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Interview   

Geoff Tate (Operation: Mindcrime) trouve la clé de sa liberté


Geoff Tate - Operation: MindcrimeLe chanteur Geoff Tate a beau avoir été, au départ, sonné par la décision de ses anciens collègues dans Queensrÿche de se séparer de lui – lui le compositeur et tête pensante du groupe, lui la « personnalité clé du groupe » -, aujourd’hui il n’hésite pas à exprimer sa satisfaction quant à la situation libératrice dans laquelle il se retrouve aujourd’hui avec son nouveau projet musical Operation: Mindcrime, nommé après l’album le plus emblématique de sa carrière. Et si jamais on se dit qu’il ne s’agit là que d’une façade, pour sauver la face, il suffit d’écouter l’album The Key, le premier d’une trilogie, pour se rendre compte que Tate est on ne peut plus sincère. Il n’a pas semblé aussi bien dans ses baskets depuis longtemps, libre de faire ce qu’il veut, avec qui il veut, sans craindre les jugements basés sur un nom ou un héritage.

Dans l’entretien qui suit, Tate nous parle de ce concept ambitieux en trois parties et ce projet où il s’est débarrassé des contraintes démocratiques habituelles de groupe pour pouvoir mener jusqu’au bout sa vision musicale, avec un mode de fonctionnement bien particulier, où aucun musicien n’est pieds et poings liés.

Operation: Mindcrime

« Ce que j’aime musicalement et ce que j’aime explorer musicalement, c’est bien plus dans la veine de ce que je fais maintenant, par rapport à ce que j’ai eu à faire dans le passé pendant un certain temps. »

Radio Metal : Tu as clos le chapitre Queensrÿche l’année dernière en trouvant un accord avec tes anciens collègues. Du coup, qu’est-ce que cela a fait de retirer symboliquement le logo de Queensrÿche de ta ceinture avant les rappels de ton tout dernier concert avec ta version de Queensrÿche ? Etais-tu un peu sentimental ?

Geoff Tate (chant) : Non, pas vraiment. Je suis content d’en avoir fini avec tout ça et de passer à autre chose désormais. Je pense qu’il était temps de laisser tout ça derrière moi et d’avancer, ce que je suis très heureux de faire aujourd’hui et d’avoir un nouvel album qui sort dans quelques semaines. J’ai hâte qu’il sorte et de partir en tournée à la fin de l’année. J’ai quelques dates de tournée de prévues pour la fin novembre, en commençant par l’Europe avant de revenir en Amérique du Nord en janvier. Donc ouais, j’attends avec impatience le reste de l’année.

Tu es sur le point de sortir The Key avec ton nouveau projet musical Operation: Mindcrome. C’est le premier album d’une trilogie qui semble être le projet le plus ambitieux de ta carrière. Comment se fait-il que tu arrives avec un projet aussi massif à ce stade ?

En fait, je ne sais pas ! Je ne sais pas vraiment pourquoi, si ce n’est que j’ai maintenant beaucoup plus de liberté pour faire ce que je veux faire musicalement, sans les limites d’être dans un groupe et ce genre de choses. Je me sens très positif, très créatif et surexcité de travailler !

Te sens-tu libéré des attentes, en étant dans la position dans laquelle tu es aujourd’hui, un peu en train de redémarrer ?

En un sens, ouais. C’est un sentiment assez libérateur. Tu sais, ce que j’aime musicalement et ce que j’aime explorer musicalement, c’est bien plus dans la veine de ce que je fais maintenant, par rapport à ce que j’ai eu à faire dans le passé pendant un certain temps. Je suis pas mal surexcité par tout ça ! Je suis très satisfait du résultat de l’album. Honnêtement, j’ai été un peu terré en studio pendant l’année qui vient de passer, je ne sais même pas ce qu’il se passe dans le monde ! [Rires] Je suis un peu confiné dans ma propre histoire et mes propres pensées ici depuis octobre dernier, ce qui correspond à quand j’ai commencé à travailler sur ce projet à plein temps. Il me reste encore un mois et demi de travail sur la trilogie désormais. Je suis en train de finir le deuxième album et le troisième là en ce moment. Avec un peu de chance, ce devrait être terminé d’ici à la fin octobre, c’est ce qui est prévu, de manière à ce que je puisse me concentrer sur les tournées que j’ai hâte de commencer.

