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Back In Backstage   

Back In Backstage, série 5


Traîner son flycase aux quatre coins du globe provoque des situations imprévisibles et parfois inoubliables. Car il y a le spectacle que le public voit sur scène et il y a aussi tout ce qui se passe hors scène, et qui représente la part la plus importante de la vie d’un artiste. Dans le cadre de la rubrique Back In Backstage, les artistes nous racontent leurs moments insolites passés en coulisse, que ce soit en festival, dans une grande salle ou dans un club miteux, qu’ils soient étranges, effrayants, drôles, ou qu’ils se soient gravés dans leur mémoire pour toute autre raison… et autant dire que ce n’est pas toujours glamour.

Note : certains des témoignages ci-après ont été originellement publiés dans le cadre des numéros 13, 14 et 15 du magazine Radio Metal, tandis que les autres sont inédits.

Tobias Sammet (Avantasia / Edguy – chant) : Il s’est passé quelque chose de très drôle pendant que nous voyagions, à l’aéroport de Milan, sur la première ou seconde tournée d’Avantasia. C’était durant les vacances d’été, donc ça devait être en 2008 sur la première tournée. Je ne ferais plus ça aujourd’hui, mais j’ai volé un couteau dans un hôtel au petit déjeuner. Nous avons ensuite acheté une poupée gonflable, nous avons mis le couteau dans le paquet et nous avons glissé le tout en douce dans le bagage cabine d’Oliver Hartmann avant de passer le contrôle de sécurité. C’était les vacances et il y avait des milliers de gens dans l’aéroport, et probablement cent cinquante attendaient dans chaque file au contrôle de sécurité. Evidemment, quand il est passé, l’agent lui a dit : « Oh, monsieur, il semblerait que vous ayez un couteau dans votre bagage. » Il a répondu : « Non, je n’ai pas de couteau dans mon bagage. » Il a donc fallu qu’il ouvre sa valise devant tout le monde. Une centaine de personnes étaient en train de le fixer du regard. Tout le monde était agacé que ce monsieur transporte un couteau sans le dire. C’est là qu’ils ont découvert cette poupée gonflable dans ses affaires. C’était clairement une très méchante plaisanterie, car c’était un modèle vraiment affreux. Elle apparaissait en photo sur un énorme packaging, on ne pouvait pas passer à côté, et je crois qu’il était inscrit dessus quelque chose du genre : « Elle est grosse et vilaine, et t’astique jusqu’à ce que ça brille. » Bref, c’était une poupée gonflable très étrange. Maintenant que je le raconte, je sais que ce n’est probablement pas aussi drôle qu’à l’époque, et aujourd’hui, jamais je n’introduirais un couteau dans le bagage de quelqu’un. Plus jamais. J’étais jeune et j’avais trouvé ça amusant. Il aurait pu finir en prison en Italie ! Nous aurions pu nous retrouver à continuer la tournée avec un seul guitariste. Donc, je suis désolé, je m’excuse. C’était très stupide, mais c’était très drôle et à la fois tellement embarrassant. Il est devenu tout rouge et s’est mis à rire, en disant : « Ce n’est pas ma poupée gonflable. » Les agents étaient là : « Oui, mais elle est dans votre valise. D’après vous, comment a-t-elle atterri là ? » Ensuite, nous avons reconnu que ce n’était pas sa poupée gonflable et que c’était une blague. Heureusement, ces agents avaient de l’humour. Autrement, nous aurions un autre guitariste aujourd’hui [rires].

Christoph Lindemann (Kadavar – chant & guitare) : Je me souviens en 2012, c’était lorsque nous venions de sortir notre premier album. Nous avons joué un concert à Berlin avec Sleep dans une boîte très célèbre appelée Berghain. C’est une énorme boîte de nuit techno et ils organisent parfois des concerts là-bas. Nous étions super nerveux quand nous y sommes allés. Nous avons fait les balances et tout se passait bien. Nous n’avions pas de véritable loge. Je me suis dit : « Ok, je vais prendre une bière. » Alors j’ai demandé à l’un des gars de l’organisation locale : « Y a-t-il un moyen d’obtenir une bière ? » Il m’a répondu : « Oui, il suffit d’aller dans la loge, il y a un frigo pour les deux groupes et tu peux y prendre une bière. » Je suis entré dans la loge de Sleep. J’ai dit : « Salut, comment ça va ? » J’ai ouvert la porte du frigo, pris une bière et immédiatement le tour manager est venu et m’a pris la bière, a refermé la porte, m’a engueulé et m’a viré ! [Rires] Je dois quand même dire qu’il y avait deux frigos avec au moins six caisses de bière ! J’ai déjà connu la situation inverse, mais moi, je ferme la porte à clé, je suis assez malin pour protéger ce qui est précieux [rires].

