auditeurs/lecteurs à ce sujet ?
« Candlelight » s’interroge sur le sort de l’humanité dans un univers terrestre dégénérescent. Nous sommes personnellement inquiets de l’avenir de notre planète sans pour autant être des militants « Greenpeace » ! Effets de serre, dérèglements climatiques et catastrophes naturelles, tout nous prouve que la Terre est malade et le manifeste. Cette situation se comprend à plus grande échelle en rapport avec la politique des gouvernements actuels. Candlelight peut ainsi se définir, pour une part, comme une réaction à la société dans laquelle nous évoluons. Notre objectif est de chercher humblement à lancer un message de sensibilisation sur toutes ces questions à la fois alarmiste mais toujours teinté d’optimisme. L’album est crescendo. De constats profondément pessimistes sur les corruptions étatiques et la souffrance de l’asphalte, il évolue vers des tonalités plus joyeuses pour s’achever sur le titre éponyme de l’opus, résolument positif : tant qu’il reste un soupçon de vie, il y a de l’espoir !
Le premier album est toujours quelque chose de spécial pour un artiste, comme une forme d’aboutissement. Pour toi il me semble que réaliser un album était de l’ordre du rêve…Donc du coup tu peux mourir tranquille maintenant et t’arrêter là non ?!
Réaliser un album était effectivement pour moi, un rêve d’enfance. Je chante et je joue du piano depuis que je suis toute gamine, la musique est la part la plus importante de ma vie. Monter sur scène, jouer ses compositions c’est énorme, mais tenir dans ses mains la jaquette d’un CD qui symbolise l’aboutissement d’années de travail, de recherche et de perfectionnement, c’est magique, intense ! J’en ai des frissons rien qu’en l’évoquant ! J’ai 22 ans et je pense que le rêve qui vient de se réaliser enfin, mérite d’être poursuivi le plus loin possible. Je n’ai pas l’intention de me réveiller, la féérie doit continuer !
Quelles sont vos perspectives à court terme et avez-vous déjà commencé à travailler sur un nouvel album ?
Pour l’instant nous préparons la promotion scénique de l’album avec quelques concerts en prévision. Nous serons à Lyon au Lyons’hall, le 2 octobre et à Paris au Star Café le 30 octobre. D’autres projets scéniques pour 2011 sont pressentis notamment dans les alentours de Marseille. Nous avons sorti en juillet le clip « d’Utopia » en version acoustique disponible sur YouTube (ndlr : et ci-dessus), allez faire un petit tour !
La création ne s’arrête pas là, bien sûr ! Quelques morceaux sont déjà en préparation.
Puis nous avons le plaisir d’annoncer que nous venons de recruter le premier manager du groupe en la personne de Jordan Gallois, président du Headbang Club de Lyon. Je profite d’ailleurs de cette interview pour le remercier au plus haut point et inciter tous ceux qui nous liront à ne pas hésiter à suivre et même à participer au développement du Club, une association véritablement indispensable à l’épanouissement et à la promotion des artistes. Un grand merci à eux et à notre nouvelle recrue : Jordan !
Un dernier mot à rajouter Laure ?
Encore merci pour cet agréable moment passé avec toi. Nous tenions à dire tout le bien que nous pensons de Radio Metal. C’est grâce à des initiatives comme la vôtre que les artistes émergents peuvent saisir une chance de se faire connaître. Nous espérons que notre musique apportera autant de satisfaction que nous avons eu de plaisir à la créer. N’hésitez pas en tout cas à nous contacter et venez nombreux nous voir en concert. Stay rock, stay metal !
Interview réalisée en août 2010 par mail.
Myspace Wedingoth : www.myspace.com/wedingoth































C’est un chouette groupe, on a un son sympa, si mes souvenirs sont bon ils seront à lille le 12 mars…
Super groupe et super interview :) A écouter !!
Merci beaucoup pour cette découverte, j’adore !