Tu as dit par le passé en interview que Queensrÿche est un nom définitif et qu’il est dur pour les gens de dépasser ce nom et considérer la musique sous un regard moins prompt à la critique. Mais Operation: Mindcime est associé à un album conceptuel très populaire. Donc, penses-tu que les gens pourront aller au-delà de ce nom et juger ta musique sur cet album simplement pour ce qu’elle est ?

Je l’espère ! Ouais, de toute façon, je ne sais pas vraiment pourquoi les gens ressentent le besoin de juger la musique. Ce n’est pas une compétition, ce n’est pas un jeu, ce n’est pas un événement sportif. C’est de l’art, des émotions, des sentiments, des idées… Pas une compétition sportive. Il n’y a donc pas de jugement à avoir autre que le fait de pouvoir s’y identifier et le comprendre ou pas. C’est un peu comme ça que ça marche [petits rires].

Comment as-tu abordé la réalisation de cet album cette fois-ci ? Etait-ce différent de la façon dont tu approchais ça auparavant avec ton précédent groupe ?

Oh, ouais ! Ce n’était même pas comparable, vraiment. Cet album a démarré avec une histoire que j’ai écrite. J’ai pris l’histoire et puis je l’ai découpée pour en faire ressortir ce qu’on pourrait appeler les grandes lignes. Et ensuite, j’ai commencé à composer la musique pour grosso modo raconter l’histoire ; de la musique qui collerait aux grandes lignes de l’histoire que j’avais écrites. C’était un peu comme construire ça brique par brique à partir des fondations. C’était une expérience vraiment merveilleuse avec ce projet. C’est tellement… Je ne sais pas, c’est juste vraiment libérateur de travailler d’abord seul avec moi-même, à tout assembler, et ensuite partager mes idées avec les autres gens dans le projet, recevoir leurs retours par rapport à ça et entendre ce qu’ils avaient à ajouter à ce que j’avais déjà. C’était simplement une merveilleuse, merveilleuse expérience créative. Tous ceux qui étaient impliqués étaient vraiment à fond dedans et il y a des performances vraiment incroyables sur les trois albums de la part de tous.

Tu as dit ne pas considérer Operation: Mindcrime comme un groupe mais comme un projet musical, et tu es désormais dans une situation où tu n’as pas forcément besoin d’un line-up fixe et tu peux jouer avec différents musiciens. Penses-tu que ce type de situation correspond mieux à ton esprit créatif ?

Ça fonctionne vraiment bien là en ce moment. L’idée est en quelque sorte apparue lorsque je mettais les touches finales à mon groupe de tournée. Et tous ceux avec qui je voulais travailler étaient le genre de musiciens très demandés par d’autres musiciens pour jouer avec eux. Tu sais, ce sont vraiment de supers musiciens. Et ils voulaient aussi pouvoir être libres de travailler avec un certain nombre d’artistes et projets différents. Chacun a son propre lot d’engagements qu’il souhaite poursuivre. Donc, le fait d’avoir ce type de format ouvert permet vraiment de satisfaire toutes les personnes impliquées. Personne n’a le sentiment d’être pieds et poings liés par rapport au projet ou au groupe, pour ainsi dire. Chacun est libre de planifier d’autres choses qu’il souhaite faire et de participer à un certain nombre de projets différents. C’est un peu calqué sur les musiciens de jazz des années 1930 et 1940, la façon dont de super musiciens se réunissent pour faire certains projets, puis ils se séparent et font d’autres projets, et peut-être que certains d’entre eux reviennent pour une tournée ici et là. C’est juste que ça offre à tous la liberté de poursuivre autant de trucs musicaux qu’ils le souhaitent.

Penses-tu que la démocratie dans un processus créatif soit contraignant ?

Ca dépend vraiment de qui est impliqué ! [Rires] Ouais. Ça peut être incroyablement contraignant ! Ça peut être handicapant, en fait. Ouais, c’est… Ça dépend juste de qui est impliqué.

Operation: Mindcrime - The Key

« [La démocratie dans le processus créatif] peut être incroyablement contraignante ! Ça peut être handicapant, en fait. »

La musique sur The Key sonne assez variée : une chanson comme « Burn » a un côté un peu grunge, « The Stranger » est très moderne, un peu néo metal, « Re-Inventing The Future » sonne peut-être plus comme du Queensrÿche classique, « Kicking In The Door » est presque trip-hop… Est-ce important d’utiliser tout ce que la musique a à offrir ?