Greg Burgess (Allegaeon – guitare) : Michael Stancel aime voyager – du moins, à une époque – avec une étiqueteuse. Je me souviens qu’une fois, nous étions aux États-Unis avec Ne Obliviscaris. Il s’est mis à étiqueter et mettre des noms sur tous les flight cases et les équipements que Ne Obliviscaris avait laissés en loge. Martino [Garattoni], étant originaire d’Italie, était Ferrari Lasagna. Tim [Charles], le chanteur, était James Franco, parce qu’ils se ressemblent parfaitement. Benji [Baret] était Jazz Lettuce, parce que c’est un consommateur de marijuana (surnommé devil’s lettuce en anglais, NDLR), mais nous appelions ça de la jazz lettuce. Il y a d’ailleurs une suite amusante à toute cette histoire. De tous ces surnoms, celui qui est le plus resté est Ferrari Lasagna, pour notre ami italien Martino Garattoni de Ne Obliviscaris. C’est tellement resté que nous lui avons offert l’opportunité – selon moi – de se faire tatouer sur les fesses un dessin d’une part de lasagne en train de conduire une Ferrari. Cela s’est finalement fait après une longue série d’événements. Nous sommes passés par Denver, nous l’avons kidnappé, puis conduit chez un tatoueur, et nous l’avons fait ! Je crois qu’il existe quelque part une vidéo de lui se faisant tatouer les fesses. C’est probablement la meilleure chose qui soit jamais arrivée en loge : qui aurait pensé que Michael, avec sa petite étiqueteuse, en train d’écrire de mignons petits surnoms pour nos amis de Ne Obliviscaris, aboutirait finalement à ce que l’un d’entre eux se fasse tatouer deux stéréotypes sur son derrière d’Italien ? C’était magnifique. Quand j’y pense, toutes les choses drôles qui sont arrivées à Allegaeon sont généralement de la faute de Michael Stancel. Michael est clairement le clown de la bande.

David Ellefson (Dieth – basse) : Je dirais que c’était autour de l’année 2000. Nous donnions un concert en Hollande et Rammstein jouait avant nous. Ils étaient en train d’expérimenter avec leurs pyrotechnies. Nous étions tous derrière la scène, près de nos loges, vers les remorques. L’une de leurs pyrotechnies a explosé, est passée par-dessus la scène et a atterri juste à côté de notre loge. Il y avait beaucoup de pyro… Enfin pas comme dans leurs concerts aujourd’hui, on pouvait voir que c’était de la pyro à petit budget, car ils n’étaient pas aussi gros qu’aujourd’hui. Donc, ils tâtonnaient encore avec les bombes et autres trucs qui explosaient. Je pense que nous savions que ça venait d’eux, parce qu’ils étaient sur scène à ce moment-là et il y avait des détonations et des feux d’artifice qui partaient, et là il y en avait un qui est arrivé juste sur le pas de notre porte, on se disait : « C’est quoi ce bordel ? » Enfin, au départ, je pense que c’était plutôt : « C’était une voiture ? Un retour de flamme d’un pot d’échappement ? Quelqu’un a lancé quelque chose ? Quelqu’un dans les coulisses ? » Mais ensuite, nous avons assemblé les pièces du puzzle et nous avons réalisé que ça venait de la scène. C’était effrayant, parce que c’était un vrai truc, c’était une bombe qui est partie ! [Rires] Bien sûr, c’est Rammstein, donc c’est génial. Quitte à se faire tuer, autant que ce soit par Rammstein durant un accident de pyrotechnie, n’est-ce pas ? Ils étaient en train de tester leur bordel, et j’adore ces gars. Je suis fan et j’ai eu l’occasion de les connaître un peu au fil des années, surtout Till, en jouant sur des festivals et tout. Evidemment, maintenant c’est un groupe énorme. A chaque fois que je regarde leurs pyrotechnies, je me dis : « Nom de Dieu, j’ai failli mourir un jour à cause de la pyro de Rammstein ! » Les autres gens présents ont pété un câble, mais j’ai trouvé ça sacrément metal, pour être honnête. Je crois surtout que ça a été à deux doigts de tuer une fille de la maison de disques ou quelque chose comme ça, mais elle a vécu, donc ça va [rires].