Oh ouais ! Ca a toujours été important pour moi d’apporter mes influences, mes styles et les choses qui m’intéressent musicalement. J’ai toujours essayé d’incorporer tout ceci dans ce que j’écris. J’estime que ce qui rend une chanson ou un morceau de musique intéressant, c’est la diversité des influences que l’on retrouve dans la composition, et le jeu aussi. Ce sont deux choses différentes : il y a la composition et le fait de jouer. Deux choses très différentes. Certains supers musiciens ne composent pas de chansons, tu sais. Et certains compositeurs incroyables ne sont pas des musiciens incroyablement compétents. Mais, ouais, je pense qu’il est important d’être éclectique et de laisser entrer ce que l’on aime, ce que l’on écoute et ce que l’on admire dans d’autres formes de musique. Et aussi, dans le style de composition conceptuelle, plus la palette musicale est variée, meilleure est l’histoire que tu peux raconter, car les chansons et la musique ont plus d’endroits où aller. Tu peux mettre le doigt sur un certain nombre d’émotions différentes avec la musique, contrairement à si on se cantonne à un style, ce qui te limite dans ta façon de raconter l’histoire.

Comment parviens-tu à maintenir une cohérence sur tout l’album en ayant une telle diversité ?

La cohérence vient du type particulier de phrasé ou des choix de mélodie de la personne. Tu sais, la mélodie c’est l’armature de la chanson, c’est ce que les gens entendent, c’est ce qu’ils reconnaissent, c’est ce dont ils se souviennent, c’est ce qu’ils sifflotent en allant au travail. Et ça, c’est quelque chose de très personnel pour un musicien ou un compositeur. Ils ont un certain sens de la mélodie, une certaine manière de phraser une mélodie qui est assez individualiste. Et je pense que la cohérence des mélodies et de la composition apparaît de cette façon dans mon cas.

Tu fais du rap sur « The Stranger », ce n’est pas quelque chose qu’on t’a souvent entendu faire. Quel est ton rapport au rap ?

Oh, ça alors… Mon rapport… Oh, je l’apprécie en tant que forme musicale, surtout d’un point de vue paroles et approche vocale. Il y a des trucs vraiment cool que tu peux faire rythmiquement avec l’approche vocale du rap. Ouais, tu peux te mettre à faire tous types de syncopes, chanter dans différentes signatures rythmiques par-dessus un rythme de batterie ou structure rythmique… Ouais, il y a tout plein de trucs cool que tu peux faire avec ça.

Peux-tu nous en dire plus sur l’histoire que tu racontes dans cette trilogie ?

Je pourrais t’en dire un peu. Globalement, c’est un peu un mystère. Donc je ne veux pas dévoiler trop de détails de l’histoire parce qu’autrement ça gâcherait le plaisir pour les gens. Mais as-tu des enfants, es-tu parent ? Alors ce que je vais te dire va sans doute te parler. Tu sais, en tant que parents, nous commençons très tôt, dans le développement de nos enfants, à les programmer. En disant ça, je veux dire que nous définissons ce qu’est leur réalité et nous le faisons avec des définitions : « Ceci est un arbre. Ceci est une table. Ceci est un chien. Ceci est le ciel. Ceci est une automobile. » Nous définissons tout pour eux, et ça, c’est une forme de programmation. Nous définissons ce qu’est leur réalité et nous grandissons tous avec ceci, notre réalité nous est définie pour nous, jusqu’à ce que nous atteignions un certain âge où nous commençons à chercher à définir notre propre réalité, mais nous continuons à nous raccrocher à la réalité qu’on nous a apprise et qui nous a été programmée à un très jeune âge. L’histoire a donc un peu à voir avec ça. Quatre personnes sont impliquées dans l’histoire. Il y a quatre personnages et ils inventent un algorithme informatique qu’ils ont développé dans un programme qui permet à son utilisateur de redéfinir la réalité telle que nous la connaissons. Ca fait en quelque sorte voler en éclats le mur de la réalité que nous avons apprise. Et ils se rendent compte que ce concept a une immense valeur parce qu’il peut complètement changer la façon dont les gens s’interfacent avec le monde. Et, à cause de ça, un conflit apparaît entre les quatre personnes. Certains d’entre eux veulent prendre ce programme et le développer dans un produit commercial pour le vendre et devenir incroyablement riches. D’autres veulent faire don de ce programme au monde parce que c’est une découverte bien trop importante, elle changera tout. Il y a donc ce conflit qui s’installe entre les quatre personnages. Le premier album, The Key, présente les quatre personnages, nous donnent des indices vis-à-vis de ce dont le potentiel du programme, ou la clef (NDT : The Key), est capable et se concentre vraiment sur le conflit qui émerge. Ensuite, évidemment, l’histoire progresse au-delà de ça sur les deuxième et troisième albums. J’espère que ça te l’explique bien !

Tu as déclaré que tu voulais te concentrer sur des albums basés sur des concepts ou des histoires dans les années à venir. Est-ce important pour toi qu’un album soit une expérience artistique complète plutôt qu’une simple compilation de chansons ?

Ce sont deux choses différentes. J’ai fait plein d’albums qui sont des collections de chansons et j’aime ça mais j’aime aussi la manière conceptuelle d’assembler un album ou plusieurs albums. Dans les deux cas c’est stimulant de façons différentes. Je dirais qu’un album conceptuel est quand même pas mal plus stimulant parce qu’évidemment, tu dois adhérer à un scénario et ça requiert beaucoup de variations dans la présentation musicale et tu dois avoir une cohérence dans l’histoire. C’est un sacré défi de se lancer là-dedans. Mais ouais, j’aime les deux formats, vraiment.

D’ailleurs, comment comparerais-tu cette trilogie conceptuelle par rapport au concept Operation: Mindcrime, dans la façon dont tu as abordé l’exercice ?

Très similaire. Ils sont très similaires. Je dirais que celui-ci est musicalement bien plus aventureux mais le processus même de construction était très similaire. Ça a commencé avec une histoire, puis je l’ai découpée en grandes lignes et lui ai attaché de la musique pour raconter l’histoire en chapitres, pour ainsi dire, ou scènes.

Operation: Mindcrime

« Je ne regarde pas en arrière. D’ailleurs, je n’écoute même jamais les albums que j’ai composés dans le passé. Je suis constamment en train de travailler sur quelque chose de nouveau. »

As-tu pensé à développer ça sur un film pour en faire une expérience globale encore plus complète ?

Je n’y ai pas tellement réfléchi mais plusieurs personnes m’ont mentionné ça en faisant des interviews. Ouais, ce pourrait être quelque chose à faire à l’avenir. C’est juste que je n’ai pas encore assez creusé l’idée. Je suis sur un calendrier de trois ans là tout de suite, où je dois finir ces trois albums et puis passer à un autre projet après ça. Mais pour celui-ci, ils sortiront l’album le 18 septembre, le prochain sortira en septembre de l’année prochaine et celui encore après le septembre suivant.

Au sujet de ton éviction de Queensrÿche, tu avais déclaré que tu ne l’avais pas vu venir, que c’était un suicide de carrière, que tu ne comprenais pas comment on pouvait virer le compositeur principal et la personnalité clef dans le succès du groupe. Pourtant, leur premier album sans toi semble avoir été bien reçu par les fans et la presse, et bien marcher, donc as-tu également été surpris par ça ?

Non, pas surpris parce que je n’y ai pas vraiment porté attention ! [Rires]

Qu’est-ce que Queensrÿche représente pour toi aujourd’hui ?

Je n’y pense même pas, à moins que quelqu’un m’en parle et me force à y penser [rires]. Tu sais, je suis vraiment à un stade dans ma vie où… J’ai toujours été de ces personnes qui ne regardent pas vraiment en arrière. Je suis davantage intéressé par ce que je fais, ce à quoi je pense ou ce que je vis en ce moment. Vraiment, je ne regarde pas en arrière. D’ailleurs, je n’écoute même jamais les albums que j’ai composés dans le passé. Je suis constamment en train de travailler sur quelque chose de nouveau. Je ne suis pas du genre à vraiment me remémorer le passé ou regarder en arrière. Et donc, pour ce qui est de Queensrÿche, je suis qui je suis, je fais ce que je fais et je ne pense pas à la vieille époque, pour ainsi dire. Je suis concentré sur le présent.

Mais ça reste une part de toi…

Ouais, je suppose. Il y a beaucoup de musique qui a mon nom inscrit dessus [rires].

Fut un temps où Queensrÿche pouvait passer en radio, mais depuis lors l’industrie musicale a radicalement changé. A ton avis, quelle est ta place aujourd’hui dans cette industrie avec Operation: Mindcrime par rapport à cette époque ?