Lord Ahriman (Dark Funeral – guitare) : La première chose qui me vient à l’esprit – et je m’en souviens encore très clairement, car ça m’a vraiment marqué – c’était quand nous avons fait l’une de nos premières tournées aux US vers 1999 ou 2000. Nous avons joué à San Francisco. A l’époque, Dark Funeral était un tout petit groupe underground sans grande expérience. J’ai grandi en écoutant tous les groupes de thrash et de death metal de la Bay Area, parmi d’autres bien sûr. Nous jouions donc à San Francisco et, en allant vers les loges, je tombe sur Eric [Peterson] et les gars de Testament, Chris Reifert d’Autopsy et d’autres types. Ils disaient qu’ils cherchaient des vinyles pour pouvoir écouter nos albums. C’était ma première véritable expérience de rencontrer des groupes que j’écoutais quand j’étais gosse. Aujourd’hui, c’est assez étrange parce que je suis ami avec ces gens, mais je viens d’une toute petite ville dans la partie nord de la Suède et on n’y croise jamais des musiciens comme ça. C’était donc un grand moment de me retrouver avec ceux que j’écoutais sur ma platine vinyle quand j’étais ado et d’être reconnu par ces groupes. Les choses sont allées très vite pour Dark Funeral, nous étions encore un tout jeune groupe. Comme je le disais, je suis aujourd’hui ami avec de nombreux groupes que j’écoutais en grandissant, mais quand je traîne avec eux, j’ai toujours ça dans un coin de ma tête. La vie est bizarre parfois. Tu habites dans un tout petit patelin du nord de la Suède et tout d’un coup, tu es pote avec tous ceux que tu admires… C’est sensas ! C’est quelque chose que j’apprécie et que je chéris ; sans non plus faire le fanboy, je peux quand même me comporter normalement. Je crois qu’on ne devrait jamais oublier d’où l’on vient.

Neil Fallon (Clutch – chant) : Je me souviens qu’il y avait nous, Mastodon et Graveyard. Nous jouions au Diamond Ballroom à Oklahoma City, qui est un vieux honky tonk. Nous étions en loge et deux tornades se dirigeaient en même temps droit sur le club. Nous les avons surveillées sur le radar. Elles se sont approchées suffisamment près pour commencer à retourner des voitures. Puis, juste au dernier moment, les deux tornades ont divergé et ont contourné le club à gauche et à droite, pour finalement se rejoindre à nouveau moins d’un kilomètre plus loin. Nous les regardions avec un certain enthousiasme, puis l’excitation s’est transformée en terreur. Les fans étaient déjà à l’intérieur du club et ne pouvaient pas partir. Un bon nombre d’entre eux étaient déjà ivres. Pendant une seconde, nous étions un peu comme dans un film d’horreur, mais heureusement, il y a eu une sorte d’intervention divine. C’était probablement l’expérience en coulisses la plus intense dont je me souvienne.