Comme tu l’as dit, c’est une industrie totalement différente aujourd’hui, avec des façons différentes de faire les choses et un accent différent sur la manière de faire sortir ta musique et la vendre. Toutes ces choses ont radicalement changé. Et, tu sais, je n’ai pas vraiment de réponse pour toi quant à savoir quelle est ma place. Je suis un artiste avec un héritage, plein de musiques et plein d’albums, et donc mon public est familier avec ces derniers ou certains d’entre eux. Je suppose que ce que je fais aujourd’hui, c’est ce que je continue à composer, réaliser de nouveaux albums et les présenter en concert… Un peu ce que j’ai toujours fait ! [Rires] Rien n’a vraiment changé de ce point de vue-là, vraiment. La façon dont les gens écoutent ma musique, comment ils l’obtiennent et ce genre de choses, c’est ça le grand changement.

Tu as mentionné plusieurs fois par le passé qu’auparavant tu avais dû composer des singles pour les radios. Mais on dirait que ce n’est plus vraiment un souci aujourd’hui…

Ouais, [composer un single] c’est plus une approche subconsciente de la composition. Par exemple si tu as une progression d’accords ou une mélodie qui est, je suppose, accrocheur, qui fonctionne très facilement, tu tends à composer dans une certaine direction, et en disant ça, je veux dire que tu ne développes pas de manière drastique, tu gardes l’idée courte et concise parce que tu sais que cette chanson est un potentiel single radiophonique. Et les radios ont un format auquel elles se tiennent et qui est incroyablement strict. Même si tu écrivais une chanson de quatre minutes, ce serait considéré comme trop long, et ils exigeraient toujours que tu l’édites pour la raccourcir, afin d’obtenir une chanson de trois minutes qu’ils pourraient diffuser sur leur station. Donc tu commences à entrer dans ce mode de pensée lorsque tu composes, où tu commences à approcher presque chaque chanson de cette manière, avec ce type de format en tête. Avec la disparition des radios commerciales, il est vraiment devenu évident pour moi que je n’ai plus à penser de cette façon, je peux vraiment composer ce que je veux, je n’ai pas à me soucier que ça reste sous les trois, quatre ou cinq minutes. Je peux faire aussi long que je veux ! [Petits rires] Ca peut paraître étrange pour certaines personnes mais je trouve, en tant que compositeur, que c’est un moment libérateur lorsque tu te rends compte : « Oh, je n’ai à suivre aucune règle ! Je peux grosso modo faire ce que je veux maintenant avec ça ! » J’ai trouvé ça incroyablement libérateur et j’ai vraiment pris cette approche avec la trilogie. Il n’y avait aucune règle à suivre, et c’est merveilleux de pouvoir faire partie de ça. Ça fait vraiment du bien de composer des choses pour ce projet.

En répondant à des questions de fans sur Twitter en octobre dernier, à la question « en dehors de toi, qui est ton chanteur préféré ? », tu as répondu : « Quand même moi. » Es-tu vraiment ton propre chanteur préféré ou bien étais-tu juste en train de blaguer ?

[Rires] Je n’ai pas de chanteur préféré, non. Vraiment pas. Il y a plein de chanteurs dont j’aime ce qu’ils font. Je suis un fan de chansons. J’adore la musique, tout type de musique différente. Lorsque j’écoute une chanson ou une musique d’un artiste, pour moi c’est une expérience émotionnelle et après avoir été affecté émotionnellement, alors je commence à la regarder et l’entendre différemment d’un point de vue compositeur, comme : « Oh, c’est une progression intéressante de Mi bémol à Sol dièse, comment ont-ils cette transition ? Qu’est-ce qu’il se passe là dans la ligne de basse pour que ça fonctionne ? » C’est comme décortiquer et essayer d’en comprendre la mécanique. Donc plus je l’écoute et plus ça change. Et il y a des albums de certaines personnes pour lesquels je ne comprends toujours pas comment ils ont fait ce qu’ils ont fait. J’ai eu une discussion très intéressante avec Jon Anderson de Yes, il y a quelques années. C’est un de mes chanteurs et compositeurs préférés. J’étais en train de le questionner sur un certain morceau de musique qu’il avait écrit, je lui ai dit : « Je suis resté des heures assis à écouter cette chanson à toi, à la répéter au piano, à essayer de comprendre la suite d’accords, les notes de transition, les inversions que tu as faites là-dedans… » Et il m’en expliquait les détails, comment il l’a fait, ce qu’il avait en tête, à quoi il pensait… C’était une merveilleuse, merveilleuse explication qu’il m’a donnée et je chérirai pour le restant de mes jours cette conversation parce que c’était une énigme pour moi pendant des années [rires]. Et désormais je connais le secret de l’énigme ! Donc… Je suis une meilleure personne grâce à ça ! [Rires]

Interview réalisée par téléphone le 20 août 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Operation: Mindcrime : operationmindcrime.com.



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