Jay Buchanan (Rival Sons – chant) : Une expérience effrayante. J’étais à Hanovre, en Allemagne, en 2015. Avec Rival Sons, nous étions en train de tourner avec Deep Purple. Le concert était fantastique. Nous venions tout juste de descendre de scène, notre tour manager, Pete Stahl, vient directement nous voir et il dit : « Les gars, Jesse, Dave et tout le groupe sont piégés dans leur loge au Bataclan. » Il nous montrait des SMS qu’il était en train de recevoir de la part de Dave Catching des Eagles Of Death Metal : « Eh mec, ils essayent de nous tuer. On est prisonniers de notre loge. Je ne sais pas ce qui va arriver. Je t’aime. » Nous étions là : « Oh mon Dieu, qu’est-ce qui se passe ?! » Nous sommes donc sortis de scène pile au moment où l’attentat du Bataclan était en train de se dérouler. Nous ne savions pas ce qui se passait, si nos amis allaient se faire tuer, etc. C’était vraiment effroyable et bouleversant d’avoir vent de cet événement et de cette situation ainsi. Nous sommes restés en tournée et nous avons fait d’autres dates en France et en Allemagne, et tout le monde avait peur ; le public et les musiciens avaient peur, mais les concerts devaient continuer. Tout le monde a fait ce qu’il avait à faire. Je ne parle pas de ça pour être déprimant, mais ça me fait penser à la vulnérabilité des artistes, à quel point ils sont exposés lorsqu’ils sont sur scène et au niveau incroyable de confiance qui règne avec le public. Les musiciens sont là-haut et s’abandonnent totalement en fermant les yeux, en faisant confiance au public et au fait que rien de mal n’arrivera. Cette confiance est tellement importante. Le fait de recevoir cette information est le truc le plus dingue qui m’est jamais arrivé en sortant de scène. C’est un moment de backstage que je n’oublierai jamais. Ça restera gravé à jamais dans ma mémoire.

Wacław « Vogg » Kiełtyka (Decapitated – guitare) : Les gens croient que c’est une fête sans fin dans les backstages, mais parfois, on est juste assis là avec un téléphone ou une guitare, à attendre l’heure du concert. Après celui-ci, on attend pour prendre la douche ou pour manger, puis on prend nos affaires et on retourne dans le bus. La première chose qui me vient à l’esprit tout de suite, c’est une after avec Lamb Of Gd sur la tournée US, je ne me souviens plus dans quelle ville nous étions, mais ils avaient cette grande loge de luxe avec de belles tables, de belles chaises et tout. Quelque chose s’est passé, peut-être que nous avions bu trop de Redbull ou quelque chose comme ça, mais nous nous sommes retrouvés à essayer de la détruire. Je ne sais pas si c’est une histoire amusante, mais sur le moment c’était drôle. Je m’étais mis dans une chaise roulante et Willie Adler s’est mis à la trimbaler avec moi dedans dans toute la loge. Ensuite, je suis tombé la tête la première et je me suis presque fracturé la face gauche du visage. Certaines histoires – qui sont pourtant les plus drôles – sont même dures à raconter car c’est trop violent ou trop… Enfin, je peux les raconter à mes amis dans le tour bus, mais de nos jours, avec le politiquement correct dans le metal, ce n’est pas le genre de truc à dire, on ne me laissera pas parler de certaines choses. Peut-être en guise d’exemple, nous sommes allés en Indonésie et, bien sûr, nous avions bu et nous ne savions pas que c’était un pays islamique… Peut-être que je ne devrais pas en parler… Est-ce que quelqu’un me tuera ? Je ne sais pas, peu importe. Bref, nous nous sommes mis à nager dans la piscine, complètement bourrés, à faire des trucs de dingue, ce qu’on ne devrait pas faire dans ce genre de pays.

Jan Hoffmann (Long Distance Calling – basse) : Nous étions en tournée avec Opeth en Allemagne, Mikael Åkerfeldt avait une machine à pets télécommandée, ce qui était très drôle. Il l’a branchée sur la table de mixage. Quand nous étions sur scène, il se mettait à envoyer des sons de pets dans les retours. C’était vraiment drôle et, à la fois, ça nous empêchait de nous concentrer. Il était mort de rire ! C’est un mec vraiment cool, ce qui est aussi drôle parce qu’on a tendance à l’imaginer comme un grand intello qui se la joue artiste, alors qu’il est super amusant et décontracté. J’aime beaucoup Åkerfeldt, c’est un chouette type. Sur une autre tournée avec Sólstafir et Audrey Horn, nous sommes allés sur l’autoroute prendre de l’essence et des en-cas. C’était le soir, et nous sommes rentrés tous les quinze nus dans la station-service. Ce n’est peut-être pas si cool que ça, mais sur le moment, nous trouvions ça très drôle. C’était il y a peut-être dix ans. La tournée avec Sólstafir était fun, nous avons beaucoup fait la fête !

Illustrations : Will Argunas.



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